‹ Études d'histoire naturelleChapitre 75 sur 119 · DES · texte numérisé non relu

DES

MIGRATIONS DES MOLLUSQUES w

Au premier abord, les deux mots migration et mollusques , semblent inconciliables. On pense aussitôt aux huîtres, qui s’attachent pour la vie à leurs rochers ; aux venus , qui forment, en certains lieux , des bancs considérables, que la pèche la plus active ne parvient pas à épuiser ; aux pholades, aux lithodômes, aux pétricoles, aux tarets, qui se creusent une demeure, une prison éternelle, dans la pierre ou le bois ; enfin, à tant d’autres mollusques, qui vivent sédentairement à l’endroit où ils sont nés. Mais s’il en est qui ne voyagent jamais, on en voit d’autres dont la vie est plus active et qui, sans entreprendre des migrations aussi régulières que les oiseaux, peuvent, accidentellement, quitter un pays pour y revenir parfois ensuite.

Malheureusement on n’a que des données très-incomplètes sur ces voyages des mollusques, vu la difficulté d’observation.

Cependant on sait que les Peignes voyagent en bandes au sein des mers ; que les Bucardes, les Cythérées, les Mactres ont des mœurs erratiques ; enfin, que la plupart des Ptéropodes et des Branchiopodes entreprennent des voyages étendus. Mais, sans contredit, ce sont les Poulpes , les Seiches et les Calmars qui sillonnent le plus souvent le fond des mers. Il n’est de golfe, de côte, où on ne les trouve, et ils vivent dans une perpétuelle activité.

(1) Conférence du 30 octobre 1874. {Société d'étude des Sciences naturelles de Nîmes.)

Mon intention n’est pas de parler, ici, des habitudes voyageuses de tous les mollusques, et de les suivre dans leurs capricieuses excursions.

Je veux simplement rapporter quelques faits, que j’ai pu observer sur notre littoral et qui mettent suffisamment en évidence les migrations de certains mollusques.

D’abord, un fait que nous avons vu relaté dans la collection conchyliologique de M. Emilien Dumas : c’est l’existence passée de la Janthine commune dans notre faune. Elle était, il y a quarante ans, très-commune dans le golfe et, depuis cette époque, ôn n’en a plus vu une seule. Quelle peut être la cause de ce départ si précipité et qu’on peut dire sans retour ? Elle doit être attribuée, sans doute, à un changement dans le régime des eaux du golfe, qui, ne fournissant plus aux Janthines, soit un abri assez sûr, soit une station commode et fertile, a motivé ainsi cette brusque migration. Car, il est certain que les animaux ne quittent jamais les lieux où ils peuvent trouver toujours des conditions de température et d’alimentation convenables.

En second lieu, mon observation se rapporte à ce fait, que certains mollusques erratiques disparaissent pendant certains mois d’une côte, pour y revenir plus tard. C’est ainsi que, sur notre littoral, on voit pendant l’hiver, après les orages, la plage jonchée abondamment de Cythérée fauve et, j qu’au contraire, pendant l’été, même après les bourrasques | les plus fortes, on n’y trouve aucun de ces mollusques.

C’est ce qui me ferait croire, dans une certaine mesure, ; aux indications que Risso a consignées dans son histoire : naturelle méridionale. Il dit de certaines espèces de mollusques, communes en hiver, plus abondantes en été, etc. , et je crois, qu’on peut, dans une certaine limite aussi, voir encore là une preuve des migrations chez les mollusques.

De même, Marcel de Serres dit avoir observé pendant i plusieurs années, mais non consécutives, sur les côtes de la Méditerranée, des passages considérables de Cythérée fauve,

de Bucarde à papilles, de Rocher droite épine, de Cerithe vulgaire et de Nasse ceinturée, etc.; à ces mêmes époques la mer rejetait sur le rivage des quantités considérables de ces espèces. J’ai observé ce cas dans l’hiver de 1873, où j’ai pu faire une abondante récolte.

Tous ces faits réunis nous engagent donc à admettre, chez certains mollusques , des habitudes erratiques et voyageuses qui, sans témoigner d’une régularité qui ne se remarque guère que chez les oiseaux et les poissons, paraissent cependant établir, pour les animaux dont nous nous occupons, l’existence de véritables migrations.

