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ÉTUDES d'histoire TlELIGIEUSE.

surtout de la nature de celle qu'on entend à présent. Il y a bien plus d'apparence que c'étaient des clefs à Tégyptienne.

" L'explication que je donne à la clef de notre druide est conforme à celle que Jésus-Christ donne lui-même à la clef dont les Hébreux honoraient les Scribes pour marque de leur doctorat. Mais ce qui mérite une attention particulière, c'est que la clef de ce druide lui pend à l'épaule... Non seulement les ministres des faux dieux portaient des clefs sui* les épaules, mais les prêtres de la maison d'Aaron en portaient aussi, comme nous l'apprend Isaïe. ''

Il n'est pas certain que ce relief représente un di'uide et l'assimilation du thau à une clef que propose le savant bénédictin ne saurait être acceptée. Mais il demeure incontestable que nous avons sous les yeux la représentation d'un pontife ou tout autre personnage gaulois revêtu d'un emblème religieux en forme de croix.

On peut remarquer encore un des bas-reliefs qui ornaient les antiques sépulcres découverts à Metz, dont Meurisse a

LE SYMBOLE DE LA CROIX

eu soin de prendre les dessins et que reproduit Dom Martine L'inscription porte : Julio Ruesario Medivixtae convic

^ Dom Martin, Rnlirjion des Gaulois, t. II, p. 28!.

viVA P., c'est à dire que la femme survivant à son mari lui lait élever ce monument. Le mari et la femme sont représentés portant des acerra ou boîtes contenant l'encens destiné à être brûlé sur l'autel; celle de la femme est munie du thau ou de la croix.

Or, c'est bien là une famille de pieux païens. Si, par l'absence de la partie supérieure de la table, on ne lit plus I). M. : Diis Manibus, on peut facilement s'en convaincre par la comparaison des autres bas-reliefs similaires qui figurent sur la même planche. iVinsi on voit Afranius Heliodorus, propriétaire de la rue des Cordonniers, à Metz, tenant de la main gauche une acerra toute pareille, et de la droite une patère dont il verse le contenu sur la flamme de l'autel^

Le thau servait également d'attribut à plusieurs des divinités de l'Olympe.

Ainsi le sceptre que tenait Jupiter Axur ou Vejovis était terminé par cet emblème et ressemblait assez à celui que nous avons vu à la main de Vénus ou Astarté'^.

Sur une pierre gravée du Musée Napoléon, Diane porte le thau au-dessus de sa tête^.

Une antique peinture représente Dionysos tenant dans la main gauche* un cep de vigne et dans la droite une coupe

* Cf. a. Rich, D'ict. des antiq. rom. et grecq. : Acerra. — Ch. Daremberg et Edii. Saglio, Dict. des antiq. l'oni. et ytwcq. : Acerra.

' D. Guigniaut, Religions de l'antiquité, pi. ()9, ii« W2. ' Jd., ibid., pi. G7.

* W. Smith, Lictionary of greek and roman antlquities : Gantharus.

à deux anses. Son bandeau est parsemé d'emblèmes. Dieu mourant périodiquement pour ressusciter au printemps, il ne descendait aux enfers que pour en ressortir vainqueur de la mort; c'est lui qui redonnait la vie, et ozphîio; était une de ses qualifications.

Rien n'est donc plus naturel que de rencontrer sur une médaille de Sardes de l'époque romaine Dêméter tenant d'une main la corne d'abondance et de l'autre des épis et une rame dont la barre forme le symbole^.

Des médailles gréco-romaines, dont G. Bosio donne quelques spécimens 2, représentent la Fortune tenant aussi d'une main une corne d'abondance et de l'autre soit un gouvernail, soit un mat de navire, munis de l'emblème mystique qui

devait conduire à bon port. L'intention est ici évidente dans le croisement de la bari'e du gouvernail, clavus, avec le manche, ansa; car dans la pratique la barre s'emboîtait dans le manche et formait une équeri'e et non une croix. Une des médailles d'ailleurs porte en légende : Bonne Fortune. Également au revers d'une médaille lydienne d'Alexandre

* D. Guigniaut, op. cit., pi. 150, n» 564 a.

