‹ Études d'histoire littéraireChapitre 21 sur 125 · Vers · texte numérisé non relu

Vers

6. Gastelvestro ne semble pas y avoir prêté attention ; c est qu il ne s’occupe guère de l’appareil scénique.

ÉTUDES LITTÉRAIRES

lure. Là, le texte de Vitruve se détache en pleine lumière, et la triparti lion du poème dramatique y apparaît comme un fait ordinaire et essentiel. C’est que, pour les architectes, Vitruve était l’oracle ; c’était leur Horace et leur Aristote. Or on sait l’importance ([ue les représentations dramatiques prirent dès la fin du xv® siècle en Italie, et notamment à Ferrare'. Pour ces spectacles et pour toutes les fêtes de cour, l’architecte était l’homme important. Il était l’ordonnateur de la beauté sensible, voluptueuse, joyeuse et pompeuse, dont les yeux italiens étaient si avides. Comme naturellement il avait lu Vitruve et Alberti, et plus tard Serlio, il ne put, dans ses desseins de décoration, oublier le troisième genre, le genre agreste : il devait d’autant mieux y songer que cette évocation du charme de la nature rustique était plus d’accord avec le goût de ses contemporains. Il est certain que de bonne heure ce troisième décor fut réalisé. \J Orphée de Politien (1471), le Céphale de Niccolo da Correggio (1487) le demandent^ et bien d’autres après. Il faut mentionner spécialement VÉyle de Giraldi, qui fut joué à Ferrare chez l’auteur devant le duc Hercule H et le cardinal Hippolyte d’Este le 24 février et le 4 mars 1545. Giraldi appela sa pièce satira et fit un discours pour en défendre et définir le genre : sopra il comporre le satire atte aile scene^. La satira est intermédiaire entre la tragédie et la comédie : è nondhneno da avoertire, che uè troppo wnile né troppo grave sia questa maniera di favella, nia tenga un convenevole /necso tra la comedia et la tragedia'‘. Comme il s’ell'orce de faire l’historique de ce genre et d’en indiijiier le caractère, il allègue surtout Horace. Elien, Tite-Live, Servius, etc. Mais à l’endroit précis où il veut maripier ijue les satyres ne faisaient pas seulement des intermèdes dans la tragédie, il produit les trois scènes de Vitruve ^ La distinction des scènes lui [laraît prouver la distinction des genres.

•1. Cr. Al. (l’Aticona, (irigini, etc... ; et Creizenach, t. II.

“i. Oeizonacli, tt, 2ü(i-2ü7.

3. Le discours est daté du t'^'' janvier -1534. On le trouvera dans l’édition milanaise des Scritti estetici de (liraldi (1864), au 1. II, p. 123.

NOTE SUR UN PASSAGE DE VITRUVE

A Ferrare aussi parut le Sacrifizio de Beccari qui était un drame pastoral (1554). Puis vint \ Aretusa de Lollio. Les architectes et les peintres de la scène, Girolamo Carpi, pour YEgle, Rinaldo Gostabili pour V Aretusa, n’avaient, pour ligurer le paysage idéal où se déroulaient ces pièces, (ju’à suivre les indications de Vitruve. Nous pouvons avoir une idée de la façon dont ils les interprétaient, par ce que nous dit Serlio, avec une admiration débordante, des décors et costumes imaginés par Yintendente architetto Girolamo Genga pour François-Marie, duc d’Grbin b

C’est cette tradition scénique du décor rusti({ue qui me paraît fournir la continuité vainement cbercbée du côté de la littérature par les criticjues auxquels on doit l’étude des oi’igines de la pastorale. Pièces mythologiques, églogues réalistes, églogues idéalistes, fables sentimentales, tout cela se relie par le caractère identique de la décoration. Elle fut le support commun de toutes ces manifestations littérairement peu cohérentes. Il y a là quelque chose d’analogne à la liaison trouvée parM. Riga! entre la tragédie classique et les Mystères en France.

Le décor était donné. Il fallait l’occuper, le remplir. De là toutes sortes de tentatives sans dépendance directe et nécessaire entre elles, mais en rapport chacune avec l’appareil scénique indiqué par Vitruve. Ces tentatives se succédèrent jusqu’à ce que l’une d’elles — celle du Tasse — réalisât une harmonie esthétique supérieure par l’étroite adaptation du poème pastoral au décor champêtre. Le Tasse organisa la fable qui mettait le mieux en valeur la beauté spéciale de ce décor, et qui en recevait le plus de secours. Ce n’est pas un fait isolé dans l’histoire littéraire, que des matériaux, des formes ou des genres soient donnés d’abord et imposés, et que seulement plus tard, à la longue, par une suite d’essais, d’avortements tour à tour et d’approximations, on arrive enfin à leur découvrir une signification ou une portée esthétique.

Le texte de Vitruve nous explique, de plus, certaines particularités de la pastorale dramatique du Tasse et de ses continuateurs. On montre bien comment la « favola pasto-

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