‹ Études d'histoire moderneChapitre 12 sur 19 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Projet d'Orloff pour soulever la Grèce. — ÉmissaireB envoyés daas le canloB d& Maïna. — Dépari d'une floUe ru*se, — Desceule d'Orloffà PorLo-Belilo.— Soulèvement d'une partie de la Morée» —Prise de TrîpoliUa* — Siège de Modon.— Arrivée des Albanais roahométans.— Fuite des Rugseu, — Exploits héroïques d'un cbef de de |) h Les.

L'occasion partit naître avec rélévation de Catherine et les vastes desseins qu'amenait le nouveau règne. Ces jeunes et entreprenants favoris, qui avaient couronné Catherine par le meurtre de son époux, cherchaient partout d'tin regard avide des conquêtes et des entreprises nouvelles; et leur souveraine elle-même était impatiente de couvrir de quelque gloire singulière le crime de son avènement.

Parmi les hommes qui se pressaient autour d'Orloff et flattaient son orgueil et son esprit aventureux , était un Grec de Th essai ie, devenu capitaine de la garde russe. On le nommait Grégori Papnpoulo. Cet homme, avec riniaginatîon vive et présomptueuse de son pays, lit briller aux yeux d'Orloff Tespoir de soulever la Grèce , de chasser les Turcs d'Europe, et d'agrandir l'empire russe ou la fortune du favori par une si belle conquête.

Orloff, sorti des derniers rangs de la milice, et qui , dans la civilisation comme dans les grandeurs, était un

KS8AI SUR L BTAT DES GRSCS

parvenu de la veille, embrassait avec enthousiasme ridée de se voir bientôt le libérateur de la patrie des arts. Ce plan trouva beaucoup d'pbstacles dans la circonspection des ministres du cabinet russe ; mais Catherine, léduite ipar la gloire ou par son amant, fit ellemême les frais d'une première expédition, qui^ sous des apparences de commerce, alla reconnaître les piers de l'Archipel.

Papapoulo, parti à la même époque , vint à Tiieste et sur le territoire vénitien former des liaisons avec divers nuupohttida grecs. D eavoya des énussafam dans les montagnea da la Movée, et t'y MBdil bieotèt lui-même avec dm présenta pour le« églises grecques; Mille bruits précuroeurs oirculaieni dans toute la Qrèce, et se mêlaient aux croyances religieuses du pays. Un voyageur anglais % qui parcourait la Morée en 19^67, par une curiosité d'antiquaire et sans prévoir les desseins de Catherine , entendait dire partout sur son passage que les Russes délivrepfiient bientdt les Greea; que tout récemment une croix lumineuse était apparue pendant trois jours sur le dèm^ de Sftiilte-Sophie , que les Turcs avaient feit de vains efforts pour chasser ce signe miraculeux, et qu'ils étaient tombés dans la eonstemation.

La politique russe agissait en même temps sur une de ces peuplades barbare» qui forment la ceinture de la Grèce devenue barbare elle-même. Les Monténégrins ,

t OkûMdlev^g Trwêli «n Qreeeê, p. 137.

DBPCIB LA GONQUIt< MDSULIIANE. 239

OU halHteDts de la montagne Noire ^ près du golfe Adriatique , ont arec les Russes une conformité d'origine autant que de religion , puisqu'ils descendent des tribus slaves du nord de TEurope. Cette peuplade, voisine de TAlbanie, vivait indépendante des Turcs, protégée par ses montagnes et par son rude climat. Quelques-^uns de ses villages répandus dans la plaine étaient soumis aux Vénitiens; le reste bravait à la fois les Turcs et Veiiisej pillait la petite république de Raguse ^ et vivait dans une sorte d'anardiie, où dominaient les chefs de boui^fades et révèque de Monténégro.

A peu près à Tépoque où Papapoulo partit pour la Grèce, Tévéque de Monténégro ^ qui avait été sacré en Russie, affectait de porter un portrait de la eiarine, et prédisait que les chrétiens allaient être délivrés du Jdug des Turcs; en même temps Un jeiine moine grec parcourait les montagnes, guérissant les maladeé et prodiguant les secours, les consolations, les prophéties. De concert avec Tévéque ^ qui paraissait le rdspec^ter) il do« minait les esprits de cette peuplade; et, quoiqu'il ne prit que le nom de âtéphaho , il se faisait passer pour Pierre III i le dernier empereur de Russie.