2 G. Bosio, op. cit.,. liv. V, ch. 12 : " Quod antiqui ethnici nescientes quid facerent, crucis iigiira et imagine in mnltis utebantur. " — Cf. Agostini, op. cit., Dialogo secondo, carte 63-05.

LE SYMBOLE DE LA CROIX

Sévère, on voit Diane d'Ephèse sur un char traîné par deux cerfs et portant dans sa main droite une Fortune qui tient la rame mystique*.

A Rome les Vestales portaient le signe symbolique attaché au collier qu'elles avaient à leur cou.

Le thau se voit encore sur un très grand nombre de phalères qui servaient de décorations aux soldats romains^. Il figurait aussi sur les enseignes des légions, sur les étendards de la cavalerie ; on en donnait la forme aux trophées

militaires ; c'est ce que montrent les médailles romaines et les sculptures de la colonne Antonine.

Sur des médailles de Jules César on voit sa tête laurée et

voilée entre le bonnet de flamine et le bâton d'augure avec la légende : Parens Patriae Caesar, Au revers, le triumvir

monétaire a gravé son nom, Gossutius Maridianus, en quatre lignes qui^ se coupent pour figurer très vraisemblablement

* D. Guigniaut, op. cit., pL 89, n" 320.

* A. Rich, op. cit. : Phalerae.

* H. Cohen, Description des médailles impénales : Jules César, 22. Plusieure autres triumvirs monétaires avaient adopté le même symbole.

Je thau symbolique de Vénus dont Theureux vainqueur de Pharsale* prétendait descendre. Sur d'autres médailles, en elFet, dont la face est pareille, on voit au revers, avec le même nom de Cossutius Maridianus, Vénus debout tenant une Victoire et un bouclier 2. C'est peut-être à ce talisman que Plutarque fait allusion quand il fait dire par César au batelier craignant la tempête : Tu portes César et sa Fortune^.

Des médailles du triumvir Marc-Antoine nous montrent sa galère prétorienne munie du tliau symbolique ^ Des médailles

de Vespasien et aussi quelques-unes de Trajan, d'Adrien, d'Antonin, présentent les bustes laurés de ces piinces, et au revers l'on voit la Fortune tenant d'une main une corne d'abondance et de l'autre un gouvernail dont la barre croisait le manche pour former le signe.

Sur les enseignes des princes Sassanides, ces invincibles ennemis des Romains, figurait également le thau. A la base des rochers de Nakcli i Roustàm, ils ont placé leurs sépultures et ont voulu laisser les monuments de leur gloire à côté

* Suétone, Jules César, 6 : " A Venere Julii cujus gentis farnilia est nostra. " — Horace, Odes, IV, 15.

2 H. Cohen, op. cit., 23.

3 Plutarque, Vie de César, 38 : Kai'dapa çspev; xot Tf,v Kxlrnxoo; rj/r^v dufx-

♦ G. Bosio, op. cit.f V, 12. — H. Cohen, op. cit. : Marc Antoine,

LE SYMBOLE DE LA CROIX

de ceux des Achéménides. Là, près d'un colossal bas-relief qui représente l'empereur Valérien aux pieds de Sapor,

d'autres sculptures font voir des écuyers portant des étendards; et l'on peut constater qu'ils ont la forme du thau*.

Le thau était encore l'attribut de la divinité chez les Scythes. On le constate sur leurs idoles qui ont été représentées sur la colonne qu'Arcadius érigea à Constantinople en l'honneur de Théodose et sur laquelle, à l'imitation de celle de Trajan à Rome, il avait fait sculpter les victoires de son père 2.

La figure du thau constituait donc, avant l'établissement du christianisme, un symbole religieux fort répandu et les Apôtres le trouvaient en honneur dans presque toutes les contrées où ils apportaient la Donne Promesse. Le fait était incontestable et ne fut pas contesté par les Pères de l'Eglise.

