Études d'histoire militaire, Volume 2
pesant sur l'issue de la campagne, un changement immense et qui en amènera infailliblement bien d'autres dans les rapports des puissances entr'elles, dans les conditions de l'équilibre européen et maritime, dans plusieurs frontières et dans maintes institutions politiques. Une certaine suprématie que le gouvernement des Tuileries avait réussi, en apparence au moins, à s'attribuer dans les affaires européennes, va transférer son siège sur les bords de la Spree, où l'on paraît disposé , par tradition comme par tempérament, à recueillir orgueilleusement cet épineux et véreux héritage : vaste révolution internationale propre à faire éclore toutes celles couvant à divers degrés sous la cendre.
Déjà la monarchie a disparu du sol français, et la République, forme de gouvernement qui, sans contredit, peut le mieux rallier tous les défenseurs de la cause nationale, s'occupe de gagner noblement ses éperons.
Déjà l'Italie, libérée d'une onéreuse et courtoise patience envers un exigeant allié , a pris possession de sa capitale naturelle sans avoir l'air de se douter qu'elle tranchait du coup, contre la papauté et les conciles, un des plus grands problèmes des temps modernes. Déjà la terrible question d'Orient pointe à l'horizon avec tout son cortège de complications insondables. Déjà aussi les idées, toujours promptes, hélas, à changer le poids des habitudes rompues contre un autre joug, tendent partout à se mettre en complaisante harmonie avec les faits accomplis. Des publicistes érudits, des savants de haute valeur, des théologiens même, qui s'étaient prudemment tenus à l'écart jusqu'à ce moment, entrent en lice par légions pour démontrer l'inévitable fatalité de tout ce qui vient d'arriver et de tout ce qui va suivre.
Au milieu de cet ébranlement général , s'augmentant de toutes les défaillances de la présomption désillusionnée, il est consolant de constater que quelques principes, qui nous
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sont particulièrement chers, restent debout, d'autant plus fermes et lumineux que le cahos s'accroît dans leurs alentours. Ce sont les principes de l'art de la guerre tels qu'ils ont été posés par Napoléon et formulés par notre regretté maître et compatriote le général Jomini Q) ; de cet art dont on peut dire aujourd'hui mieux que jamais qu'il fonde et détruit les empires; qui, négligé par les hommes d'état et par les états-majors, les mène inévitablement aux catastrophes, et qui, systématiquement dédaigné par d'ingénieux penseurs s'acharnant à creuser les énigmes de leur seule ignorance, laisse l'opinion publique en proie aux erreurs les plus grossières sur les causes réelles de ces catastrophes ainsi que sur leurs conséquences morales et matérielles.
Sans nul doute les causes d'un événement tel que la chute d'un puissant empire ne peuvent manquer d'être nombreuses et complexes. Rechercher toutes celles susceptibles d'y avoir contribué directement ou indirectement est un travail rétrospectif qui doit plaire aux esprits sérieux et scrutateurs. Mais cette recherche ne perdrait rien de son mérite à constater tout d'abord les causes immédiates , palpables, positives, pour ne passer qu'ensuite à celles de tournure plus philosophique. Or c'est ce qu'on ne fait pas. Et cependant on est bien obligé de reconnaître que quelles que soient les fautes, les illusions ou les préoccupations qui ont amené le gouvernement de l'empereur Napoléon III à sa fatale détermination du mois de juillet dernier, il a décuplé leur action malfaisante par quatre à cinq erreurs capitales d'art militaire qui auraient pu facilement être évitées :
Il provoqua une guerre formidable sans y être prêt ni diplomatiquement, ni militairement, et quoique ayant eu
(1) Voir Précis de l'art de la guerre. Voir aussi le Cours de tactique et le Mémorial pour les travaux de guerre du général Dufour.
l'avertissement des « angoisses patriotiques » de 1866, qui avaient certes été fort légitimes. Il osa déclarer qu'il les avait remplacées par l'approbation d'un « cœur léger, » quand la plus vulgaire prudence aurait dû le rendre au contraire anxieux d'être sûr, avant de se démasquer, du dernier homme et du dernier canon que le maximum de ses ressources mettait à sa disposition.