On a peine à croire que cette bizarre supposition ait été calculée par Catherine , et que sa politique n'ait pas rougi d'employer un nom qui devait lui donner des remords. Mais quelle que lût la cau^e de cette illusion fortuite ou préparée , le jeune Grée en usa pour soulever le peuple de ces montagnes et quelques bourgades voi-

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sines du Gâtait) , dont les habitans se prétendant issus des Grecs dû Péloponèse. Toutes les provinces voisines furent agitées, excepté TAlbanie, devenue mahoniétane. Le pacha d'Albanie marcha contre les Monténégrins, défit sans peine leurs rassemUements confus, et saccagea leurs pauvres villages.

Cependant le principal émissaire d'Orloff, le Thessalien Grégori, s'était rendu à Textrémité du Péloponèse, chez les Maniotes dont Torigine grecque n'est pas douteuse , mais qui n'étaient guère moins barbares que les Monténégrins. Il est visible par cette double tentative que la Russie , méditant une guerre contre la Porte , avait voulu s'appuya* sur la partie la plus belliqueuse des peuples enclavés dans la conquête musulmane.

Descendu à Porto-Vitulo chez un chef maniote qui se nommait Mauro-Mikali, Papapoulo fit retentir les promesses et le nom de Catherine, rempart de la foi grecque. Enfin , il détermina Mikali et son frère, autre capitaine redouté chez les Maniotes , à réunir les che£s des bourgades et le conseil des vieillards ; mais ces hommes accoutumés à défendre leur indépendance contre les Turcs parurent peu confiants aux secours des Russes, ne parlèrent qu'avec mépris des Grecs de la plaine soumis à la domination turque , et regardèrent sans doute avec défiance l'émissaire qui leur était envoyé.

L'adroit Thessalien, du milieu de cet asile» essaya de lier un parti dans la population subjuguée du Péloponèse. Le canton le plus voisin des montagnes , vers

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le golfe de Messénie, avait pour proéstos un Grec renommé parmi ses concitoyens par sa prudence et par ses richesses; c'était un vieillard, qui depuis longues années , avait su gagner la confiance de tous les pachas turcs , et amasser impunément des trésors, dont il leur donnait une partie.

Benacki, c'était le nom de ce Grec, en protégeant par son crédit ses concitoyens soumis, avait eu Tart d'entretenir avec les rebelles Maniotes des liaisons secrètes. Il habitait la ville de Calamata, près de leurs montagnes. Il avait obtenu du pacha la permission d'y bftUr une demeure fortifiée. Papapoulo se fit connaître de ce Grec, l'excita par l'espoir d'a&anchir son pays , et lui promit la puissante protection de la czarine. Le vieux proéstos, qui sans doute comprenait tout ce qu'il y avait de précaire et de dangereux dans son existence sous la domination des Turcs , saisit avec ardeur un projet de délivrance; il réunit dans sa maison quelques primats, quelques évêques et quelques chefs venus secrètement de la montagne; et là, on promit de rassembler cent mille Grecs si les Russes paraissaient sur la côte avec des vaisseaux et des armes. On souscrivit un engagement ; et l'émissaire thessalien repartit pour Trieste.

La cour de Saint-Pétersbourg reçut ces magnifiques promesses données j)ar les Grecs en échange du secours qui leur était ofiert ; et comme elle venait de déclarer la guerre à la Turquie, le soulèvement de la Grèce prit à ses yeux un plus grand caractère d'importance politique.

242 1S8AI SUR L'tTAT DES GHBOS

Le comte Orloff fit partir ses deux frêles ^ Alexis et Féodor, pour surveUler cette révolution promise. lis prirent le prétexte d'un TOyage en Italie ; mais uûe^ foule d'officiers russes arriraienl sur leurs pas. Venise, natu* rellement fréquentée par les Esclavons et par les Orecs^ fut le poste avancé qu'ils choisirent , et où le Thessalieti Grégori vint les retrouver. Cet honune avait composé en grec moderne un livre * sur la tactique des Russes « qu'il fit imprimer à Venise pour le répuidre dans la Grèce. Ce présent d'une espèce nouvelle fut accompagné d'ornements ecclésiaistiques pow les évéqUès, de lettres, et de médailles d'or empreintes de l'image de Catherine. Sur la foi de ces premiers gages , plusieurs Grecs vinrent secrètement à Venise pour voir et pour entendre le comte Orloff; et l'ardeur des Grecs de la Morée s'anima par toutes les illusions de l'espérance.

