RIS
jârdii i reggi, ornés d - marbres les plus pn i de la l isinés comme les bosquets d'Académie.
i ciel de la Toscane jetait sur cette tète une lumière
bi Mante que le climat de la Grèce. Les disciples de ll.it h semblaient réunis : on lut un passage de ses éloquents i crits sur l'immortalité de l'âme et la beauté de 1 1 ferla. On i hymnes à sa gloire. On remercia
la ProTÎdence d'avoir accordé jadis à la terre cet homme rertueui et ce divin génie. Les Italiens étaient saisis d'une ivresse d'admiration; les Grecs fugitifs éprouvaient gueil, en voyant honorer après tant d< avenirs de leur patrie. Gémiste se croyait dans Athènes affranchie des Barba Ml ts iris, qui, dans les lettres, ne cherchait qu'une s rvir et de ranimer la Grèce, vivait malheureux, parmi les fêtes et le repos de Florence. Souvent, lorsqu'aci milieu d'une jeunesse accourue de toute l'Italie
l'entendre, après avoir redit les grandes pensées de l'ancienne Grèce, il parlait de l'oppression de sa patrie, i"iit' - dent émues de colère et de piné. Mais
noble chaleur passait avec la mobile vivacité des
- mations d'Italie. La politique de Cosme ne songeait 'ailleurs à prendre la moindre part dans des guerres
aventureuses; et il croyait faire assez d'embellir Florence
par le commeice et par les arts. « Soyez heureux parmi
disait-il à Lascaris. Quand on annonça le projet
du souverain pontife de marcher lui-même a la tète d'un.'
- ide : i Voilà, dit-il, un vieillard qui fait une entre-
le jeune homme. »
1 nie d'Éphèse et Nicéohore étaient arri-
vés dans Rome, qui retentissait encore des prières ordonnées pour la délivrance de la chrétienté. Ils apprirent qu'au delà des monts la ruine de Byzance avait excité la colère des Francs. Plusieurs pèlerins, venus à Rome pour les indulgences de la croisade, racontaient une fête célébrée dans le palais du puissant duc de Bourgogne, et où le courage des chevaliers s'était enflammé par un spectacle extraordinaire. Au milieu des joies du banquet, on avait vu paraître dans la salle, sur un éléphant conduit par un Sarrasin de taille gigantesque, une femme vêtue de deuil, et qui semblait captive. Tandis que tous les yeux étaient fixés sur elle, cette femme, comme si elle tût représenté l'Église prisonnière des infidèles, avait chanté d'une voix douloureuse une complainte, pour appeler à son secours les preux de France et de Bourgogne. La Foi, l'Espérance, la Charité et toutes les vertus chrétiennes figurées par autant de jeunes filles vêtues de blanc, él aient venues ensuite chantant tour à tour des vers, pour émouvoir le cœur des fidèles. À cette vue, tous les chevaliers, et le duc à leur tète, avaient juré de prendre la croix; ils avaient juré sur la Toison d'or, sur le nom de la Vierge, et sur le faisan, symbole de cette chevalerie d'Occident.
Ces idées, ces coutumes étaient bien nouvelles pour des Grecs de Byzance et d'Éphèse ; mais la réputation du courage des Francs, toujours célèbre dans l'Orient, ranimait la confiance des fugitifs. Théodore, dans l'ardeur de sa foi, contemplait déjà la croix victorieuse relevée sur les murs de Constantinople, et le temple de Sainte-Sophie sanctifié de nouveau par le culte du Seigneur.
( ., i espoir remporta sur sa répugnance pourundési r-
trin de la loi grecque; et il se pressa de voir le cardinal Ressanon. 11 se r« îulit à son palais, au pied du mont Quilinal, près de l'église des Saints-Apôtres. En traversant le péristyle, les yeui de l'évêque d'Éphèse Turent frappés é i m basses de la cour romaine. Sous un immense portique étaient réunis des marbres précieux de l'ancienne l'airain, des statues, monuments iinmortela du paganisme al»oli. Tous ces trésors récemment ■il ce luse de l'antiquité renaissante, ornaient, avec un peu de désordre, la demeure du savant cardinal; et des prêtres de l!Église de Rome prenaient ant, d'embarrasser leurs robes dans les BWgnifiques débris de quelque dieu mutilé. Tous ne louaient pas également le zèle curieux de Bessarion. Quelques-uns remarquaient avec ironie, qu'à ces soins mes il était facile de reconnaître un Grec d'origine, un ■éopfayle, ancien disciple de Terreur. Retiré dans le lieu le plus solitaire de son palais, le cardinal était dans ce moment occupé d'une question de philosophie qui lui -nul- lait mal expliquée par Aristotc. Cependant, averti de la présence de Théodore, il abandonna tout, pourvoir un compatriote; et quelle que lût la division de ces deux bomnes, heurs premières paroles, dans cette langue qui leur était comnune, furent pour eux pleines de douceur. ti ion n'était plus jeune; et les voyages, l'étude, les -nns de l'ambition avaient vieilli les traits de son m brillait une empreinte italienne et grecque à la l«»is, un mélange- de vivacité, de finesse et d'enthouriasmt, tempéré par la lierté d'un cardinal. Ses manières
104 LASCAIUS.
étaient simples : son vêtement rappelait celui des religieux de Saint-Basile; et il portait, suivant l'usage d'Orient, cette barbe longue dont se moqua Louis XI, dans l'audience solennelle qu'il lui donnait un jour, comme ambassadeur de la cour de Rome.
