‹ Études d'histoire parlementaireChapitre 34 sur 40 · MM · texte numérisé non relu

MM

Audiffret (le marquis d') ; Baraguey d'Hilliers (le général comte); Beaumont (le comte de) ; Boulay de la Meurthe (le comte) ; Croix (le marquis de); . Husson (le général); Ségur d'Aguesseau (le comte de).

Au scrutin, M. Charles Dupin avait disparu, comme eût fait son aîné et comme a fait tout le temps la majorité des députés du second empire. Il avait vu le bon et le juste; mais, dans le scrutin, il embrassait le mauvais parti, — après en avoir, tout au long, exposé les inconvénients.

Napoléon III, tant qu'il conserva ses facultés intactes^ posséda un don plus instinctif que raisonné : le flair spécial du véritable état de Topinion démocratique, c'est ce qu'il appelait lui-même avoir « Voreille fine ».

Il sentait vaguement qu'il avait quelque peu forcé la note et dépassé la mesure en présentant le sénatus-consulte du 25 décembre. Le pays, qu'il était en train de maîtriser, lui faisait l'effet d'un de ces chevaux à caprices qu'on risque de rendre vicieux en les tenant trop en rênes; il résolut donc de « rendre la main », et, comme il disposait du règlement de la Chambre, il se décida à consentir de ce côté quelques améliorations de détail, faisant sonner si haut cette générosité qu'on semblait lui devoir encore de la reconnaissance !

L'un après l'autre, MM. de Kerdrel et de Montalembert avaient, devant la Chambre, signalé les inconvénients pratiques résultant d'une mauvaise organisation des bureaux. Pour toute la durée de la session^ c'était le membre le plus âgé qui était chargé des fonctions de président; c'était le membre le plus jeune qui devait faire office de secrétaire. Mais, parfois, les présidents, à raison même de leur vieillesse, manquaient d'autorité, et les secrétaires n'avaient aucune aptitude pour leur rôle. En mettant un terme à cet état de choses, en substituant des présidents et des secrétaires élus à des présidents et à des secrétaires d'âge, l'empereur fit une réforme à la fois utile aux affaires et sans danger au point de vue politique.

Les orateurs indépendants avaient aussi signalé le triste sort fait aux amendements législatifs qui, ayant besoin de l'approbation préalable du conseil d'État,

étaient soumis aux sections ou à rassemblée générale sans que personne fût là pour les défendre, malheureux enfants abandonnés de leurs pères naturels. Napoléon III ne vit aucun inconvénient à ce que les commissions parlementaires, plus soucieuses du succès de leurs amendements que du soin de leur dignité, usassent du droit de déléguer humblement près du conseil d'État des avocats d'office chargés d'obtenir les circonstances atténuantes pour les textes suspects du palais Bourbon.

Le pouvoir n'avait rien à perdre non plus à ce que le Corps législatif pût, dans les questions importantes demandant des études approfondies et des compétences diverses, élire deux commissaires au lieu d'un par bureau. Là encore, Napoléon III se fit honneur d'un libéralisme qui ne lui coûtait rien.

Mais, si l'empereur était lent dans ses résolutions, il était tenace dans ses rancunes. En touchant au décret organique sur les rapports des pouvoirs publics, il s'accorda une dernière satisfaction, ce fut de mettre à néant, par un texte exprès, la résolution votée par le Corps législatif dans la session de 1852, et en vertu de laquelle la dotation des sénateurs était regardée comme n'ayant pas un caractère suffisamment inamovible et viager. Napoléon III montrait ainsi à la Chambre qu'il avait remarqué et retenu tout ce qui s'était dit dans ses débats. L'opposition, il l'avait réprimée; les périls, il y avait pourvu; les concessions insignifiantes, il les avait faites de lui-môme.

L'empereur venait de prouver qu'il ne laissait pas les injures impunies. Il voulut montrer qu'en revanche^ aucun service ne restait avec lui sans récompense.

M. Troplong venait d'être appelé à la première présidence de la cour de cassation et allait être nommé président du Sénat. M. Mesnard devait être imposé à l'Institut en dehors de Télection réglementaire. M. Baroche qui, depuis le 24 octobre, recevait un traitement de 100 000 francs, fut autorisé à prendre désormais le titre de ministre-président du conseil d'État. M. Rouher, qui n'était jusque-là que président de section, fut élevé au rang de vice-président (décret du 30 décembre 1852). Enfm, tous les sénateurs^ sans distinction de services et de besoins, étaient pourvus d'une dotation viagère de 30 000 francs. Chacun avait ainsi sa part !

Désormais, Napoléon III avait une réputation établie de maître qu'on gagne à servir, qui soutient ses représentants, n'oublie aucun concours et appelle à lui toutes les ambitions : politique habile, et qui ne prête à la critique que parce qu'elle était un instrument de popularité au profil du césarisme.

Décidément, on entrait dans un autre ordre de choses.

L'empire autoritaire faisait son apparition en scène par les intrigues de cour, la résurrection de l'étiquette monarchique, et une émulation de dépenses qui mettait la corruption dans la société, en attendant qu'elle y introduisît la gêne.

Désormais, ce n'était plus sur la politique qu'on discutait, mais sur les préséances. Plus de débats publics au palais Bourbon; mais fêtes sur fêtes au palais des Tuileries. Le parlementarisme, vieux joujou brisé ! le cérémonial, voilà le nouveau hochet à la mode !

La grave question du costume se présentait la première : — Serait-on admis, dans les réunions officielles, en frac

OU en « habit habillé? » M. Sandfort, chîM*gé d'affaires des Étals-Unis, croyait nécessaire, avant de se rendre en habit noir dans un bal, de sonder d'avance M. Drouyn de Lhuys, ministre des affaires étrangères, sur ce point délicat. Les journaux étrangers, n'ayant plus rien à dire de nos affaires intérieures, apprenaient à l'Europe que les maréchaux Magnan et Saint-Arnaud, le général de Lawœstine, commandant de la garde nationale, et M. de Nieuwerkerke étaient revenus à la culotte courte. M. de Maupas se signalait par une initiative hardie: il importait en France l'habitude anglaise de poudrer les cochers. Le Moniteur, lors de l'apparition de VAlmanach impérial, publiait un erratum pour restituer à MM. Billault, Baroche et Troplong le titre d'Excellence omis devant leur nom.

Mais ce luxe excessif de surface, ce vernis superficiel de beau monde déguisait mal une certaine bassesse de nature et une férocité d'appétits, dès longtemps aiguisée par le besoin mélangé à l'envie.

C'était le Bas-Empire qui recommençait; mais le Bas- Empire finit par l'invasion des Barbares !

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