D E LA TROISIÈME ÉDITION', EH
Tout ce qui parle de la Grèce attire l'intérêt public, ii y a dans cette faveur générale un mouvement de curio- . ii t que d'enthousiasme et d'espérance; il est naturel de se demander quel a été, depuis tant de siècles, ce peuple oublié si longtemps, et tout à coup ressuscité pour l'histoire.
Ainsi on a pu lire quelques scènes historiques du kv* siècle, où les Grecs paraissent aussi différents de l'ils sont aujourd'hui, que des cendres le sont de la vie. Nous avions essayé de les peindre en effet tels que sont les peuples civilisés qui vont mourir, ingénieux, diserts, capables même d'enthousiasme, mais d'un enthousiasme spéculatif, qui ne fait ni l'existence d'une nation ni le génie d'un homme. C'est de ce néant pompeux qu'est sortie la race grecque, pour reparaître à demi barbare, mutilée par les stigmates et les vices d'une longue servitude, mais ayant conservé la croyance et retrouvé le courage.
Les Grecs d'aujourd'hui sont comme ces hommes longtemps obscurs, dans la vie desquels on recherche toutes les époques, lorsqu'ils deviennent célèbres. Comment cette nation, morte depuis trois siècles, a-t-elle
lentement repris la vie , et s'est-clle régénérée d'une vieille civilisai ion par un esclavage qui lui donnait la barbarie? Tout acquiert de l'importance, dans ce nouveau point de vue. Les moindres détails de mœurs, les plus tristes images de misère et d'oppression, les plus faibles indices de courage et d'esprit national, les superstitions populaires s'agrandissent par le dénoùment glorieux qu'elles préparaient et que nous voyons éelore.
Il faut le dire cependant , cette résurrection d'un peuple était naguère encore près de s'évanouir; et l'héroïque résistance de 1820 semblait menacée d'aller se perdre, avec la nation elle-même, dans l'abîme de la tyrannie musulmane, et de n'être qu'un dernier épisode un peu long de ces tristes annales. L'armée égyptienne, transportée par des vaisseaux chrétiens, servie par des officiers et des artilleurs chrétiens, conseillée, préconisée par des hommes d'État chrétiens, avait occupé le sol presque entier de la Morée. Tout périssait ou fuyait. Ibrahim, à la tète de ses nègres et de ses Arabes, enrégimentés en lignes, et faisant un feu régulier, avait, d'après l'avis de ses conseillers diplomatiques, emprunté l'humanité comme la tactique de l'Europe; il ne brûlait pas d'abord tous les villages ; il ne massacrait pas tous les vaincus; il avait une espèce de clémence moderne, qu'on lui avait soigneusement recommandée comme un moyen de victoire et de prochaine extermination. 11 était, de Vienne à Trieste, célébré comme un vainqueur clément et un sage politique. Enfin, soit puissance de la discipline, soit supériorité du nombre, soit influence de l'intrigue et de l'or, le pacha voyait tout tomber devant lui; mais il fut bientôt las de cette humanité apprise qui le privait du meurtre et ne lui donnait pas
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un suj. t de plus» Les incendies, les massacres dos prêtres, li ■> envois de télés coupé.- -s, recommencèrent avec une miaule plus atroce que jamais. Ibrahim ne fit plus que des morts Ou des captifs. I-»* fanatisme mahométan s'acharna même sur la malheureuse Grèce avec un redoublemenl de fureur; et l'été de 1825 parut près de devenir le i< rme de celte guerre et la fin du nom chrétien dm te Grèce.
De nouveaux effiorès ont enfin détourné ce péril : tandtsSjtK le plus expérimenté des anciens clephtes ramenait au tombât ses bandes irrégulières, la discipline • nropéenae a commence de s'introduire parmi les Grecs de la Murée. Le système d'immobilité politique qui frappait de réprobation le courage de ce malheureux peuple, a été tout à coup ébranlé par un grand événement.