Même en étant prêt autant qu'il croyait et qu'il pouvait l'être dans les conditions de son organisation, il n'aurait pu disposer, par ignorance ou par fatuité, que d'un effectif montant à peine à la moitié de celui de ses adversaires, lesquels cependant, après 1866 surtout, ne devaient être pris pour de simples et tenaces Mexicains ou d'audacieux Garibaldiens, dépourvus d'organisatioa régulière et de cohésion.
Il ne sût compenser cette blâmable infériorité ni en mobilisant assez rapidement, ni en concentrant suffisamment ses premières troupes d'opérations ('). Bien plus; encore épar-
11) Citons sous ce rapport les lignes suivantes d'un remarquable article du Salut public de Lyon, du 3 octobre, sur les causes des défaites françaises :
« En France, les réserves rappelées traversaient le pays en tout sens, du nord au midi, de l'est à l'ouest et réciproquement, pour rejoindre les dépôts, et de là retourner à grands frais au point d'où elles étaient parties tout d'abord. Certes, il était naturel de renvoyer les anciens soldats à leurs régiments, mais pourquoi ne pas verser dans le dépôt le plus voisin tous les hommes de la deuxième portion du contingent, afin d'éviter la perte de temps et l'encombrement des voies ferrées ?
« Notre centralisation, si vantée, augmentait la confusion, retardait les opérations par d'inutiles formalités, allongeait les trajets à parcourir, annulait le zèle de chacun par l'obligation d'attendre constamment les ordres d'en haut. Ces ordres, bientôt se firent attendre, puis n'arrivèrent plus et les difTérents services furent arrêtés.
< La formation de l'armée du Rhin se fit avec peu de réflexion et comme si on eût voulu combattre avec les cadres et les exposer à une ruine totale, avant l'arrivée des soldats ; ce qui s'est réalisé, pour le plus grand malheur de la France.
« Le matériel fut réparti d'une manière imprudente. "ï^e rêvant que triomphe le ministre Le Bœuf l'avait accumulé aux frontières, à Strasbourg et à Metz, dans l'unique prévision d'une guerre ofTensive. Il était à considérer cependant qu'un premier succès de l'ennemi pouvait amener l'investissement de ces places, la perte
pillé, après 15 jours de campagne, sur le front de Colmar à Thionville par Strasbourg et Metz et sur une profondeur plus grande , soit sur un carré d'au moins 40 lieues de côté, et dans une multitude d'inutiles et nuisibles places de . guerre (*), il se laissa surprendre par des armées plus vite prêtes grâce à leur organisation territoriale, supérieures d'effectifs et de formation, mieux concentrées, si bien qu'elles purent le condamner à tous les inconvénients de Toffensive politique avec tous ceux de la défensive stratégique, et constamment garder en outre le profit des lignes intérieures.
Enfin il ne sut réparer ses premiers revers de Wœrth, de Forbach et de la Moselle qu'au prix d'une souveraine extravagance, en jetant tète baissée sa dernière ressource dans la nasse de Sedan , opération excellente pour une ou deux divisions, mais incroyable de la part d'une masse lourde et hétérogène de 140 mille hommes en présence de forces hostiles aussi prépondérantes et aussi rapprochées.
Par tout cela le gouvernement français a totalement méconnu les principes de l'art militaire à la fois les plus élémentaires et les plus essentiels. Et cependant ces principes étaient soigneusement enseignés et instamment recommandés dans ses propres écoles. C'est donc par légèreté et par étourderie surtout que pécha sa gigantesque entreprise. Or il faut convenir, autre perfide oreiller de sécurité, que parmi
de ce matériel, et nous priver de ces amas de fusils qui nous manquent si cruellement en ce moment.
c II est positif que nos forces étaient trop éparpillées en face d'un ennemi impénétrable, et qui, en 1866, avait montré beaucoup de décision et d'audace. Il est certain que nos corps d'armée étaient mal reliés entre eux et qu'une main débile tenait les rênes destinées à les diriger. Un plan de campagne avait-il été arrêté ? L'histoire plus tard le dira. •»
(i) A ce point de vue les événements militaires de 1870 donnent un nouvel et puissant intérêt à la remarquable Etude snir la défense dee Etats par le moyen des forteresses publiée il y a déjà une dizaine d'années par le major belge Vandewelde.
les défauts qu^on lui reprochait , ces deux-là n'étaient pas précisément au premier rang. On lui supposait plutôt des défauts tout opposés, une tendance aux calculs ténébreux et à une politique de conspirations. Mais non. Ce qui caractérisa bien réellement les apprêts et les débuts de la campagne, ce fiit une chaleureuse et vaniteuse imprévoyance.