Accueilli par son ancien adversaire, Théodore s'informa promptement du sort des jeunes Grecques appelées en Italie, et du respect qu'un avait eu pour leur foi. Bcssarion interrogeait l'évèque d'Éphèse sur les monuments de la Grèce profane; il se reprochait de n'en avoir pu recueillir encore qu'un bien petit nombre. « Mais quoi, disait Théodore, quelle est cette vaine curiosité? sachezle donc : l'Évangile est sous les pieds de l'impie. Nos frères de Grèce et d'Orient sont entre l'apostasie et l'esclavage. Il n'y aura bientôt plus de chrétiens dans la Grèce. Pontifes d'Italie, vous accueillez les traditions d'Athènes et les livres des gentils; mais vous laissez périr la vraie foi. — La vraie foi, dit Bessarion; elle est à Rome dans le sacré collège. — La vraie foi, reprend l'évèque d'Éphèse, est celle des martyrs ; elle est gravée sur la dernière pierre de nos églises détruites et dans le cœur de nos pontifes égorgés. » En achevant ces mots, il sortit plein de colère.
Cependant Bessarion prodigua ses soins et sa richesse aux Grecs fugitifs. Retirées dans un saint asile, les religieuses de Byzance y conservaient leur règle austère. Un grand nombre de familles du Péloponèse et des îles étaient accueillies au port d'Ostie. Beaucoup d'autres étaient rachetées de l'esclavage. Le souverain pontife montrait également de la charité pour le malheur et de l'admiration pour la science. 11 enviait à Florence cette
[ASCARIS. 10 J
académie platonicienne fondée par 1rs Ifédicis. Il cncou-
. les mêmes études dans Rome.
Parmi toutes ses dignités apostoliques, Bcssarion était supérieur du monastère de Crypta Ferrala, bâti dans la villa de Cicéron, à Tusculum. Là souvent il réunit quelques-uns de ses éloquents compatriotes; et il semblait que l'ombre du génie de la Grèce vint errer sur ces ruines, qu'avait illustrées le génie de Rome. Que de fois, dans ces entretiens, on espéra de voir la Grèce affranchie des Barbares! Que de fois on se promit d'armer les lent pour une cause si sainte ! Lascaris quitta le repos de Florence et l'amitié des Médicis, pour venu excit< r Bessarion, et ranimer en lui le zèle de la patrie par l'amour des arts. Souvent, sur les débris de Tusculum, il montrait à ses yeux la barbarie menaçant toute l'Europe, et Mahomet poursuivant bientôt dans l'Italie la Grèce renaissante. Le cardinal était touché de ces images : de telles paroles étaient plus puissantes sur lui que les prières hautaines de Théodore. Quand il i près de lui ces hommes ingénieux et enthousiastes, dont il fiait le compatriote, il oubliait les querelles relises et les défiances de la cour de Rome ; il s'animait, comme eux, au souvenir des grands génies de la Grèce; il versait des larmes, en pensant que cette patrie d'iiomère et do Platon était la proie des Barbares; il écoutait avec une sorte d'illusion les vives paroles de son maître Gémiste rêvant la liberté d'Athènes, qui serait encore quelque jour le temple de la philosophie et des arts; il était ému de cette pensée; il redevenait Grec, à force d'être platonicien; et il promettait d'employer son zèle,
106 LÀSCÀRIS.
ses efforts, son crédit clans le sacré collège, pour hâter une croisade, surtout si l'Église grecque voulait enfin reconnaître ses erreurs , et accepter avec une foi docile Tu ni on de Florence.
Mais rien de cela ne répondait aux vœux ardents de Théodore. Il était inquiet du séjour de Rome pour la foi de ses frères; il était pins inflexible dans l'exil qu'à Byzance; il s'accusait d'avoir désiré le secours si tardif et si dangereux des Latins. En vain Nicéphore , dans son zèle plein de douceur, cherchait h calmer cette âpre véhémence. Il était faible devant l'évèque d'Éphèse ; il respectait son invincible fermeté ; il s'effrayait à l'idée de paraître lui-même abandonner encore la foi de ses frères malheureux ; il eût redouté, en contredisant Théodore, de sembler parjure.
Ainsi l'évèque d'Éphèse, dans une longue attente, vit passer les espérances qu'il avait formées pour le salut de la Grèce. Les pontifes romains se succédèrent. Bcssarion lui-même fut près d'obtenir le trône pontifical; et l'ancienne jalousie des Latins contre les Grecs , la défiance pour un nouveau converti, tout zélé qu'il était, l'écartèrent seules de cet honneur, où l'appelaient son savoir et son génie. Déchus de l'espoir d'un si grand appui, les Grecs se consumèrent en vains efforts. Leur zèle même nuisait à leur puissance. L'orgueil de l'Église latine s'effrayait de la hauteur de ces prêtres d'Orient qui , proscrits, fugitifs, sans patrie, sans autels, ne perdaient rien de l'inflexibilité de leur foi, et n'auraient pas acheté d'un repentir le salut de la Grèce.