Les écrivains ecclésiastiques conviennent en effet que dans d'autres cultes, notamment dans celui de Mithra, les initiés

i Lajard, loc. cit., t. XVlï, p. 375. — Eug. Flandin et Pascal Coste, Voijage en Perse. Nakch i Houstâm. Texte, p. 147; pi. 183, 184. * A. Banduri, Commentarii in antiquitates Constantinopolitanas, pi. IX,

ÉTUDES D'niSTOJIlK UErjGIEUSE.

étaient comme les chrétiens marqués au front d*un emblème analogue ^ Il est vraisemblable aussi que le thau, dont nous voyons les mystes munis sur les sculptures et les peintures égyptiennes, devait servir aux affiliés aux mystères d'Isis et d'Osiris non seulement aux bords du Nil, mais aussi en Grèce et en Italie, où ils formaient de nombreuses confréries.

Selon Socrate et Sozomène^, lorsqu'au iv« siècle les chrétiens d'Alexandrie procédèrent à la démolition et au pillage du temple de Sérapis, ils trouvèrent gravés sur des pierres sacrées des caractères qui avaient la figure de ce qu'ils appelaient la croix. Ils prétendirent alors que ces signes appartenaient à leur religion; les Égyptiens soutinrent qu'ils étaient propres à leur culte ; on dut convenir qu'ils étaient communs au Christ et à Sérapis, et cette similitude de symbole aurait, disent ces auteurs, déterminé un grand nombre de Gentils à embrasser le christianisme et à recevoir le baptême. Il est probable que gentils et chrétiens n'avaient pas attendu aussi longtemps pour s'apercevoir de cette similitude 3; mais on ne saurait nier qu'ils l'aient reconnue. D'autre part, les philosophes de profession ne se distinguaient guère, nous l'avons dit, des hiérophantes des sectes religieuses. Aussi voyait-on des maîtres et des disciples porter un emblème analogue à celui des sectateurs de Mithra, d'Isis ou du Christs " Beaucoup d'entre les sages eux-mêmes du monde, dit en eflet saint Augustin», qui méprisent la

1 TertuUien, lor. cit., p. 279. — Justin, Apnlog.

* Socrate, liv. V, ch. 17. - Sozomène, liv. VU, ch. 15.

« Dans la lettre attribuée à Hadrien et que ce prince aurait écrite d'Egypte, on lit : Ceux qui adorent Sérapis sont des chrétiens. Les auteurs ecclésiastiques ont généralement attribué la confusion qu'aurait faite le prince à l'usage commun aux deux religions de la croix ansée.

* Boëce, De Consolatione philosophiae, liv. I, prosa 1, le fait figurer sur la robe dont la Philosophie était revêtue.

« Cité par D. Pétau, op. cit., liv. XV, ch. 10 : « Ut plurimi etiam ex ipsis sapientibus saeculi, quibus videbatur ignominiosa criix Christi ea in frontc signentur;

LE SYMBOLE DE LA CROIX

croix du Christ la portent cependant sur leurs fronts ; et ce qu'ils trouvent déshonorant, ce qu'ils insultent chez nous, ils le placent chez eux au siège de l'honneur. "

Durant les premiers siècles de notre ère, presque tout le monde, on le voit, ajoutait foi à la puissance mystérieuse du thau. Les Pères de l'Église tiraient de la considération générale dont il jouissait une preuve de son efficacité. Il est, disaient-ils', universellement répandu dans la nature. On le voit dans l'intersection des lignes célestes formées par les quatre points cardinaux; l'homme qui nage, l'oiseau qui vole, le laboureur par le timon de sa charrue, le marin par la mâture ou l'ancre de son navire, pour arriver à leur but, y ont recours; on l'aperçoit sur les étendards des légions et on le prend ainsi à témoin dans les serments militaires.

l'emblème SOLAIRE

Ce signe était encore honoré comme un emblème religieux dès la plus haute antiquité dans la Chine; il l'était aussi dans l'Amérique du Nord et dans celle du Sud avant l'arrivée des Européens 2; et il avait pour ces populations la même sic^nification d'emblème de la vie.