Nous admettons que ce vice si cruellement châtié dut tenir à d'autres plus profonds, à la nature même des traditions napoléoniennes et des illusions qu'elles peuvent aisément provoquer. Il n'en est pas moins vrai que c'est lui qui engendra immédiatement les désastres, par des fautes qui pouvaient être évitées sans qu'il fût besoin du génie d'un grand capitaine, ni même des talents d'un général de second ordre.
Si M. le ministre de la guerre, moins accessible à de vaines criailleries, avait simplement continué, en l'améliorant, l'œuvre utile de son prédécesseur, quant à la formation de la garde mobile et à l'armement général du pays indépendamment de son absurde réseau de places fortes; si les ministres, et particulièrement MM. de Gramont et Olivier, avaient modéré quelque peu d'intempestives colères sur la question espagnole, retardé leurs bruyantes déclarations et avancé leur mobilisation d'une quinzaine de jours seulement ; si l'empereur avait organisé son entrée en campagne au moins la moitié aussi bien que son foudroyant coup d'Etat du 2 décembre; si enfin le brave et infortuné Mac Mahon avait pensé à utiliser avec sa nouvelle armée les admirables ressources du camp retranché de Paris plutôt qu'à délivrer chevaleresquement son collègue Bazaine; ou bien s'il eût entrepris cette délivrance par la droite, où il avait de l'espace à choix, et non par la gauche, où le moindre contretemps devait forcément l'acculer à une impasse, toutes hypothèses plausibles et môme essayées en partie.
l'état des opérations pouvait devenir aisément tout différent, aboutir à l'inverse même de ce qu'il est à ce jour. 11 ne fallait en somme que quelques ordinaires précautions et un peu de vigueur, comme cent fois la France en montra, pour rendre possible un tel résultat.
On verrait peut-être aujourd'hui la Prusse, isolée de ses chers alliés allemands, se débattre sur sa troisième Hgne de défense, après avoir changé le ministère de M. de Bismark contre deux ou trois autres. On verrait MM. Simon et Jacoby au pouvoir et M. le chanceher fédéral écrire, dans quelque bourgade italienne, un livre sur les bienfaits méconnus de la politique de fer et de sang.
On aurait vu en même temps la nouvelle diplomatie prussienne solliciter des secours à toutes les portes, où elle eût trouvé cette réponse presque invariable : « Vous avez toujours cherché querelle à la France depuis 1792 et 1806; Waterloo n'a pas même sufii à vous apaiser des défaites que vous aviez provoquées. Encore en 1859, à propos de l'Italie, vous avez menacé la France d'invasion; vous avez repris vos tracasseries en 1867 à propos du Luxembourg, puis en 1870 avec vos intrigues dynastiques espagnoles, sans parler de quelques chicanes secondaires. D'ailleurs vous êtes dévorés de la soif d'agrandissement de Frédéric II, qui n'est plus de notre temps; vous avez pour cela fait une guerre inique au Danemark en 1864, une plus inique à vos alliés et compatriotes en 1866, contre lesquels vous ouvrîtes les hostilités en même temps que vous les leur déclariez ; vous vous apprêtiez à bien d'autres exploits de ce genre, dans le seul but de vous arrondir sur terre et sur mer, sans souci des moyens ni des prétextes et en exploitant adroitement la noble idée de l'unité nationale allemande; il n'est pas mauvais que vous soyez une fois arrêtés dans vos convoitises et vos agressions qui menaçaient
les libertés de tous vos voisins, et que vous ayez enfin trouvé votre maître, auquel nous recommanderons d'ailleurs la modération et la charité chrétienne à votre égard. »
Très probablement on aurait vu aussi ces réponses officielles secondées de nombreux renforts officieux. D'éminents et profonds penseurs, allemands et autres, auraient usé de vingt recueils et brochures pour prêcher le remords à la Prusse haletante, comme aujourd'hui la sérénissime Revue des Deux-Mondes croit devoir sermonner ses compatriotes épuisés, après les avoir inondés si longtemps de ses lumières. Celle-ci offrirait probablement de son côté, au lieu de la maussade et docte rhétorique de ces derniers jours, quelque nouvelle édition de ses dithyrambes belliqueux de 1855 et 1859, ou ferait des plans de remaniements territoriaux de l'Allemagne dans le goût de ceux que MM. Mommsen, Sybel et autres savants allemands s'occupent de forger pour la France.
