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IV. - Géologie et Minéralogie

Terrains et fossiles. — La vallée de l’Alauzène est formée par des argiles alluviales détritiques ; au-dessous de ces alluvions modernes se remarquent, si on observe un peu le lit de la rivière, deux autres couches : 1° d’abord une couche caillouteuse constituée par des fragments de calcaire lacustre et des cailloux néocomiens, apportés des montagnes orientales de la vallée par les affluents de l’Alauzène et qui sont unis par un ciment argileux ; cette couche semblerait pouvoir être rangée parmi les alluvions anciennes.

2° Le terrain lacustre, qui a rempli primitivement tout le bassin formé par les soulèvements néocomiens, qui constitue par conséquent, le fond de la vallée et sur lequel se sont déposées les couches alluviales anciennes ou récentes qui n’ont guère, en général, que deux à t^ois mètres d’épaisseur.

La vallée est bornée à l’Est par une série de hauteurs néocomiennes, dont les derniers chaînons suivent une pente douce sur elle. Ces hauteurs, dont les principales sont : le Serre du Bouquet (631 mètres), le mont Lausac (319 mètres), le Rauc de Gauto-Fracho (356 mètres), sont des soulèvements parallèles et tombent toujours en pente abrupte du côté du Nord et de l’Ouest , tandis que des autres points la pente est douce. Ces montagnes appartiennent au douzième soulèvement, système du mont Viso.

Les principaux fossiles qu’on y trouve, sont : YOstrea Couloni, le Spataugus retussus et un polypier ; ce sont même, à peu près, les seuls que j’ai pu découvrir et que j’ai remarqué être surtout abondants sur le versant Sud du mont Lausac.

A l’Ouest, la vallée est limitée par une suite de hauteurs lacustres, dont la principale est Costo-couada et qui ont 128 mètres, 190 mètres et 206 mètres de hauteur. Il y a quel-

ques gisements de fossiles où l’on trouve des Mélanies, des Limnées, des Planorbes, des Cyclades, etc. Ces collines ont été soulevées en même temps qu’un grand nombre du bassin lacustre de l’arrondissement d’Alais et affectent une direction sensiblement rectiligne du Nord au Sud. Elles appartiennent au quatorzième soulèvement qui a eu lieu entre le Parisien et la molasse — système de Corse.

Elles contiennent une grande quantité de sulfate de chaux, que l’on trouve cristalisé en masses très-belles, et des gisements bitumineux assez considérables, près de Font-Nègre, exploités pour la fabrication de l’asphalte.

D’ailleurs, tout le coteau lacustre est infiltré de bitume et l’on voit quelquefois des fragments, qui, blancs à l’extérieur sont tout noirs au dedans si on les casse et exhalent une odeur caractéristique d’asphalte. Ce calcaire bitumineux lacustre est rangé par les géologues à l’étage inférieur de l’Eocène lacustre. Parfois même, on trouve dans le bitume de magnifiques cristaux, en fer de lance, de sulfate de chaux. Enfin, on rencontre aussi, mais en petite quantité, du bicarbonate de magnésie.

J’ai fait plusieurs excursions géologiques pour rechercher les fossiles lacustres, fossiles ordinairement très-peu nombreux et très-empâtés.

Le calcaire se présente sous deux aspects, l’un largement strifié en couches assez épaisses et compactes et l’autre, schistoïde et si feuilleté, qu’on en détache des lamelles qui n’ont pas deux millimètres d’épaisseur. Vous dire la quantité que j’ai détachée de ces feuillets, est impossible ; je crois bien en avoir cassé au moins deux mètres cubes et cela, pour une demi-douzaine de fossiles, à peine.

Les principaux gisements sont : la vigne de Pierre Noguier, entre le hameau des Fumades et le mas Christol; un ravin un peu au sud du mas Christol et une faille, juste audessus et un peu au nord de l’Alauzène.

Aux environs se trouvent aussi des gisements, au hameau

de Mannas, dans une carrière de pierres de taille et au mas Lazard, près de Barjac.

Voici la liste des fossiles que j’ai récoltés :

Animaux . — Une empreinte de poisson qui me parait appartenir au genre des Loches cobitis (vigne de Pierre Noguier).

2° Un second iehtyolithe, beaucuup trop empâté pour être déterminé, mais qui semble plus gros que le précédent (vigne de Pierre Noguier).

3° Un diptère , très-bien conservé et de la taille d’une mouche (ravin près du mas Christol).

4° Des Cyclades et des Pisidiums , en grande quantité, au gisement près du pont.

5° Des Cyrènes, au mas Lazard.

6° Des Paludines, très-empâtés, à Mannas.

Plantes. — 1° Des feuilles de Dicotyledonées (ravin près du mas Christol) ;

2° Des fragments de tiges de Monocotyledonées aquatiques (vigne de Pierre Noguier) ;

3° Des feuilles de Fougères (ravin près du mas Christol) ;

4° Des fragments d’ Algues d’eau douce (vigne de Pierre Noguier) ;

5° Des fragments de tiges de Palmiers (à Mannas) ;

6° Des fragments de tiges de Conifères (à Mannas) ;

7° Des débris de Chara (au mas Lazard).

Le lit du Séguisson. — Tout le monde sait l’action puissante de l’eau comme agent transformateur de la physionomie d’une région. — J’ai trouvé aux environs des Fumades un exemple remarquable de ce pouvoir de l’eau. Il m’a. été fourni par le Séguisson, torrent qui prend sa source près de Bouquet et qui, après avoir débouché dans la vallée, près de Cals, va se jeter dans l’Alauzène.

