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CHAPITRE VI

LE PROCHAIN

Ce qu'entendaient par " le prochain" les disciples juifs. — Le nouveau cercle du " prochain " dans les églises de la dispersion. — L'esclavage.

CE qu'entendaient par '' LE PROCHAIN " LES DISCIPLES JUIFS

On trouve souvent répétée dans les traductions françaises du Nouveau Testament l'expression de prochain. Que faut-il

entendre par là?

Le texte grec porte o ttat^^iov. Dans son acception ordinaire, ce mot signifiait les proches parerits, les amis intimes, ceux avec lesquels on vivait familièrement, et par extension ceux qu'unissait un même culte, ceux qui avaient une même patrie, les membres d'une même hétairie politique ou religieuse ; en un mot, ceux qui pouvaient ou devaient se considérer comme faisant partie d'une même famille et ayant à l'égard les uns des autres des obhgations étroites.

C'est ce sens qui lui a été conservé dans les écrits évangéliques ; aussi lui donne-t-on souvent pour synonyme àWk^àq, frèreK Par suite, 6 izM^^io^ a été traduit en latin ip^jc proximus, qui a la même signification que le mot grec.

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Actes, VII, 23-27.

188 ÉTUDES D'mSTOIRE nELIGIEUSE.

Il eût donc été naturel de le rendre dans la langue française par famille, ou mieux par frère, qui sert d'habitude à exprimer l'idée d'une parenté naturelle et aussi celle d'une parenté formée par les liens d'une alliance politique ou religieuse. On a mieux aimé se servir, nous ne savons pourquoi du terme de prochain, c'est à dire qu'au lieu de traduire par un équivalent le mot grec, on s'est borné à franciser le mot latin iproximus; de la sorte l'expression claire et naturelle de parents ou de frère, est devenue un terme particulier, étranger au langage ordinaire.

Toutefois, c'est bien le sens de parenté, de fraternité qui demeure attaché à la qualification de prochain.

Or, par suite même de l'idée qui la caractérise, on reconnaît tout d'abord que l'expression de zXri.ccv, proximu, prochain, avait pour but non d'étendre, de généraliser les relations entre les hommes, mais tout au contraire de créer des catégories, des groupes, des familles au sein de l'humanité.

Le mot zXyiTt^v n'était pas nouveau parmi les Juifs qui se servaient de la langue grecque. Loin de là. Il se trouvait reproduit dans les traductions de leurs livres sacrés et il était journellement employé dans les relations entre les coreligionnaires. Ainsi on lit dans la version alexandrine de la Bible, au chapitre XIX du LéuiUque^ :

" Tu ne te vengeras pas; tu ne garderas pas de ressentiment contre les enfants de ton peuple; mais tu aimeras ton PROCHAIN comme toi-même. Kal iy.^,,.., ,., ^x^^fov ao. è,

Dans la loi mosaïque, on le voit, le prochain de l'Israélite n'est que son compatriote, l'enfant de Jéhova.

* Lévitique, XIX, 18.

LE PROCHAIN

L'Israélite ne reconnaissait d'autre fraternité que celle qui résultait de la descendance et en même temps de l'adhésion à l'autorité du temple de Jérusalem. Elle était accordée par delà les frontières aux Juifs de Babylone, d'Antioche, de Damas et même d'Alexandrie, à tous ceux qui se trouvaient en exil ou avaient émigré en conservant la foi au Dieu de Jacob. Mais les Ismaélites, les lils du désert nés d'Abraham et de l'esclave Agar, revendiquaient vainement ce titre; ils étaient bâtards et ne faisaient point partie de la famille légitime^. Les * Samaritains qui, malgré leur descendance légulière et justifiée du Père commun, avaient été répudiés, n'étaient plus membres de l'alliance depuis qu'ils avaient voulu posséder un temple sur le mont Garizim. Aucun peuple ne poussait aussi loin que l'Israélite l'orgueil national. Le fils de Romulus était moins jaloux du titre de citoyen romain, plus disposé à en concéder les droits, que le fils d'Abraham n'était consent à reconnaître un étranger pour son prochain ou frère.

Si îe doute était possible, on n'aurait qu'à lire le chapitre du Lévitique en entier, et l'on verrait qu'après avoir établi les devoirs de l'Israélite envers S07i prochain, son frère, la Loi définissait ensuite ses devoirs envers ceux qui n'étaient pas le prochain, c'est à dire les étrangers.

Il est dit aux versets 33-34 :

" Si quelque étranger habite dans votre pays, vous ne le molesterez pas. h' étranger qui demeure parmi vous devra être traité comme l'indigène; et vous l'aimerez comme vous-mêmes, vous souvenant que vous aussi vous avez été étrangers en Egypte. "

Ainsi la Loi impose à l'Israélite la plus grande bienveil*

1 Gaffes, IV, 21-31.

ÉTUDES D'hISTOJRE RELIGIEUSE.

