INTÉRESSANT LE POITOU
Le dimanche 6 juin 1886, il a été exposé à THôtel des Ventes de la rue Drouot, à Paris, et vendu, le mardi 8 juin, une remarquable série de pièces de monnaies carlovingiennes, faisant partie de la magnifique collection de M. le ticomte de Ponton d'Amécourt, dont les admirables séries de triens mérovingiens et àJaurei romains firent sensation au Trocadéro, à l'Exposition universelle de 1878.
Parmi les pièces carlovingiennes de cette riche collection qui viennent d'être exposées et vendues, il se trouve cinq deniers (argent) qui présentent, pour le Poitou, un intérêt de premier ordre.
Les quatre premiers de ces cinq deniers, deux de Pépin le Bref, un de Carloman, et un de Charlemagne, portent, au revers, le nom de Sainte-Croix (Sancti Crucis)y et sont attribués à Sainte-Croix de Poitiers, non seulement par le distingué possesseur de la collection, mais aussi par feu M. de Longpérier, dans la Revue numismatique, et par feu M. Gariel, dans son grand et récent ouvrage, en partie posthume, sur les Monnaies royales de France,
Je me range aussi à cette manière de voir, malgré les hésitations manifestées par notre savant président d'hon-
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neur, M. Lecointre-Dupont. Les deux arguments produits par lui me semblent devoir être écartés par les considérations suivantes :
V La légende Sancti Criicis ne peut être assimilée, ni au point de vue des époques , ni au point de vue du sens, à la légende Christiania religio. Cette dernière légende est postérieure à Pépin, à Carloman et à la plus grande partie du règne de Charlemagne, et il est certain que les quatre deniers dont il s'agit sont des règnes de Pépin, Carloman et des premiers types du règne de Charlemagne. Les mots Ch7nstiania religio ne peuvent désigner ni ville, ni abbaye y tandis que lé génitif Sancti Crucis et le mot lui-même indiquent le contraire.
2® L'attribution à Sainte-Croix d'Orléans n'est pas admissible, parce que les pièces d'Orléans de cette époque portent la légende de saint Aignan {Sancti Anai), ainsi que le prouve la pièce n° 201 du catalogue de cette vente, pièce de Carloman qui a été adjugée, comme étant d'Orléans, au prix de I,l50franc8.
La règle générale qui se dégage des données de la science dans son dernier état, en ce qui concerne le monnayage des deniers de Pépin, Carloman et du premier type du règne de Charlemagne, est que ces deniers portent d'une part, en entier^ abrégé, ou monogramme, soit le nom, soit le titre du roi, et, d'autre part, le plus souvent en abrégé, le nom du lieu de fabrication, ville ou abbaye. Mais il n'y a pas d'exemple, à cette époque, à notre connaisance, de deux légendes de fabrication dans la même cité. La frappe de deniers d'Orléans à Saint-Aignan exclut l'attribution de nos pièces à Sainte-Croix d'Orléans, et justifie entièrement leur attribution à Sainte-Croix de Poitiers par les trois numismatistes que nous venons de citer.
La cinquième de ces monnaies est de Saint-Maixent ; le revers en porte le nom. Les mêmes auteurs en font l'attribution à cette ville ; cette cinquième pièce est du règne de Charlemagne.