Il n'est donc pas téméraire de dire qu'il fut le symbole de la religion primitive du genre humain, dont on retrouve les

et de qua erubescendam putabant nobisque insultabant, eam in pudoris arce

constituant. "

* Justin, :^« Apolog.y 35. — TertuUien, Apolog., 16, 48. — J. Lipsius, De Cruce. — G. Bosio, De Cruce triumphantc, liv. II, ch. 1 à 7. — Didron, Iconographie chrétienne, p. 381. — Cf. F. Lajard, lor. cit., t. XVII, p. 376.

* G. Dumontier, Le Swastika et la Roue solaire dans les symboles et dans les caractères chinois (Revue d'ethnographie, juillet 1885). — Mourant Brock, de l'Université d'Oxford, La Croix païenne et chrétienne, et les sources indiquées par ces auteurs.

ÉTTOES D'HISTOtRK RELIGIEUSE.

LE SYMBOLE DE LA CROIX

éléments dans tous les mythes de l'antiquité, c'est à dire du culte du Feu ou du Soleil.

Les Indous, pour produire le feu, se servaient d'un instrument composé de deux parties. L'une était formée de deux barres de bois se coupant à angles droits et recourbées à lenrs extrémités en forme de la lettre grecque gamma; on l'appelait en sanscrit swastika ou ce qui est excellent' Au centre, à la jonction des deux barres, était pratiqué un trou dans lequel pénétrait une sorte de tarière, pramantha, qui dans un mouvement rapide de rotation s'échaulfait et s'enilammaiti. Le pramantha était formé d'une tige verticale munie à sa partie supérieure d'une traverse; il avait ainsi une forme analogue à celle de la lettre grecque tau; c'était le TpJT.xK') des Grecs, la Terebra des Latins.

C'est par un procédé analogue que de nos jours certaines peuplades sauvages se procurent du feu; et il est incontestable qu'il a dû être pratiqué dans une antiquité très reculée. Aussi les traditions religieuses en avaient-elles fait un instrument sacré.

Chez les Parses, conservateurs des anciens rites mazdéens, le swastika figure au nombre des moyens prescrits pour rallumer le feu de l'autel. Il en fut de même en Grèce pour le culte de Hestia.

A Rome également, quand dans le temple de Vesta le feu venait à s'éteindre par la négligence d'une prêtresse, il était interdit de le rallumer avec une flamme apportée du dehors.

Pr'oméThoi"' °" '" ""'"" e*"'^™''^'"^"' ""Jourd'hui, rorigine du mythe grec de

11 fallait, selon les règlements liturgiques, le produire de nouveau à l'aide d'une sorte de swastika'.

Le feu s'obtenait par l'action commune du pramantha et du swastika. Mais conformément aux idées (|ui présidaient à la formation des symboles, chacune des deux parties pouvait être considérée comme ayant une action prédominante et être prise isolément pour l'emblème du feu ou de la vie.

Le swastika, toutefois, était un instrument relativement compliqué et perfectionné. Le mode primitif de produire le feu a dû être plus simple et fut vraisemblablement le frottement de deux bâtons de bois sec glissant l'un sur l'autre dans un mouvement de va-et-vient '2. Inhabiles à déterminer les véritables causes des phénomènes, les premiers humains n'ont pu manquer d'attribuer une vertu efficace au croisement lui-même des deux barres et de lui vouer un culte. Que ne devaient-ils pas se croire en droit d'espérer de la puissance mystérieuse qui produisait à leurs yeux étonnés le feu et la lumière! Et une fois établie, toute croyance superstitieuse se transmet de génération en génération et devient indéracinable.

Le caractère solaire de cet emblème est encore établi par les scènes religieuses figurées dans l'antiquité par les Égyptiens et qu'on a retrouvées dans les hypogées d'El Tell, dans les grottes de Dgebel-Tounah, sur les pylônes du temple d'Horus à Karnak^.

