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LES EMPEREURS ÉTAIENT DEVENUS LES PARÉDRES DU SOLEIL

Les empereurs romains réunissaient, on le sait, la double puissance de chef politique et de chef religieux ; ils étaient empereurs et souverains pontifes; c'est en cette dernière quahté que tout ce qui ressortissait aux différents cultes relevait de leur autorité.

Le souverain pontificat n'était pas un titre purement honorifique ; les princes étaient tenus d'en exercer parfois les fonctions. C'est pourquoi chacun d'eux, lors de son avènement, recevait, en hommage du collège des pontifes, une splendide robe sacerdotale i. Dans certaines solennités on les voyait officier et présider à des cérémonies religieuses 2. Julien paraît avoir mis un zèle que n'eurent généralement pas ses prédécesseurs; mais il ne fit que suivre un usage

* Zosime, Hisl. rmn., liv. IV, p. 713.

* Baron de la Bastie, Du Souverain Pontifical des empereurs romains. (Mém. de l'Acad. des Insc. et Belles-Lettres, t. XV, 1743.)

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traditionnel. Il n*est pas, en effet, d'empereur qui ne soit représenté sur les médailles officiant comme pontife, ou muni des instruments sacrés, emblèmes de sa fonction. Ainsi celles d'Aurélien nous montrent le prince sacrifiant sur un autel allumé; sur d'autres, on voit Marc Aurùle luimême S la tête voilée, debout près d'un autel où brille la flamme et derrière lequel apparaît la victime destinée au sacrifice.

Les empereurs devaient donc inévitablement, en leui* qualité de souverains pontifes, se proclamer les représentants de la divinité sur la terre ; et comme le Soleil était le vrai Dieu, le Dieu invincible^, le Seigneur et maître suprême de l'empire, c'est de lui dont ils se dirent les vicaires.

Quand Élagabale se déclara le Grand Pontife ^ ou l'Invincible Pontife du dieu Soleil, Sacerdos Dei Solis et Tnvictus Sacerdos Aitgustus, il ne portait, n'essayait pas de porter de révolution dans les idées religieuses. Cette apparente innovation n'était que la consécration d'un état de choses établi. Il ne provoquait aucune surprise quand il se montrait debout devant l'autel où brûlait le feu sacré, faisant des libations au Soleil et présidant à l'immolation d'un taureau en l'honneur du dieu *.

Nombreuses sont les médailles antérieures à son règne où le Soleil est glorifié. C'est ce qu'on peut voir, par exemple, sur les monnaies à l'effigie d'Hadrien^, d'Antonin^, de Garacalla''. Il en fut surtout ainsi après lui.

* Cohen, DescrlptUrn des médailleft imp., l" édit., t. II : Marc Aurèle, n» 814.

* La qualification d'invictus généralement donnée à Mithra Tétait également à Osiris. Cf. Apulée, Métam., XL

8 Cohen, op. cit., t. III : Élagabale, n«» 36, 37, 38, 119, 126, 1()6, 2±2, 2:^5.

* Id., ibid., liv. III, pi. XV.

5 Id., ibid., t. II : Hadrien, n"^ 12H, 1:29, ^31, 332, 3iQ.

8 Id., ibid., t. m : Antonin, n'^ 114.

7 Id., ibid., t. m : Garacalla, n"» 164-166, 177-180.

Des médailles de Victorin^ portent la légende : Soli invicto; elle se lit aussi sur celles de Gallien^, où ce prince et son frère Valérien sont représentés, revêtus du voile pontifical, sacrifiant au Soleil.

Aurélien institue des fêtes solennelles et nationales, sortes de fêtes fédérales romaines, qui se célébraient en l'honneur de l'astre régulateur de l'univers tous les quatre ans^, aux années bissextiles, alors que l'année civile paraissait correspondre exactement à ses mouvements apparents.

Le collège des pontifes à Rome semble être alors devenu le collège supérieur des prêtres du Soleil dans l'empire. C'est ce que permet de penser la lettre écrite par Aurélien à Gejonius Bassus après le sac de Palmyre. " Quant au temple du Soleil, dit-il*, j'entends qu'il soit remis dans son état primitif. L'or trouvé dans la ville, celui des cassettes de Zénobie, les joyaux de .la reine vous suffisent pour le rétablir dans sa magnificence. Vous vous rendrez ainsi agréables à moi et aux dieux. Je vais écrire au Sénat d'envoyer un pontife pour en faire la dédicace. "

D'autre part, les doctrines orientales et égyptiennes sur la nature du pouvoir royal qui avaient envahi l'empire, assimilaient les princes aux dieux; et une telle idée trouvait les esprits préparés à l'adopter^.

Il était, en effet, depuis longtemps admis que les âmes des grands hommes recouvraient à leur mort la forme parfaite ou sphérique, et allaient occuper un rang plus ou moins considérable parmi les astres, c'est à dire parmi les dieux. Ce sentiment, que nous avons trouvé si éloquemment

1 Cohen, op. cit^, t. V : Victorin, 86.

2 Id., ibvii,, *• ^^' • Gallien, 523, 531.

3 Julien, Le roi Soleil, 1^

♦ Vopiscus, Vie d'Aurél^fi, XXX.