Le monde voyait avec étonnement, depuis cinq ans, un monarque d'une àme élevée, sensible à la religion et à la gloire, qui s'interdisait tout signe de pitié envers un peuple dont il partageait la foi, et dont ses ancêtres avaient souvent excité le zèle. Celte conduite s'expliquera peut-être par un sentiment de devoir singulièrement placé, mais concevable dans un homme qui se croyait garant de la paix de l'Europe et sacrifiait tout au scrupule de celte mission, elle peut aussi s'expliquer par ce besoin de repos et cette hésitation à tenter la fortune que devait éprouver un prince jeté, malgré lui, dans une guerre immense, dont il était sorti vainqueur avec une dictature paisible, qu'il ne voulait pas compromettre. Enfin les troubles récents de la Russie peuvent indiquer un genre de péril connu du dernier empereur, et qui occupai! tous ses soins. Mais s'il en est ainsi, on avouera
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que le succès n"a pas été proportionné à la grandeur du sacrifice. On conçoit difficilement qu'une guerre religieuse et nationale eût autant nourri les germes de mécontentement et de sédition , qu'a dû le faire le repos forcé d'un million de soldats, en présence du massacre des Grecs.
Souvent une guerre étrangère l'ut une diversion qui éloigna des troubles intérieurs, et il semble que les jeunes officiers du Nord engagés contre la Turquie auraient plus facilement oublié ces idées de révolution, qu'on les accuse d'avoir recueillies dans leurs expéditions d'Occident. Faudrait-il donc en conclure que là, comme ailleurs, la politique la plus généreuse eût été la plus habile?
Peut-être celte pensée a-t-elle troublé les derniers moments d'un prince qui comptait sur une vie plus longue et qui méritait de n'emporter aucun remords dans la tombe. On dit qu'Alexandre, en voyant la résistance obstinée des Grecs, en entendant les cris de tant de victimes égorgées dans les ennemis de la croix , fut souvent inquiet sur l'inaction qu'il s'était imposée, et qu'enfin il voulait en sortir, lorsque la mort le prévint. A l'époque du débordement de la Néwa, il n'avait pas vu sans douleur la religieuse consternation de son peuple interprétant ce désastre comme un signe de la colère céleste, pour l'abandon des chrétiens de Grèce. Avant son départ pour la Crimée, il n'avait pas entendu sans émotion , le jour de la fête de saint Alexandre Newsky, un vénérable archevêque qui s'était écrié, en lui présentant la croix , au milieu de la cérémonie sainte : « Elle est foulée aux pieds par les infidèles; et elle ne trouve
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le vengeur ! » Mais la Providence ne permet pas toujours aux hommes de faire le bien qu'ils ont longtemps différé; et, dans un coin de cette Grèce abandon-
' sanglante, la garnison de Missolonghi a célébré s morts pour l'autocrate Alexandre Petrowitz.
Il semble que désormais les puissances de l'Eu: ont envers la mémoire d'Alexandre la même dette qu'envers l'humanité. On a peine à concevoir quels intérêts peuvi lit b'v opposer encore.
« L'empire -lus Turcs , disait un grand écrivain au milieu du siècle dernier, subsistera longtemps ; car si quelque prince que ce Eût mettait cet empire en péril, un poursuivant ses conquêtes, les trois puissances commerçantes de l'Europe connaissent trop leurs affaires pour n'en pas prendre la défense sur-le-champ. C'est leur félicité, que Dieu ait permis qu'il y ait dans le monde des Turcs et des Espagnols, c'est-à-dire les hommes du monde les plus propres à posséder inutilement un grand empire. »
Un siècle ne s'est pas encore écoulé depuis cette prédiction, et les Espagnols ont perdu la plus riche moitié de ce grand empire qu'ils possédaient inutilement, suivant Montesquieu; et la plus active des puissances commerciales s'est très-bien arrangée de ce changement ; et les autres attendent l'occasion d'y prendre part. La Turquie peut également perdre la Grèce, où elle n'avait colonisé que la barbarie, sans que le commerce de l'Europe ait à redouter ce changement. Car il gagnerait plus à l'activité des Grecs exploitant un sol fertile, qu'il n'a pu gagnei jamais à l'indolente pénurie des Turcs.