1 Pomp. Festus, De signif. verh. : " Ignis Vestae. Si quando intersiinctus esset, virgines verberibus afficiebantur a pontifice, quibiis mos erat tabulam felicis materiae tam diu tcrebrare quousque exceptum ignem cribro aeneo virgo in aedem ferret. " — Cf. Juste Lipse, De Vestae et Vestalibus.

2 Lucrèce, De Natura rerum, ch. V, 1090-1100. — Cf. Eusèbe, Prép. évang., 1, 10. — Sanchoniaton disait, comme Lucrèce, que ce fut le frottement de deux arbies agités par le vent qui produisit pour la première fois le feu dans un bois de Tyr.

' Letronne, Journal des savants, octobre 1840 : 2« article sur les Lettres écHtes d'Égiipte par N. L'Hôte, avec planches.

Le fragment reproduit provient de monuments élevés à la période finale de la

'iM,

Le dieu Soleil est représenté par un disque d'où partent de nombreux rayons ; ces rayons sont terminés par des mains

tendues aux initiés et qui présentent la croix ansée, signe de la vie divine qui leur est apportée.

Par suite de Torigine de ce symbole, ce qui en faisait l'essence c'était l'intersection de deux droites; la façon dont elle se produisait était chose secondaire.

Ainsi, on voit les deux barres se couper à angles droits; dans ce cas, celle qui forme la hampe est parfois plus longue que la traverse et sa partie supérieure est plus courte que l'inférieure; souvent la traverse est de même grandeur que le montant et le partage en deux parties égales. Quand l'intersection ne se fait pas à nngles droits, la figure est à peu prés celle du signe de la multiplication. D'autres fois la traverse aflleure la tète de la hampe et l'emblème représente un pramantha; enfin il arrive que les extrémités des barres soient recourbées en forme de swastika.

A ce sujet, il faut remarquer que les divers modes sous

XVIIIe dynastie, xvP siècle avant notre ère, par Amenhotpou IV, qui se fit appeler Lhou en Aten ou éclat du disque solaire. Le disque représente le dieu Soleil. Le personnage de droite, qui tient Tencensoir, est la reine Nofriou-Aton ; celui de gauche est le roi lui-même, ainsi que l'indiquent les cartouches.

LE SYMBOLE DE LA CROIX

lesquels nous trouvons représenté le symbole mystique ressemblent aux ligures qu'avait affectées la lettre thau chez les Phéniciens et chez les peuples qui, comme les Hébreux, les Grecs, les Étrusques et autres populations anciennes de l'Italie et les Romains avaient directement ou indirectement emprunté les caractères de leur écriture ^ 11 est en effet figuré de la sorte :

Chez les Phéniciens. Sur les monnaies hébraïques. Chez les Grecs.

xr +

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Ainsi pour toutes les populations de langue syro-chaldaique ou grecque, l'emblème sous ses diverses formes pouvait s'appeler le thau ou tau.

Les symboles destinés à être portés à la main ou suspendus au cou des initiés étaient munis à l'une des extrémités d'un anneau ou anse, ainsi qu'on nomme ordinairement cet

Îf4- f X

appendice; et ces dernières formes devinrent en conséquence des types aussi sacramentels que les autres.

L'emblème divin était encore formé par une ligne perpendiculaire, coupée symétriquement par deux autres; et le plus habituellement il était muni d'un anneau ou anse à sa partie supérieure :

4 Raoul-Rochette, loc. cit. (Acad. des Insc. et Belles-Lettres, i. XVI, p. 296). - Gh. Daremberg et Edm. Saglio, Dictionn. des antiquités grecques et romaines Alpiiabetlm.

Il offrait ainsi aux yeux l'image du soleil projetant ses rayons lumineux.

C'est ainsi qu'est figuré sur les médailles de la ville de Rome le dieu protecteur de l'empire i.

C'est ce môme symbole de la puissance solaire qui est donné à Bacchus. Une médaille lydienne nous montre le dieu assis dans un char traîné par des tigres, et au-dessus de sa tète est le signe mystique 2.

