‹ Études d'histoire religieuseChapitre 2 sur 18 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

L'usage de réunir en volumes les essais publiés dans les recueils périodiques, usage que plusieurs personnes regardent comme signalant une tendance fâcheuse dans la littérature contemporaine, est la suite inévitable de l'importance qu'ont prise depuis quelques années les travaux de revues et la partie littéraire de certains journaux quotidiens. Il serait inutile de réimprimer de simples comptes-rendus, destinés uniquement a annoncer un ouvrage et ne renfermant aucune étude de première main. Mais du moment que les articles de critique, à tort ou à raison, ont cessé d'être des extraits et des analyses pour devenir des travaux de fond, on ne peut trouver mauvais que l'auteur songe à donner une publicité plus durable à des morceaux qui souvent lui ont demandé plus de recherches et de réflexion qu'un livre original. Peut-être ce genre nouveau de littéra-

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ture sera-t-il envisagé dans Tavenir comme celui qui appartient le plus essentiellement à notre époque^ et par conséquent comme celui où notre époque a le mieux réussi. Je n'examine pas si ce sera là un éloge ou une critique du temps où nous sommes ; il suffit que le genre soit admis comme une des formes les plus importantes de la production intellectuelle au moment présent, pour qu'on ne puisse accuser de prétentions déplacées et d'un culte exagéré pour leurs propres œuvres les auteurs qui recueillent des travaux, d'un faible mérite peut-être, mais auxquels ils ont donné tous leurs soins. . ,

Il est très-vrai que les volumes ainsi formés, si on les envisage comme des livres, pèchent gravement contre les règles d'une composition régulière et contre les lois de l'unité. Lors même qu'on à cherché , comme dans celui que je présente au public, à ne réunir que des travaux analogues par le sujet et formant uii ensemble, il est impossible que des morceaux rapprochés artiQ-* ciellement n'offrent pas plusieurs traits qui avaient leur . raison d'être dans un recueil périodique et ne l'ont plus autant dans un livre. Cela aura lieu surtout si, parmi les pièces reproduites^ quelques-unes sont d'une date déjà ancienne. Sans avoir rien à désavouer, on peut fort bien, en relisant des morceaux écrits à huit années de distance, quand ces années ont été remplies par une pensée quelque peu active, trouver qu'on présenterait certains détails d'une manière différente. Deux règles me semblent devoir être observées dans la reproduction de pareils essais. D'une part, il serait fâcheux que l'auteur se crût obligé de changer le caractère primitif de son œuvre, et de la ramener exactement à la forme qu'il y donnerait s'il la composait pour la pre-

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mière fois. De Tautre^ le respect dû an pablie interdît de mettre au jour un trayait qu'on estcapable de rendre moins imparfait. J'ai cherché à concilier ces deux d)ligations^ et je crois pouvoir dire que le présent volume, tout en contenant des morceaux écrits à une époque éloignée , surtout si Ton considère les événements qui se sont pressés depuis leur publicaticm^ ne renferme rien qui ne réponde à ma pensée actuelle. Ces <^)servations s'appliquent surtout à l'Essai sur les historiens critiques de Jésus et à quelques autres pages composées dans une manière différente de celle que j'ai depuis adoptée. Je ne puis dire qu'aujourd'hui j'écrirais ces pages telles qu'elles sont; cependant je les signe de nouveau sans aucun scrupule^ parce qu'elles n'offrent rien qui ne me semble conforme i la vérité.

L'excellente habitude des retractatione$*, que pratiquait si naïvementl'antiquité^ n'est plus dans nos mœurs littéraires: cette critique de soi-même^ qui, avec un peu de sincérité, porterait tant de fruits et pour l'auteur et pour le public, serait regardée de nos jours comme un raffinement de vanité, et l'écrivain qui se la permettrait expierait indubitablement sa candeur par le tort qu'il ferait à sa propre autorité. Le dogmatisme théologique nous a conduits à une idée si étroite de la vérité, que quiconque ne se pose pas en docteur irré. fragable risque de s'ôter à lui-même toute créance auprès des lecteurs. L'esprit scientifique , procédant par de délicates approximations, serrant peu à peu la

* Ce mot n'avait point en latin le sens que nous attachons au mot rétractation; il indiquait seulement le travail de Tauteur reprenant ses œuvres à distance et signalant les modifications que lui inspirait le progrès de sa pensée.

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vérité^ modifiant sans cesse ses formules pour les amener à une expression de plus en plus rigoureuse, variant ses points de vue pour ne rien négliger dans Tinfinie complexité des problèmes que présente cet univers, est en général peu compris et passe pour un aveu d'impuissance ou de versatilité. Au risque de m'exposer aux mêmes reproches, mais parfaitement résolu à ne jamais sacrifier une parcelle de ce que je crois le vrai à une vaine prétention d'infaillibilité, je ferai ici deux ob* servations qui intéressent, Tune ma conscience religieuse, l'autre ma conscience scientifique.

L'article sur Channing, lors de sa publication, souleva de la part des admirateurs de cet homme de bien des objections dont je reconnais à quelques égards la justesse. Sans doute, en me les adressant, on oublia trop avec quels termes de sympathie j'avais parlé du réformateur américain. Je reconnais cependant que le malentendu était fondé jusqu'à un certain point, à cause de la proportion inégale donnée dans l'article susdit à la louange et au blâme. Content d'avoir exprimé une seule fois mon admiration pour l'œuvre excellente de Channing, et présentant au contraire avec beaucoup de développement les objections auxquelles son système ne saurait, plus qu'aucun autre, avoir la prétention d'échapper^ je pouvais laisser croire que jene plaçais pasau rang qu'il mérite le meilleur mouvement religieux qu'ait vu notre siècle. En écrivant cet article, j'étais surtout préoccupé de la disparition de la grande culture et du grand génie, au prix de laquelle s'achètent trop souvent lès progrès accomplis dans l'ordre matériel et même dans Tordre d'une certaine moralité : l'honnête et raisonnable philosophie de l'école américaine me paraissait mesquine comparée à l'ampleur du catholicisme

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