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LES AMOURS DES OISEAUX

A l’exemple de l’homme et comme tous les êtres de la création , les oiseaux emploient certains moyens pour plaire à leurs femelles. Ces préludes d’une complète jouissance leur sont très-chers, et on en voit peu qui les sacrifient à leur empressement et à leur pétulance brutale. Le chant, le plumage, les caresses, tels sont les principaux moyens dont les mâles usent pour disposer les femelles à l’acte de la reproduction.

Il est rare, cependant, que l’oiseau charme à la fois l’ouïe de sa femelle par ses roulades, ses yeux par sa parure éclatante et adoucisse son cœur rebelle par ses caresses. De ces trois moyens de plaire le mâle n’en choisit, d’ordinaire, qu’un. Ainsi le Rossignol n’unit pas aux charmes de sa voix, les tendres démonstrations de la Tourterelle , et la Tourterelle , elle-même, ne revêt jamais ce qu’on appelle le plumage de noces, à l’exemple des Chevaliers , Combattants , Mouettes , etc.

Avant de passer en revue toute la gent ailée et ses manœuvres amoureuses, nous allons voir comment se forme ce chant si agréable, comment se transforme ce plumage si éclatant.

La classe des oiseaux présente à l’extrémité de la trachée artère, fort longue d’ordinaire chez eux, comme tout le monde le sait, un second larynx, appelé arrière -larynx ou

(1) Conférence du 8 octobre 1873. ( Société d’étude des sciences naturelles de Rimes.)

larynx bronchial. Ce larynx est un fort anneau cartilagineux, partagé, d’avant en arrière, par deux prolongements osseux unis ensemble et formant une ouverture pour chacune des bronches, dans lesquelles une duplicature de la muqueuse forme une espèce de glotte. C’est dans cette cavité que se forme le son fondamental, qui se modifie ensuite, se module, selon la dimension et l’élasticité de la trachée. Ce mécanisme est tout à fait identique à celui d’une flûte ou d’une clarinette. Quant au larynx supérieur, il est entièrement composé de pièces osseuses et dépourvu d’épiglotte.

Pour le plumage , c’est par l’effet de la mue qu’il se transforme. Cette mue a toujours lieu au printemps, qui est l’époque des amours. De plus, on peut établir , comme règle générale, que les mâles ont toujours un plumage plus brillant que les femelles, quoiqu’on trouve, cependant, de vieilles femelles qui ont toute la livrée d’un mâle.

Les caresses sont des moyens de plaire qui sont particuliers â certaines espèces douces et inoffensives.

Maintenant examinons les préludes, plus ou moins tendres, auxquels se livrent les oiseaux, ceux de nos pays, bien entendu, car je ne parlerai nullement des genres exotiques.

Les Accipitres , tant diurnes que nocturnes, sont, en général, d’un caractère trop vorace ou trop bassement cruel, de mœurs trop belliqueuses, pour donner beaucoup de temps à l’amour. Ils satisfont aux besoins de la nature , s’accouplent et multiplient. Voilà tout. Cependant, dans quelques espèces, chez les Autours , par exemple, le mâle semble vouloir plaire à la femelle en faisant parade de ses forces et de sa puissante beauté. On le voit, au temps des amours, voler en cercle autour d’elle et tournoyer, tantôt au-dessus, tantôt au-dessous. Ils vivent par paires isolées.

Chez les Omnivores on voit se modifier les mœurs. Plus lâches que les Accipitres et non moins voraces, ils aiment les préludes. Dans cette famille aussi, une seule femelle suffit à un mâle.

Les Corbeaux savent s’inspirer un amour réciproque et constant et l’exprimer par des caresses graduées. Ils se baisent avec le bec ; mais ce n’est jamais en plein jour qu’ils s’accouplent. Ils recherchent, au contraire, des endroits sombres, non par décence , comme de trop poétiques auteurs l’ont avancé, mais pour plus de sûreté.

Chez les Jaseurs , le choix de la femelle donne lieu à des luttes acharnées ; mais après cela , ils redeviennent doux et sociables, se caressent entre eux et se donnent tour à tour à manger.

Les Rolliers , les Martine emploient les artifices de la parure. Les Rolliers se revêtent de couleurs plus vives , et le bleu de leur plumage, qui est ordinairement verdâtre, prend une teinte plus pure ; chez les Martins , les mâles ont une huppe noire plus prononcée que les femelles.

Enfin, chez les Etourneaux , les fiançailles sont plus belliqueuses : les mâles se disputent à coups de bec leurs compagnes, et, quand la lutte a décidé du vainqueur, ils commencent leurs ébats amoureux par un gazouillement des plus étourdissants.