Ce signe se voit sur des tétradrachmes d'Athènes. On constate aussi sa présence sur des monnaies achéennes où sont gravés d'un côté la tête de Jupiter et de l'autre son foudre ^.

On le rencontie sur un assez grand nombre de médailles

* Au-dessus de la tète est le croissant de la lune; dans le champ le soleil levant. On n'en saurait douter en comparant les médailles arsacides. Cf. Visconti, Iconographie grecque, 2« partie, pi. 49, m* 20 et 23.

2 Sestini, Desc. dell. Med. ant. gr. ciel Museo Hedervaviano. — Mionnet, op. cit., suppl., t. VII : Lydie, n" 243.

^ Mionnet, op. cit., t. II : Achaïe, n" 57.

LE SYMBOLE DE LA CROIX

des Lagides, notamment sur celles de l'épouse de Ptolémée lil, Bérénice, dont la chevelure devint une constellation, et sur celle d'une autre Bérénice, fille de Ptolémée Lathyre*. Sur quelques-unes, dont voici un spécimen 2, est gravée la tête de Jupiter-Soleil. Au revers, on voit l'aigle tenant un foudre dans ses serres; dans le champ, la corne d'abondance, symbole de la source inépuisable des bienfaits du dieu ; et entre les pattes de l'oiseau le signe mystique.

Cet emblème se voit également sur les monnaies de plusieurs princes syriens, entre autres sur celles d'Alexandre Bala, sur celles de son fils Antiochus, surnommé 'Eriçr//,; AbrjTc;, sur celles de Tryphon^.

On le trouve encore sur les monnaies hébraïques de Bar-

cochébas, qui portent la légende : Simon, prince (V Israël^.

Il était inévitable que l'emblème du Soleil, du Dominus

1 Mionnet, ihid., t. VI bis, pi. 78, n» 5 et suppl., t. IX, pi. 3, n» S. « De la collection de M. Emile Lalanne, à Bordeaux. ^

s Mionnet, ihid., suppl., t. VIII : Rois de Syrie, n»^ 87, 2G7, 2/o, 35a. conti, Icon. grecque, 2e partie, pi. 47, n» 9. * De Saulcy, Rech. sur la numism, héb., pi. XIII, 8.

— Cf. Vis-

ÉTUDES D IIISTOHIE RELIGIEUSE.

LE SYMBOLE DE LA CROIX

imperii romani fut adopté par des Augustes et des Césars, souverains pontifes de Fempire, vicaires ou parèdres du Dieu sur la terre.

La médaille ci-dessus, qui représente le triomphe de Bacchus, est en effet à Teffigie de Trajan Dèce. Aringlii», s'appuyant sur l'autorité de Borsieri^, affirme que ce même signe se rencontre sur les monnaies de Probus. Il est reproduit sur celles de Licinius.

Par une conséquence nécessaire des croyances qui régnaient dans l'empire romain, les emblèmes solaires étaient devenus d'un usage général. Les affiliés aux églises qui avaient, au sujet de la divinité du Soleil, des idées analogues à celles des autres cultes, furent amenés à l'adopter également. Ce furent des emblèmes en honneur chez les païens que les chrétiens se sont appropriés et qui leur furent ainsi communs.

Pour les chrétiens, le signe X ou :?: ne représentait pas et ne pouvait représenter le rnonogramme du Christ; car on employait indilféremment les différents symboles avec ou sans l'anneau et on y attachait exactement la même idée, la môme valeur; c'est ce qu'on peut constater facilement. Ainsi,

sur les médailles de Flacille, épouse de Théodose le Grand, on voit le signe avec l'anneau; sur celles de son fils, Tempe-

^ Aringhi, Borna subteiranm, liv. VI, ch. 20, ait. 3.

» ïheatrum Insubricae Magnificentiae. Le témoignage de Borsieri ne manque

reur Arcadius, il est parfois sans anneau. On peut les comparer tivec celles de Valens, de Valentinien et d'Eudoxie.