Cependant la guerre engagée par les Russes sur les frontières de Moldavie avait trompé les premières conjectures. L'ignorance barbare des Turcs semblait encore l'emporter sur la tactique savante que les Russes empruntaient à l'Europe; et l'armée de Catherine^ enfermée près du Niester, était dans un péril presque semblable à celui qu'avait couru le czar Pierre sur les bords du Pruth. Catherine avait besoin d'exciter pour sa pro|>re défense ce soulèvement de la Grèce qu'elle avait rêvé

I Éfiposé de l*art miitàifè d'dpi'ès là todt^Ud dés armées de k grande Kussie,

DEPUIS tA CONQUETE MUSULMANE. 243

4*abord dans une fantaisie de gloire. Elle feit hâter l'armement d'une flotte , sur laquelle oa jeta quelques matelots cinglais , engagés par ^ambassadeur de la czarine à iQii4i*i^« 6t des marins grecs de l-ile de Mycône, qui étaient venus sur un vaisseau mardiand commercer dans l^ petit port de Tangiurock. Cette flotte , mal construite et niai équipée « asses semblable aux prodigieux mais gf assieds 63s^s de Tart maritime, sous Pierre le Grand, Si'étftit montée que d^ douze c^ts hommes de troupes ; in^s elle pprtût bemeoup d'uniformes russes pour les Qre^ du Péloponèse.

Cette première escadre commandée par Tamiral russe SpiFÎt^pfirvint , iiprès une navigation pénible, dans les poKts d'Angleterre, ou elle Ipouva des secours et des ri^p|[^ues de matelots. Su même temps à Pétersbourg se préparait un^ seqonde expédition sous les ordres de rllcQssms lilphiQstop , qui faisait Téducation maritime des Russes avec un dédain que supportait Taltièpe impératrice,

Cette flotte d^vaH rejoipdi^ et devancer la première, passer Jusqu'aux Dardanelles, et menacer Constantinopl^ \ taudis que la Morée prendrait les armes.

Ççpeudant les deu^ Orio^, en attendant la première espadr^ rqsseii avaient tout préparé* Ëtablis à Venise, puis à LivQurne , comme dans un poste avancé , ils en^ voyaient des émissaires en Grèce et dans les iles, répandiueu^ Vof , et ad^etaient les bras de cette multitude de Qfç(^ aventuriers qui abondent sur la eét^. Le dessein

244 ESSAI SUR l'état des grecs

principal était pourtant caché. Us avouaient seulement le projet de faire la course dans TArchipel , et de secourir les habitants de la montagne Noire ; un général russe parcourait ce canton récemment dévasté par les Turcs, et il y recrutait des soldats.

Enfin , Tescadre de Spiritoff parut dans les mers du Levant. Telle était l'ignorance du gouvernement turc , qu'il refusait de comprendre cette nouvelle , et que tout le zèle amical de l'ambassadeur français réussit à peine à persuader au divan, une carte sous les yeux, que des vaisseaux russes pouvaient arriver dans les mers de la Grèce.

L'amiral russe vint droit à Mahon , où la prévoyance des Orloff avait préparé des magasins, et où Féodor se rendit aussitôt. Trois vaisseaux se détachèrent pour aller sur les côtes de Sardaigne et de Toscane prendre les recrues qu'avait secrètement rassemblées Alexis, et le ramener lui-même. Dans cet intervalle, Féodor, avec le reste de la flotte, fit voile vers Malte, dont il espérait les secours; mais l'ordre de Malte, subordonné à la politique de la France et de TÂutriche, ne remplit pas les promesses que quelques jeunes chevaliers avaient fiEÛtes aux Russes : la ferveur de sa vocation belliqueuse contre les Turcs n'était plus la même; et d'ailleurs l'intérêt de Catherine, bien plus que celui de la religion, semblait engagé dans cette entreprise.

