XIII
seule expérience de la guerre de la Sécession, y apporter, dans l'un ou l'autre camp, plus d'une innovation utile (*).
En résumé la campagne de 1870 ne détruit aucun des principes fondamentaux de l'art de la guerre posés précédemment ; elle vient au contraire les confirmer. Elle n'en crée pas non plus d'inconnus, et l'on ne saurait dire justement, comme le font déjà d'intrépides adorateurs du succès (2), qu'elle ouvre une ère nouvelle. Les Prussiens avaient eu des négligences périlleuses en 1866; ils s'en sont corrigés en 1870, ils ont joué un jeu ordinairement plus serré et plus étudié sans être moins énergique, et ils en ont été récompensés par d'immenses avantages avec des risques moins grands, quoique leur récente position sous Paris, sans une seule place forte hors des mains de l'ennemi sur une aussi longue ligne de communication, ne fût certes pas sans danger (3).
A côté de cet enseignement comparatif la campagne en comprend beaucoup d'autres encore; mais tous tendent à montrer que l'étude de l'histoire militaire reste la meilleure des écoles pour les géaéraux et pour les hommes d'état et le meilleur des préservatifs, pour l'opinion publique, contre les surprises et les déceptions en germe dans toute grande opération de guerre.
(1) On a dit que la présence du général américain Sheridan au quartior-général du roi Guillaume n'avait pas été sans influence sur la remarquable activité déployée par la cavalerie légère allemande dans cette campagne. Nous le croirions sans peine. Nous sonames même persuadés, nous qui avons eu l'honneur de voir à l'œuvre l'honorable général dans les brillants mouvements de la prise de Richmond, que si cette belle, cavalerie eût été sous ses ordres elle eût fait parler d'elle beaucoup plus encore.
(2) Voir entr'autres le Journal de Genève des 6 et 7 octobre, qui croit devoir fedre hommage au beau génie de M. de Moltke d'une ère nouvelle en fait de stratégie. Il est vrai que ce serait l'ère de la marche coordonnée en opposition à la simple marche en colonne, et que ne la comprendra pas qui voudra.
(3) Depuis que les Prussiens se sont enfin rendus maîtres de Strasbourg et de Toiil ils parlent d'entreprendre aussitôt les sièges de Belfort, de Besançon, de Lyon même I
Par ces raisons nous avons le plaisir de pouvoir offrir cette seconde édition de nos Etudes sans autre adjonction à la première édition que le présent avant-propos , quoique à la vérité plusieurs chapitres eussent pu être avantageusement complétés par maints détails venus plus tard à notre connaissance, mais pour la coordination desquels les loisirs nécessaires nous ont manqué pendant le tragique été qui vient de s'écouler.
Genève, octobre 1870.
F. Lecomte,
colonel fédéral suisse.