CHAPITRE VII
Page 229 : Les astres passaient ainsi pour des êtres essentiellement vivants et intelligents.
Les astres, selon les stoïciens, montraient par leurs évolutions qu'ils sont doués de raison et d'activité libre; et pour l'établir ils disaient (Cicéron, De Natura Deorum, II, 16) : " Suivant la remarque d'Aristote, le mouvement orbiculaire n'est pas un mouvement purement physique, car la nature d'un tel mouvement est de porter les corps en bas par la pesanteur ou en haut par la légèreté; puisque donc les astres se meuvent orbiculairement, ils ne le font que sous rimpulsion de leur volonté. D'autre part, tout mouvement où l'on découvre une fin et de la justesse suppose un principe intelligent qui n'agit pas aveuglément. Or le cours des astres suit éternellement une règle admirable de sagesse qui ne peut être attribuée au hasard ; il est donc nécessairement dû à leur âme, à leur divinité. "
Cf. note 1, page 223.
Les astres, disaient-ils encore, forment un grand nombre de dieux toujours en action et sans éprouver de fatigue, car ils ne sont pas composés de veines, de nerfs et d'os; leur breuvage, leurs aliments ne sont pas de nature à leur donner des humeurs fiévreuses ou léthargiques; leurs corps n'ont à craindre ni chutes, ni blessures, ni maladies. Souverainement beaux et placés dans la région la plus pure
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS
du ciel, ils s'accordent à régler leur cours pour le maintien de la vie et de l'ordre dans l'univers. (Cic, De Nat. Deor., II, 23.)
Tandis que les Orientaux plaçaient au ciel un monarque tout puissant à l'image du Grand Roi (Apulée, Traité du Monde), la nécessité de n'avoir qu'un chef unique et suprême pour la bonne administration de l'État n'était pas admise par les Grecs, ni par les Romains; pour eux, au contraire, le meilleur gouvernement était celui d'une assemblée de sages. C'est pourquoi ils trouvaient naturellement bien que le monde fût gouverné par un conseil des dieux. (Cic, ibid., 30, 31. — Cf. Virgile, Géorgiques, I, 24.) Aussi Cicéron en faisait-il en quelque sorte un sénat dont le soleil était leprmceps. (Voir page 234, note 1.)
Au fond, c'était évidemment l'harmonie ou l'équilibre des forces de la Nature.
Page 231 : Les stoïciens avaient en cette matière des points communs avec les péripatéticiens.
Aristote, dit Velleius (De Nat. Deor., I, 13) dans son IIP livre de la Philosophie, ne s'explique pas toujours d'une façon uniforme sur la divinité, et il se montre en cela disciple fidèle de Platon. Tantôt il veut qu'elle réside dans l'intelligence, menti t^nhuit omnem divinitatem..., ailleurs il dit qu'elle n'est autre que le feu céleste, tum coeli ardorem Deum dicit esse.
Page 232 : Pense-t-on que le soleil puisse tourner avec
tant de vitesse sans perdre le sentiment?
Qu'Épicure fasse le mauvais plaisant tant qu'il voudra, répliquait l'école du Portique, qu'il dise qu'un dieu rond et qui ne fait que tourner est chose incompréhensible... Mais que ceux de sa secte n'étalent pas leur ignorance en voulant soutenir que le cône, le cylindre ou la pyramide l'emporte sur la sphère pour la beauté : c'est avoir des yeux différents de ceux des autres hommes. Quoique ce ne soit pas à la vue seule d'en juger, rien ne me paraît si beau qu'une figure qui à elle seule renferme toutes les autres, qui n'a rien de coupé par les angles, rien qui aille de biais, rien de raboteux, point d'inégalités, point de bosse, point de creux. Aussi les deux figures
les plus estimées sont le globe parmi les solides et le cercle parmi les surfaces planes ; ce sont les seules dont toutes les parties soient semblables entre elles, où le haut et le bas soient également éloignés du centre; que pourrait-on imaginer de plus parfait? Mais cela passe les lumières des épicuriens, car ils n'ont jamais touché à la savante poussière des géomètres... Les astres perpétuent leur durée par leur forme même, car étant ronde elle ne peut éprouver aucun dommage. {De Nat. Deor., II, 17, 18, 46.)