Féodor s'étant présenté devant Halte ne fut pas même reçu dans le port; ce contré-temps ne fit que précipiter

son courage. Féodor avait l'audace et le génie aventureux de ses frères; il y mêlait la présomption de Textréme jeunesse. Instruit soigneusement par des maîtres habiles , depuis la haute fortune des Orloff , il avait la passion des arts ; son ambition , déjà sérieuse , était pourtant animée d'une sorte d'enthousiasme de collège, inspiré par des études récentes; et ce jeune Tartare , élevé dans une cour voluptueuse et despotique, en venant conquérir la Grèce au nom de sa czarine, avait l'imagination toute remplie des Miltiade et des Thrasybule.

Repoussé de Malte, il fait voile vers le Péloponèse, s'arrête à la petite lie Strophade , pour prendre quelques renseignements dans un monastère de caloyers , et vient jeter l'ancre à Porto-Vitulo , sur le rivage des Maniotes.

La presqu'île de la Morée était dans l'attente et l'agitation. Depuis le commencement des hostilités entre la Porte et la Russie , tout usage des armes avait été interdit aux Grecs, suivant la précaution habituelle des Turcs lorsqu'ils entraient en guerre avec une puissance chrétienne. Les Turcs, peu vigilants, n'avaient pas saisi les diverses trames formées par le Thessalien Grégori et par ses émissaires; mais ils furent frappés d'une sourde rumeur de mécontentement et d'espérance qui semblait circuler parmi leurs esclaves; ils avaient alors défendu toute réunion entre les Grecs, toute prière publique, et fermé les églises; enfin, dans leur féroce inquiétude , ils avaient pris pour des rebelles une troupe de

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paysans Ifu^oniens qui revenaient tranquilleo^^Bl de la foire de Patres , pt , ^ i^tmt sur eux , \U Ids avaient mass^prés.

I^es Riiss^s funen^ accueillis cQmm^ des vengeurs, par cle§ pris (J'^llégreg^ ^\ de guerre ; MAUVO-rMi^ali vi»t conférer »yec Qr)q^; 1^ èv^vm dp Lapédémom et de Cbariqppli^ ei^citèrent le zèle 4u peuple. Véode» n'amvait qy'Avec trpiji v^fsefim i^ }igpe et deui^ fNigatts aïontées de quelques p(ântaiuf!S 4'hQipiDas ; une frégate russe lui amenait fm Q)éinP teg)ps quelques paysans mentânégrins et l^ur ^Y^^e , qui avait voi^u suivre et bénir eette ^ble expédition, Jl reppfintFa d^ Tabord un ûhs|ade dans le bpu $e^s ^uv^gP de$^ Qbâfs mainotes. Maueû-Jiikali ut son fr^f e trouvèrent ses aruiements aussi feibles que ses psrroles étaient hautaines et présomptueuses. Ils réunirent cQp^qdaut quelque^ bandes de loapntagnapds, tandis que Qenacj&i, retiré dp^ Calaip^ta, s'qagupait furtivement à soulever |^$ fiabitfintsd^ la plainQ. On distribua les armes qiie l^s ftu$^§9 ay^jent apportées ; ou coustruisit à la hâte que)qup§ bateaux pl^ts, pour aller f^^r^b^r 4^^^ ^^ ^^ Yuisine§ les Grecs qui vqudF^ept pr^udçe parti. Jl en vint dps |}pg 4p Z^nta et 4e Cépbftlouie ; quelqud^ (Wtaines de Sp^ppJiiQ^^ PU pjpufaguftrds dp Vite de Crète arrivèrent 4w« ^fis HïWf^ 7 et s^ ï'éttJair^ut aux Mmutes. Malbeur^USpruPUt Ig jeune ]^o3povite avait refroidi dè^ le POWinenp^Ui^Ut reqt^QPsi^ni^ 4e? Qrecs, m m9$mt d'^u¥ un §er(neut 4p fidélité ^ 1^ ez§rinfi. Il u'c^ fqnna pas moipsi 4eu^ Pprp$; de Moralités et de Vqlufltii m^lés de

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soldats russes, auxquels il donna les noms pcmipeux de légions oceidaotele et orientale de Sparte.