Enfin, cependant, TEurope parut touchée de leurs
plaintes, ou plutôt de ses propres périls-. -Eneas Sylvius, ami passionné des arts et zélé pour la gloire du nom chrétien , fut élu souverain pontife , tandis que Mahomet étendait son empire jusqu'au Danube, et envahissait à la fois le nord et le midi de l'Europe. Venise menacée, Belgrade assiégée, tous les pays voisins de la Grèce, subjugués comme elle, effrayèrent l'Occident. Le pontife romain fit un dernier effort, pour apaiser les inimitiés des princes chrétiens, exciter l'ardeur des peuples, les réunir dans une Croisade, et rejeter enfin les Barbares au delà de l'Europe. Il convoqua, dans cette espérance, un concile à Mantoue. On y vit les ambassadeurs de France et de Pologne, ceux du roi de Naples, des ducs de Bretagne et de Bourgogne , et des républiques d'Italie. Le duc de Milan, François Sforce, y parut. Les envoyés de l'ile de Lesbos, de l'Épire et de Monembasie dans la Morée , retracèrent les maux de leur pays. Le souverain pontife et Bessarion parlèrent avec éloquence. La guerre fut résolue. Bessarion repartit alors, pour solliciter les secours des princes d'Allemagne ; et le souverain pontife annonça la réunion de la croisade dans la ville d'Ancône. Mais les rois, malgré leurs promesses, étaient distraits par leur ambition et leurs querelles. Alphonse d'Aragon était mort avant d'avoir fait la paix avec Venise. Le duc de Bourgogne avait vieilli, en projetant une croisade dans les fêtes de sa cour ; et maintenant il redoutait l'ambition de Louis XI. L'Allemagne était pauvre et divisée; l'Angleterre était agitée par les guerres sanglantes des deux familles royales. Les princes d'Italie se surveillaieix, l'un l'autre. Les dimes réclamées par la cour de Rome
108 t LASCARIS.
commençaient à peser aux peuples. L'empereur d'Allemagne abandonnait la Hongrie. Il n'accourut à la voix du pontife romain que des hommes obscurs et sans pouvoir. Toutefois, le cœur des réfugiés palpita de joie ; ils crurent toucher au moment de revoir leur patrie, et de combattre pour la délivrer. Mais la mort du pontife romain vint détruire toutes ces espérances. Faible vieillard épuisé par les efforts d'une si grande entreprise , il expira dans Ancône, en faisant des vœux pour les chrétiens de la Grèce, et en recommandant à l'Europe de venger cette cause sacrée. Le zèle religieux , ranimé par un grand homme, s'éteignit avec lui; les mœurs plus douces, l'activité du commerce refroidissaient les esprits pour ces guerres lointaines. Les Vénitiens seuls voulaient combattre, parce qu'ils avaient besoin de se défendre. Leur ambition fit la paix, quand elle n'espéra plus tirer parti de la guerre.
Ainsi livrés à la politique intéressée de l'Europe, les Grecs continuaient d'éclairer de leurs sciences des peuples qui les abandonnaient. Ces apôtres des lettres eurent, en peu d'années, répandu leur langue et leur philosophie dans les villes d'Italie. Les chefs-d'œuvre de l'antiquité grecque, révélés de toutes paris, excitèrent un enthousiasme inconnu jusqu'alors. Le zèle exclusif, qui d'abord attacha les esprits à la contemplation du génie antique, semblait ralentir l'originalité nationale; mais elle germait avec plus de force, sous cette riche culture. Les grands hommes du xvie siècle allaient naître; les bannis de la Grèce, qui travaillaient à préparer cette grande époque, ont laissé peu de gloire; leur puissance fut tout entière
dans la parole, et fugitive comme elle. Ils répandirent autour d'eux l'admiration et le goût des arts; ils agitèrent l'esprit humain; ils sauvèrent la plus belle moitié des monuments antiques; mais, eux-mêmes, ils n'ont pas créé de monuments. Ainsi leur souvenir a disparu dans la gloire des hommes formés par leur exemple; et la grandeur même de leurs services en a plus rapidement fait perdre la trace.
Après la mort du pontife romain, l'évêque d'Hcraclée, érant plus rien de l'Europe, retourna dans l'Orient pour y soutenir la foi de ses frères contre les épreuves de l'esclavage. « C'est là seulement , dit-il , que je dois expier mon ancienne faiblesse, dont Rome me fait souvenir. » On raconte qu'il vécut quelque temps à Constantinople et dans la Morée, portant partout l'ardeur de sa charité, s'introduisant dans les bagnes des esclaves chrétiens , bravant chaque jour la peste et le cimeterre des Turcs. Doux autant qu'intrépide , il calmait ces haines religieuses que les chrétiens des deux communions conservaient en Orient jusque sous le poids de leurs fers, il leur prodiguait également ses secours et leur prêchait le même Évangile. Il n'était plus sectaire, il était chrétien ; et dans sa bouche, la divine parole inspirait un zèle [ de force et de patience. Il périt au milieu de ses œuvres saintes. Les Turcs, en permettant aux Grecs vaincus de racheter leur vie et l'exercice de leur culte par un tribut annuel, leur enlevaient une partie de leurs enfants, pour les convertir à la foi musulmane; et ils punissaient avec une grande cruauté tout prêtre chrétien qui cherchait à inspirer à ces jeunes Grecs l'horreur d'une telle apostasie.
Accuse d'avoir voulu ramener à la religion de leurs pères quelques-uns de ces otages de l'islamisme, élevés parmi les Azamoglans de Byzance, Nicéphore subit un affreux supplice. Son corps, brisé à coups de marteaux de forge, fut jeté cà la mer, de peur que les chrétiens ne l'honorassent; mais son nom resta consacré dans la Grèce comme celui d'un martyr.
