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CHAPITRE IX

Travaux des missionnaires dans les îles de la Grèce. — Tableau d'Alhènés au x\iii* siècle. — Fôhdatidn d^Aîvali. — Progrès de feiflliMtion thUt M Grecs. — IttlHgtiës de là tlbssle;

k Smyme ^ ville de passage el de e^tâmeree -, ^uplée d'une feule d'Européeus^ les mlMietuttireei , moins suspecte au eiergé schismatique^ instruisaient sans obstacle les enfants des familles grecques { ils étaient enooi^ mieux accueillis dans quelques lies, et surtout datis celles où l'ancienne domination de Venise af ait MM des titiees du culte romain, k Naxos , qui conseurftit un abehevéque oadiolique^ les missionnftiires instruisaient les ârees et les Italiens attachéil à la religion romaine ; ils allaient dans les églises grecques ; ils y prêchaient en grec vulgaire , après la messe orientale< Les Orecs ^ vife «et spirituels 4 étaient charmés de ces discoun , auxquels l'ignorance de leurs prêtres ne les atait pas accoutumés. Lorsqu'ensuite les misitionnaires rassemblaient les enfants sur le parvis de l'église $ pour leur donner quelques instructions , les parents venaient s'y mêler ^ et se pressaient souvent de répendre pour eux ^ sans êtpe plus habiles. Les missionnaires croyaient avoir converti l'Ile entière ; mais les habitudes du rite grec prévateient tou^ jours ;. le pain aryme et la communion sous Une seule

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espèce semUaient à ces pauvres insulaires une diflTérence . insurmontable; ils disaient avec une subtilité naïve que le pain azyme , n'étant pas du vrai pain , ne pouvait se changer en la substance réelle du corps de Jésus-- Christ. Toutefois ils aimaient la pompe des cérémonies de rËglise romaine. A la fête du saint sacrement , qu'ils appelaient le présent du ciel, lorsque rarchevèque italien sortait en procession avec son clergé, les Grecs accouraient de toutes les parties de Ttle , se couchaient par terre sur son passage, baisaient le soleil mystique du tabernacle , et le touchaient avec des branches de myrte et des fleurs, qu'ils remportaient avec eux, pour bénir et sanctifier leurs maisons.

Cette uniformité de la vie des Grecs sous le jougmusulnum était rarement interrompue par quelque événement nouveau. Sur le continent, les courses hardies de quelques cheb montagnards , les rébellions de quelques armatoles, les vidences et la méchanceté du pacha Élisaient tout l'entretien de la contrée. Dans les lies , la visite annuelle du capitan-pacha , et les descentes soudaines de quelque pirate , événements de nature à peu près semblables, tenaient les esprits en alarme et formaient toutes les annales des pauvres habitants.

Vers le milieu du xvin* siècle, Athènes gardait le même avantage qu'elle avait eu dans le siècle précédent. Elle semblait aux voyageurs une espace de capitale de la Grèce. Les Turcs s'y montraient, comme à Napoli, plus doux et plus humains ; et ils avaient pris qudque chose

des mœurs et de Tesprit grec. Les environs d'Athènes étaient en partie occapés par des Albanais laboureurs ou bergers toujours aux champs avec leurs femmes robustes comme eux , tandis que les Turcs restaient dans leur oi^eilleuse inertie , et que les Grecs s'occupaient de petites ruses et d'un peu de commerce.

^Les maisons des Grecs ressemblaient à celles des Turcs; la plupart étaient entourées de hautes murailles, sans fenêtres sur la rue. La chambre des femmes était dans le lieu lé plus retiré de la demeure. Elles ne sortaient que cachées sous beaucoup de vêtements, et le visage enveloppé. Un voile léger de mousseline, bordé d'une frange d'or, était jeté sur leur tête et sur leurs épaules.