L'un devait pénétrer par les montagnes vers liisitra ; il était Qommwdé par Psaro^ » jeune armateur de ce Y^sçef^U grpc, dOPt les Russes avaient engagé Téqui- PM^. ]4& ^cond, ^Qus l^s ordres d'un capitaine russe, clivfilt pwrcf)^0r sur la partie oopidâqtale du Péloponèse.

f'éofiQr, i^ 1# tàte d'up troisième détadiement» partit PQIIF ^siégpr l^ yj)le 4^ Cpron. Catta place, dont le seul côté qui tenait à la terre est ecmvert ptir d'asseas fortes ipmp;|ille^ et par des roobers, se défendit. L'artillerie des Bu^as é^i^it faible Qt mal servie; une galiote à bombes qui teiir survint , et doqt la vue seule avait épouvanté les Turps, se trpuva s^i^s mortiers. Une mine conduite sous If^ bastion principal fn^ éventée par les Turcs; ils reprirent PPnraga , et ce|te ei^pédition , qui ne pouvait rénssir que pftr te prpnaptitude, toniba en langueur.

I^e jeune Psa^ps (it seul quelque chose d'important et de bardii h la tète de quelques centaines de Russes et de Grepç pçiy^^s ou mainotes , il traversa les montagnes, et dascendil dn Twë^te dans la vallée que baigne l'Bur rentes. Un liorps de Tures , qui s'était placé à la sortie des dé^és, s'enfuit m jetant ses armes, et porta répouvante j4sqn> llisitm, ville moderne, b^tie à une lieue des mines de Tancienne Lw^édémone. Les Turcs de Misitra se i^fugient dans le château ; et Psaros vient au pied de la fQr^r^cie occuper le palais épiscopM des Grecs, te cri de liberté retentit dans Misitra* La population grecque est

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soulevée tout entière ; et les uniformes russes , Tétendard de la czarine , persuadent aux Turcs qu'ils sont assaillis par une nombreuse armée.

Ceux qui s'étaient réfugiés dans la forteresse offrent de rendre les armes , sous la condition d'enunener leurs familles. Ce traité s'exécutait de bonne foi, lorsqu'une bande de Haînotes qui avaient suivi la petite armée de Psaros , pénètre dans la forteresse laissée sans défense , et pille, massacre les vaincus. Ceux qui peuvent échapper fuient dans l'église chrétienne.

L'archevêque et son clergé sortent la croix à la main pour les défendre et pour arrêter la fureur des montagnards ; ils parvinrent à les écarter. Enfin , rassasiée de sang et de pillage , cette bande féroce retourne aux montagnes, et Psaros reste dans Misitra avec sa légion, qui s'augmente de beaucoup de paysans grecs et d'habitants de la ville. L'archevêque, le primat et les vieillards s'occupent d'établir une forme de gouvernement régulier. On vit alors combien cette religion , qui avait maintenu le patriotisme, et pour ainsi dire l'existence du peuple opprimé , pouvait le modérer dans sa trop courte victoire.

L'indépendance avait gagné les provinces voisines; l'ancienne Arcadie commençait à s& soulever; les caloyers du monastère de Méga Spiléon , sur le mont Chelmos, quittèrent leurs cellules, sans autre arme que cette croix si puissante aux yeux des Grecs ; et ils réussirent à sauver les familles turques qui habitaient la vallée de Calavryta, non loin des bords du Mauro-Nero, le Styx des anciens.

Après avoir mis ces familles à Fabri dans les grottes de leur couvent, ils les conduisirent à travers rAchaïe , réunirent des barques pour leur faire passer le golfe, et les déposèrent en sûreté dans le port de Crissa , où flottait rétendard musulman.

Cependant les Turcs, qui voyaient croître le soulèvement des campagnes, s'étaient réfugiés dans les principales villes de la Morée, Tripolitza, Napoli di Romanie, Corinthe. Le siège de Coron n'avançait pas ; et FîMor, retenu par cette entreprise depuis deux mois , ne portait de secours nulle part , et manquait à toutes les espérances qu'il avait données.