Dans la famille des insectivores, c’est surtout par le chant que le mâle attire la femelle. Les Merles sifflent ; les Becsfins sont doués de la plus belle voix. Parmi ces derniers, le Rouge-gorge , pendant le temps des nichées , fait retentir les bois d’un chant léger et tendre. C’est un ramage suave et délié, animé par quelques modulations éclatantes et par de gracieux accents , qui semblent être les expressions des désirs de l’amour. La douce société de sa femelle l’absorbe en entier et , aussi jaloux que fidèle , il poursuit avec fureur les imprudents qui se sont trop approchés du buisson où niche sa compagne.

Le bec-fin Gorge-bleue a des allures plus vives , plus lascives. Quand il entend le cri de sa femelle, il se met à courir rapidement et la queue en l’air. Lorsqu’il est arrivé près d’elle, il s’élève droit en l’air , d’un petit vol , et en chantant ;

il pirouette et retombe avec gaîté sur son rameau. Il chante la nuit et son ramage est fort doux.

Le Rossignol , lui, est depuis longtemps reconnu comme le chantre des bois par excellence ; sa voix douce et modulée, variée de temps en temps par des éclats et des roulades étourdissantes, est très-agréable. Bechstein a essayé de noter le chant du Rossignol. Il faut siffler les mots et essayer de prononcer dans le sifflet les sons indiqués par syllabe.

Tiou o, tiou o, tiou o, tiou o.

Shpe, tiou, tokoua.

Tio, tio, tio, tio.

Kououtio, kououtio, kououtio, kououtio.

Tskouo, tskouo, tskouo, tskouo.

Tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii, tsii.

Kouoror tiou. Kskoua pipitskouisi.

Tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tso, tsirrrhanding ! Tsisi si tosi, si si si si si si si.

Tsorre, tsorre, tsorre, tsorrhei.

Tsatu, tsatu, tsalu, tsatu, tsatu, tsatu, tsatu, tsi.

Dlo, dlo, dia, dla, dlo, dlo, dlo, dlo, dlo.

Kouioo, trrrrrrrritzt.

Lu, lu, lu, ly, ly, ly, lî, lî, lî.

Kouio didl li loulyli.

Ha, guour, guour, koui, kouio.

Kouio, kououi, kououi, kouoi.

Ghi, ghi, ghi.

Gholl, gholl, gholl, gholl, ghia hududoi.

Koui koui hoa ha dia dia dilbhi.

Hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets, hets.

Hets, hets, hets, hets, hets.

Touarrho, hostahoi.

Kouia, kouia, kouia, kouia, kouia, kouia, kouia, kouati.

Koui, koui, koui io io io io io io io koui.

Lu lyle lolo didi io kouia.

Higuai, guai guay guai guai guai guai guai.

Kouior tsio siopi.

Dans le genre bec-fin se trouve aussi la Fauvette , cet oiseau que Buffon regarde comme le plus lascif. Au temps des amours , la Fauvette des roseaux voltige au-dessus des marais en faisant entendre une petite ritournelle , courte et saccadée. Pendant ce temps,, le mâle bat des ailes en se soutenant à la même place , et puis se rabat tout à coup, en faisant une pirouette sur lui-même, pour rejoindre sa femelle qui est au-dessous de lui. L’accouplement se fait lestement et dans une position fort gênante , sur la frêle feuille d’un roseau ; mais la pétulance de leurs mouvements compense la fragilité de leur appui.

Enfin, dans les insectivores, on doit encore signaler, comme modèles de fidélité, les Traquets , qui vont toujours par paires et se posent l’un à côté de l’autre , sur un pieu , une branche d’arbre, de telle façon qu’ils sont souvent, tous les deux, victimes d’un coup de fusil du chasseur : touchante union , qui persévère jusqu’à la mort.

Les granivores , à l’opposé des insectivores , semblent peu se plaire aux préludes amoureux, emportés qu’ils sont par la violente pétulance de leur caractère. Néanmoins quelquesuns ont un beau chant.

Chez les Alouettes , par exemple, au temps des amours, le mâle s’élève dans l’air pour chercher et choisir sa femelle , tandis que celle-ci reste à terre, le regarde attentivement et voltige avec légèreté vers le lieu où il va descendre , pour lui donner le prix de ses chansons d’amour.

Quelques poètes du xvie siècle ont essayé d’imiter le chant de Y Alouette. Je ne citerai que les strophes de Ronsard, de du Bartas et de Gamon.

Elle, guindée du zéphire,

Sublime en l’air, vire et revire,

Et y décligne un joli cri Qui rit, guérit et tire-lire.

Des esprits mieux que je n’écris. — (Ronsard).

