‹ Études d'histoire moderneChapitre 13 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

État de l'île de Scio sous la domination turque. — Guerre de Chypre. — Candie paisible sous les Vénitiens. — Mœurs des Spacchiotes. — Poésie grecque .

Après le mont Alhos, le lieu le plus libre de la Grèce et le plus exempt de la tyrannie des Turcs était l'île de Scio. Sans doute la vie devait y paraître aussi douce qu'elle était abstinente et sévère sur la montagne sainte. Sous le ciel le plus favorable, entre l'Europe et l'Asie, cette île charmante abondait de toutes les productions du sol le plus fertile, et y joignait les richesses du commerce maritime. Scio, depuis longtemps possédée par les Génois, auxquels les empereurs de Byzance l'avaient d'abord cédée comme hypothèque d'un emprunt, garda sous leur domination d'anciennes coutumes municipales, en y mêlant la liberté des mœurs italiennes. Les Grecs schismatiques formaient le plus grand nombre des habitants. Quelques Grecs étaient catholiques, ainsi que les Génois : et il y avait aussi des négociants juifs qui étaient distingués par l'obligation de porter un bonnet jaune. Un gouverneur génois et un petit sénat ou conseil administraient le pays.

Soliman s'empara de L'île de Scio en 1566; et le peu de résistance des habitants adoucit la férocité habituelle du vainqueur, et leur valut des privilèges. Il parait

1G8 ESSAI SUR l'état des grecs

qu'avant cette conquête Scio payait ' depuis quelque temps, au Grand Seigneur, un léger tribut; et on peut s'étonner qu'il s'en soit contenté si longtemps. La conquête fut une simple prise de possession. Un amiral de Soliman, s'étant présenté devant Scio, avec une flotte nombreuse, fit mander à son bord les principaux de l'île, et les envoya sur une de ses galères à Constantinople. La croix et l'étendard de Gênes furent abattus, et le croissant mis à la place. Touche de cette docilité, Soliman, bien que l'île fût riche, ne lui imposa que des taxes assez légères : une, entre autres, qui portait sur le revenu des habitants, était d'une piastre sur cinq cents. Par une exception favorable, les terres furent exemptes de toute dîme particulière envers les Agas turcs. La partie méridionale de l'île, où se trouvent vingt-quatre villages adonnés à la culture du mastic, jouissait encore de quelques privilèges, et particulièrement du droit d'avoir des cloches dans les églises; enfin tous les habitants grecs de l'île conservaient des notaires de leur religion, dont les actes étaient reconnus devant les cadis; et cinq magistrats, sous le nom de Gérontès, jugeaient les procès civils. A la faveur de ces tolérances et de ces droits, malgré les vexations qui suivirent l'établissement de beaucoup de Turcs dans l'île, les Grecs de Scio commencèrent dès le xvie siècle à jouir d'une civilisation et d'un repos inconnus dans le reste du Levant.

Il s'y conserva beaucoup de familles catholiques, la plupart d'origine italienne. Elles profitèrent de la tolé-

1 Bclon.

ranco accordée par les Turcs à l'île de Scio. Elles avaient également un notaire de leur religion, qui prenait Te titre de notaire apostolique; et elles concouraient à l'élection des magistrats grecs. Plus d'une fois la haine entre les deux communions chrétiennes troubla l'île, et, par des accusations mutuelles, fournit des prétextes aux cruautés et aux pillages des Turcs. Toutefois celte île, peuplée de plus de cent mille chrétiens, jouissant de quelque liberté et d'une sorte d'aisance et de bonheur, était un lieu privilégié, dans l'empire turc, une oasis florissante, au milieu du désert. « C'est, nous dit un vieux voyageur, le meilleur séjour que je sache à mon gré, et où les femmes soient plus courtoises et plus belles '. » L'esprit ingénieux des habitants, leur humeur vive et folâtre, leur activité malgré la douceur énervante du climat, montraient assez dans cette île tout ce que pouvaient devenir les Grecs, lorsqu'ils n'étaient pas trop accablé: par l'esclavage. Dans la suite, l'île de Scio fut l'apanage d'une sultane, et envoya son mastic et ses parfums pour l'usage du harem. On l'appelait le jardin du sérail; et quelque chose de la mollesse asiatique semblait se communiquer au joug qui pesait sur elle. À la faveur de cette protection, il s'établit dès le xvie siècle des écoles dans l'île de Scio. Quelques sciences y furent cultivées, surtout la médecine, si peu pratiquée dans l'Orient.

Non loin de là, l'île de Samos était presque dépeuplée; et les habitants y vivaient comme des sauvages. La plu-

Bclon.

part des autres îles, sans être aussi favorisées que l'île de Scio, conservaient quelque liberté. L'île de Cos, pairie d'Hippocrate, était presque entièrement occupée par les Turcs, et n'avait que deux villages grecs. Mais Pathmos, Calymno, et celte foule de petites îles que les anciens avaient nommées Sporades, el qui parsèment la mer, étaient toutes grecques, habitées par des moines, de pauvres paysans, et visitées par des pirates.