La petite ville de Missolunghi , qui plus tard devait s'illustrer , fit seule sa révolution. Il n'y avait que quatre familles mahométanes, un cadi et quelques officiers turcs. Le primat grec les avertit de se retirer; puis il arma les habitants, mit la ville en défense, et s'empara des lies voisines; mais n'ayant pu obtenir d'Orloff un vaisseau qu'il lui fit demander pour défendre le port de Lépante , toute la population , avec un courage digne des temps antiques et de ces derniers temps , monta sur mer dans de faibles barques , emmenant les femmes et les en- &nts, et quelque peu de richesses acquises déjà par le commerce. Attaqués à leur sortie du golfe par des pirates mahométans, ils combattirent plusieurs jours de suite, et parvinrent à gagner les îles voisines , laissant un triste exemple de l'imprévoyance et de l'abandon de leurs nouveaux alliés.

ToO ÊSSAt SUR ;.*STAT P£S GEBCS

Non loin (}e IMissQluqghi, la villQ 4^ Put^t^s s'était soulevée s^vap le secours den Greps venus de ïaate (^t de Ce* pbalonip. M^i^ 1^ npit du vepdr^di s^Q( i tapdi» que les l^abit^ts ét^i^Qt en pri^r^ 4ans leurs églises, les mêmes pirates, qui venaient d'attaquer l^s br^VflS ftigitUe de Afi^SplUpghi, pén^tc^Qt ()aP^ Fatras IwsspQ sftDS dé^nse ; ils pillent , massacreut , et disparaissent çbavgé^ de butio.

Cependant fépder, w pouvant réunsir k prendre Coron , dét^pha de i^ Qptte quelques vaisseaux pour s'emparer çlu pQFt rte NavwQ, près 49 rtle de Sphactérie. ÇéXf^i\ pQmiue un F^fMgf^ qu'il ^ ménig^ait dans Valtente des secours que son frère devait amener d'Italie. Alexis Qrloff parut enfin ^vec une esoadre de cinq vaisseaux, des munitions, désarmes, et de nouveaux manifestes pour excite)* }e yèle des Grecs. Chef suprême de l'entreprise , il fait abandonner le siège de Copon , et se retire dans }e port de Navarin ; puis il ordonne à ce jeune Grec, qui s'était établi dans Misitra , de marcher sur Tripolitza , véritable capitale du Féloponèse, dont la conquête pou* vait seule étendre et ranimer l'insurrecticm des Gmcs. Ce négociant grec, devenu général, s-avança sur (^te ville i|v§c quelques Russes et deux mille Mimotes qu'il avait réunis-

I^ais déjà les Albanais mabométans de l'Épire entmient de toutes parts dans la Morée , à la voix des paohas turcs. Fatras, assiégée par quinze mille hommes, fut emportée d'assaut; tout ce qui était en (ige de porter les armes fut égorgé , et les maisons incendiées. Mille cavaliers albanais

DEPUIS LA CONOÙÉTE MbSULMAhE. 251

viennent se réuttli* à là gâhitilbn tilrqtie dé Tripolttzd. Ils font ttne sortie , mettent en fuite les asëaillatits ({Ui commençaient à peine h étAblif quelque^ faibles batteries, et rentrent Vainqilétiin daiis THpôIit^ , dû k population greeque fut en partie niassaCrée. L*archéVéqUe et plusieurs ecclésiastiques subit^etit le théthe sort par une sentence du pacha i et cottlUlë coupables aihtelligence avec les Russes.

Dès lors les Turcs et les Albanais , maîtres de là plaiiié , se préparèrent à mâirchér Sur tlot'on pour attendre la flotte qui devait arriver de Coni^tàntinoplé. Us Avaient à traverser le défilé de Nysie , gardé pat le capitaine Mâtiro- Mihali et quatre eeUts Màïnbtes; ce furëtlt les Thermopyles de cette petite et fatale insui'redibil. ttàurthMikall , retranché dans Une bbUrgàdë qui WtMpe le milieu de ce défilé ) combattit plusieurs jours , Se déferidit de maiâoii en maisUn ; couvert dé blessureâ, et resté seUl aveô son fils enfant ) il totnba dans les ttlkins des Turcë. Ceux-ci, maîtres du passage ^ se réUnisSëhl âUx troupes musulmanes de Coron, qui n'était plus assiégée; et tous ensemble marcheht vers les Russes qui bloquaient alors là ville de Modon , les ehâssent après Un rude combat , et s'emparent de leur ai'tillerie.