* Virgile avait déjà dit :

Divisum imperium cum .love Caesar habet.

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ÉTUDES D HISTOIHE RELIGIEUSE.

exprimé dans le Sourjc de Scipion, était général. Ce n'était point par une pure allégorie que Virgile avait dit * : " César, qui dois un jour prendre place dans le conseil des dieux,... devant toi le Scorpion retire ses serres brûlantes et te cède dans le ciel une large étendue. " Aussi voyons-nous à Rome presque tous les princes recevoir les honneurs de Tapothéose et devenir l'objet d'un culte.

Le développement logique et naturel de cette croyance amena leur déification de leur vivant. N'eût-il pas été incompréhensible que ceux qui étaient dieux après leur mort ne le fussent pas durant leur vie 2? Virgile exprimait la pensée populaire quand il fait dire au berger, se féhcitant de la paix donnée à l'Italie par Auguste :

0 Meliboec, deus nobis haec otia fecit.

L'empereur était ainsi devenu aux yeux des masses un personnage au-dessus de l'humanité. Pour symbole de sa puissance divine, on portait devant lui, comme devant le roi de Perse ou celui des Parthes^, et comme on le faisait en l'honneur des dieux dans les processions rehgieuses^, des luminaires ou des autels sur lesquels brûlait le feu sacré ^.

Or le prince, futur astre puissant du ciel, pouvait-il ne

1 Géorgiques, I, 24, 34.

2 Les idées monothéistes qui prévalurent plus tard ne permirent plus la déification des personnages illustres après leur mort; au lieu de dieux on en fit des saints; mais il en est qui de leur vivant ont été honorés comme tels par la piété des croyants ou par la tlatterie.

» Xénophon, Cyropédie, VIII, 3. — Quinte-Curce, III, 3, dit, en parlant de la marche de Darius: "Ignis, quem ipsi sacrum et aeternum vocabant, argenleis altaribus proferebatur. — Cf. Rich, Dict. des ant. rom. et grecques : Altare et Candelabrum, 2.

* Apulée, Métam., XI, p. 404, dit en parlant des cérémonies isiaques : " On voyait, en outre, un concours nombreux de personnes des deux sex^ munies de lanternes, de torches et autres sortes d'éclairage, lignorant ainsi par la lumière le principe générateur des astres, lumine sideruMcoelestium stirpem propitiantes. "

* Cet usage était cependant déjà ancien à Rome. Dion dit que toutes les fois

pas être considéré comme le collègue du Soleil, comme un autre soleil? Cicéron n'avait-il pas déjà appelé Scipion un soleil ^ ? Les empereurs furent donc honorés comme les collègues ou parèdres du Soleil; ils en prirent les attributs.

L'intérêt politique devait, en outre, les amener à revêtir cette qualiÇcation divine ; il résultait de leur rivalité avec le roi des Perses. Chef comme eux d'un vaste empire, régnant comme eux sur des peuples d'une grande vaillance et d'une grande culture intellectuelle, il se proclamait le frère dic Soleil^. L'empereur romain n'aurait pu consentir à ne point posséder une semblable dignité, à paraître, surtout vis-à-vis des populations orientales, placé dans un rang inférieur à celui de son orgueilleux et redoutable voisin.

Aussi Probus^, Numérien*, presque tous les empereurs se qualifient-ils de collègues de l'invincible dieu Soleil; tous portent une couronne radiée, emblème de leur communauté de puissance et de divinité avec l'astre divin.

C'est ce titre qu'ajoutent à leur quahté officielle d'Auguste, c'est ce diadème symbolique que prennent au commencement du IV® siècle les princes qui, tour à tour, s'allient ou se combattent pour la domination de l'empire, Maximin Daïa^, Licinius®, Constantin''.

que Marc Aurèle, encore César, paraissait en public sans son père adoptif, il ne faisait point porter le feu devant lui. Hérodien, à propos de Pertinax et de Quartinus (liv. VII, édit. Buchon, p. 635), en parle comme une marque de la dignité impériale. — Cf. Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. XXXI, 1768, p. 153 : Sur fancien usage de porter du feu devant les empereurs. 1 Cicéron, De Natura Deorum, II, 5 : " Quo quidem anno P. Africanus sol alter

extinctus est. "

« Ammien Marcellin, XVII, 5. Lettre de Sapor à Constance. — Cf. édition A. Wagner, t. U, notes, p. 267, 268.

3 Cohen, op. cit., t. V : Probus, n»» 36, 37, 38, 5004S36.

♦ Id., ibid., t. V : ]%mérien, n° 2.

» Id., ibid., i. VI : Maximin Daïa, n« 5, 21, 22, 23, 36, 144-149.

• Id., ibid., t. VI : Licinius père, n"» 38, 132-135, 144.

7 Id., ibd., t. f : Constantin, n»» 99-102, 457-482. — Les médailles du temps de son alliance avec Licinius portent en légende : Soll comiti Augustorum.

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