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Cependant ce vieux colosse de l'empire ottoman ne pourrait encore tomber, du consentement de toutes les puissancrs; car il est plus difficile à partager qu'à détruire. Mais du moins qu'on ne lui rende pas ce qu'il a perdu, ce qu'il ne peut reprendre que par la destruction de tout, un peuple! qu'on ne ranime pas la barbarie turque expirante; qu'on laisse vivre les chrétiens échappés à cinq ans de guerre et de massacres ! Voilà ce que demandent le bon sens, l'humanité, la politique. Que la Grèce soit enlevée aux bêles féroces qui la déchirent ! ce n'est pas là une question de théorie sociale; c'est un vœu de religion et d'humanité. Nous avons rappelé à cet égard ce qu'avaient entrepris plusieurs pontifes, dans le xve siècle et le siècle suivant. Pourquoi la môme autorité sainte n'a-t-elle pas parlé de nos jours? Que n'cùî-elle pas fait dans une semblable cause? et qu'il eût été beau de voir, dans une occasion solennelle , le pontife de Rome appelant, sur les malheurs de la Grèce et la désolation de ses temples, la pitié de tous les chrétiens d'Occident! 11 y a trois ans, lorsque la mort du vénérable Pie Vil fut annoncée dans la Grèce, tous les vaisseaux grecs se couvrirent de drapeaux noirs. Portera-t-on le deuil de la Grèce dans l'Europe chrétienne?
Depuis cinq ans, rien de décisif pour la Grèce, excepté
son héroïsme. Aucun signe de salut ne s'est levé sur l'horizon chrétien. Le Nord est immobile : la diplomatie voyage et délibère; cependant le sang coule, le sacrifice s'achève; la faim, la misère, le sabre des Turcs moissonnent cette nation coupable d'avoir osé revivre au christianisme et à la liberté.
La Grèce meurt longtemps. Une de ses villes attire
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peux -de toute Tl£urppe, par son intrépide résistance 1 1 L'incertitude de sa destinée. Missolonghi, sous les feux qui l'écrasent, sous lus assauts redoubles des Barbares, uveloppé pour nous d'un sombre nuage. Il semble par moments qu'il se dissipe, 1 1 que nous pouvons encore apercevoir sur des débris quelques hommes qui cornut au pied d'une croix. L'admiration publiqu< suit de ses voeux; elle tremble; elle es[>ère; elle annonce leur victoire.
Ils ne peuvent avoir d'autre salut ; l'empire ottoman ne a eut plus même d'eselaves. Dans le sanguinaire orgueil de sa puissance au déclin, il aime mieux multiplier les cordons de tètes humaines attachées aux portes du sei ail : c'esl use qu'auront les ambassadeurs
chrétiens.
là toutefois, peut-on songer sans frémir que jamais plus affreux abus de la guerre ne fut plus facile à réprimer! La barbarie n'égorge en ce moment que sous la tolérance des États civilisés. Un conseil, une menace expressive feraient rentier la Turquie dans le néant de son impuissance. Mais il faut pour cela l'accord de plusieurs gouvernements; il y a des intérêts difliciles à régler, des troubles dangereux à pi éveiiir. Ah! croyez-vous qu'aucun des grands homa.es dont s'honore l'histoire, eût été, dans de pareilles circonstances, arrête par de tels obstacles? Est-il un autre exemple d'une si longue atrocité soufferte en pleine civilisation, à la lumière du christianisme? Veut- en donc promulguer hautement que la religion, la justice, l'humanité, ne sont (pie de mots? Veut-on décréditer les solennités du culte interrompues par les cris lointains des martyrs de la
croix ? Que sont en effet les pratiques d'une piété facile et quelquefois ambitieuse, à côté de la communion vraiment sainte de ces guerriers quittant l'autel pour aller mourir, dévoués à leur Dieu et à leur pays ?