Les Grecs recevaient quelquefois les voyageurs européens dans le gynécée. Là, et surtout chez les plus riches, les femmes prenaient un autre aspect et une autre parure. Elles avaient les pieds nus ; un pantalon d'une toile légère descendait du milieu du corps jusqu'à mi-jambe : le bas de ce vêtement était orné de broderies. Elles portaient une chemise à manches larges et flottantes dont les bords étaient embellis de dessins faits à l'aiguille. Un corset d'étofiGe de soie dessinait fidèlement la forme de leur sein et l'élégance de leur taille. Une riche ceinture serrait leurs vêtements , et se fermait avec des agrafes d'argent doré ou d'or , et montées de

* Chandler's Traveh,

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piemsâ prédettses. Par-dessus elles portaient tiiië rdbe ourerte et bordée d'hermine. Elles avaient des braôelets d'or, Un collier formé de pièces d'or, quelquefois de cette monnaie que Ton appelle byzatitine.

Leur coifliiré était ordinairement Un chapéâu de ëôUleur écarlate ou vérte , semé de perles , et qui se notlait sous le menton. Une bouële dé Isheveux tombait de chaque côté , et s'arrondissait siir là joué. Une pt^fiision de tresses flottantes couvrait les épaulés.

L'arrangement de cette chevelure, après le bain , était une grande étude. On la pât^semâit dans lés jours de fête d'une poudi^ë d'argent doré. D*àutrés artifices se mêlaient enbore à la beauté naturelle dé ces femmes ; elles teignaient leurs doigts en rose, sans savoir d'ailleurs qu'fiomère avait ainsi coloré lés doigts de l'aurore. Suivant une mode orientale , elles marquaient d'une teinte bleue le cerdle de lapUpiile, et peignaient en hoir la membrane de l'œil et le bord intérieur des paupières.

Pour se donner cette singulière parure , elles jetaient sur le feu l'éncéns du labdanum , et en interceptaient la fumée avec un plat qui se couvrait de suie.

La jeune beauté, curieuse dé cet ornement, assise, les jambes croisées sur un sopha, fermait l'œil, et prenant entre le doigt et le pouce de la main gauche les deux paupières, elle les tirait en avant, et introduisait dans le coin de l'œil uhe tête d'épingle imprégnée de la visqueuse vapeur, dont les particules s'attachaient à la membrane, et, en relevant l'éclat de la pupille, aug-

mentaient singulièrement sa grandeur apparente. Une autre mod^ non moips bizarre employée par de jeunes filles grecques d'^t^èpes, c'était; de s'appliquer sur les joues de légères feuilles d'pr. Mais cette parure était réservée pour le jour des noces *.

Malgré rétroite clôture où elles étaient retenues, les jeuneis filles d'Atbènes s'étudiaient aussi à danser et à jouer d'une espèce de guitare turque; elles br<idaient surtout ^ec unq e^^tr^me perfection. Mais rien n'était plus rare parmi eUes que de ^avpir lire.

Il y avait pour les enfanta greci^ deux écoles dans Athènes : l'ignorance u'en ét^t pas rnoin^ générale. Geui^ qui lisaient n'avfiient d'autre lectupe que des légendes de s^iqt^ traduitp§ daQ^ leur l^g^u^ vulgaire. Très-peu copiprenaieut 1'wc}§uuêj Iwgue.

Ppur conserver {^ santé des eufi^nts, on }es couvrait de petites crpix et d'autres amulettes. Ou faisait chaque année arroser s^ m^î^<^ d'^au bénite , pour prévenir l'entrée du déipon. l^es seuls tableau:!^ que l'on eût, étaient quelques mauvaises r^présentatipus dei saints ou de martyrs, peintes sur les muraiUes des églises* Le clergé gr^c n'était guère moins ignorant que le peuple. Quelques ouvrages grecs manuscrits, ou de l'imprimeriô des Aides ^ appartenaut au monastère 4^ Saint-Cyriani sur le mont Hyuiette , pQurrissmpnt daus le coin d'un grenier d'Athènes. Çcp^pdant ce ple^^é grec, hum]:)l0 et

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ignorant, était sans cesse exposé aux avanies des Turcs.

