‹ Études d'histoire et de théologie positiveChapitre 97 sur 142 · Polycarp.A et · texte numérisé non relu

Polycarp.A et

bles aussi, Tralles, Magnésie, Philadelphie. Les épîtres ignatiennes révèlent l'étroite solidarité qui unit ces communautés entre elles. Visites, épîtres, courriers, tout sert à rendre les communications incessantes. Ignace remercie l'évêque de Smyrne d'avoir pris soin de « l'Eglise qui est à Antioche de Syrie » ; il lui demande pourtant davantage, que l'on assemble le (ruuêouXiov ou conseil des chrétiens de Smyrne, et qu'un fidèle soit désigné qui puisse être appelé le courrier de Dieu (ÔEoSpo'ixoç), — Ignace aime ces raretés d'expression ; — le courrier ira en Syrie porteur de lettres de l'évêque des Smyrniotes aux autres Eglises, car Ignace n'a pu écrire à toutes à cause de la rapidité de son départ de Troas K Nous possédons ainsi une lettre de l'évêque de Smyrne Polycarpe à l'Église de Philippes en Macédoine. Entre ces diverses chrétientés de la province d'Asie il y a homogénéité de constitution : les fidèles, dont l'assemblée est capable de former une sorte de comice délibérant, un (ru^xêouXiov, pour élire ne serait-ce qu'un simple courrier, sont gouvernés par une hiérarchie à trois termes, les diacres, les presbytres, l'évêque. Les presbytres forment une sorte de comité, le presbyterium. L'évêque est le chef unique, absolu, aussi bien des fidèles que des diacres ou du presbyterium, chef si absolu et si nécessaire, que quiconque agit soit contre lui, soit en dehors de lui, est un membre corrompu, séparé de l'unité immaculée.

Ces institutions hiérarchiques sont-elles particulières aux Églises de la province d'Asie, auxquelles écrit saint Ignace? Certains critiques, en effet, vou-

1, PoLYCARP. ad Philipp. 13 et 14. Ignat. ad Polycarp. 7 et 8.

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(Iraient restreindre le témoignafi^c d'Ip^nace à la seule province d'Asie; mais si leur ar^T'imentalion est spécieuse pour certaines régions d'F.urope, elle est insoutenable du moins pour la Si^ric, le propre pays d'Ignace. Ou saint Ignace décrit les institutions existantes, ou saint Ignace décrit les institutions qu'il voudrait voir exister et dont on ne saurait nier qu'elles se sont imposées dans la suite : si une telle organisation est pour lui un type à réaliser et à propager, nul doute que ce ne soit le type syrien, et nul doute que ce type ne se soit déjà imposé en mainte Église hors de la Syrie, puisque Ig-nace parle aux Éphésiens des évoques établis dans l'univers, o\ èiriaxoTTOi ol /.«toc xà TrÉpaxa ipicOÉvTc; *. L'épiscopat est pour Ignace un pouvoir, non point exceptionnel, mais régulier, le pouvoir dont il est lui-même investi dans son Église d'Antioche. « L'autel est prêt, écrit-il aux Romains, le chœur de votre charité pourra chanter au Père [et lui rendre grâces] de ce qu'il a permis que l'évêque de Syrie fût envoyé de l'Orient pour être montré à l'Occident. » Il est l'évêque de Syrie, l'unique évêque : « Souvenez-vous dans vos prières de l'Eglise qui est en Syrie, laquelle, moi absent, a Dieu pour pasteur : Jésus-Christ seul lui sert à cette heure d'évêque ^ ». L'épiscopat monarchique, vers Fan 100-110, est la forme du gouver-

1. IGNAT. ad Ephes. 3. L'expressioD xa-jà xà risaxa doit désigner les € limites de l'univers », comme dans les Septante, Ps. lxiv, 9, ol y.axotxojvTE; xà Tcépaxa. Voyez le commentaire de ce passage dam l'édition de Lightfoot.

2. IGNAT. ad Hom. 9 : M'T,uoveûeTE èv t^ Tzooce'j-/^ ufiùiv xr,; èv lypiqj £XxXT,<r(a;, f,xi; àvù è(xoO noiaévi Ttô 6etf) -/priTa'., aovo; aù-ry 'Ir.coûç Xpiffxô; è7:i<rxo':rr,(7ei xat r, 'jjiwv àydTrr,. — 2 : xèv è-i<7xo7:ov l'jpîat^ 6 ôto; xaxYi^itocrev eûpeôriva'. el; îûaiv à~o àvaTo/fj; (jL«TaTrE;jfI/ip.£voç.

nement des communautés chrétiennes d'Asie et de Syrie.