Partout, il est vrai, dans l'Europe, la pitié publique se manifeste; des aumônes sont réunies, des secours sont envoyés. En France , d'éloquentes protestations sont consacrées par les suffrages de l'un des grands corps de l'État. On voit à Paris les femmes les plus distinguées à tous les titres faire de pieuses quêtes pour les combattants et les blessés de la Grèce : tous les arts rivalisent de zèle et de générosité; le même sentiment éclate, le même exemple se renouvelle dans toutes nos villes. La Suisse, la Belgique, une partie de l'Allemagne, quelques hommes de l'Angleterre ne montrent pas moins d'humanité ; mais que seront tous ces secours, si la pitié ne vient pas encore de plus haut ?
Il est à croire que l'empire turc, aidé, recruté, dirigé par les secours de la civilisation moderne, pourrait, dans peu d'années, beaucoup avancer la destruction de la race grecque. Ces familles errantes, ces populations de vieillards et de femmes , réfugiées sur des îlots déserts, s'éteindraient promptement; les bandes irrégulières ou disciplinées qui résistent encore succomberaient à leur tour. Alors, des hordes nouvelles seraient transplantées dans la Grèce; une nouvelle avant -garde de peste et de barbarie viendrait border ce côté de l'empire turc; Hydra, le dernier espoir de la Grèce, périrait assiégé par quelques-uns de ces vaisseaux turcs construits dans nos ports ; une race chrétienne aurait disparu lentement, difficilement, par une glorieuse agonie;
quelques malheureux restes échappés au massacre se répandraient dans l'Europe, connue ces Grecs réfugiés
de Byzance, il y a trois siècles. Celte fois, ce ne seraient pas des théologiens et des lettrés, débris d'un peuple vieilli, mais quelques enfants de ces héros, gloire imiii «telle d*un peuple rajeuni. Nous fonderions apparemment des hospices peur eux. Mais peut-on dire assez quel serait le sentiment de honte et de douleur, le sinistre malaise qui suivrait ce spectacle d'un peuple exterminé tout entier, pour avoir voulu conserver son culte et son indépendance! Ah! pour l'honneur de la religion, pour la paix des empires, qu'un si grand malheur ne s'accomplisse jamais !
Et si, comme tout l'annonce, ce dénoûment funeste est retardé à force de courage; si d'aflreux désastres laissent encore quelque espérance, puisse la politique européenne profiter de cette trêve qui lui est laissée pour >udre elle-même, et pour sauver un peuple dont la destruction achevée flétrirait à jamais notre époque! Puiss le sacerdoce faire entendre sa voix, et se rappeler lies paroles de Chrysostôme conseillant un acte de justice et d'humanité : « Il ne s'agit pas seulement ici du sort d'une ville, mais de l'honneur du Christianisme tout entier. » Et cependant que les efforts de la charité publique ne se lassent pas ! que ce zèle si ingénieux à secourir le malheur s'anime et se multiplie ! que partout il parle, il agisse ! la civilisation à elle seule peut sauver la Grèce.
P. S. Enfin l'indifférence flegmatique des hommes d'État s'est lassée; le temps a marché. Les effroyables spectacles que nous déplorions sont devenus des sou-
vcnirs. Missolonghi a péri dans le sang et la flamme ! Quelques centaines de guerriers, traînant, au milieu d'eux, des enfants et des femmes, ont traversé, entre des batteries, par une route jonchée de leurs morts, le camp d'Ibrahim. Ces restes de la Grèce nouvelle sont allés mourir devant la citadelle d'Athènes , assiégée par les Turcs.
Mais ici, je ne sais par quel motif, notre Europe a eu plus de pitié pour des ruines que pour des héros. On n'a pas voulu peut-être que le Parthénon périt dans une explosion dernière. On s'est interposé en faveur de la garnison d'Athènes; et grâces en soient rendues à un noble sentiment ! On a voulu sauver ce généreux Français, éprouvé par tant de fortunes diverses, et qui serait mort avec ceux qu'il avait défendus. Là commence, il faut le croire, une conduite nouvelle et décisive pour le salut de la Grèce. Le traité du 20 juin 1827 est venu promettre, parla signature de trois grandes puissances, un secours qui ne saurait être inutile, sans une dérision flétrissante. Vainement on remarque les expressions timides ou ambiguës de ce traité, le soin de garder une sorte de neutralité entre les bourreaux et les victimes, la menace éventuelle en réserve contre les malheureux Grecs; il faut admettre ces précautions, en partie dictées par la pudeur du passé , et par les difficultés même qui sont nées d'une fausse et cruelle politique. On ne peut pas renier tout à coup le langage que l'on a tenu si longtemps ; on ne peut pas dire anathème à sa propre conduite. Que la cause de l'humanité soit sauvée, quoique bien tard ; c'est encore un sujet d'éloge et de joie.