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lance pour Tétranger, lui prescrit de le traiter sur le pied presque de l'égalité; mais elle se garde de lui donner la qualité de prochain ou de frère, qui n'appartient qu'aux enfants de Jéhova. Ce terme de TzXTtdo^, de prochain, désignait si bien l'Israélite, et l'Israélite seulement, que le législateur, après avoir ordonné qu'il soit aimé comme un autre soi-même, est obligé de faire des recommandations analogues pour le non-Israélite, l'étranger établi en Judée; il n'était pas compris dans le prochain désigné au verset précédent. Aussi lit-on dans le Talmud^ : "L'Israélite qui tue un étranger n'est pas mis à mort par le Sanhédrin, parce que le Gentil n'est pas le prochain, "

Cette distinction du prochain et du ^ion-prochain était si manifeste, que la Vulgate a cru ne pas devoir dire dans ce verset du Lévitique : proximus, prochain. Elle a dit : amicus, ami. On peut, en effet, remarquer qu'on lit dans la version grecque : âva^rr^aei; tov i:Xr^j{sv cou èç ffeajTsv, aime ton prochain comme toi-même, et qu'ainsi TrXr^jtcv, prochain, y est opposé à étranger, zpoTr^k^t-czç ; tandis que la Vulgate s'exprime ainsi : Diliges amicum tuum sicut te ipsiim, aime ton ami comme toi-même. Par suite, dans le texte latin, à Vétranger, advena, des versets suivants, se trouve opposé amicus, ami, et non plus proximus, le prochain. Mais dans tous les autres cas où ce verset est cité isolément, entre autres un passage du 2« Évangile, chapitre X, 27, où il est dit: 'AvaTur^cci;... tcv xXr<j{ov Œûu w; ceauTov, la Vulgate traduit : Diliges... proximum tuum sicut te ipsum.

Les disciples juifs de Jésus ont-ils donné une plus large acception au mot prochain ?

1 E. Stapfer, La Palestine au temps de Jésus, p. 125.

LE PROCHAIN

Les Actes des Apôtres vont nous l'apprendre. On lit dans le discours d'Etienne ^ :

" Moïse fut instruit dans toutes les sciences des Egyptiens, et il était puissant en paroles et en œuvres. Quand il eut atteint 1 âge de quarante ans, il voulut visiter ses frères, les enfants d'Israël {kmr/A^xa^T. tcùç àBsXçoùç aùxcu, tcùç ub-jç 'Ijpa^^X). En voyant l'un d'eux maltraité par un Egyptien, il prit sa défense et le vengea en tuant l'agresseur. Il croyait que ses frères comprendraient que Dieu leur apportait le salut par sa main; mais ils ne le comprirent pas. Le lendemain il se trouva parmi eux pendant qu'ils se battaient, et il les exhorta à la paix en leur disant : Vous êtes des hommes frères. Pourquoi donc vous maltraitez -vous ainsi? Mais celui qui maltraitait son prochain le repoussa ( 'AvBp£ç à^sX-

ço( £7T£* îva t{ à$iX£Î-:e àXX-^Xcuç; 6 Se tcv 7:Xy;(7{cv à^.y.wv aTrwjaTO

aÙTcv ekwv) et lui dit : Qui t'a étabU juge et chef sur nous? Veux-tu me tuer comme tu tuas hier l'Egyptien? A cette parole. Moïse s'enfuit au pays de Madian; il y fut reçu à titre d'étranger (èy^veTo TÂpziy.zq h y^ MaS'.ajji) et y eut deux fils. "

Ainsi, frère et prochain sont synonymes pour l'auteur des Actes; ils s'appliquent aux Israélites entre eux et en opposition avec l'Égyptien; de même Moïse, bien accueilli au pays des Madianites, y prenant femme, y ayant des enfants, n'est qu'un étranger pour eux, tandis que son prochain, ses frères restent les seuls fils d'Abraham. Il n'est pas besoin d'en fournir d'autres exemples.

C'est bien de la sorte que les évangélistes entendent le prochain, et ils conviennent que Jésus n'aurait pas eu l'intention d'apporter à Jérusalem des idées nouvelles à ce sujet. Pour donner, en effet, plus de poids aux préceptes de bienveil-

Actes, VII, 22-29.