Cependant une nouvelle ëscadt^ë rUssê avait parU dans les mers de la Grèce. L'ËcbSsàis ElphitiStdn, après âvbif relâché en Angleterre ^ était parti avec trois VdiSëeatiJc de ligne et trois frégates pour aller à la rencontré lie la flotte musulmane. Il arrita veri la fin du Uibis de hiai dau^ le

252 ESSAI SUR L'iTAT DBS GRSCS

golfe de Hisitra , où Psaros s'était retiré avec les débris de la malheureuse expédition qu'il avait tentée sur Tripolitza. Il apprend que la ville est encore au pouvoir des Russes ; il fait aussitôt descendre à Misitra deux officiers, auxquels Psaros annonce le mauvais succès de la guerre , et l'approche de la flotte musulmane, que l'on avait Hperçue déjà du haut des montagnes. Animé par cette nouvelle, Elphinston mit aussitôt à la voile pour chercher l'ennemi.

Alexis Orloff , renfermé dans la forteresse de Navarin, ne crut pas devoir attendre l'issue d'un combat naval. Il voyait les Grecs , refoulés par la victoire des Turcs et des Albanais , accourir la plupart sans armes vers les murs de Navarin, où le nom russe tes protégeait encore. Toutes ses espérances de soulever dans la Grèce une population belliqueuse , étaient perdues ; il ne songea plus qu'à luimême ; il ferma lâchement les portes sur les malheureux fuyards , qui , traînant leurs femmes , leurs enfants , se jetèrent dans des barques pour gagner quelques écueils voisins. Poursuivis par les Turcs, un grand nombre y périt; et l'on a raconté que les Russes , du haut des murailles de Navarin , riaient avec une joie féroce du massacre et des naufrages de leurs alliés.

Pendant que les Russes , si promptement lassés de leui^ entreprise , abandonnaient à la fureur des Turcs le pays qu'ils avaient imprudemment soulevé, de nouveaux alliés leur arrivaient des montagnes de Livadie. Un chef d'Armatoles, Androutzos, sur le bruit de l'invasion, partit

avec quelques centaines de guerriers , traversa Tisthme de Cûrinthe, et vint jusqu'à la côte de la Morée, d'où la flotte russe s'éloignait. Ne trouvant pas le secours qu'il cherchait, et surpris au milieu des Turcs en armes , Androutzos voulut retourner dans ses montagnes. Assez fort pour croire qu'on renoncerait à l'attaquer s'il se retirait de bonne grâce , il fit demander un firman au pacha de Tripolitza, reçut la promesse de n'être pas inquiété, et continua sa marche.

Mais au moment de repasser l'isthme , il se vit assailli par plusieurs milliers de Turcs et d'Albanais ; il les repoussa , sans pouvoir s'ouvrir un passage , et se rejeta vers le golfe de Lépante , pour gagner la mer. Les Turcs s'acharnaient à le poursuivre ; et l'ardeur de l'attaque fut animée par l'obstination de la défense. Toujours marchant , ou ne s'arrétant que pour combattre , sans repos , presque sans nourriture , Androutzos et ses palikares arrivèrent en quelques jours près de Vostitza , à cinq milles de Patras. Là, les Turcs firent un dernier effort pour saisir une proie qui touchait au terme de sa fuite, et que la faim, l'épuisement, les blessures semblaient leur livrer. Ils enfermèrent la petite armée grecque, et renouvelèrent leurs assauts pendant trois jours.

Enfin, le quatrième jour, Androutzos tente un dernier effort pour se faire passage ; et , soit prodige de courage ou puissance du désespoir et de la faim, il renverse, met en fuite les Turcs, et reste maître de leurs bagages,

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où des soldats ne prennent que des vivres ; il entre alors dans Yostitza, trouve quelques vaisseaux de Zante et de Céphalonie, embarque ses braves compagnons réduits à un petit nombre, et quitte vainqueur sa malheureuse patrie, qu'il méritait de délivrer.

DBFUtS LÀ GONOnlTK MUSULMANS. t5À

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