On sent ici la puissance de la justice et de la vérité. Il
n'y a pas longtemps encore, la tribune de France a retenti de sophismes et d'invectives contre les Grecs. Une réponse éloquente et simple1 justifia les victimes, et montra ce que le zèle de quelques Français et la gênépubli pie avaient lait pour soulager un peuple malux. Ces secours, fruit de tant d'efforts, étaient bien faibles sans doute, si on les compare aux maux eflroyables donl six ans de guerre et de ravage ont affligé lu . Mais l'exemple avait été plus salutaire encore que infait. Tant de voix qui se sont élevées de toutes parts, et surtout de la France, pour accuser une apathie ire, ont agi sur ceux même qui semblaient les dédaigner. La supplique des Grecs avait été durement repous- I rès de Laybach; mais le cri de l'Europe, émue d'horreur, a lentement pénétré dans les conseils des princes. L'indignation des peuples a réveillé la conscience des politiques. C'est un des services qu'a rendus «m monde cette liberté de la presse, tant accusée, mais accusée surtout du bien qu'elle a fait.
La France a vu le succès de ses vœux au moment où elle venait de perdre la liberté, qui lui avait servi si noblement à les exprimer. Et l'on peut dire que l'opinion a joui de sa plus belle victoire, le jour môme où elle subissait l'auront d'une chaîne nouvelle. Depuis cette époque a paru la réponse du divan, écrite avec cette bonne foi d'un despotisme ignorant, que l'on inquiète dans ses massacres. Aucune ironie de publiciste n'aurait sans doute été plus amère que la prétention de ces Barbares à séparer le monde en souverainetés absolues, parmi lesquelles ils réclament leur part de droit divin
1 Discour? de M. le général Sébastiani.
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et d'oppression inviolable. Certes, la liberté de la presse n'aurait pas trouvé, contre les abus du pouvoir arbitraire, un plus piquant sarcasme que ce naïf et injurieux parallèle allégué par la chancellerie de Constantinople. 11 semble nous prédire que le vœu des trois puissances d'Europe va trouver des obstacles. Quand cesseront-ils? quand la destruction s'arrêtera-t-elle pour la Grèce? La face du monde est si changeante et la mort si prompte, que l'homme d'État auquel arrive la pensée du bien, doit se hâter de l'accomplir et d'honorer son nom.
Déjà l'un des auteurs du traité du 20 juin, le ministre qui, promettant partout l'émancipation et la justice, avait fondé son pouvoir sur l'attente de toutes les «âmes généreuses, Canning a cessé de vivre. Interprète éclatant plutôt que soutien nécessaire du vœu public, il laisse après lui des hommes qui n'abandonneront pas son ouvrage ; et , quoique le salut de la Grèce soit une question secondaire dans les vœux de la philanthropie anglaise, l'esprit de liberté doit la soutenir; et, sans doute, la politique saura bien y gagner quelque chose.
De grands motifs d'ambition rappellent aussi sur la Grèce l'ancienne protection de la Russie. La France arrive la dernière ; elle semble traînée vers le but, où l'opinion nationale l'aurait portée dès longtemps. Puisse du moins cette coalition être sincère dans le vœu de conserver ce qui reste du peuple grec! puissent enfin ses flottes ne pas arriver pour ensevelir des morts ! Il est manifeste que tous les conseils des souverains hésitent avant de porter le premier coup à l'empire turc. On
craint le commencement dune guerre et L'ébranlement
de l'Europe ; mais la nécessité des choses pousse à cette guerre; elle est tôt ou tard inévitable; et il vaut mieux b*j préparer sous de favorables auspices, en sauvant la vie d'un peuple. La politique, dans ses entreprises, n'a pas toujours de si heureux commencements.