‹ Études d'histoire naturelleChapitre 118 sur 119 · NÉCROLOGIE · texte numérisé non relu

NÉCROLOGIE

DISCOURS prononce sur la tombe de Camille CLÉMENT par M. Soubeyran, professeur a l’école Supérieure de pharmacie, le i3 mars i877 •

Messieurs ,

Avant que la tombe ne se referme sur Camille Clément, permettez-moi de lui adresser un dernier adieu au nom de l’Ecole de pharmacie de Montpellier, dont il fut un des élèves les plus studieux ; triste devoir que plusieurs de mes collègues auraient pu , s’ils n’avaient été empêchés , lui rendre mieux que moi, mais non plus sincèrement.

Camille Clément , qui était en même temps étudiant en pharmacie et en médecine , avait déjà conquis , alors qu’il n’avait pas encore vingt ans, le grade de licencié ès-sciences, ce grade qu’il est rare de voir obtenir si jeune. Mais c’est que dans ses rêves d’avenir, brisés si inopinément et d’une manière si terrible pour ses infortunés parents et pour tous ceux qui le connaissaient , Clément voyait le professorat comme but, et pour y arriver, il avait compris qu’il fallait un travail opiniâtre. Jamais il ne faillit à la tâche qu’il s’était imposée, et il savait résister aux plus amicales sollicitations, tant qu’il n’avait pas accompli son labeur , étudiant et continuant ce qu’il avait si bien commencé, alors que lycéen il

remportait les premières récompenses , non-seulement parmi ses camarades du lycée de Nimes , mais aussi dans les concours académiques et généraux.

Ses goûts le portaient plus spécialement vers l’histoire naturelle, et dans plusieurs mémoires sur les mollusques du Gard, présentés à la Société des jeunes naturalistes du Gard dont il était le fondateur, il avait marqué sa place parmi ses camarades comme un naturaliste d’avenir.

Mais Clément ne fut pas seulement un modèle de travail pour ses condisciples , il fut plus encore et ici je ne suis que l’interprète de leurs confidences, il fut leur modèle par ses bons exemples, rangé, travailleur, bon conseiller, et fut un Mentor dont les bons conseils furent toujours tempérés par une amabilité inaltérable. Clément était d’une assiduité remarquable à remplir tous ses devoirs , mais il est un côté par lequel il était plus parfait encore : cette tendresse infinie qu’il avait pour une mère qui l’adorait et qu’il adorait aussi, cette tendresse qui, chaque semaine, le ramenait auprès d’elle pour qu’elle n’eût pas l’inquiétude d'une absence prolongée. C’est en cela surtout que Clément fut un modèle pour vous tous, vous, ses amis, qui pleurez ici avec moi, et son exemple, vous ne l’oublierez jamais. Songez qu’en l’imitant vous pourrez alléger la douleur infinie de son pauvre père et de sa pauvre mère , qui retrouveront en vous la bonté de celui qu’ils pleurent ici.

Camille Clément , adieu , au nom de tes professeurs qui t’aimaient parce qu’ils te connaissaient et à celui des camarades qui n'ont pu te venir donner un dernier témoignage de sympathie. Adieu, mais au revoir dans un monde meilleur.

'^Extrait du Bulletin de la Société zoologique de France.

(Mars 1877.)

Nous avons encore à regretter la perte d’un autre de nos collègues, c’est celle de M. Camille Clément, qui, tout jeune encore, vingt ans à peine, était licencié ès- sciences naturelles , et donnait les plus brillantes espérances. — Grâce aux conseils de son père , il avait pu de bonne heure utiliser ses aptitudes aux sciences d’observation , et collaborer aux travaux de la Société des sciences I naturelles de Nimes , à la Feuille des jeunes Naturalistes , et à notre propre Bulletin.

Ses travaux ont porté sur les différentes branches de la zoologie , mais il affectionnait plus particulièrement l’étude des invertébrés, qui laissaient un champ plus vaste à ses observations.

Il nous a laissé d’intéressantes observations sur le genre Pagure et un Catalogue des Mollusques marins du Gard laborieusement étudié, et collaborait au Prodrome d’histoire naturelle du Gard , quand la mort est venue l’arracher à sa famille et à ses amis.