La gentille alouette, avec son tire-lire,

Tire-lire à lire et tire-lirant lire.

Vers la voûte du ciel, puis son vol vers ce lieu

Vire et désire dire: Adieu Dieu, adieu Dieu. — (DuBartas).

L’Alouette en chantant veut au zéphir rire.

Lui crie : Vie, vie, et vient redire à l’ire :

O ire ! fuy, fuy, fuy, quitte, quitte ce lieu Et vite, vite, vite, adieu, adieu, adieu. — (Gamon).

Quant au Moineau, Buffon, qui aimait les contrastes et se plaisait à retrouver chez les animaux les instincts de l’homme, même quand ils n’y étaient pas, a fait, du Moineau , le type le plus achevé du débauché lascif et insatiable. On en a vu, dit-il, se joindre jusqu’à vingt fois de suite, et, toujours, avec les mêmes empressements, les mêmes trépidations, les mêmes expressions de plaisir, et, chose curieuse, c’est la femelle qui est la première fatiguée de ce jeu, si affaiblissant pourtant pour le mâle .

Quoi qu’en dise Buffon. les Moineaux se plaisent aux caresses ; le mâle donne à manger à sa femelle et celle-ci reçoit ses caresses en baissant et agitant doucement ses ailes , en relevant la queue et en faisant entendre de tendres cris.

Les Pinsons annoncent leurs désirs et leur ardeur par un frémissement particulier et bien différent de leur ramage ordinaire.

Parmi les grimpeurs, on remarque plus d’instincts brutaux. Ainsi, les Coueous sont très-ardents pour l’accouplement. Lorsque la femelle a choisi un mâle, elle demeure avec lui un jour ou deux et se livre avec fureur aux plaisirs de l’amour, quelquefois pendant plus ,de trente fois dans le même jour. Mais cet excès dure peu, et dès le troisième jour les amis commencent à se négliger un peu et la femelle court se livrer à de nouveaux plaisirs. C’est dans l’attente de cette dernière que le mâle pousse son cri monotone et, dès qu’elle répond, par un gloussement particulier, le mâle

s’élance à sa poursuite. Il n’est pas seul, quelquefois ; de là, des combats fort acharnés.

Chez les Pies , les sexes se distinguent par une large bande sous l’œil, rouge chez le mâle, noire chez la femelle ; ils sont, aussi, d’une ardeur excessive.

Enfin, la Sitelle torche-pot , au printemps, a un chant ou cri d’amour : -quirie, quirie, qu’elle répète souvent pour appeler sa femelle, qui se fait attendre, d’ordinaire, fort longtemps.

Dans la classe des Alcyons, on remarque le 1 Martinpêcheur, qui , lorsqu’il est à la poursuite de sa femelle, pousse un cri fort aigu, qu’il fait entendre, d’ailleurs, aussi, quand il se précipite sur sa proie.

Dans celle des Chélidons, les Hirondelles présentent un exemple de constance et de fidélité très-remarquables. Leurs amours sont de vrais mariages, qu’une tendresse réciproque et toujours méritée rend indissolubles. Ce ne sont point là des unions qui se réduisent au temps des amours, mais qui durent toute leur vie, et l’affection que se portent les deux époux, on peut le dire, est à ce point vivace, que lorsque l’un d’eux est mort, l’autre ne peut lui survivre.

Dans le genre des Martinets on signale un phénomène remarquable de chant : dans certains moments, on croit distinguer deux voix. Est-ce une impression de plaisir commune au mâle et à la femelle ? Est-ce un chant d’amour par lequel cette dernière invite son compagnon 'à venir remplir les vues de la nature ? Cette dernière hypothèse paraît d’autant plus probable, qu’on sait que, lorsque le Martinet mâle poursuit sa femelle, son cri, ordinairement aigu et rapide, devient plus doux et plus traînant.

Pendant le temps des amours , les Engoulevents chantent aussi d’une manière particulière et tellement fort, qu’ils empêchent tout sommeil aux environs ; il paraît que , dans ce chant, que l’on a noté, les syllabes haroui , houi, houi, seraient celles par lesquelles le mâle exprimerait les plus tendres choses à sa femelle.

Nous voici maintenant arrivés à la classe des Pigeons, classe dont les amours ont été le plus célébrées par tous les naturalistes et par les poètes, et qui sont, en effet, excessivement curieuses.

Buffon a vu dans les Pigeons le modèle de toutes les vertus domestiques : « la douceur des mœurs , la chasteté , la fidélité réciproque, l’amour sans partage », telles sont les moindres qualités de ces tendres volatiles et bien d’autres encore, exprimées dans un style pompeux et imagé dont je vous ferai grâce.