Souvent l'archevêque d'Athènes était obligé de fuir.

Ces persécutions s'apaisaient avec quelques centaines de piastres ; et la ville était rarement ensanglantée par les Turcs. Quelquefois même elle offrait un spectacle d'aisance et presque de liberté. A la fin des vendanges , les paysans grecs, marchant en tête de leurs mules et de leurs ânes chargés de paniers remplis de grappes , formaient dans la principale rue d'Athènes des danses, où les voyageurs antiquaires croyaient reconnaître un souvenir du labyrinthe de Crète et de la fiable d'Ariane.

Tout dans Athènes , malgré tant de révolutions, semblait en effet reporter l'ûnagination sur l'histoire et le génie de la Grèce antique. Une foule de monuments étaient debout, et s'élevaient comme le symbole d'une gloire indestructible au milieu des chétives constructions bâties par les modernes habitants. L'Acropolis, le Parthenon, le temple de Thésée attiraient les regards, et semblaient n'avoir impunément traversé le chaos du moyen Age , que pour être enfin à jamais mis à l'abri par l'admiration de l'Europe éclairée et toute-puissante. Mais il en est autrement : les rumes mêmes ont péri. Six années de paix en Europe et de sainte alliance entre les rois, ont suffi pour consommer la destruction de ces che&-d'œuvre qui avaient survécu à quinze siècles de barbarie, et pour faire ce que n'avaient pas fait Alaric et Mahomet II.

Cependant un progrès imperceptible de civilisation

gagnait les diverses parties de la Grèce. Parmi les insulaires , les uns allaient servir à Constantinople chez les riches du Fanar , ou dans les maisons de commerce de Smyrne; d'autres, plus entreprenants, commençaient à naviguer sur toute la Méditerranée, et faisaient les affaires des bourgeois turcs, comme lesFanariotes faisaient souvent celles des vizirs. Le peuple vaincu , adroit , souple , infatigable , vivant de peu, semblait insensiblement croître et s'élever sous la dure protection de ses maîtres. Les Grecs étaient partout, ils se mêlaient à tout, et les Turcs , qui les accablaient encore d'outrages , ne pouvaient plus se passer d'eux.

Une tentative singulièrement heureuse , et qui marqua dans le xvin* siècle le nouvel état où pouvait aspirer la nation grecque, ce fut la fondation de la ville de Cydonie dans l'Asie Mineure, le siège principal de la barbarie musuhnane. Il faut le rappeler, maintenant que la politique de l'Europe a laissé périr Cydonie et tant d'autres cités grecques. Dans le milieu du dernier siècle, une ville nouvelle, habitée par les Grecs seuls, et gouvernée par ses propres lois , fut fondée sur l'emplacement du village d'Àïvali, où quelques paysans chrétiens vivaient auparavant sous le bâton des Turcs. Les firmans de la Porte autorisèrent cette création , et protégèrent la ville nouvelle , qui prit le nom de Cydonie. Ce ne fut pas le crédit des princes du Fanar qui acheva ce grand ouvrage ; on le dut tout entier au génie et à la persévérance d'un pauvre religieux grec, Jean OËconomos.