Associons-nous à leur douleur et déplorons aussi la perte que la science et notre Société viennent de faire en lui.

Société des Sciences naturelles de Saône-et-Loire.

(Avril 1877.)

Il y a quelques mois, notre collègue, M. Camille Clément, nous adressait , pour être inséré dans les publications de la Société des Sciences naturelles de Saône-et-Loire , un mémoire intitulé : De la Morphogénie oologique.

Ce travail dévoile chez son auteur un profond esprit de synthèse, d’appréciation, de sûr jugement. Les opinions diverses des auteurs les plus accrédités qui se sont occupés de la Morphogénie oologique sont discutées dans l’étude de M. Clément, avec le tact d’un érudit judicieux, possédant une grande pratique d’observation. Expliquer la nature est le fait d’un esprit chercheur, observateur et intelligent ; C. Clément, presque à ses débuts, possédait ces qualités. Sa haute intelligence, la direction de ses études, ses consciencieux travaux l’eussent conduit par une voie sûre à une chaire de Faculté ; la science et l’enseignement supérieur ont donc éprouvé une perte sensible par la fin prématurée de ce bien regretté et trop jeune savant.

Dr de MONTESSUS ,

Président de la Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire .

Extrait de la Feuille des jeunes Naturalistes.

(Mai 1877.)

Nous remplissons aujourd’hui un bien douloureux devoir en évoquant le souvenir de l’un de nos meilleurs amis, dont nous avons récemment annoncé la mort aux lecteurs de la Feuille ; les excellentes qualités de son esprit et de son cœur» les relations qu’il avait su se créer , la place qu’il occupait dans’ plusieurs Sociétés scientifiques , dans celle de Nimes surtout, la sympathie qu’il avait su inspirer à tous ceux qui l’ont connu, nous autorisent assez à retracer dans ce journal, dont il fut un utile collaborateur, la vie si courte, mais si remplie, de ce jeune homme enlevé à la fleur de l’âge.

Né à Nancy, au mois de décembre 1856, Camille Clément a passé presque toute sa vie à Nimes, où ses parents étaient venus se fixer. Entré au Lycée de cette ville, il ne tarda pas à s’y distinguer par son intelligence et son assiduité au travail, et sut toujours s’attirer les éloges de ses maîtres et l’amitié de ses condisciples. Travailleur infatigable , quoique ne jouissant pas malheureusement d’une santé bien forte, il vit plus tard ses efforts couronnés de succès et des palmes lui furent plusieurs fois réservées dans les concours académiques et généraux. En 1873, il recevait le diplôme de bachelier ès-lettres , et l’année suivante , celui de bachelier èssciences, tous deux avec la mention bien.

Ses goûts le portaient plus spécialement vers l’étude de l’histoire naturelle ; de bonne heure ils s’étaient manifestés

chez lui et s’étaient développés rapidement, grâce aux conseils et à la direction qu’il eut le privilège de recevoir de son père, et aussi à son esprit d’ordre et d’observation.

Chaque année, des circonstances particulières le ramenant sur les bords de la Méditerranée , il se livra à l’étude des mollusques et des crustacés du littoral du Gard ; les poissons, les insectes l’occupèrent tour à tour et lui permirent de former d’intéressantes collections.

En 1871, une Société de jeunes naturalistes s’était établie à Nimes ; son but était d’augmenter et de faciliter les études en commun. Camille Clément comprit vite l’utilité d’une pareille association, et, en 1872, il vint offrir sa collaboration et sa sympathie à cette œuvre naissante. Sa place y était marquée d’avance et il l’a utilement occupée jusqu’au dernier jour ; la vie de la Société s’était comme incarnée en lui; il savait s’intéresser à tout ce qui était entrepris en vue d’un progrès à atteindre, prêter son concours ou donner des conseils aux plus jeunes de ses collègues, et les diriger tous dans un même but : l’union dans le travail.

Bien qu’il fût partisan des théories de Darwin, Camille Clément savait respecter les opinions de chacun et garder toujours ces vues larges et élevées qui lui avaient attiré l'estime de tous ses camarades.

