‹ Études d'histoire naturelleChapitre 103 sur 119 · INFLUENCE DE L’AGE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L’AGE

3° Une femelle trop jeune ou trop vieille , pond des œufs moins brillamment colorés qu’une femelle adulte. Steller, Gunther et Buble ont vérifié cette proposition pour les Faucons, les Pies-grièches, les Merles, les Gros-becs, quelques Becs-fins et la plupart des Gallinacés et des Palmipèdes. Cette différence ne doit dépendre que de ce que la matière colorante est moins abondante chez les vieux que chez les adultes, l’âge produisant sans doute une atrophie des follicules producteurs.

INFLUENCE DE L’iNCUBATION.

4° Manesse, Lapierre, Buble et Berge, dans leurs ouvrages oologiques, ont prétendu que l’incubation et la chaleur qui en résulte, avaient pour effet d’augmenter les dimensions et l’intensité des taches ; or , Des Murs a parfaitement compris et expliqué que ces auteurs avaient pris pour des réalités, de simples apparences. En effet, on sait que les taches de la coquille sont plus accusées quand l’œuf est plein que quand

il est vide ; cela tient à l’humidité intérieure, qui pénètre à travers les pores de la coquille et fonce ainsi les divers tons ; par exemple, les œufs du Loriot, frais pondus, sont d’un blanc jaunâtre , à cause de la transparence du test qui est ainsi coloré par la teinte du jaune du vitellus ; au contraire, quand on les a vidés, ils reprennent leur couleur réelle, qui est d’un blanc de lait légèrement bistré.

D’un autre côté , à mesure que l’œuf est couvé et que le fœtus s’organise , le contenu de l’œuf augmente de densité et perd de sa transparence ; alors, les teintes de la coquille deviennent plus foncées , elles semblent même s’élargir et saillir à la surface.

Les taches pâles qu’on apercevait à peine, auparavant, sont maintenant distinctes. Il y a un renforcement général d’intensité dans la coloration. C’est par l’explication de ces faits, tout naturels , que se démontrent les erreurs que nous venons de signaler.

Les couleurs semblent être en rapport avec l’incubation. En effet , les corps colorés absorbent le calorique plus facilement que les corps blancs, bien entendu quand la chaleur est lumineuse. A la chaleur obscure , les conditions seraient les mêmes pour les œufs colorés comme pour les œufs blancs.

* Or, les œufs qui possèdent les teintes les plus sombres semblent appartenir aux espèces qui pondent dans les lieux les plus frais ou les plus humides. En effet, les Echassiers, les Nageurs, ont, pour la plupart du temps , des œufs fortement colorés ; de même , parmi les Passereaux et les Gallinacés, les espèces qui pondent dans des endroits humides, soit au pied des haies ( Rossignol , Perdrix) ou dans les marais (. Fauvettes aquatiques) , ont des œufs présentant des teintes très-accentuées.

La couleur des œufs est, en général , en rapport avec la commodité et la situation du nid. Les œufs blancs, d’ordinaire, sont placés dans des endroits cachés ou très-abrités. Les œufs colorés , au contraire , sont pondus dans” des lieux

découverts, où leurs teintes foncées leur permettent d’absorber une plus grande quantité de calorique, pour suppléer à la protection du nid, qne les parents n’ont pas l’instinct de conduire. Tels sont les œufs de beaucoup de Nageurs, dont l’incubation est souvent confiée au soleil sur nos plages sablonneuse

II. — Les influences provenant de l’extérieur sont au nombre de trois :

1 0 L'influence de la domesticité ;

2° L influence du climat ;

3 0 L’influence du milieu de l'incubation ;

1° Influence de la domesticité.

La domesticité , comme l’avait indiqué Buffon , a une influence considérable sur la coloration des œufs et même sur leur forme, Nous n’ayons à nous occuper que du premier point de vue.

On avait attribué la diminution des couleurs des œufs à la fécondité excessive des oiseaux domestiques ; mais les canards, qui pondent peu d’œufs, les font presque aussi décolorés que la poule.

11 est plus probable que la cause de cette dégénérescence est due à l’alimentation et au changement dans les conditions de vie de l’oiseau.

Quoi qu’il en soit , l’action de la domesticité sur la coloration des œufs n’en est pas moins réelle. La poule, dont la souche typique pondait des œufs nankins, pondent des œufs très-blancs. Les canards, dont le type sauvage pond des œufs gris verdâtre, n’ont plus que des œufs à peine colorés.

Le Nandou ( Struthio Rhea) , espèce d’Autruche , pond en liberté des œufs blancs jaunâtre, qui, en domesticité, deviennent tantôt d’un jaune jonquille, tantôt d’un blanc verdâtre.

2° Influence du climat.

Certains auteurs , tels que Steller , ont avancé que la couleur des œufs variait, entre autres causes, suivant la température du climat. D’Araza et Buble prétendent que la fécondité des oiseaux est plus grande en Europe que dans l’Amérique méridionale.

Temminck dit que le Grèbe castagneux pond une plus grande quantité d’œufs dans les contrées méridionales que dans le nord. De plus, Moquin-Tandon affirme avoir observé qu’en général, le coloris des œufs était bien plus prononcé, selon le degré d’élévation de la température dans laquelle les oiseaux se reproduisent, de manière que telle espèce, commune au midi et au nord, pourrait pondre des œufs sensiblement variés.

Cette assertion est plus que contestable, et surtout, ne peut devenir une généralité ; car on voit les œufs des Oiseaux-mouches et des Colibris, offrir une teinte d’un blanc uniforme, tandis que des oiseaux des pays froids, tels que les Guillemots et les Pingouins pondent des œufs ornés des couleurs les plus variées et les plus diaprées. De plus, les Faucons Cresserelles, les Corbeaux, les Pinsons, les Cailles, pondent les mêmes œufs , au nord comme au midi. Ces exemples montrent bien que le climat n’est pour rien dans la coloration des œufs.

3° Influence du milieu d’incubation.

Des Murs prétend que les oiseaux qui pondent dans les nids découverts ont des œufs dont les couleurs s’harmonisent avec le milieu où ils se trouvent ; en un mot, comme dirait un peintre , des œufs qui ont la couleur locale. Cette coïncidence est frappante chez les Alouettes et les Pipis , chez les Gallinacés et certains Nageurs , qui pondent dans un nid

découvert , placé soit sur la terre , soit sur le sable , soit sur les bords de la mer, soit au milieu des glaces.

D’abord, l’harmonie des couleurs n’est pas aussi parfaite qu’on le voudrait, pour ne pas exposer la nature au reproche de n’avoir fait les choses qu’à demi.

Ensuite, la règle s’appliquant assez souvent, il est vrai, du moins à peu près, à des exceptions assez nombreuses, je citerai : le Râle d’eau, certains Hérons, l’Ibis-falcinelle, le Flamant, le Pélican, les Pufïîns, certains Canards et Harles, les Grebes, les Plongeons.

Quelques considérations de philosophie naturelle seraient le complément indispensable d’un pareil sujet. Mais cela passionne beaucoup trop certaines gens, et j’aime mieux m’abstenir, pour le plus grand bien de la Société :

Ad majorem Societatis gloriam !

C’est de la Société d'étude des sciences naturelles que je veux parler.

DE LA

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