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lance mutuelle formulés par le Maître, ils les lui font placer sous l'autorité de la loi mosaïque. Ainsi Jésus aurait dit : '' Toutes les choses que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les-leur aussi de même; car c'est la Loi et les prophètes K "

C'est ce qui ressort encore du colloque de Jésus et du scribe. Le 1er et le 2^ Évangile 2 rapportent à peu près dans les mêmes termes que Jésus s'était un jour déclaré contre les Sadducéens, qui n'admettaient pas la résurrection, pour les Pharisiens, qui au contraire avaient adopté cette croyance. " Un scribe alors qui les avait ouïs disputer ensemble, s'approcha et lui demanda : Quel est le premier de tous les commandements? Jésus lui répondit : Le voici : Écoute, Israël le Seigneur notre Dieu qui est le seul Seigneur; tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de tout ton cœur, de toute ta pensée et de toute ta force; c'est là le premier commandement. Et voici le second qui ne lui cède pas en importance : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 11 n'y a pas de commandement supérieur à celui-ci. "

On le voit, aimer Jéhova, le Dieu protecteur d'Israël et aimer ceux qui font partie de l'alliance nationale et rehgieuse, le prochain, voilà le devoir essentiel de l'Israélite d'après la Loi. Jésus se montrait d'une orthodoxie irréprochable.

" Aussi le scribe lui répondit : Maître, c'est bien parler. Tu as dit vrai en déclarant qu'il n'y a qu'un Dieu, et que l'aimer de toute son âme et aimer son prochain comme soi-même valent mieux que tous les sacrifices et tous les holocaustes. Jésus vit qu'il avait affaire avec un homme instruit et lui dit : Tu n'es pas éloigné du royaume de Dieu. Et personne n'osa plus lui faire de nouvelles questions. "

1 1" Évangile, VU, 12.

8 1" Évangilo, XXIT, 34-10. - 2" Évangile, XII, 28-3i.

LE PROCHAIN

Ainsi l'évangéliste a tenu à établir, sans doute pour les besoins de sa cause, que. le scribe, le savant des bourgs de la Palestine, celui qui sait hre et écrire, qui, dans la Synagogue, commente les livres sacrés au jour du sabbat, que l'interprète reconnu de la loi, ennemi de toute innovation l'cligieuse, s'est avoué en parfaite communauté d'idées avec Jésus sur les devoirs essentiels de ris7*aélite; et que, de son coté, Jésus l'a déclaré près d'entrer au royaume de Dieu.

Cependant, sous le mot prochain, il pouvait n'y avoir peut-être qu'une trompeuse apparence d'accord. Le prochain était évidemment aux yeux de tous celui qui était de la famille de Jacob. Mais qui avait droit à ce privilège? A qui devait-il être refusé? C'était là la question essentielle.

Or, Jésus était Galiléen, c'est à dire d'une province secondaire; de plus, il fréquentait, disait-on, les pubUcains*, ceux qui osaient percevoir des impôts sur le peuple de Dieu, peuple qui, au contraire, devait vivre des contributions des autres nations ; Jésus était encore en relation avec des prostituées 2, des mangeurs et des buveurs 3, des gens qui ne suivaient pas les préceptes de la Loi et qui devaient être rejetés du sein d'Israël. Les docteurs de la Synagogue pouvaient donc craindre d'être les jouets de quelque équivoque; ils devaient tenir à savoir ce que Jésus entendait par prochain, et si par hasard il avait la prétention de vouloir octroyer ce privilège à ceux qui ne reconnaissaient pas l'unité religieuse, l'hégémonie du Temple de Jérusalem.

Le 3e Évangile* rapporte à ce sujet qu'un de ces docteurs *' ayant répondu à Jésus qu'il était écrit dans la Loi : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et ton pro-

1 3« Évangile, XIX, 1-7.

« 3« Évangile, VII, 33, 40.

3 3« Évangile, V, 29, 35; XV, 1. - 4« Évangile, II, \-\\.

* 3« Évangile, X, 25, 37.

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chain comme toi-même, Jésus lui dit : Tu as bien répondu; accomplis ces commandements et tu auras la vie. " Mais notre homme ne consentit pas à accepter l'éloge sans bien s'entendre, et il demanda à Jésus : Qui est mon prochain? Mis ainsi en demeure de s'expliquer, Jésus va-t-il profiter de Foccasion pour réfuter les idées étroites de ses auditeurs? Va-t-il leur dire qu'il ne devrait pas y avoir de groupes exclusifs et fermés au sein de l'humanité, que tous les hommes sont d'une seule et grande famille?