Il était observateur avant tout, et ses recherches furent toujours des recherches locales ; il avait compris qu’il était bon de limiter le champ des observations , et c’est ainsi qu’il aura pu concourir à la confection d’un ouvrage qu’il projetait de concert avec ses collègues de la Société de Nimes, le Prodrome de l'histoire naturelle du Gard. Il en avait luimème réuni quelques éléments en dressant le Catalogue des mollusques marins du Gard , fruit de ses longues et minutieuses recherches ; ses études sur les crustacés, et en particulier sur le genre Pagure , le conduisirent à faire quelques observations intéressantes, consignées dans le Bulletin de la Société.

Camille Clément , on peut bien le dire , a vécu dans la Société de Nimes , et s’est entièrement initié à ses travaux ; néanmoins, d’autres Sociétés le réclament, quoiqu’à des titres bien différents, comme un des leurs. Nous ne voulons pas oublier qu’il contribua à la fondation de la Société des Sciences naturelles de Saône-et-Loire , dont il faisait partie depuis juillet 1876, et que la même année, en novembre, il fut admis dans la Société zoologique de France , récemment fondée.

Depuis une année à peine , notre jeune naturaliste avait commencé, à Montpellier, ses études de médecine et de pharmacie ; il se destinait au professorat , et pour y arriver , il avait compris qu’il fallait un travail opiniâtre. Jamais il ne faillit à la tâche qu’il s’était imposée, et il savait résister aux plus amicales sollicitations tant qu’il n’avait pas accompli son labeur. Aussi fut-il, par une exception bien rare, admis au grade de licencié ès-sciences naturelles à peine âgé de dix-neuf ans, exemple frappant de ce que peut l’assiduité au travail quand elle est secondée par un caractère énergique et une intelligence d’élite.

Il n’y avait pourtant pas de vaine gloire chez notre ami, et s’il a travaillé avec une telle' ardeur, nous aimons à lui rendre cette justice que c’est avant tout pour se créer une position et répondre plus tard aux sacrifices que sa famille s’était imposés pour lui.

Ce qui domine sa vie et le pousse au travail, ce qui amène chaque nouveau succès, c’est avant tout une pensée d’amour et d’affection filiale , et voilà ce qui l’honore surtout. S’il est ici-bas un sentiment qui anoblisse le cœur, élève l’âme, purifie la pensée , c’est assurément l’affection filiale , l’affection fraternelle. Précieux exemple que celui d’une vie consacrée à l’étude, mais qui ne se laisse pas absorber par elle et qui sait substituer l’affection sincère et véritable à l’égoïsme, à l’orgueil, à la recherche vaine de la gloire !

Qui dira ce que la Société de Nimes perd en la personne de ce jeune homme si aimable , si affectueux, si distingué ?

Mieux que tout autre , il savait à la fois donner l’exemple du travail et répandre la gaieté au sein de ses collègues.

Hélas ! sa vie devait être de courte durée. Victime d’une cruelle maladie , une angine couenneuse l’a emporté au bout de huit jours ; le 11 mars dernier, Camille Clément, dans sa vingtième année, a été ainsi subitement enlevé à l’affection de ses parents et de ses nombreux amis , alors qu’un avenir si brillant paraissait s’ouvrir devant lui. Mais « toute chair est comme l’herbe et la vie de l’homme comme la fleur de l’herbe. . . ; » celui dont la vie entière a été consacrée au travail et nJa été qu’une constante affirmation de tendresse filiale et d’inaltérable amitié, repose aujourd’hui dans sa dernière demeure ; mais son souvenir restera gravé dans le cœur de tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître.

Les funérailles de Camille Clément ont eu lieu à Nimes, le 13 mars , au milieu d’un grand concours de personnes. Plusieurs étudiants et deux professeurs des Ecoles de médecine et de pharmacie , les membres de la Société des Sciences naturelles et de nombreux amis avaient voulu donner à leur camarade, à leur élève, un dernier témoignage d’affection et de sympathie.

