‹ Études d'histoire religieuseChapitre 3 sur 18 · PRÉFACE. T · texte numérisé non relu

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€t à la grande manière à la fois critique^ philosophique et poétique de rAUemagne. Il m'a été impossible, en me I faisant, de modifier sur ce point mon premier sentiment; mais j'ajoute volontiers qu'il ne résulte de là aucun reproche contre Channing. Les bonnes choses doivent être prises simplement : chaque ordre de grandeur a sa maîtrise à part et ne doit point être comparé à d'autres. Un philanthrope qui, ayant à juger Gœthe, le mettrait en parallèle avec Vincent de Paule, se trouverait amené à ne voir dans le plus grand génie des temps modernes qu'unégoïste qui n'a rien fait pour le bonheur et Tamélioralion morale de ses contemporains.

L'article sur les Religions de Vantiquité me parait également susceptible de quelques additions, depuis que je connais les travaux qui se poursuivent en Allemagne sur la mythologie comparée de la race indo-européenne, travaux qui n'existaient pas, ou qui n'avaient pas pénétré en France, à l'époque où j'écrivais mon article. Ces travaux, dont la portée ne semble pas encore complètement aperçue, même de leurs auteurs^ rapprochés des vues parallèles sur les religions sémitiques, à la formule desquelles je peux avoir eu quelque part, doivent faire envisager les reUgions de l'antiquité sous des aspects un peu différents de ceux auxquels conduisent les ouvrages de l'école symbolique et de l'école purement hellénique. L'unité de la race indo-européenne, en son opposition avecla race sémitique, reconnue dans les religions comme dans les langues, servira désormais de base à l'histoire des religions de l'antiquité. Ceci n'atteint point. la doctrine de Farticle en question, mais explique seulement le silence que j'ai gardé sur des découvertes récentes, qui feront époque dans la science. Si je n'ai pas essayé de combler

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cette lacune^ c*est parce que les découvertes dont je parle ne sont pas encore au point où il convient de les présenter au public comme des résultats définitifs.

Les morceaux qui composent le présent volume sont tous relatift à l'histoire des religions, et se trouvent, sans parti pris, embrasser les principales formes qu'a revêtues dans Patitiquité, au moyen âge et dans les temps modernes, le sentiment religieux. Ces sujets ont pour moi un attrait que Je ne dissimule pas et auquel je ne sais pas résister. La religion est certainement le plus haute et la plus attachante des manifestations de la nature humaine : entre tous les genres de poésie , c'est celui qui atteint le mieux le but essentiel de l'art, qui est d'élever l'homme au-dessus de la vie vulgaire et de réveiller en lui le sentiment de son origine céleste. Nulle part les grands instincts du cœur ne se montrent avec plus d'évidence , et lors même qu'on n'adopte en particulier l'enseignement d'aucun des grands systèmes religieux qui se sont partagé ou se partagent le monde, il ressort de l'ensemble de ces systèmes un fait immense, qui constitue à mes yeux la plus consolante garantie d'un avenir mystérieux, où la race et l'individu retrouveront leurs œuvres et le fruit de leurs sacrifices.

Une grave difficulté, je le sais, s'attache à ces études, et porte les personnes timorées à prêter aux écrivains qui s'en occupent des tendances et un but qui leur sont étrangers. L'essence des religions est d'exiger une croyance absolue, par conséquent de se mettre au-dessus du droit commun, et de dénier à l'historien impartial toute compétence quand il s'agit de les juger. Les religions, en effet, pour soutenir la prétention qu'elles ont d'échapper à tout reproche, sont obUgées d'avoir un système particulier de philosophie

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de rbistoire, fondé sur ia croyance à une intenren« lion miraculeuse de la divinité dans les choses humaines^ intervention qui se ferait uniquement à leur proOt. Les religions d'ailleurs ne sont pas maîtresses de disposer librement de leur passé; il faut que le passé se plie aux nécessités du présent^ et fournisse une base aux institutions le plus évidemment amenées par le cours du temps. La critique, au contraire^ dont la règle est de ne suivre que la droite et loyale induction^ en dehors de toute arrière-pensée politique; lacritique> dont le premier principe est que le miracle n'a point de place dans le tissu des choses humaines^ pas plus que dans la série des faits de la nature; la critique qui commence par proclamer que tout dans l'histoire a son explication humaine^ lors même que cette explication nous échappe faute de renseignements suffisants^ ne saurait évidemment se rencontrer avec les écoles théologiques ^ qui emploient une méthode opposée à la sienne et poursuivent un but diflérent. Susceptibles^ comme toutes les puissances qui s'attribuent une source divine^ les religions prennent naturellement l'expression^ m^e respectueuse^ delà divergence pour de l'hostilité, et Toient des ennemis dans tous ceux qui usent vis-à-vis d'elles des droits les plus simples de la raison.

