‹ Etudes d'histoire religieuse [microform]Chapitre 23 sur 64 · II · texte numérisé non relu

II

dépositaires de la pensée du Maître, qu'ils étaient seuls chargés de la continuation de l'œuvre, et ils affirmaient qu'il leur avait ^ '' été formellement défendu d'aller vers les Gentils ou d'entrer dans aucune ville des Samaritains, "

Les nouveaux venus leur répondaient : Vous n'êtes pas les seuls à posséder le privilège d'avoir vu et entendu Jésus; il s'est aussi miraculeusement montré à nous^ et nous a constitués ses apôtres. Jésus de son vivant n'avait eu, il est vrai, l'intention primitive de n'appeler à lui que les Juifs; mais ceux-ci ayant refusé de le suivre, de voir en lui le Messie, ils ont perdu leur privilège, et il nous a été ordonné de porter aux Gentils* la Bonne Promesse et les convier au bonheur qu'ont dédaigné les Juifs.

Cette question de l'admission des Gentils dans l'Alliance était une gi'ave chose. Elle choquait les sentiments des disciples palestiniens, et surtout elle menaçait d'ébranler leur situation et leur autorité. Ceux-ci comprirent tout le danger et tentèrent de s'y opposer. De là, entre les nouveaux apôtres et les anciens, entre les partisans de l'admission des Gentils et ceux de leur exclusion, les divisions, les luttes, les injures, les menaces, et même des meurtres.

L'idée de considérer un incirconcis comme le prochain, le frère du Juif ou des disciples, ne fut donc pas exposée formellement pai' Jésus. Elle naquit de la nécessité des circonstances.

Une fois la sphèi'e de propagande portée liors de la Palestine, une fois les Gentils reçus au Royaume en qualité d'enfants de Dieu, voyons ce que devint dans les églises de la dispersion Tidée du prochain.

1 I«M<:vangile, X, 5.

-' / Cor., IX, 1. — Gahttes, I. 12.

LE PROCHAIN

A qui le croyant devrait-il un dévouement absolu? Qui devrait-il aimer comme lui-même? Qui devrait être son frère? En ce nouvel état de choses, les apôtres allaient-ils déclarer que l'ancien pacte avec Dieu était rompu et qu'il n'en serait pas contracté d'autre? Allaient-ils affirmer qu'il n'y aurait plus de groupe d'hommes privilégiés? Que tous seraient désormais égaux aux yeux de Dieu et indistinctement chéris de lui?

Une telle conception de la justice et de l'action divine ne pouvait pénétrer dans la cervelle d'un Sémite. Considérer tout être humain comme un frère était une idée qui ne pouvait venir à l'esprit d'un Israélite, ni même à celui de quiconque était imbu des doctrines religieuses du mosaïsme. Ce n'était pas, en etYet, en qualité d'homme que le fils d'Abraham était en rapport avec Jéhova; c'était comme membre d'une nation privilégiée entre laquelle et Dieu il y avait un autel, une loi et un pacte solennel.

Jésus, disaient donc les Apôtres, est venu établir un nouveau pacte, une nouvelle alliance.

En annonçant un pacte nouveau, lit-on dans l'Épître aux Hébreux^, Dieu a déclaré le premier vieilli, destiné à disparaître; et il n'y aurait pas lieu d'en former un nouveau si l'ancien n'était pas défectueux. Or, c'est ce nouveau pacte qui vient d'être établi sur de plus efficaces promesses.

Le droit de naissance ne donnera plus le privilège de la nouvelle alliance ; elle sera ouverte individuellement à ceux auxquels la faveur divine aura accordé la grâce de la foi^. Croire que Jésus est le Messie, obéir à ses apôtres, telles sont les seules conditions désormais exigées pour en faire partie.

* Hébreux VHI 6-13.

2 i" Évangile, XIII, 11; XIX, 25, 26. — 3« Évangile, XVIII, 26, 27. — Romains,

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