Le nom de Chi-Rlio que Ton donne généralement aujourd'hui à ce signe mystique est donc fort impropre ; il provoque une confusion fâcheuse dans les idées. Il est d'ailleurs d'une origine fort moderne. Ce fut très tard qu'on s'avisa d'y voir la réunion des lettres grecques X et P, les deux premières lettres du mot XPI2T02, et de penser qu'il constituait le monogramme du Christ. Cette supposition est née de la nécessité d'expliquer l'origine chrétienne de cet emblème; elle date du xvi® siècle; elle est due à Baronius^ On avait jusqu'alors admis qu'il était formé d'un P latin mis pour PRO et d'une croix qui signifiait Christ, de sorte qu'on appelait les signes :|; et -F- despro Christo. A Rome, on en concluait qu'il désignait toujours le tombeau d'un martyr, d'une personne qui avait souffert ^ro Christo. C'était encore l'opinion commune à la fin du xvii® siècle^.

pas de valeur. Malheureusement son ouvrage est resté manuscrit et le premier volume seulenjcnt se trouve à la Bibliolhèque comnmnale de Como. Les deux autres, demeui'és aux mains des héritiers de Borsieri qui habitaient Lyon, sont probablement perdus. Il est regrettable de ne pas savoir à quelle collection appartenait la médaille dont il a parlé et dont, sans doute, il donnait le dessin comme il le faisait pour toutes les pièces qu'il décrivait. — Cf. les intéressants articles du D'" Fossati dans la Gazzetta Niimismatica de Como, 1881-, sur le manuscrit de Borsieri.

^ Aringhi, Roma sithterranea, liv. VI, ch. 20.

* Max. Misson, Nouveau Voyage d'Halle, lettre 28«.

Dans le Misopogo7i, qui ollre en quelques passages des sujets d'étonnement au lecteur attentif, Julien aurait dit des chrétiens d'Antioche^ : " Jamais, prétendez-vous, le X n'a fait de tort à votre ville non plus que le K. L'énigme inventée par votre finesse n'est pas facile à comprendre. Cependant quelques-uns des vôtres me Font expliquée; nous avons appris quels noms désignent ces initiales. X veut dire Xp>.z'i; et K est Kwv^iivTio;. " Si Julien s'est réellement exprimé ainsi, il faut conclure que la signification que les chrétiens d'Antioclie donnaient au X n'était pas générale, qu'elle était ignorée du public païen, et que Julien lui-même, bien qu'il eut été élevé, dit-on, dans la religion chrétienne, ne l'aurait connue que par indiscrétion.

Il faut encore admettre que les officiers de l'armée qui voyaient chaque jour le signe mystique sur leurs casques et sur leurs boucliers, pas plus que le César lui-même qui les commandait, ne pensaient point porter un symbole chrétien. Ils y attachaient, en eft'et, certainement une tout autre idée, car un médaillon de bronze représente Julien lui-môme tenant un étendard où figure le monogramme ^Pc .

L'emblème solaire constituait ainsi une sorte de lien commun et naturel entre toutes les religions anciennes. Lorsqu'un adorateur des dieux de la Grèce, de l'Egypte ou de la Syrie adoptait la foi chrétienne, il continuait, quoique dans un autre esprit, à vénérer sous la forme en laquelle il avait été habitué à lui rendre un culte, le sceau de la vie éternelle. C'est pourquoi l'on rencontrait dans les églises anciennes toutes ses variétés en honneur.

Mais quand, à l'autonomie dont avait joui chaque confrérie

^ Julien, Misopogon, I, 19.

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durant les premiers siècles, succéda le besoin d'unité de croyances et de rites, le signe formé par deux barres se coupant à angles droits, qui était le plus répandu et le plus apprécié, fut alors adopté comme le symbole de la protection divine dans le cours de la vie terrestre et le gage d'une félicité éternelle. En Orient, les quatre branches étaient égales et pouvaient former les rayons d'un cercle + ; en Occident, la barre transversale, moins longue que la hampe, la coupait à sa partie supérieure -|- . Le signe X ne fut plus considéré que comme un monogramme vénéré, il est vrai, mais n'ayant pas la puissance mystérieuse qui demeurait seule attachée au premier.

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