Écoutons les paroles que Tévangéliste lui attribue : " Un homme, dit-il, descendit de Jérusalem à Jéricho et tomba entre les mains de brigands qui le dépouillèrent après l'avoir grièvement blessé et, le laissant pour mort, s'en allèrent. Or, un sacrificateur passant par le même chemin peu de temps après vit le malheureux et passa outre sans s'inquiéter de lui. Un lévite vint ensuite au même endroit et passa outre également. Mais un Samaritain, passant à son tour, s'approcha du blessé, et à la vue de son état il fut touché de compassion. Il banda ses plaies, lui versa de l'huile et du vin ; puis il le mit sur sa monture, le mena à une hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain en partant, il tira de sa bourse deux deniers d'argent, les donna à l'hôte, lui disant : Soigne ce pauvre homme et tout ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. "

Et alors, après avoir raconté cette histoire, Jésus s'adressa au docteur et lui dit : " Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui tomba entre les mains des voleurs?" Or, sans hésiter, le Juif de l'Ancien Testament répond : " C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui/ Dans cette parabole du Samaritain, si souvent citée comme la plus haute expression du sentiment de la fraternité humaine, la réponse attribuée à Jésus est au contraire, il faut

le reconnaître, ambiguë, équivoque, comme les évangélistes la montrent dans toutes les circonstances où se trouvent en jeu les préjugés juifs; ils laissent voir la crainte qu'ils ont de les heurter, et d'être considérés comme de faux fils d'Israël. Ainsi d'après eux, dans le cas actuel, Jésus n'aurait pas déclaré que par prochain ou frère, il fallait entendre tous les hommes ni même seulement tous les fils d'Abraham, Ismaélites ou Samaritains. Il s'est borné à dire qu'on peut faire exception pour un bon et pieux Samaritain qui fréquente Jérusalem, pour celui qui, loin de se montrer un irréconciliable ennemi, a rendu service au Juif; qu'on ne peut rejeter un tel enfant de Jacob sans injustice, car on ne saurait payer de haine la reconnaissance qu'on lui doit.

Cependant, malgré toutes ces réserves, on dirait que l'évangélisle n'ose pas faire cette déclaration de la propre bouche de Jésus; c'est le docteur juif qui la fait. Ce pharisien si méfiant, si chatouilleux au sujet des prérogatives religieuses et nationales, c'est lui qui déclare que le bon Samaritain peut être admis pour le prochain ou le frère du Juif; qu'il ne Test pas de droit, mais qu'il peut le devenir; et Jésus se couvre de son autorité.

Ainsi la morale qui découle de cette parabole est donc en parfait accord avec les sentiments des interprètes orthodoxes de la loi mosaïque ; et les évangélistes prennent soin d'établir qu'elle ne contient aucune innovation dans les enseignements des Synagogues.

Si les Samaritains ne sont pas formellement reconnus comme faisant partie du prochain, que devait-on penser des descendants des Chananéens?

Jésus, selon les évangélistes <, jugeant prudent de quitter

i fr Évangilo, XV, 21, 28. - 2« Évangile, VIL 25^.

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les lieux habituels de sa prédication, se dirigeait vers les quartiers limitrophes de Tyr et de Sidon. Et une femme chananéenne qui en venait s'écria à sa rencontre : " Seigneur, fils de David, aie pitié de moi! ma fille est misérablement tourmentée par le démon. "

Les Apôtres vont-ils nous montrer Jésus proclamant à cette occasion l'oubli des haines héréditaires?

" Jésus, rapportent-ils, semblait ne pas l'entendre et ne répondait rien. Ses disciples alors s'approchèrent de lui et lui dirent : Renvoie cette femme qui nous fatigue de ses cris; et cédant à leurs instances, il répondit à cette malheureuse : Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. Mais elle se prosterna et d'une voix suppliante elle redisait : Seigneur, aide-moi! Il n'est pas juste, lui déclara Jésus, de prendre le pain aux enfants pour le jeter aux petits chiens! C'est vrai, dit-elle; mais, Seigneur, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Alors Jésus lui dit enfin : Femme, ta foi est grande; qu'il te soit fait comme tu le désires. Et à l'instant sa fille fut guérie. "

Avec quelle dureté sont accueillies les prières de cette pauvre mère ! Malgré ses larmes attendrissantes, les disciples veulent l'éloigner; le Maître la compare aux chiens. Non seulement elle n'est pas regardée comme le prochain, mais elle n'est même pas traitée avec la bienveillance que la Loi ordonnait d'avoir pour l'étranger habitant la Judée. Le Samaritain de la parabole précédente s'était montré beaucoup plus humain, plus généreux. Les évangélistes nous peignent ici Jésus plus durement exclusif qu'un pharisien. Et au contraire quel dévouement maternel chez cette Chananéenne! Elle ne se décourage pas; et pour obtenir la guérison espérée de sa fille, elle accepte l'humiliation dont

LE PROCHAIN

on l'abreuve, avec une admirable résignation. Or, si cette infortunée mère, pour inspirer seulement la pitié, doit faire une déclaration de foi en Jésus, qui sera à juste titre parmi les infidèles le prochain qu'on doit aimer comme soi-même? Il est donc manifeste qu'aux rapports des évangélistes, Jésus n'aurait pas voulu étendre son action politique et religieuse en dehors de la descendance d'Abraham qui constituait seule le prochain.

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