Avant d'apprendre cette fin glorieuse de Nicéphore, Pévêque d'Éphèse avait aussi quitté l'Italie, conduit par une autre espérance. Sur les plus âpres sommets de PÉpire, vivaient des patres à demi sauvages, dès longtemps traités de rebelles par les souverains de Byzance, mais qui, n'ayant jamais été souillés par le mélange d'une barbarie étrangère, conservaient dans leurs mœurs et dans leur courage la plus vive empreinte du génie national. Ces Grecs, autrefois invincibles à la puissance romaine, n'avaient été domptés que par le christianisme; et ce joug, le seul qu'ils eussent porté jamais, leur inspirait d'autant plus de haine pour l'oppression des Turcs. C'est parmi eux que Théodore alla chercher un asile, où il pût longtemps souflrir pour la foi et pour la patrie. Jeté par un navire italien sur les côtes del'Epirc, il traversa le pays désolé, et parvint dans h s montagnes, sans autre trésor que son Évangile et sa croix d'évèque. Ces hommes belliqueux qui vivaient dans un continuel péril , entre les assauts des Turcs et toutes les privations d'un climat rigoureux , accoururent avec joie près du saint prêtre qui leur semblait envoyé par le ciel. Leurs villages avaient été brûlés dans les incursions de leurs barbares ennemis, ils n'avaient plus d'autre refuge pour
leurs familles, que le creux des rochers, et quelques huttes grossièrement construites aux lieux les plus inaccessibles , et sous les coups de la tempête. Ils campaient la nuit, en plein air, près des feux allumés ; le jour, ils avaient à combattre sans cesse les postes des janissaires; et lorsqu'ils tombaient aux mains de leurs ennemis , ils périssaient dans d'horribles tortures. Mais jusque-là ils étaient libres ; et cette vie dure entretenait en eux le patriotisme et le coin âge. Théodore bénit le ciel d'avoir à partager de si rudes épreuves , qui promettaient d'être couronnées par le martyre.
On dit qu'il habita longtemps parmi ces bandes guerrières, dont la race s'est perpétuée sur les montagnes de la Grèce. De là il visitait quelquefois les saints monastères qui couvrent les hauteurs de l'ancienne Arcadie. 11 ranimait la foi des religieux découragés par l'oppression des Turcs. Il apparaissait, au milieu d'eux, comme une image de l'antique Église : et lorsqu'au retour de la solennité de Pâques, il célébrait sur la montagne le divin sacritice, et chantait l'hymne du Christ glorieux , à ces mots : le Christ est ressuscité, le Christ est le vainqueur, les paires, les laboureurs, accourus de toutes parts, croyaient entendre une voix prophétique annoncer l'affranchissement et la renaissance de la Grèce. On répétait les paroles sacrées; on les mêlait au salut du matin et à l'adieu du soir. Une commune joie se répandait depuis les sanctuaires du couvent de Méga-Spiléon, et les sommets d'Agrapha, jusqu'aux villages de la plaine asservis par les Barbares. Ainsi la religion soutenait ce peuple affligé, et faisait vivre son espérance. Que de fois Théo-
dore, dans les plus âpres retraites de l'Épire et de la l'hessalie, célébra les cérémonies sacrées, an milieu des Klephtes adoucis par ses paroles! Que de fois il ranima leur constance dans la défaite, ou les rendit humains après la victoire ! L'Évangile par sa voix enseignait à ces Grecs sauvages des vertus dignes de leur valeur. Parmi les représailles d'une vengeance journalière et terrible, souvent on vit briller en eux la générosité , la pitié pour les faibles, le respect pour les femmes captives. Le saint évèque, disaient-ils, nous bénira. Il était comme une conscience visible pour ces hommes incultes et farouches.
Il leur rendait une patrie parla religion; et quand ses paroles pleines de foi leur montraient le temple de Sainte -Sophie souillé, la croix d'or et la table sainte brisées par les infidèles, tous voulaient mourir chrétiens et libres. Souvent, dans les montagnes de l'Épire et de la Thessalie , et sur les sommets du Pinde, on entendit répéter le chant de la ruine de Byzance. Au milieu de l'esclavage et du désert, on redisait cette prophétie poétique, où respire tout l'espoir de la Grèce chrétienne : « 0 Vierge sainte, souveraine maîtresse! silence; ne pleure pas , ne gémis pas ; avec le temps et les années ,* et la ville et le grand monastère, toutes ces choses seront à toi de nouveau. »
Ainsi l'évèque d'Éphèse entretenait l'amour du pays et l'espoir de la délivrance parmi ces peuplades fidèles et ignorées, tjui avaient à peine connu l'empire, au temps de sa splendeur. 11 se consolait lui-même dans la pensée qu'un jour, de ces retraites sauvages, sortiraient les vengeurs de la croix et les libérateurs du temple. 11 pré-
ferait leur rude simplicité et leur foi naïve à la mollesse et aux arts nouveaux de l'Occident. Il vécut jusqu'à la plus extrême vieillesse dans cet apostolat , où le soutenait l'espérance. Quelquefois , par l'entremise d'un marchand étranger, ou d'un moine voyageur du mont Athos, il fit parvenir des nouvelles de la Grèce à ses compatriotes dispersés à Rome, à Florence, à Mantouc.?Il leur parlait de ces Grecs sauvages , autrefois dédaignés par l'empire, et où se retrouvait la patrie : « Tâchez d'émouvoir vos peuples polis, écrivait-il à Lascaris : moi , j'anime nos Barbares. Répandez les arts dans l'Europe; je conserve la religion dans la Grèce. » Au milieu de ces soins, il mourut plein de jours. Les pâtres de la montagne lui creusèrent une tombe dans la roche qu'il avait habitée. On se partagea ses vêtements comme de saintes reliques. Les feuillets de son Évangile furent distribués entre les familles errantes de la peuplade. On allait prier sur sa tombe, d'où jamais , dans leurs combats et leurs fuites, les montagnards ne laissèrent approcher les Turcs. Longtemps après , les pères montraient à leurs enfants la pierre où le saint évoque s'était assis , le torrent desséché où il avait célébré les divins mystères, l'arbre auquel il avait suspendu une image de la Vierge sainte , le sommet de la montagne où il avait ranimé le courage des Grecs, l'étroit et sombre défilé où il avait obtenu la vie des prisonniers turcs enlevés dans la plaine ; et le souvenir d'un homme conservait tout un peuple.