Toutefois cette forme est le terme d'un développement dont d'autres textes traduiront les états antérieurs.

Pour Éphèse, le discours de saint Paul à Milet. Tout en reconnaissant que le récit auquel nous devons le texte de ce discours est une source de premier ordre, certains critiques épiloguent sur la question de savoir si l'auteur du récit n'est* pas l'auteur du beau discours qu'il prête à Paul. Ce doute serait motivé, que le témoignage du discours de Milet n'en serait pas moins le témoignage d'un contemporain de Paul, sur les institutions de son temps. Et cela suffit à notre exposition.

Rapportons ce témoignage.

Déjà l'auteur du récit, parlant de la première mission de Paul en Galatie, raconte que l'apôtre, lorsqu'il eût jugé de la solidité de ses premiers convertis, avait « institué pour eux en chaque Eglise des presbytres * » : Lystra, Iconium, Antioche de Pisidie sont donc des Eglises ayant à leur tête des presbytres. Éphèse a de même des presbytres. Lorsque Paul « nous eut rejoints à Assos, nous le prîmes à bord et nous gagnâmes Mitylène; le lendemain nous étions devant Chios, le jour suivant à Samos, le jour d'après à Milet. Paul avait décidé de ne s'ar-

L'expression « évêque de Syrie » est une expression obscure et recherchée, comme saint Ignace aime à en produire : M. Zahu l'interprète « episcopum syrum » (PP. App.u, 59). Se rappeler cependant qu'en Cœlésyrie il n'y eut longtetnps pas de localité chrétienne en dehors d'Anlioche (Sozom. H. E. vi, 34) : Syrie serait donc synonyme d'Ântioche.

4. Act. XIV, 23 : ift\^^xoNr[actyit^ aûxoTç xax' èxxXriaîav îrpeaSyxspou;.

rôtcr pas à Éphèse, pour ne point s'attarder en Asie. Mais de Milel il dép(*'che à Ephôse et mande les presbytres de TK^lise ' ». La Vulg-ate, en traduisant ici presbytres par maiores natu^ n'a pas songé que saint Paul n'aurait vraisemblablement pas imposé cette marche forcée de trente milles, précisément aux membres les plus âgés de la chrétienté d'Éphèse. Que sont alors ces anciens qui ne sont pas des vieillards? Paul va le dire : a Veillez sur vousmêmes et sur tout lo troupeau, sur lequel TEspril- Saint vous a établis épiscopes pour paître TÉglise du Seigneur ^ ». Ces presbytres ont une responsabilité envers la communauté, responsabilité que Paul compare à celle du berger envers son troupeau : les presbytres sont les épiscopes ou pasteurs de l'Église. Ce langage n'est pas le langage ignatien , il est sensiblement antérieur, et nous verrons qu'il s'accorde à celui de Paul écrivant aux Philippiens. Pour Paul, l'ETriaxo^nq à Ephèse est une fonction collective : l'Eglise d'Ephèse, comme les Églises de Galatie, est conduite par ses presbytres. Dans Tépître aux Golossiens, il n'est p^rlé ni de presbytres ni d'épiscopes. Saint Paul parle de bergers (itoifxeva;) qui sont en même temps des instructeurs (SioaffxaXou;) : bergers qui sont évidemment les presbytres-épiscopes que nous avons rencontrés déjà dans les Eglises d'Asie. Mais Paul met au-dessus de ces bergers trois catégories de ministres, que nulle part encore nous n'avons vus figurer dans le

\. Act. XX, 17 : TiéfjL'^a; el; "^çecrov jt£Texa).é7aT0 to*j; ^pea^uTépou; T7J; èy.x).ria{a;.

2. Ibid. 28 '.\J\LÔL. TÔ TTve'jfjLaxo àyiov êôe-o è^rtoicôrou; roiftaiveiv ti^v èxxXr^ciav.

personnel des Églises : les apôtres, les prophètes, les évangélistes, qui ensemble travaillent au service des « saints », c'est-à-dire des fidèles ^

Pour Antioche, dans un passage qui appartient à la même source que le discours de Milet, les Actes des Apôtres désignent la communauté sous le nom d'Église : ils connaissent divers noms de membres notables de cette Église, Barnabe, Siméon le Noir, Lucius le Cyrénéen, Manaën, Paul. 11 n'est question ni d'épiscope, ni de presbytres, ni de diacres. Barnabe, Siméon, Lucius, Manaën, Paul, sont prophètes et didascales 2.