Ce torrent au temps des pluies est considérable, et on peut

se faire une idée de sa force par la quantité immense de cailloux et de galets, souvent énormes, qu’il a charriés jusqu’au milieu de la plaine. Mais si on remonte le lit du torrent, c’est alors qu’on peut entrevoir sa puissance destructive ; tantôt, ce sont des rocs que l’eau a excavés profondément à leurs bases ; tantôt, des murailles de calcaires qu’elle a largement percées pour se frayer un lit ; tantôt, enfin, ce sont de vastes gouffres qu’elle a creusés au sein de la pierre la plus dure.

Je m’arrêterai principalement sur la formation géologique de ces gouffres, que, dans le pays, on nomme Aguières et qui ont de 4 à 8 mètres de profondeur, en général. Voici comment j’en explique la création par l’action du torrent : quand ce dernier est à sec, vous voyez de vastes trous, remplis de cailloux, creusés dans le roc en forme de marmite et dont le diamètre est de 1 mètre à lm50 pour les plus petits et ' de 3 à 5 mètres pour les plus grands. Or, je pense que la première excavation a été formée soit par l’eau qui tombe de haut, et, en effet, ils sont plus nombreux sous les cascades ; soit par l’eau qui séjourne à la même place. Cette première excavation une fois formée, le torrent y rassemble des cailloux, gros pour la plupart, car il n’y a que ceux-là qui puissent résister à. l’action entraînante des eaux. Alors, quand celles-ci arrivent, il se produit dans le trou formé, un tourbillon qui, emmenant dans son évolution les gros cailloux, produit une sorte de lime énergique qui agrandit l’excavation primitive. Ces différents agents réunis, ont pu ainsi creuser, avec le temps, des gouffres de 8 mètres de profondeur.

Théorie géologique des eaux minérales. — Les eaux des Fumades appartiennent à la classe des sulfurées calciques, et au groupe des eaux minérales dues à des infiltrations aqueuses à travers des terrains renfermant les principes minéraux qui les caractérisent.

Etant froides, elles ne peuvent être produites par une

éruption aqueuse partie des couches inférieures de la croûte terrestre. Au contraire, les eaux qui les constituent viennent de l’extérieur. Ce sont les eaux pluviales qui filtrent à travers le calcaire lacustre, très-feuilleté et délié à cet endroit et se chargent des éléments qui ont rendu les eaux des Fumades, les premières des eaux sulfurées calciques de France.

Cependant une objection peut être faite à cette partie de la théorie : Comment se fait-il, dira-t-on, que ces infiltrations pluviales soient assez considérables pour permettre aux sources un débit de 10,000 litres à l’heure ? Comment croire que les eaux de pluies aient pu former des couches aqueuses souterraines assez puissantes, pour résister sans s’épuiser, à cette dépense extraordinaire ?

On répond à l’objection en ajoutant aux infiltrations pluviales sur les collines mêmes, des infiltrations aqueuses provenant des masses d’eau qui doivent se rassembler sur le versant occidental des collines , par suite d’une pente de 12 mètres très-marquée sur ce point. Ainsi se formeraient des amas d’eau assez considérables, pour subvenir au débit des sources, et cette théorie semble assez plausible.

Quant à la minéralisation des eaux, on peut facilement s’expliquer la manière dont elle s’effectue :

M. Béchamp a trouvé, en faisant ses analyses, des granulations moléculaires mobiles analogues à celles qui existent dans la craie et qu’il a nommées Micro zima crettœ. Des microzimas semblables existent dans l’eau de Vergèze.

Or, ces microzimas, comme ceux de la craie, agissent comme ferments. Avec la fécule elles donnent de l’alcool, de l’acide butyrique et de l’acide acétique. On peut donc admettre que c’est sous leur influence, que le sulfate de chaux est réduit en dégorgeant de l’hydrogène sulfuré, comme il est réduit dans l’eau de Vergèze que l’on conserve en vases bouchés. C’est également sous leur influence que se formeraient les acides organiques volatils et l’ammoniaque, qui sont signalés dans l’analyse.

Ceci dit, il n'y a aucune difficulté à s’expliquer le mode de formation minérale des eaux des Fumades.

Sans parler de l’azote et de l’acide carbonique libre et même, peut-être, des sels ammoniacaux qui sont contenus en grande quantité dans les eaux pluviales et dont on peut facilement expliquer la présence de cette façon, le sulfate de chaux, qui est l’un des principes les plus considérables, est en assez grande quantité dans les terrains à travers lesquels les eaux s’infiltrent.

Nous venons de voir comment se démontre la présence du principe thérapeutique le plus énergique, l’acide suif hydrique. — Le bicarbonate de magnésie se trouve également dans les eaux infiltrées ; l’acide silicique et le bitume, dans les calcaires traversés. La présence des sels de soude n’offre pas, à ce point de vue, plus de difficulté de démonstration. Enfin, quant aux éléments minimes qu’on ne compte que par millièmes dans l’analyse, comme les sels de glucine, de protoxyde de fer, de manganèse, de cuivre, on peut supposer qu’ils peuvent être très-bien dans les terrains que l’eau parcourt, sans qu’il soit besoin d’aller démontrer, de visu, la présence d’éléments qui, ne se trouvant qu’en proportions minimes dans les eaux, doivent, à plus forte raison, ne se montrer qu’en quantité inappréciable aux yeux du minéralogiste le plus expert.

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