A la mort de Soliman, les Vénitiens possédaient encore Chypre, Candie, Corfou, Zante, Céphalonie, Cérigo et Paxos. La population grecque de ces îles recrutait leur marine et s'appliquait, sous les lois d'un peuple industrieux au commerce et à l'agriculture : les Vénitiens lâchaient d'ailleurs de la tenir dans l'ignorance. Le gouvernement de ces îles riches et fertiles était recherché par les principaux sénateurs de Venise. Ils y vivaient dans une mollesse orientale, et s'y corrompaient par le pouvoir et par le plaisir. Les Vénitiens ne gênaient pas la religion de leurs sujets; ils avaient même permis l'établissement d'une église grecque dans Venise. Mais la différence des cultes empêchait toujours la nation soumise de se confondre avec ses maîtres; elle prenait quelque chose des moeurs italiennes, comme elle se rapprochait, dans l'Orient, des mœurs turques. Sa langue dégénérée recevait l'empreinte de l'idiome italien; mais le fond du génie grec se retrouvait sous ce costume servile. Le Grec esclave ne haïssait guère moins les Vénitiens que les Turcs. Au milieu de son ignorance, fier, subtil et moqueur, il était même plus blessé de la dureté hautaine des Vénitiens que de la férocité musulmane. 11 ce-

dait à l'une comme à un fléau terrible; il était humilié par l'autre. Peut-être les Vénitiens auraient-ils pu vaincre cette prévention, en traitant ce malheureux peuple avec douceur. Mais ils étaient bien loin de cette politique généreuse; ils employaient le sang des milices grecques, et ne choisirent jamais un officier dans leurs rangs. Venise eut cependant besoin de tout le courage des Grecs pour résister au nouvel effort de la Turquie.

Sélim, successeur de Soliman, vint attaquer l'île da Chypre avec une nombreuse armée. On sait que cette guerre, éloquemment racontée1, est un des plus beaux tableaux militaires du xvie siècle. Famagouste, capitale de L'Ile de Chypre, soutint un long siège où fut déployé tout ce que peuvent l'héroïsme et la fureur. Venise, puissante sur mer, renouvela plusieurs fois la garnison de Famagouste et de Nicosie, la seconde ville de Chypre. Elle y prodigua son or, le talent de ses capitaines et le sang des milices italiennes et chypriotes; mais enfin les deux villes furent emportées. Des cendres et un pays dépeuplé restèrent au pouvoir des Turcs. Au siège de Famagouste, un Grec2 d'une taille gigantesque sortait souvent de la ville pour défier les plus braves d'entre les Turcs, et revenait toujours vainqueur. Cet exemple animait le courage des Grecs; et ils se battirent comme un peuple libre.

Une armée musulmane s'était en même temps jetée sur la province, que Venise possédait encore dans l'Al-

1 Histoire de Venise, par M. le comte Daru. 1 Crusii Turco-Graxia.

172 essai SUR l'état des grecs

banie, et avait saccage l'ancienne Bullirotiim et Parga sur la côte voisine de Corfou. Cette île importante aurait subi le même sort que Chypre, sans le grand effort que fit alors la chrétienté. Il n'est pas de fait d'armes plus illustre que cette bataille maritime de Lépanle, où parurent les Hottes confédérées de l'empereur, du pape, du roi de Naples, de Venise et des chevaliers de Malte; tout le monde sait que Don Juan d'Autriche y commandait, que Cervantes y fut blessé, et que jamais les chrétiens ne remportèrent une victoire plus complète sur les Turcs. La politique et le péril de Venise avaient formé cette ligue ; il ne s'agissait ni de délivrer la Grèce oubliée dans son esclavage, ni de renouveler les anciennes croisades : on voulait arrêter les progrès menaçants de la Turquie.

La bataille se donna dans ce bassin que forme la mer près du promontoire d'Actium, aux lieux où s'était disputée jadis la conquête de Rome et du monde. Toutes les forces de l'empire turc étaient rassemblées. Les vaisseaux du sultan occupaient le centre et la droite de cette armée; le dey d'Alger en conduisait la gauche. La flotte chrétienne, ayant longé le rivage, vint se déployer, en face de l'ennemi, dans le golfe de Lépanle. Venise, à elle seule, avait réuni cent huit galères, et formait près de la moitié de l'armée chrétienne. Ses vaisseaux, en partie montés par des Grecs insulaires, servirent puissamment à la victoire; elle fut immense: Après cinq heures de combat, les vaisseaux turcs en désordre, mutilés, incendiés, s'abîmèrent dans les flots, se dispersèrent, ou furent pris par les vainqueurs. L'escadre du dey d'Alger échappa

seule à travers les feux des chrétiens. Uu historien de la Grèce moderne rapporte que douze cents Vénitiens et huit mille Grecs périrent dans cette bataille. Celte inégalité de nombre serait glorieuse pour les Grecs; mais alors, ils ne furent pas même nommés dans les récits qui remplirent toute l'Europe du bruit de cette grande journée. On sait qu'elle fut stérile; les confédérés, jaloux l'un de l'autre, se séparèrent. Don Juan se hâta d'aller recueillir les honneurs qui l'attendaient en Italie, et les bénédictions du pape.