Tandis que la Grèce se renouvelait lentement par la barbarie, ses arts antiques éclairaient l'Occident. Protégée d'abord par la cour pontificale , l'imprimerie faisait
connaître à l'Europe les chefs-d'œuvre d'Athènes ; l'ignorance se dissipait à la lueur de ces sublimes modèles. Ainsi s'accomplissait l'heureuse révolution qu'avait annoncée Lascaris. Pour lui , satisfait d'avoir mis la main à ce grand ouvrage, il tournait incessamment ses regards vers la Grèce. Ce sentiment était plus vif encore dans ce vieux adorateur de Platon, dans Gémiste chassé d'ahord de son pays esclave. Le séjour de Rome et môme de Florence ne put le retenir longtemps. Il aima mieux aller achever sa vie sous la domination des Turcs, au milieu des ruines d'Athènes. Arrêté par un charme puissant , il voulut mourir dans ces lieux sacrés pour lui , comme ces prêtres du polythéisme qui, au milieu du renversement de leurs idoles, lorsque les temples étaient détruits, la flamme du sanctuaire éteinte, ne pouvaient être arrachés du lieu où ils avaient adoré des divinités qui n'étaient plus.
Sans partager ce culte aveugle pour le sol de la Grèce défigurée par l'esclavage , Lascaris voulut aussi se rapprocher de son infortunée patrie. Après avoir rempli à Florence, à Rome, à Mantoue, cette noble tache de multiplier, de répandre les sciences et la philosophie de la Grèce , quand il vit une génération nouvelle se former autour de lui , quand il fut assuré que l'inestimable dépôt conservé par ses efforts était désormais acquis au genre humain, malgré la faveur des républiques et des princes d'Italie, il revint en Sicile '. Il préféra cette contrée pour son dernier asile , parce qu'il y recevait plus
1 Voir, à la suite, la note H.
L ASCARIS. 115
vite îles nouvelles de la Grèce, et qu'il pouvait y recueillir, par intervalle, quelques malheureux compatriotes échappés à l'oppression des Barbares. La civilisation de île était toujours imparfaite et grossière , les arts de la vie presque entièrement négligés, les sciences inconnues, l'usage du papier fort rare. Lascaris , par sa seule présence , y fonda cependant une école qui fut bientôt célèbre, et qui attira des disciples de toutes les villes d'Italie , et des autres contrées de l'Europe, même des îles Britanniques.
C'est là que ce généreux Grec, plus de trente ans après la ruine de Constanlinople, s'entretenait encore de ses tristes souvenirs et de ses nobles espérances déjà presque accomplies. Il avait vu, dans ce long intervalle de temps, beaucoup de projets formés en Europe pour la délivrance de la Grèce : les pontifes de Rome l'avaient souvent réclamée; les rois l'avaient promise. Rien ne s'était fait. La mort de Mahomet avait affranchi l'Italie de la terreur, mais avait laissé la Grèce dans les fers de Bajazet.
Cependant l'esprit humain s'était éclairé; les arts avaient fait de rapides progrès; une industrie d'abord merveilleuse était devenue presque populaire. Lascaris recevait de Rome ou de Venise ces ouvrages, dont il avait apporté en Italie les précieux originaux , maintenant reproduits par un art indestructible. Un jour qu'entouré de ses disciples, il achevait de Lur interpréter le sublime passage de Platon, racontant, sous une forme à demi fabuleuse, les vieilles traditions de l'Egypte sur l'il» Atlantide , il apprit qu'un pilote génois venait de •uvrir un nouveau monde, et de retrouver cet autre
hémisphère que les siècles antiques avaient connu, ou que Platon avait deviné.
Belle époque de l'histoire moderne ' heureux âge de l'esprit humain , où les âmes encore jeunes et naïves avaient incessamment le plaisir de la science et l'émotion de la découverte!
Lascaris, avec une vivacité d'imagination que la vieillesse n'avait pas affaiblie, versa des larmes en apprenant cette nouvelle conquête du génie de l'homme. Dans les derniers temps de sa vie, il entretenait souvent les jeunes étrangers de cette grande révolution du monde; il parcourait avec eux tout ce qui s'était fait en Europe de grand et de nouveau depuis trente ans, les lettres florissantes , le génie des anciens retrouvé , leurs pensées entendues et inspirant des pensées nouvelles, enfin L'univers s'agrandissant, à la même époque où les esprits s'éclairaient. Plein de ces réflexions, et toujours animé par ce prosélytisme des arts qui avait passionné sa jeunesse, Lascaris, avant de mourir, conduisit un jour les jeunes étrangers rassemblés près de lui au lieu où, pour la première fois, il était débarqué, dans sa fuite de Constantinople. 11 voyait parmi ses disciples les successeurs de ces généreux Italiens, dont il avait alors reçu les us. Le plus brillant d'entre eux, le plus zélé pour les arts de la Grèce, était le jeune Bembo ', fils du sénateur de Venise, aux yeux duquel Lascaris avait autrefois justi lié, sur ce même rivage, les arts et les sciences calomniés par la ruine de la Grèce.