En vérité l'humanité pensante n'est-elle pas curieuse à contempler sous le coup d'une grande victoire, la plus persuasive de toutes les harangues? Singulière dupe surtout que cette haute dialectique si fière de son anti-militarisme et qui n'obéit plus qu'à la voix du canon ; mais dupe réussissant, par la facile contagion d'une logique fort consciencieuse de développement sinon de base, à en faire malheureusement beaucoup d'autres parmi les nombreuses gens avides de vues éthérées sur les affaires du jour.
Et naturellement ces philosophes, qui ont eu le tort de se fourvoyer dans un domaine étranger, ont trop de talent pour douter de leur infaillibilité en des choses qu'ils croient si terre à terre ; ils ne voudront jamais convenir qu'un simple à-droite au heu d'un à-gauche commandé à Ghâlons par le duc de Magenta, ou une meilleure potion donnée à temps au regretté maréchal Niel eût pu changer du tout au tout
la note des considérations transcendantes et souvent séduisantes dont ils délectent la curiosité publique.
Mais quoi qu'ils en disent il doit, en ces temps-ci, sauter aux yeux que si la France souffre d'un abaissement sans exemple dans l'histoire, ce n'est pas, comme on le lui reproche, pour avoir dédaigné les arts bienfaisants de la paix, mais bien au contraire pour avoir trop délaissé l'art de la guerrô, qui l'avait élevée sur le pavois ; pour avoir trop confondu cet art suprême avec le simple métier des armes, avec la vaillance individuelle et artificielle, avec la technologie spéciale, facteurs importants sans doute dans la formule générale de l'art, mais qui ne sont pas plus l'art lui-même que les mains et les pieds ne sont le cerveau dont ils traduisent les volontés.
La conclusion de ces grands événements est donc à notre avis tout opposée à celle que d'honorables publicistes trop exclusivement civils se sont empressés d'en tirer contre ce qu'ils appellent le militarisme, le régime du sabre, les armées permanentes, la lèpre de la soldatesque, les horreurs de la guerre, etc., etc.
Nous accorderons que l'exagération de la force militaire dans le gouvernement des nations peut devenir un mal réel pour tout le monde, pour la nation qui en suppute les bénéfices comme pour celles destinées à en être victimes.'
Mais où le mal est grand et doit devenir désastreux, c'est quand un gouvernement s'appuie sur une force militaire qu'il n'est pas à même de conduire au moment critique ; c'est quand il y a disparate, en deux mots, entre les troupes et leurs chefs supérieurs. A une bonne et nombreuse armée il faut un état-major à l'avenant, sans cesse enflammé du feu sacré de sa haute mission. Sans cela il vaudra mieux, pour la plupart des cas, n'avoir pas d'armée proprement dite,
instrument à deux tranchants difficile et dangereux à manier, mais seulement de nombreuses milices, avec lesquelles, par suite de leur imperfection même, les grandes folies seront matériellement impossibles. Les armées de milices sont au moins un préservatifcontre les mauvais conquérants, contre les Césars de contrefaçon, suivant la pittoresque expression de Ste-Beuve, comme les parlements et nos républiques démocratiques le sont contre les mauvais gouvernants. Et à qui ne sait se servir d'armes délicates, une fine lame de Tolède ou un Golt de haute précision vaudra moins qu'un gourdin de bois vert.
Puis on ne saurait nier que si les événements de 1870 semblent plaider contre le militarisme français, ils glorifient d'autant son confrère prussien, qui l'a vaincu et qui ne lui cède en rien quant aux griefs des civilistes. Non-seulement il lui ressemble sous presque tous les rapports spéciaux, mais en outre il a l'obligation générale du service au lieu de la conscription et du remplacement, beaucoup plus de gardes mobiles sous le nom de landwehrs, davantage de canons et portant mieux, des consignes plus sévères en temps de guerre, et par dessus le marché, dit-on, une grande piété! Ses premiers hommes d'état même lui font la cour jusqu'à l'escorter en campagne, comme M. de Bismark, sous la tenue d'officier de cuirassiers, perfectionnement caractéristique du genre auquel les autres gouvernements européens n'ont pas encore atteint.