Venise, qui restait seule chargée du poids de la guerre et des suites de la victoire, voyant son commerce dépérir, commença bientôt après à négocier avec les Turcs. Elle renonça par un traité à ses droits sur l'île de Chypre, se lit rendre les ruines de Parga , et quelques places de la Dalmatie. Ainsi, chaque guerre et chaque traité diminuait les possessions de Venise dans les mers du Levant. Corfou, ravagé souvent par les Turcs, semblait ne pouvoir échapper longtemps à leur joug.

Candie, encore plus importante, excitait toute l'inquiétude du sénat de Venise. Cette ile, si fameuse dans les antiquités grecques, était, par la fertilité de son territoire, la plus riche colonie de là république. 11 y avait au xvie siècle, dans les provinces de Candie, de la Canée, de Rethymo et de Sétima, plus de deux cent mille habitants. La plus grande partie de la population était grecque. II s'y mêlait des Juifs, des Arméniens, et une tribu d'Arabes établie dans cette île au xne siècle. On y comptait quatre cents gentilshommes vénitiens, qui étaient comme les maîtres et les seigneurs du pays, sous l'autorité d'un

provéditeur de Venise ' . La république paraissait craindre que le peuple de cette île ne s'enrichit, et ne devint plus difficile à gouverner; elle voulait le tenir dans l'abaissement.

Nous avons vu que les Grecs de Candie recevaient les instructions du patriarche de Constantinople. Leur clergé n'en était pas moins fort ignorant. 11 n'y avait2 aucune école grecque dans File ; mais on remarquait dans les habitants cette vivacité d'esprit particulière à la race grecque. L'instinct des vers était fort répandu : dans les fêtes, les jeunes Grecs soutenaient souvent l'un contre l'autre des défis poétiques, comme les bergers de Théocrite. On retrouvait encore chez ce peuple plusieurs anciennes coutumes de la Grèce, et particulièrement l'usage de danser, les armes à la main.

.La tribu grecque la plus belliqueuse de l'île était celle des Spacchiotes 3. Retirée sur les hauteurs et dans les gorges des monts Spacchia, elle se gouvernait par ses propres usages, ue parlait pas la langue italienne, et ne donnait à Venise d'autre marque de soumission qu'un léger tribut.

Vers la fin du xvie siècle, la république, fort occupée de plans et de projets pour assurer la défense de Candie, songeait à lever des troupes parmi ces montagnards ; niais en comptant sur leur courage, elle redoutait leur humeur indocile.

1 lielazione dell' isola di Candia, del clarissimo Marino di Cinialle.

2 Crusii Turco-Grœcia.

8 Belon.

U»e paix de trente années avec la Porte Ottomane éloigna les craintes de Venise. Elle continua de tenir Candie sous le joug, sans chercher à gagner l'affection des habitants, et ne leur demandant que des tributs et de l'obéissance.

Cependant la civilisation italienne, si florissante au xvie siècle, devait se communiquer aux Grecs de Candie. Les familles grecques et vénitiennes se mêlaient, et quelquefois confondaient leurs noms. Le commerce maritime de l'île s'accroissait sous le pavillon puissant de la république ; et plusieurs négociants grecs des principales villes de Candie avaient amassé de grandes richesses, malgré la politique jalouse du sénat. Ils envoyaient leurs enfants étudier à Venise et à Padoue;

1 LTn degré de culture morale inconnu dans la Grèce suivit ce premier progrès; et il est à remarquer que la plupart des Grecs savants, dont les noms furent portés en Europe à la fin du xvie siècle et jusqu'au milieu du xvn% appartenaient à l'ile de Candie.

Quelques-uns d'entre eux 2 ne furent pas occupés seulement de controverses théologiques ou de philologie ancienne : ils cultivèrent avec soin l'idiome national. Un Grec de Candie, Portios, écrivit la première grammaire de la langue romaïque, et la fit imprimer en France, avec une dédicace au cardinal Richelieu. Quelques autres s'adonnèrent à la poésie , non cette poésie naïve et populaire, née du ciel et du climat, conservée par la tradition, et qui ne porte ni date ni nom d'auteur; elle se

1 Crusii Tarco-Grœcta.

8 Leake's Rtsecuches tnto Greecc.

176 ESSAI SLR l'eI'AT DES GRECS

retrouvait à Candie, comme dans tous les lieux de la Grèce; mais, il y avait aussi dans cette île des hommes qui cultivaient cette poésie littéraire, souvent moins heureuse dans ses inspirations , mais dont l'existence suppose de l'art et de l'étude.