Malgré tout ce beau style , il n’en est pas moins vrai que la réputation est surfaite ; que les femelles , ces modèles de chasteté , quittent souvent leurs mâles pour d’autres, et pratiquent l’adultère sans honte ; que les mâles , ces modèles de douceur , de tendresse et d’aménité , font des traits à leur compagne et les forcent même à vivre avec des rivales préférées.

Quant aux Tourterelles , elles sont plus tendres , mais aussi plus lascives que les Pigeons . Le mâle se livre â toute sorte de simagrées devant sa femelle. Il s’abaisse et se relève tour à tour devant elle en roucoulant, la becquète, la caresse d’une façon de plus en plus pressante. Leur lascivité même est telle que, lorsqu’on met séparément, les mâles dans une cage et les femelles dans l’autre , ils exécutent avec fureur le simulacre de l’accouplement. ^

Parmi les Gallinacés, le Dindon se fait remarquer par ses étranges préludes amoureux. Au temps des amours, il se rengorge, s’enfle, sa caroucoule se déploie ; les parties charneuses de son cou se colorent en rouge vif ; ses plumes se hérissent, sa queue s’étale, ses ailes tombent â terre. Et, dans cet équipage, il va, tourne et retourne, en piaffant et en gloussant, autour de la femelle éblouie. De plus, si, pendant ses amours, on vient le déranger, il devient furieux et frappe, à coups de becs, l’imprudent qui l’incommode.

Tout le monde connaît aussi la parure éclatante que dé-

ploie le Paon , au temps des amours, les beautés de son aigrette et de sa queue et les reflets verdoyants et colorés qui ornent, alors, son magnifique plumage.

Les Perdrix montrent, elles aussi, une grande constance dans leurs rapports conjugaux, et les sexes, une fois appariés, ne se quittent plus et vaquent ensemble, avec une touchante sollicitude, aux soins que réclame la couvée.

Chez les Cailles , au contraire, le libertinage le plus complet règne en souverain : chaque femelle a plusieurs mâles j pour elle ; mais on passera, sans doute, sur ce côté immoral, en songeant que les mâles sont dix fois plus nombreux que les femelles.

Parmi les Tétras , chez les Tétras à queue fourchue par \ exemple, on voit les mâles se réunir en grande quantité sur j une éminence, au milieu des bois. Là, ils se battent, s’entre- | tuent, l’œil en feu, les plumes hérissées et battant de l’aile et j appelant à grands cris leurs femelles. Quand, enfin, la lutte j a décidé des vainqueurs, celles-ci accourent et s’abandon- ] nent à eux, pour revenir les jours suivants au même rendezvous.

Dans la famille des Outardes , le mâle emploie aussi, les artifices du plumage pour plaire à sa femelle ; il tourne au- I tour d’elle en étalant sa queue, en se gonflant et se héris- ] sant. Mais quand il a enfin obtenu le prix de ses galanteries, quand l’œuvre de la reproduction est consommée, il I est tellement épuisé, tellement affaibli, qu’on peut alors s’en emparer sans qu’il puisse prendre la fuite.

Dans l’ordre des Echassiers et des Palmipèdes , on voit I peu d’espèces qui revêtent , au temps des amours, un plumage plus brillant. Je citerai l’exemple des Combattants , 1 qui, à l’époque des noces , changent leur plumage grisâtre j de l’hiver contre une livrée brillante et pleine de reflets irisés, ] et qui, de plus, à l’occiput et sur le devant du cou, portent des bouquets de plumes hérissées. C'est en cette parure qu’ils j se livrent, pour la possession des femelles, ces combats : meurtriers et terribles qui leur ont fait donner leur nom.

Il ne faut pas, non plus, passer sous silence le mode d’accouplement fort curieux des Hérons. Le mâle pose d’abord un pied sur le dos de la femelle, comme pour la prier doucement de céder, puis, portant les deux pieds en avant, il s’abaisse sur elle et se soutient, dans cette attitude, par de petits battements d’aile.

Nous terminons en nous demandant quels » peuvent être les moyens que les Canards emploient pour plaire à leurs compagnes ? Serait-ce leur plumage, qui, pourtant, n’est jamais bien brillant, et qui, si beau qu’il soit, perdrait de son charme, porté par une si lourde démarche et des cris si peu harmonieux.

Peut-être ont-ils d’autre moyens galants à nous inconnus, et, en tous cas, si les femelles ne voient point d’autres amants, il est probable que leur idée de la beauté n’étant pas bien élevée, elles contentent leurs désirs, facilement et sans ambitions, avec les mâles que la nature leur a donnés.

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