Serlio, Le second livre d'architecture, c
ÉTUDKS MTTÉRAtRES
rule » est: formée d’éléments pris à la comédie et à la tragédie'., et organisée de façon à recevoir les descriptions de la nature* et les expressions de l’amour naturel ejui composaient un idéal enchanteur et reposant pour e-ette société violente et positive. Mais el’oii vient cet élément irréel et merveilleux qu’introeluise'nt dans la pastorale les satyres? Ils représentent, j’ent('nds bien, la forme lascive et brutale (b', l’amour : pourquoi ne pas donner leur rôle à des bommes ? La vraisemblance y serait aussi. Mais des personnages humains introduiraient dans le ilrame une couleur réaliste qui le rapprocherait trop de la comédie, et qui dérangerait d’ailleurs l’barmonie poéti(jue de l’ensemble : la débauche humaine ne saurait s’exprimer avec cette idéale simplicité que garde la luxure fabuleuse des demidieux aux pieds de chèvre. Tout cela est juste ; mais il me semble qu’ici encore la valeur esthétique du personnage du satyre ne fut découverte que parce que ce personnage était donné dans le nouveau genre. Et comment était-il donné? La bucolique antique ne l’imposait pas : le satyre n’y a pas un rôle principal. Sannazar le donnait b La poésie, en France ’ comme en Italie, connaissait le satyre impudent, expression poétique de la lascivité opposée à l’amour civil qui sait soumettre même le désir sensuel à l’honnêteté des manières. La tradition littéraire olfrait donc le satyre à la pastorale dramatique. Mais peut-être ce qui l’imposa, ce qui en fit pour longtemps un personnage essentiel dont on ne songeait pas à se passer, ce fut le nom donné par Yitruve à la décoration champêtre. Vitruve, et d’après lui Alberti, Serlio, Josse Badius, Robortello, Madius, Scaliger, tous disent : la scène satyrique. Ce titre évoque l’idée des êtres mythologiques que les anciens avaient mêlés à certains de leurs drames, et invite le poète moderne à les rappeler dès qu’il utilise le décor rusti(}ue : le nom du décor fait du satyre un personnage nécessaire de la pièce ({ui s’y joue, et