Sur la tombe , quelques paroles émues ont été prononcées au nom de l’Ecole de pharmacie de Montpellier, et de la Société d'étude des Sciences naturelles de Nimes.

G. FÉMINIER.

Extrait de la Revue des Sciences naturelles de l’Hérault.

(Juin 1877.;

La Revue des Sciences naturelles tient à donner des paroles de souvenir et de regret à un jeune naturaliste que la mort vient de frapper à l’âge de vingt ans. — Camille Clément, élève de nos Facultés de Montpellier, s’était adonné de bonne heure à l’étude des sciences naturelles, et tout permettait de croire qu’il était appelé à occuper plus tard une situation distinguée dans le monde scientifique. — Entré en 1873, avec le titre de membre actif dans la Société d’étude des Sciences naturelles ÿe Nimes , qu’il contribuait ainsi à fonder, il fut l’âme de cette Société, composée de jeu nés gens studieux et si dignes d’être encouragés. Il publia dans le Bulletin de la Société plusieurs travaux sur divers sujets de Zoologie ; on peut citer de lui : les Pagures du Gard, Catalogue des Mollusques marins du Gard , un Pagure nouveau , Notes et dragages, le Barbeau méridional , les Palettes terminales des rémiges et des reetrices du Jaseur de Bohême , variété du Pagurus sculptimanus , le Mémoire que nous citons ici, et une série de conférences sur des sujets de Physiologie et de Zoologie médicale. — Camille Clément laisse en carton bien des études commencées qu’il espérait mener à bonne fin. Les regrets que font éprouver ces œuvres inachevées viennent s’ajouter à ceux qu’inspire si justement le souvenir de sa nature distinguée et de son aimable caractère.

Extrait du Rapport sur les travaux de l’école supérieure de ^larmacie de Montpellier ,

pendant l'année t 876 ~ 1 877 > par le ^Directeur de l’ibcole , M. J.-E. Planchon.

Un autre de nos élèves, distingué entre tous, le jeune Clément, de Nimes, prématurément enlevé à l’affection de ses maîtres et de ses condisciples, était licencié ès-sciences naturelles. Ses camarades, par un élan tout spontané , ont con- ! sacré par souscription un modeste monument à cet ami qui leur donnait l’exemple du travail et du dévouement à la

science.

Extrait du discours prononcé pur M. de Rouville , professeur d la faculté des sciences de Montpellier ,

a la séance anniversaire de la Société des Sciences naturelles

de Nîmes,

le 23 novembre 1878.

J’ai applaudi de loin à vos travaux, à vos succès, comme le jour où une médaille d’honneur vous fut délivrée à Montpellier. J’ai partagé aussi vos douleurs et vos deuils ! Entre tous les coups qui ont déjà frappé votre jeune Société, ceux qui vous ont privé de Lamouroux et de Clément m’ont été plus personnellement douloureux ; tout concourait â aggraver la catastrophe : jeunesse et nature d’élite, facilité naturelle et énergie pour l'étude patiente et laborieuse , fruits précoces , indice d’une sève féconde qui promettait d’autres moyens ! et par surcroît , qualités exceptionnelles du cœur ! Il m’a été donné de les connaître de près , de les suivre dans leurs efforts ; si jeunes, si aimants, si capables et sitôt disparus !

Messieurs , il m’est doux de trouver l’occasion de vous exprimer de vive voix ce que j’essayais de vous dire avec la plume au jour de vos tristesses, et je vous avouerai que j’éprouve une jouissance mélancolique à nous trouver ici réunis ce soir, 23 novembre, jour de la Saint-Clément !

Quel meilleur patronage pour notre anniversaire ! Clément n’a-t-il pas été l’âme de votre Société ! et H.-M. Vincent, son jeune panégyriste que l’amitié a si bien inspiré, a-t-il été contredit par aucun de vous, quand il l’appelait le chef et

l’orgueil de votre association, le plus charmant compagnon, l’ami le plus sûr ?... Mais je sais un cœur que je ne veux pas briser, et par respect pour lui, je n’invoquerai plus le souvenir de notre cher défunt qu’à titre d’incitation incessante à persévérer dans la voie qu’il a si magistralement frayée sous vos pas.

Page 1