Ce caractère se trouve dans un roman d'Érotocritos ', ouvrage mêlé de prose et de vers, écrit en grec moderne avec un goût d'élégance italienne et de recherche orientale. Le nom de l'auteur, Vincent Cornaro, semble annoncer un Vénitien de Candie qui avait adopté la langue des Grecs. Mais à la même époque, un autre ouvrage, composé par un Grec de naissance, George Khortatzi, portait la môme empreinte de savoir et d'imitation. C'est une tragédie d'Érophile, le premier drame sans doute que l'on eût vu dans la Grèce depuis le Christ souffrant, ouvrage de Grégoire de Naziance, dans le ivc siècle. Ce drame, tout romanesque, présente une Egypte imaginaire , un tyran de Memphis qui ne ressemble à rien , une jeune princesse fille de ce tyran, et un jeune prince vertueux, dont elle est aimée. Le tyran, mécontent de cette inclination, Tait assassiner le jeune prince, et envoie son cœur et ses deux mains coupées à la princesse, qui se tue de désespoir. 11 vient alors sur la scène, et est mis en pièces par le chœur, composé de femmes.

Ce poëme, bizarrement imité d'Euripide et de quelques poètes italiens, est, pour ainsi dire, entrelacé dans une autre pièce formée par quatre intermèdes, où sont reproduites les principales scènes de la Jérusalem délivrée.

1 On peut lire dans l'excellent discours préliminaire de M. Fauriel une agréable analyse de ce roman.

Les Sarrasins y sont appelés Turcs, et dépeints avec beaucoup d'énergie et de haine. C'est le seul trait national de cet ouvrage tout .artificiel, où, parmi quelques beautés ingénieuses et brillantes, on peut surtout remarquer la grande influence des idées italiennes sur l'imagination de l'auteur.

Une aulre production de la même époque et du môme pays porte dans sa forme et dans quelques détails une preuve d'origine grecque et un caractère tout indigène. C'est une pastorale de Nicolas Drimitiko, natif d'Apokorona, prés du canton des Spacchiotcs. Le poète indique lui-même son nom et le lieu de sa naissance, dans des vers d'une autre mesure, à la fin de la pièce; et il ajoute qu'il l'écrivit en 1627, et la fit imprimer à Venise.

Cet ouvrage d'un Grec civilisé conserve cependant une teinte rude et naïve qui témoigne de la vérité des peintures.

Rien de plus simple que le sujet, et de plus touchant que certains détails : c'est la nature antique retrouvée plutôt qu'imitée. Un jeune pâtre gardant ses troupeaux était devenu amoureux d'une jeune fille , dont le père était allé à la carrière chercher de quoi bâtir une bergerie. Ils se jurent de s'aimer, et se donnent pour gage <le leur foi des bagues d'osier. Le jeune homme promet <le revenir dans un mois demander la jeune fille en mariage à son père; il part et, retenu dans ses montagnes par une maladie, ne revient qu'au bout de deux mois. Il rencontre au même lieu un vieillard assis sur un rocher; il l'aborde1; et le vieillard lui dit: « LJie

1 Leake's Researches inlo Grcccc.

m'a chargé de l'attendre dans ces lieux. Il passera, m'a- 1- elle dit, un joli berger, au teint, bruni par le soleil , aux yeux noirs , à la taille élancée , au gracieux sourire. 11 s'informera de celle qui est morte et perdue pour lui. Dis-lui qu'elle est morte, en l'aimant toujours. Qu'il la regrette et qu'il la pleure! qu'il inonde ses vêtements de larmes! car la cause de sa mort, c'est qu'il avait laissé passer les jours sans revenir, et qu'il avait tout à coup oublié la pauvre fille; et , pour cela, elle est morte de chagrin. Et ce jeune berger, ajoute le vieillard, d'après la ressemblance, c'est toi. Je suis en peine pour toi; et je te plains, car je croyais que vous seriez tous deux mes enfants; et nous avions parlé de mariage. »

Le malheureux berger visite la tombe de sa bien-aimée, et fait vœu de renoncer à ses troupeaux pour errer dans les bois avec un mouton blanc qu'il avait reçu de la jeune fille.

On ne peut douter que cette pièce, qui peut-être n'est pas exempte de quelque souvenir de pastorales italiennes, ne retrace les mœurs des bergers spacchiotes, près desquels le poëte habitait, et ne soit le monument curieux d'une poésie à la fois instinctive et cultivée.

Page 1