Petit à petit seulement la France marchait vers le système dé l'organisation prussienne , du maxinmm des hommes valides qu'un pays peut mettre sur pied ; elle y est arrivée brusquement et forcément par la guerre ; elle y restera sans doute à la paix, et tous les autres pays feront de même. Si cela contente Messieurs les philosophes civils, il faut avouer qu'ils ne sont pas difficiles sur les choses pourvu que
les. mots leur donnent raison. On n'aura plus exclusivement d'armées permanentes peut-être , mais des peuples arrûés en permanence, et nous doutons que ce soit au profit d& l'humanité et de la civilisation en général soit en temps de guerre soit en temps de paix. Les guerres seront moins fréquentes peut-être , mais d'autant plus longues et plus cruelles.
II en sera ce qu'on voudra. Qu'à Favenir on ait des forcer militaires soit de milices, soit de ligne, soit d'un système mixte, l'instruction aussi développée que possible dfes étatsmajors et des chefs d'administrations n'en reste pas moinsune exigence de première nécessité, et les grands événements dont nous sommes les témoins le prouvent de nouveau d'une manière irréfragable.
De même ils établissent à nos yeux que le but recherché par nos Etudes d'histoire militaire est à l'ordre du jour maintenant plus encore qu'auparavant, car ce but , la démonstration des principes fondamentaux de Tart militaire' parle moyen de l'histoire (•), s'est affermi d'une nouvelle expérience aussi grandiose que convaincante, et venant haïQh tement sanctionner ses devancières.
Une fois déjà la France moderne subit l'affaissement qui la frappe aujourd'hui. Le honteux règne de Louis XV dut céder à la jeune et vigoureuse Prusse de Frédéric-le-Grand un prestige militaire péniblement conqiuis par Richelieu et par Louis XIV, et à l'Angleterre et à l'Espagne ses colonies américaines. La République et Napoléon i^^ relevèrent brillamment la partie continentale. léna surtout vengea Rosbach d'une façon éclatante. Aujourd'hui léna est plus que vengé par Sedan. Les Prussiens semblent avoir ravi à leurs adver-
(1) Voir Etudes çi'HiBtçire miUtaire^AjatXq^Xé et moyen-ftye. (1" Yol.)InAroduo>
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saires ce feu du ciel monopolisé par le grand Empereur, pour ne leur laisser que les vices de leurs qualités : une héroïque et généreuse présomption, une aveugle et admirable bravoure, trop promptement suivies d*un abattement extrême.
Que d'enseignements comportent ces trois seules batailles de Rosbach, de léna, de Sedan, où, dans des circonstances si diverses, on vit l'application des mêmes principes aboutir à des résultats presque analogues en changeant chaque fois de drapeaux 1
Quant aux nouveautés contemporaines, dont maints techniciens enthousiastes avaient fait d'avance tant de bruit, il ne paraît pas, pour autant que nous pouvons être bien renseignés à cette heure, qu'elles aient exercé aucune influence prédominante sur l'ensemble des opérations, sauf de les avoir rendues parfois fort meurtrières. Les mitrailleuses, les fusils Chassepot ou Werder, la grosse artillerie de précision, les télégraphes, les torpilles, les ballons même ont fait leur honorable part sans doute ; mais ce sont encore les masses d'infanterie qui ont donné les coups décisifs en campagne, ni plus ni moins qu'aux temps de César et de Napoléon l^r.
La plus importante nouveauté produite est bien, jusqu'ici, le vaste emploi des beaux réseaux ferrés allemands et français pour la mobilisation rapide et en bon ordre de masses considérables, du côté des Allemands surtout. Il y aura là sans nul doute, pour les états-majors et pour les hautes administrations pubUques, de profitables sujets d'études détaillées et approfondies; mais cela est une extension de ce qui s'était déjà pratiqué antérieurement, non une innovation proprement dite. Un officier d'état-major de l'armée des Etats-Unis, par exemple, loin de trouver quoi que • ce soit de nouveau dans cette lutte, pourrait encore, par sa