L'épître aux Colossiens et l'épître à Philémon ajoutent un trait que les textes précédents ne donnaient pas : « Saluez, écrit l'apôtre aux Colossiens, saluez les frères qui sont à Laodicée ; saluez Nymphas et l'Église qui est dans leur maison ». Et à Philémon : « Paul à Philémon, et à Amphias notre sœur,.., et à l'Église qui est dans ta maison. » Ceci est comme une moindre Eglise dans la grande, une Église domestique, un groupe de fidèles qui sont comme la famille et la clientèle d'une même maison. — Les versets 1-20 du dernier chapitre de l'épître aux Romains, si on les considère comme la salutation de l'exemplaire destiné aux Éphésiens, et cette conjecture n'est pas invraisemblable , témoignent de l'existence à Éphèse d'une Église domestique sur le modèle de celles de Nymphas à Laodicée

1. Ephes. IV, 41-12 : aÙTo; [le Christ] eSwxev toù; fxèv àTroaxoXovç, Toù; 5à TtpoçT^xa;, toù; Se eùayYeXiorâç, toùç ôà ïroifxeva; xat 6iSa<jxà).ou;, upo; tov xaTapT'.aaôv tô5v â-(i'^'^ ^-'X- ^^ ™^^ évangèliste est synonyme d'apôtre [Gai. i, 8); il ne se retrouve que deux autres fois dans le N. T., Act. xxi, 8 et II Tim. iv, 5.

a. Act. XIII, 1. — Cf. AcL XV, 32,

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et de Philômon à Colosses : « Saluez Prisca et Aquilas et l'Mglise qui est dans leur maison. » C'est de cette E^Hise que Paul parlait aux (loririlhiens, quand, d'Lphèse, il leur écrivait : « Les KL'lises d'Asie vous saluent, et surtout Aquilas et Pnsca avec l'Égliso qui est dans leur maison *. »

Après le groupe des textes asiates, voici le groupe des textes que nous appellerons européens, et en première ligne la Prima Clementis, que l'on est unanime à reconnaître pour composée à Home, vers 95. Elle ne porte plus le nom de qui l'a rédigée, mais seulement le nom de l'Eglise qui l'envoie. Toutefois Denys, évêque de Corinthe, écrivant au pape Soter (166*-175*), cite cette vieille lettre romaine adressée aux Corinthiens sous le nom de Clément, donnant par là lieu de croire que l'exemplaire authentique portait le nom de son rédacteur, et que ce rédacteur était ce Clément '.

La Prima Clementis est l'expression de la conscience romaine à la fin du règne de Domitien. Dieu y est prié de délivrer les fidèles de « ceux qui les haïssent injustement ». Car l'Eglise romaine vient de passer par des « épreuves soudaines et répétées ».

1. Col. rv, 13 : N'Jii^ôcv xaî tt,'* xar' oTxov aOTwv [Hort. lit- œOtî;;] éxx).r,<TÎav. Phile. 2 : xr; xat' oixôvffou sxx/.T.<Tia. Rom. xvi, 5 : Tr.vxaT' oîxov a-jTàiv £xxÀr,<;{av. / Cor. xvi, 19 : <yvv tç xat' oixov avrûv éxx>>r,aîa.

i. EcsEB. R. E. IV, 23.

Que Dieu, « qui abaisse l'insolence des superbes et déroute les machinations des peuples, qui secourt dans le danger et sauve du désespoir, que Dieu so'it parmi nous le salut des persécutés, relève ceux qui sont tombés, ramène les égarés, délivre ceux de nous qui souffrent en prison ». Aux princes, « à ceux qui nous gouvernent sur terre. Seigneur, tu as donné le pouvoir de la royauté par la vertu de ta puissance... Dirige, Seigneur, leurs conseils suivant le bien ^ ». Touchants accents de soumission et d'espérance, qui sont, avec je ne sais quoi de plus résigné à rinjustice du siècle, un écho de ceux qu'exprimait quelque trente ans plus tôt la Prima Petri^ dans le premier éclat de la persécution néronienne.

M. Sohm voit dans la Prima Clementis l'épiphanie du droit ecclésiastique, et ce n'est pas trop dire. Elle est, en effet, moins une homélie sur la concorde, qu'une décision juridique. Une sorte de sédition a éclaté dans l'Église de Corinthe, une « sédition impie et détestable, œuvre d'un petit nombre d'audacieux et de téméraires ». L'intervention de l'Église romaine a été sans doute réclamée par le parti vaincu. A l'Église révoltée contre ses chefs légitimes l'Église romaine tout entière écrit : « Vous marchiez soumis à vos chefs ^, et voici que l'envie, la haine, la colère, l'émeute ont pénétré parmi vous ». Il semble que la police païenne ait dû intervenir. L'odieux scandale ! La discipline est pour une communauté le devoir rigoureux : « Nous devons le respect à nos chefs ^ ». Est-ce que dans l'armée romaine chacun

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