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Témoin dans son enfance des persécutions qu'éprouvaient ses compatriotes qui habitaient le village d'Aïvali, il conçut Tespérance de les affranchir un jour. Il étudia pour devenir prêtre, et se retira parmi les religieux de TAtbo^. De là , il vint à Gosstantinople avec des lettres poup quelques grands de U Porte. Habile dans les languies de rOrient, à force d'insinuations, de prières, et pai* cette volonté de Thomme de bien qui réussit quelquefois à tout vaincre , il obtint un ordre pour éloigner les Turcs du village d'Mvali. Alors il anima ses concitoyous; il invita les autres Greos à partager cet asile; il leur montra comme une terre sacrée ee territoire qui ne ^rait plus habité que par des cfarétimis. De toutes parts on accourut; plusieurs hommes riches et industrieux du Péloponèse, de Scio , et même de ConstantiuQple, se réunirent dans Aïvali ; une ville élégante s'éleva sur les ruines du pauvre village ; de nombreuses églises la décorèrent; des n^anufactures jusque-là peu connues dau$ rQrient y portaient les arts de l'Europe; un collège, qui s'augmeuta dans la suite , formait la jeunesse à la religion et aux lettres antiques. La liberté, la richesse embelliraient Cy^onie , plac^ sous le ciel le plus pur, près du riv^e de la roer.

Cette étonnante prospérité renpontrti des obstacles, l'avare jalousie de quelques pitcb^, le fanatisme des Turp§ du voisinage, et cette anarchie fréquente sous le pouvoir sMu, suspilèrent plus d'une attaque çmtm le§ i¥)ur§ umssauts de Cydopi^. Hais QEfipnnmos, avec

Tapprobation ou la tolérance de la Porte, défendit par la force les droits de la ville qu1l avait fondée ; il arma ses conpitoyens que le sentiment de leur t)pnb0ur animait d'un patriotisme inconnii dans 1^ Grèc^ ; il repoussa toutes les insultes, toutes les violences; et Cydpnie, libre et resppctée , conserva ses priyiléges , au milieu de TÂsie ipusulms^e.

On attribua * ce rare Ijoi^he^r surtout à la protection d'un riche banquier grec , nomiT^é Pétrarki , fort ^crédité dans le sérail, et qui, dès Torigine, avait secq^^é la généreuse entreprise d'OEconomos.

Ainsi, dans le xviir siècle, florjss^ij; qne v^e grepque, dont l'existence devait encourager toute h W|iPB ^s^rvie. Il semblait que la Grèce pouvait 4^3 lor$, ^ns secousse et sans violence, espérer ijn adoucissement à son sort. L'exemple était doni^é ; et Jes Turcs, dans leur insoucjaqpe, a^r^ipnt ppijt-être renouvelé plus d'une fpîs deç ppncessipQS semblables. Mais l'ambitipii d'une puissance étrangère poussait les Grecs à des entreprises plus rapides et plus violentes. Les Russes, qui, mis une fois en mouvement par le génie d'un grand homme , travaillent sur ses idées comme sur un plan tout fait , ne pouvaient abandonner le projet de soulever la Grèce. On avait vu, sous le règne de l'impératrice Anne, le fameux maréchal Munich, qui portait la guerre en Moldavie, envoyer des émissaires , et répandre des proclamations

« Histoire des événements de la Grèce, par Raffenel, t» I.

et de Tor dans l'Épire et dans les montagnes de Thessalie. La prompte issue de la guerre borna ses tentatives ; mais elles avaient ranimé au cœur des Grecs cette confiance et cette espèce de foi religieuse qui les faisaient espérer dans la Russie.

Le cabinet de Pétersbourg ne cessa pas dans la suite de cultiver ces mêmes sentiments. Une foule de Grecs , aventuriers et braves , étaient reçus dans les armées de l'empire. Le clei^é moscovite entretenait un commerce fréquent avec les églises affligées de la Grèce ; il recevait avec vénération les reliques saintes qui lui étaient envoyées du mont Atbos et des autres couvents ; et la cour de Russie adressait en échange des présents aux monastères de la sainte montagne.

Tant de motife, ces prédictions populaires que nous avons citées, cette confiance si andenne et qui n'avait pas encore été tromx)ée, rendaient facile à la Russie d'agiter le peuple grec, et de le jeter dans des entreprises au-dessus de ses forces et des secours qu'elle lui donnerait.

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