UN PAGURE NOUVEAU <*>

Ce Pagure, que je crois inédit, m’était connu quand j’ai publié mon travail sur les Pagures du Gard, dans l’année 1873 du Bulletin de la Société. A ce moment, déjà, je n’avais pu le rapporter à aucune des espèces décrites par M. H. Milne-Edwards, dans son Histoire naturelle des crustacés. Mais je voulus consulter d’autres ouvrages avant de croire à une découverte. — Les crustacés de la Méditerranée, de Roux ; les Crustacés de Nice et l’ Histoire naturelle de V Europe méridionale, de Risso; les Observations sur les Pagures, de M. Milne-Ewards, ont été successivement et minutieusement parcourus par moi, et je n’y ai pu trouver la description de mon espèce.

En dernier lieu, je l'ai envoyée à M. Ch. Langrand, membre correspondant, à Paris, qui a eu l’obligeance de la soumettre à l’examen de M. Alphonse Milne-Edwards, professeur au Muséum. Ce dernier a déclaré ne pas connaître le Pagure, et a dit qu’il ne figurait pas dans les collections du Muséum, où, d’ailleurs, je me ferai un plaisir de le déposer prochainement. M. A. Milne-Edwards a conseillé de plus, de s’assurer si le Pagure n’avait pas été décrit par quelques membres de ces Sociétés d’histoire naturelle qui sont si nombreuses en Italie. Manquant de tout moyen de contrôle à cet égard, je me décide aujourd’hui à décrire et à nommer cette espèce comme nouvelle, en attendant que de nouveaux

(1) Inséré dans le Bulletin de la Société d’étude des sciences naturelles de Nimes. — Décembre 1874.

renseignements démontrent que la découverte en a été faite par un autre avant moi. Dans ce dernier cas, je m’empresserai de rectifier ici même mon erreur.

Pagure mains-courbes. — Pagurus curvimanus (Clément).

{PL in. — Fig. 1 ).

Manu curva — oblique insertis digitis — anticis pedibus inœqualibus — sinistro validiore et longiore — ocularis pediculis antennarum externarum basim et spinam vix superantibus — superiori rostro déficiente — colore cæruleo et violaceo mixto — antennis albo et violaceo annulatis — ovis fuscis.

Bord supérieur de la carapace arrondi, sans dent rostriforme. Pédoncules oculaires assez minces, dépassant à peine la portion basilaire et la palpe spiniforme des antennes externes. Cornée des yeux à peine échancrée. Pattes antérieures inégales, la gauche beaucoup plus longue et plus forte que la droite, à peine poilue, arrondie, mais presque anguleuse en dessus ; avant-bras anguleux en dessous, bras et carpe aplatis. — De ce côté, on remarque des granulations sur le bord interne de la patte antérieure ; la main est un peu courbée et les doigts y sont insérés obliquement, de manière à former un angle s’ouvrant en dehors. Patte antérieure droite très-petite et faible, poilue, dépassant à peine l’avantbras de la patte gauche. — Pattes suivantes grêles, assez poilues, aplaties et terminées par un tarse falciforme. — Abdomen portant à sa base deux appendices du côté gauche.

Longueur de l’adulte 3 à 4 centimètres. — Les jeunes ont 2 centimètres et se distinguent par la patte antérieure gauche plus ramassée et moins longue relativement.

Le fond de la couleur est bleu pâle et on observe quelques traits d’un violâtre foncé sur le corps et sur les pattes. Antennes annelées de blanc et de violâtre. — Œuf d’un noirâtre assez foncé.

Habite le golfe d’Aiguesmortes. — Zone littorale et zone des Laminaires, surtout dans le test des Nassa reticula et

Cerithium vulgatum ; se rencontre aussi dans ceux des Nassa mutabilis , Fusus cratieulus , Natica millepunctata, Tornatella tornatilis, etc. — Très-commun.

Ce Pagure me semble propre aux côtes sablonneuses.

Il doit être rare ou manquer sur le littoral rocheux ; car, sans cela, Risso et Roux l'auraient rencontré dans le cours de leurs explorations, si nombreuses et si attentivement faites.

Le Pagure mains-courbes est voisin du Pagure peintf Pagurus pinctus — Roux — . D’après ce qu’a dit M. Alphonse Milne-Edwards, il doit être placé à côté de lui dans les catalogues. Mais il se distingue de cette espèce, en ce que la main est courbée en dehors au lieu d’ètre inclinée en dedans ; en ce que le carpe présente seulement des granulations et non des dents aiguës, et que les pattes de la deuxième et troisième paires ne sont pas armées, sur le bord inférieur du tarse, d’une rangée de grosses épines.

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