Ce regrettable malentendu, qui durera éternellement entre l'esprit critique et les doctrines habituées à s'imposer tout d'une pièce, doit-il arrêter l'esprit humain dans la voie de la libre recherche ? Nous ne le pensons pas. D'alK)rd, la nature humaine ne consent jamais à se mutiler elle-même; de plus, on concevrait peut-être que la raison consentit à son propre sacrifice, si elle se trouvait en face d'une doctrine unique et adoptée de toute rhumanîlé. Mais une

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foule de systèmes s'attribuant lâ vérité absolue, que tous ne peuvent posséder à la fois; aucun de ces systèmes ne montrant des titres tels qu'il ait pu réduire à néant les prétentions des autres, l'abdication de la critique ne contribuerait en rien à donner au monde le bien si désirable de la paix et de Tunanimité. A défaut de la lutte entre la religion et la critique, les religions lutteraient entre elles pour la suprématie; si toutes les religions se réduisaient à une seule, les fractions diverses de cette religion s'anathématiseraient Tune Fautre; et en supposant même que toutes les sectes en vinssent à reconnaître une sorte de catholicité, des dissentiments intérieurs, vingt fois plus animés et plus haineux que ceux qui séparent les religions et les Églises rivales, serviraient d'aliment à Tétemel besoin qu'a la pensée individuelle de créer à sa guise le monde divin. Que conclure de tout cela î Qu'en supprimant la critique on ne supprimerait pas le procès, et qu'on supprimerait peut-être le seul juge qui puisse en éclaircir les obscurités; que le droit qu'a chaque religion de s'affirmer comme vérité absolue, droit parfaitement respectable, et que personne ne songe à contester, n'exclut ni le droit parallèle des autres reUgions, ni le droit de la critique, qui se tient en dehors des sectes. Le devoir de la société civile est de maintenir en face Tun de l'autre ces droits contradictoires, sans chercher à les concilier, ce qui serait tenter l'impossible, et sans leur permettre de s'absorber, ce qui ne pourrait se faire qu'au détriment des intérêts généraux de la civilisation. Il importe de remarquer, en effet, que la critique, en usant sur l'histoire des reUgions du droit qui lui appartient, ne commet aucun attentat dont on puisse se plaindre, je ne dis pas seulement au point de vue de

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régalité des droits (cela est trop clair, puisque les coniroversistes religieux se permettent tous les jours contre la science indépendante des attaques pleines de violence), mais même en faisant des concessions aussi larges qu'il est possible aux convenances età la majesté du culte établi. La religion, en même temps qu'elle atteint par son sonunet le ciel pur de Tidéal, pose par sa base sur le sol mouvant des choses humaines et partici[)e à ce qu'elles ont d'instable et de défectueux. Toute œuvre dont Thomme fournit la matière , n'étant qu'un compromis entre les nécessités opposées qui forment la vie passagère, prête nécessairement à la critique, et on n'a rien dit contre une institution tant qu'on s'est borné à celte inoffensive remarque, qu'elle n'a point complètement -échappé à la nature fragile de tous les édifices d'ici-bas. 11 faut qu'une religion soit d'uùe manière ' et non d'une autre : or, cette condition essentielle de toute existence implique une limite, une exclusion, un défaut. L'art, qui aspire comme la reUgion à rendre l'infini sous des formes finies, renonce-t-il à sa mission parce qu'il sait que nulle image ne peut représenter l'idéal? Ne s'évanouirait-il pas dans le vague et l'insaisissable le jour où il voudrait être infini dans ses formes comme il l'est dans ses conceptions? La religion, de même, n'existe qu'à la condition d'être très-arrêtée, très-claire, trèsfinie, et par conséquent très-critiquable. Le côté étroit el particulier de chaque religion, qui fait sa faiblesse, fait aussi sa force : car les hommes se réunissent par leurs pensées étroites bien plus que par leurs pensées larges. C'est peu d'avoir montré que toute forme religieuse est dans une énorme disproportion avec son divin objet, si on ne s'empresse d'ajouter qu'il n'en

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