1 Voir, à la suite, la noie I.
Le sage vieillard prenait plaisir à rappeler ce souvenir, et à retracer l'image de ces premiers entretiens, comme assuré de les transmettre à la postérité, en les confiant à la mémoire et au talent de ses élèves. « Je vais bientôt quitter la vie, disait-il; je ne laisse rien de moi; mais je vous ai formés dans l'amour des arts et des nobles sentiments qui les inspirent. Après ma mort, vous retournerez dans votre patrie; vous suivrez, dans la carrière des arts et du génie, ce mouvement qui doit entraîner l'Europe et qui commence par l'Italie. Combien de belles créations vous verrez éelore ! A quelle gloire vous serez vous-mêmes associés! L'esprit de l'homme, échauffé par l'heureux levain de l'antiquité, fermente de-toutes parts. Notre maître Platon a dit que les âmes arrivées à la vie retrouvaient par réminiscence tout ce quelles avaient su dans un autre monde et que, pour elles, apprendre c'était se souvenir. Ainsi, le génie de l'antiquité devient chaque jour l'inspiration, et comme la pensée des temps modernes. Quand vous jouirez de cette heureuse révolution, quand vous en partagerez la gloire, songez à la Grèce esclave et malheureuse; souvenez-vous du jour où notre vaisseau fugitif vous apporta les monuments des anciens Hellènes. L'Europe ne sentira- 1- elle pas enfin la dette de reconnaissance qui l'engage envers notre patrie? Faudra-t-il attendre que ce nouveau monde qui vient à peine de sortir de l'Océan , instruit chaque jour par nos arts, dont il ne connaît pas encore le nom, s'intéresse à notre malheur, et nous envoie ses soldats et sa liberté? Et la civilisation doit -elle prendre un si long détour, avant de reparaître sur cette terre, d'où elle est
soi lie tant de fuis? Oui, poursuivit Lascaris avec une sorte de chaleur prophétique, 1 Europe entière n'abandonnera pas cette gloire. Quelque jour, l'enthousiasme des arts nous suscitera des vengeurs parmi les héritiers du génie de nos pères. »
Le vieillard ne survécut pas longtemps à cet entretien. Sa mort fut pleurée dans la Sicile, à laquelle il avait donné l'idée d'une civilisation plus douce et d'une vie meilleure. Ses disciples se répandirent dans L'Europe, emportant avec eux le souvenir de ses paroles, et celle heureuse tradition de la Grèce qui vivait en lui. On a vu longtemps à Messine, dans l'église des Carmélites, un tombeau de marbre blanc , que les premiers citoyens de la ville avaient élevé à Lascaris ; mais ce monument , négligé dans la suite, a péri sans retour. Car l'indifférence est plus destructive que le temps; et le sauveur des arts de la Grèce, Lascaris , à qui l'Europe doit tant de reconnaissance, n'a laissé trace de lui-même que dans quelques souvenirs transmis par ses disciples, et que nous avons essayé de rassembler.
P\OTES
Note A. Les Grecs s'exagéraient sans doute à leurs propres yeux la splendeur et la beauté de Constantinople; mais celte ville n'en était pas moins, à l'époque de la conquête, remplie des plus précieux monuments de l'art antique. Elle renfermait plus de livres et de sciences que tout le reste de l'Europe. Telle était l'idée que s'en faisaient les Latins. Le pape Pie 11, dont Gibbon a célébré la sagesse et les lumières, nous donne, à cet égard, un témoignage qui n'eslpas duuîeux : « Constantinople, dit-il, • tait reste jusqu'à présent l'asile des lettres et le temple de la philosophie. Cette grande renommée de savoir qu'Athènes avait eue dans le temps de la puissance romaine, Constantinople la Lardait de nos jours. »
peuples d'au delà les monts n'avaient pas moins d'admiralion que les Italiens pour cette ville savante. Commines, qu'il faut regarder comme un témoin des opinions de son temps, dit en pariant de la renaissance des lettres: « Ce rétablissement fut guère avancé, si Constantinople n'eût été prise et saccagée par Mahomet II, et si nous n'eussions pu dire encore une fois :
Graecia capta ferum vi^orem cepit, et artes
Iutulit agresti Latio.
Car ce fut alors que Lascaris, Chrysoloras, Chalcondyle, Bessarion, Trapezunce, Argyropule, Manille, en un mot tous les hommes doctes de la Grèce , se retirant à sauveté vers les princes de l'Europe, y apportèrent aussi quant et quant eux tous les anciens auteurs, sans lesquels on ne pouvoit passer plus outre. »
Il y a bien quelque confusion (huis celte date et dans ces noms; et probablement l'esprit humain aurait fini par passer outre, sans cette catastrophe; mais ce qu'il s'agit de remarquer ici, c'est l'opinion des contemporains, et la manière dont il> virent la ruine de Byzance et l'émigration des Grecs.
