‹ Études d'histoire littéraireChapitre 34 sur 125 · PENSÉES · texte numérisé non relu

PENSÉES

P. R. 31, 32, pp. 339 (Br. 33, p. 333). On ne sait pas en quoi consiste l’agrément qui est l’objet de la poésie. On ne sait ce que c’est que ce modèle naturel qu’il faut imiter.

P. R. 31, 31, p. 338 (Br. 32, p. 331). Il y a un modèle d’agrément et de beauté qui consiste en un certain rapport entre notre nature faible ou forte, telle qu’elle est, et la chose qui nous plaît.

Tout ce qui est formé sur ce modèle nous agrée... ; tout ce qui n’est point sur ce modèle déplaît à ceux qui ont le goût bon...

P. 126. On le sent mieux qu’on ne peut le dire. Il n’y a que ceux qui savent brouiller et mépriser leurs idées qui ne le voient pas.

P. R. 31, 2, p. 321 (Br. 1, p. 318). Les géomètres ne sont pas fins... Ils se perdent dans les choses de finesse où les principes ne se laissent ainsi manier. On les voit à peine ; on les sent plutôt qu’on ne les voit ; on a des peines infinies à les faire sentir à ceux qui ne les sentent pas d’eux-mêmes.

...L’expression en passe tous les hommes, et le sentiment n’en appartient qu’à peu.

Observation. — Le mot « mépriser» indique bien clairement les géomètres habitués à des principes palpables, grossiers, et confiants en leurs démonstrations ; ils méprisent, comme étant sans preuves, les idées qui naissent en eux par le sentiment ; ils les négligent, les effacent, ou les brouillent.

P. 128. L’homme est né pour le plaisir ; il le sent, il n’en faut point d’autre preuve.

P. B. 21, 1, p. 164 (Br. 425, p. 519). Tous les hommes recherchent d’être heureux. Cela sans exception.

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ÉTUDES LITTÉRAIRES

DISCOURS PENSÉES

(Un fl’agment publié par Faugère mérite aussi d’être reproduit :

Br. 169, p. 406. Il veut être heureux, et ne veut être qu’heureux, et ne peut ne vouloir l’être.)

Il suit donc sa raison en se don- Tout notre raisonnement se rénant au plaisir. duit à céder au sentiment (cf. ci-

dessus).

Observation. — Le Discours parle de plaisir, les Pensées de bonheur. C’est la même idée exprimée d’abord par un épicurien, et repensée par un homme qui a évolué vers le mysticisme. M. Brunschvicg rapproche la Pensée 425 d’un mot de Montaigne : « Toutes les opinions du monde en sont là, que le plaisir est notre guide. » Par l’esprit comme dans la lettre, le Discours est plus près de Montaigne. — D’autre part on voit sans peine que le passage du Discours signifie qu’on suit la raison en cédant au sentiment. La Pensée 274 ne va pas jusque là, mais affirme seulement qu’on cède au sentiment en croyant suivre la raison.

P. 128. Un plaisir vrai ou faux peut remplir également l’esprit.

Car qu’importe que ce plaisir soit faux, pourvu que l’on soit persuadé qu’il est vrai ?

P. R. 25, 4, p. 190 (Br. 82, p. 362) (Le fragment sur l’imagination). Elle remplit ses hôtes d’une satisfaction lieaucoup plus pleine et entière que la raison...

Elle ne peut rendre sages les fous, mais elle les rend contents.

P. 129. Nous avons une source d’amour-propre qui nous représente à nous-mêmes comme pouvant remplir plusieurs places au dehors ; c’est ce qui cause que nous sommes bien aises d’être aimés.

P. R. 24, 1, p. 183 (Br, 147, p. 400). Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous et en notre propre être.

Nous voulons vivre dans l’idée des autres d’une vie imaginaire, et nous efforçons pour cela de paraître ; nous travaillons incessamment à embellir et à conserver cet être imaginaire, et négligeons le véritable.

P. 129. L’on écrit souvent des P. R. 29, 26, p. 286 (Br. 10, choses que 1 on ne prouve qu’en p. 324). On se persuade mieux obligeant tout le monde à faire pour l’ordinaire par les raisons

DISCOURS SUR LES PASSIONS DE l'aMOUR

DISCOURS PENSÉES

réflexion sur soi-même et à trouver la vérité dont on parle.

qu’on a soi-même trouvées que par celles qui sont venues dans l’esprit des autres.

P. R. 31, 33, p. 340 (Br. 4, p. 325). Quand un discours naturel peint une passion ou un effet, on trouve dans soi-même la vérité de ce qu’on entend, qui y était sans qu’on le sût.

P. 134. L’agréable et le beau P. R. 31, 31, p. 338 (Br. 32, n’est que la même chose. p. 331). Il y a un certain modèle

d’agrément et de beauté.

P. R. 31, 32, p. 339 (Br. 33, 332). On dit beauté poétique ; mais on ne sait pas en quoi consiste l’agrément qui est l’objet de la poésie.

Observation. — On voit que les Pensées identifient l’agrément et la beauté comme le discours.

On demeurera d’accord qu’il n’est pas question ici de flairer une essence artistique, d’éventer une personnalité, de reconnaître un accent, une physionomie, une âme. Le Discours offre des rencontres d’expression, de tour, de raisonnement surtout et de pensée, avec les écrits authentiques de Pascal, dont un critique doit se demander la raison. Personne ne soutient que ces rencontres puissent être attribuées au hasard. Dès lors, on est forcé de choisir entre trois hypothèses, les seules qui soient possibles :

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