Note 1>. La précieuse collection rassemblée par Constantin Lascaris existe encore, et porte en effet la marque du soin prévoyant, que nous avons attribué à ce zélateur des lettres. Transportée dans la Sicile et dans l'Italie, elle servit à faire connaître à l'Europe les plus célèbres écrivains de l'antiquité grecque : el maintenant elle est reléguée, en grande partie, dans la bibliothèque de l'Escurial. On y voit la trace des efforts de Lascaris, pour conserver, pour réunir ces débris du génie antique, et l'intention généreuse qui l'animait. Plusieurs ouvrages transcrits de sa main portent des épigraphes qui rappellent quelques détails curieux, ou témoignent de quelque noble sentiment. Sur une belle copie de la Politique d'Aristote, sont écrits ces mots : « Louange à Dieu, auteur de tout bien ! Ce livre est le travail et la propriété de Constantin Lascaris de Byzance, et, après lui, de quiconque saura le comprendre, U/.z-gty, y/ly.; tô> 0;ô> xîtIg) -z-t-ï; x-pôaû. KcovttxvtIvcj Xy.'j/.y.ïib,; tcîj B^.vtîcj xat i x-cttc; /.s.: to /.tù?., xat f^jr' aÙTÔ/ ~Vj ffuvtsvTCç. »
Les manuscrits d'Hérodote, de Thucydide, d'Euripide, de Sophocle, de Platon, etc., portent diverses inscriptions relatives au séjour de Lascaris en Sicile et Italie. Il se trouve aussi dans cette collection des lettres adressées à d'autres fugitifs de Byzance, et des fragments historiques qui n'ont jamais ete publiés. Un abrégé d'histoire universelle, que Lascaris avait conduit jusqu'à la prise de Constantinople, dont il fut témoin, se termine par le récit de la mort de l'empereur, et par ces paroles touchantes : « Avec lui périt la royauté des Romains, et la liberté, et la civilisation, et les sciences, et tout ce qu'il y a de bon. Kx\ ïr.\ t^tvj x-w/.etc i (iaatXeîa tûv 'Pwjixiwv, xxî t, ÈÀSvdepia, xat EÙfÉveta, xjù Xo'foç, tù kx> i-yaôov. »
\ < .. Ce Grec, l'un des plus savants et des plus ingénieux qui lient passé en Ilalie, vécut quelque temps dans l'île de
I qui, sous le pouvoir de Venise, conservait une civilisation détruite dans le xvne siècle par la conquête des Turcs. 1! çtait poète et platonicien.
x 1 1: D. Plusieurs écrivains avaient remarqué cette heureuse idence de la découverte de l'imprimerie avec l'émigration des lettres grecques en Occident. L'imprimerie fut inventée à l'époque précise où elle était le plus nécessaire, et sans doute ; qu'elle l'était. En effet, ces prétendus hasards, qui ont
fait trouver tant de choses admirables, n'étaient presque toujours qu'une réponse aux besoins et à l'activité de l'esprit humain tourné plus particulièrement sur un objet. Toutes les allusions que nous avons faites à ce mémorable événement sont d'une exactitude littérale. La bulle du pape Nicolas V en. faveur du roi de Chypre est le plus ancien monument connu de l'imprimerie, et se rapporte à l'année de la prise de Constantinople.
II est également vrai qu'un Grec, allié à la famille impériale, Jean Lascaris, travailla dans une imprimerie de Florence, vers la fin du xve siècle. Ce Grec, qui était enfant à l'époque de la prise de Byzance, fut amené en Europe, où il devint célèbre par son esprit et son savoir. Laurent de Médicis l'envoya plusieurs fois en Orient, pour recueillir des manuscrits antiques; Louis XII et François Ier l'employèrent comme ambassadeur à Venise; Léon X se servit de ses conseils. Jean Lascaris était poète, et il a célébré la découverte de l'imprimerie dans une pièce de vers que l'on peut traduire ainsi :
« Sur ces pages eu lettres d'airain, le dieu des Muses de la Grèce antique a reconnu les caractères qu'autrefois il montra le premier, et il dit aux Muses : Que tardons-nous encore? nous sommes rappelés à la vie. La Grèce va refleurir. Par l'industrie de Vulcain et la sagesse de Minerve, l'âme humaine a reçu d'immortels remèdes à son infirmité. L'imprimerie, comme un don céleste détaché du séjour éternel de la vérité, aplanit les routes glorieuses du poète. Voyez ces fleurs nou-
velles; voyez, à l'entrée de ces pages Impérissables, le rameau suppliant qui vous est présenté. Les poètes implorent en foule votre divin secours; conserve/., ô Muses, la gloire de la patrie. Apollon dit; et, pressé d'accomplir sa promesse, il les conduit en Italie. Jupiter le permet; et ces filles brillantes de'la liberté y fixèrent bientôt leurs pas, en regrettant le séjour divin de la Grèce. »
Ces vers un peu charges de mythologie sont un monument curieux de l'époque; mais ils ne valent pas sans doute les ebants populaires de la Grèce moderne, publics dans un précieux recueil où tout est neuf, la découverte et le commentaire.
Note E. « J'arrivai au lieu où est situé le fameux châtaignier connu à cause de sa prodigieuse grosseur, sous le nom de Castagno cil ccnlo cavalli, parce qu'on assure que cent chevaux pourraient se mettre à l'abri sous ses branches. Cet arbre est isolé et placé sur une pente douce. Il était consacré autrefois à sainte Agathe, etc., etc. C'est à la protection de sainte Agathe que les habitants de Cùtane se croient redevables de n'avoir pas été ensevelis sous des torrents de lave. Cependant tous les anciens édifices ont péri, et sous le règne de Guillaume le Bon, vingt mille habitants avec leur évêque furent abîmés avant qu'on eût pu tendre le voile sacré de sainte Agathe, qui a la vertu d'arrêter les flammes. » (Voyage de Swinburnc dans les Dciu-Stciles, t. III.)
Note F. Philelphe , savant italien qui avait habité Conslanlinople, a fait cette remarque: « Viri aulici veterem ser- & monis dignitatem atque elegantiam retinebant, imprimisque « ipsee nobiles mulieres, quibus, quum nullum esset omnino « cura viris peregrinis commercium, merus ille ac purus Gra> < corum sermo servabatur inlactus. »
Note G. Les ruines de Selinonte ont été souvent décrites, et tout récemment elles viennent d'être retracées, sous le rapport de l'art, avec une admirable pureté de dessin. L'illusion qui les fait prendre de loin pour une ville habitée est indiquée dans les récits de plusieurs voyageurs. «De loin, dit Swinburne, ces
ruines ressemblent à une grande ville avec ses clochers; me: gens j furent trompés, et se réjouissaient d'arriver à un si bon gîte. Mais ils furent bien désappointés en ne trouvant qu'un morne silence et des objets de désolation. » M. de Forbin, dans se* Ingénieux souvenirs de Sicile, raconte qu'il rencontra dan» ce lieu désert une pauvre famille qui l'habitait.
NOTE H. On a conservé quelques lettres de Constantin Lascaris, datées de la Sicile; elles n'ont été publiées que dans le catalogue d'Yriarlé. On y retrouve cet amour des arts et de la patrie que nous avons essayé de dépeindre. Souvent aussi le découragement d'un trop long malheur s'y fait sentir. Lascaris accuse avec amertume l'ingratitude des cours d'Italie pour quelques-uns de ses savants compatriotes. 11 refuse de retourner à Rome, qu'il appelle la nouvelle Babylone, et il se plaint de la barbarie de 1j Sicile, où il veut pourtant demeurer. Voici un fragment d'une lettre qu'il adressait à Jean Pardo, savant italien : « L'avarice des princes a relégué dans la Calabre Théodqre élevé si haut dans l'étude de la philosophie. Eiie a fait fuir Andronic, fils de Caliste, jusque dans les îles Britanniques, où il est mort sans amis. Elle a forcé Démétrius de retourner dans sa patrie, pour vivre esclave des Barbares. Je ne parle pas de mon maître, Argyropule, qui souffre la pauvreté dans Rome et vend successivement ses livres. Rome n'est plus. Il- n'existent plus ces grands citoyens de Rome qui aimaient également les lettres latine.; et les lettres grecques. Elle n'est plus cette Naples, colonie de Chalcis et d'Athènes, gymnase de l'éloquence grecque, où les Romains accouraient pour s'instruire. Tout est changé. Préoccupé de ces pensées et d'autres semblables, je demeure ici, les yeux attaches sur la mer, sur Charybde et Scylla, et sur ce périlleux détroit. Je m'afflige de rester en ce lieu; je gémis de ne pouvoir m'embarquer; je ne sais que faire ni dans quelle terre aller. »
Le recueil d'Yriarté contient un autre fragment des écrits oe Lascaris. C'est une espèce de préface de ses leçons publiques. Il y retrace les premiers efforts de l'Italie moderne pour étudier
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les lettres antiques, surtout depuis que beaucoup de Grecs savants se furent retirés en Italie, à cause des malheurs de leur patrie. Il désigne dans ce nombre Argyropulc, Théodore Gaza, Andronic, Démétrius : « Ces hommes, dit-il, et beaucoup d'autres, se dispersèrent dans toutes les villes d'Italie; la langue grecque fleurit, enseignée non-seulement par les Grecs, mais par les Italiens même, au point qu'il fut honteux d'ignorer notre littérature, et que notre langue devint plus commune en Italie que dans la Grèce même, désolée par tant de malheurs; et si la jalousie de quelques savants et le peu de générosité de quelques princes ne s'y fût opposée, tout serait rempli des monuments du génie grec, comme aux jours de l'empire romain. » Lascaris rappelle ensuite ses efforts pour répandre à Milan, à Naples, à Messine, le goût des lettres et de la philosophie grecques; et se livrant à l'enthousiasme, qui seul l'avait soutenu dans cette tâche souvent ingrate. « Quel bien plus grand que les lettres! dit-il. Comment un homme peut-il l'emporter sur un autre, si ce n'est par la science? Le riche y trouve la parure de sa prospérité, le pauvre la consolation de ses maux et le courage de mépriser toutes les peines de la vie. Il faut d-onc se lhrer à l'étude, et orner notre âme du trésor le plus précieux, de celui qu'on ne peut ravir, et qui se conserve pendant et après la vie. »
Note I. Bembo rappelle dans ses lettres et dans le dialogue sur l'Etna, le souvenir des années qu'il a passées en Sicile, près de Constantin Lascaris. Il le nomme le plus vertueux et le plus éclairé des hommes : « Nihil illo sene humanius, nihil sanctius. » Il parle de son éloquence, de son goût exquis pour les arts, et de sa philosophie sublime. Tel fut l'ascendant de ces Grecs expatriés sur les hommes les plus célèbres de l'Italie.