Je demande à Épicure : Puisque vous n'osez nier l'existence des dieux, pourquoi vous refuser à convenir de la divinité du soleil? C'est que, dites-vous, vous n'avez jamais vu d'àme raisonnal)le en dehors (le la forme humaine. Mais connaissez-vous rien d'égal au soleil, à la lune, aux planètes? Thaïes, et tant de philosophes après lui, ont-ils tous extravagué pour avoir dit que des mains et des pieds n'étaient pas des choses essentielles à la divinité? Quand vous examinez à quoi servent des membres tels que les nôtres, ne vous paraît-il pas évident que les dieux peuvent s'en passer? Faut-il des pieds à qui ne marche pas? des mains à qui n'a rien à toucher? Ainsi des autres membres, car il n'y en a point d'inutiles...
La raison ne vous dira-t-elle pas qu'un dieu étant un être parfait, heureux et immortel, ayant sur nous tant de prérogatives, soit pour l'âme, soit pour le corps, ne saurait être nécessairement tenu de nous ressembler?... (De Nat. Deor., II, 31, 33, 34.)
Page 238 : Les platoniciens assimilaient souvent le cinquième élément au feu ou à Tair des stoïciens.
C'est ce que montre Julien. Dans le Roi Soleil, 5, il dit : Les sages de la Phénicie, si versés dans la connaissance des choses divines, nous enseignent que la splendeur réelle du pur esprit disséminé dans tout l'univers naît d'une forme sans mélange. Or la raison n'y contredit point, puisque la lumière est incorporelle.
Page 240 : Les principes d'Épicure surtout les irritaient.
Est-ce une chose si évidente pour tous, disait-on, que les astres soient divins, quand les épicuriens se refusent à les reconnaître même pour des êtres animés? (De Nat. Deor., III, 4.)
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS. 403
Page 24 i : Elle se concentrait surtout dans les hautes sphères, dans les astres.
Les stoïciens disaient : Au-dessus de l'air et l'entourant de toutes parts, se trouve l'élément supérieur que l'on nomme Éther. Il conserve la subtilité et la pureté de sa chaleur, parce que rien ne vient s'y mêler. Dans l'éther se meuvent les astres, qui de leur propre force se concentrent en globes : Quae se et nixu suo conglohato continent. (Cicéron, De Nat. Deor., II, 45, 46.)
Page 242 : La partie élevée de leur théologie et de leur morale ne diiïérait pas essentiellement des doctrines enseignées dans les écoles gréco-romaines.
Plutarque, Isis et Osiris, 49 : " Et T habillement que revêt Osiris est tout reluisant comme feu, réputant le feu être le corps de la puissance du bien. "
Page 244 : Tous ces dieux avaient par suite à peu près les mêmes attributs.
Ils recevaient des noms et des cultes différents, selon la qualité ou l'action particulière qu'on envisageait en eux, ou selon les bienfaits ou les miracles dont ils avaient gratifié certaines localités. Ils étaient par suite dieux de la lumière, dieux des arts, dieux de la médecine, etc., et d'autre part dieux de Delphes, dieux de Délos, dieux de Tyr, etc. Mais au fond ils ne constituaient qu'une même divinité. C'était, ce nous semble, quelque chose d'analogue à la manière de concevoir la Vierge dans le christianisme. Elle est Notre-Dame de Bon Conseil, Notre-Dame de Bon Secours, Notre-Dame de la Victoire, etc., et aussi Notre-Dame de Lourdes, Notre-Dame de la Salette, Notre-Dame de Rocamadour, etc. C'est la même Vierge; mais on va à l'autel de Lourdes ou de la Salette de préférence à celui de l'église de la paroisse.
Quand Cicéron {De Nat. Deor., III, 16) fait dire à Cotta au sujet des différents Jupiter, Apollon ou Hercule : Quanta est eorum multitudo? nous croyons entendre quelqu'un de notre temps, qui, pour les besoins de sa cause, prétendrait que dans le monde chrétien on reconnaît plusieurs Vierges mères du Christ.
Page 255 : Les Grecs avaient assimilé Baal à leur Héraclès.
Il était difficile qu'il en fût autrement, puisque l'un et l'autre étaient le soleil. Cf. Dupuy, Origine de tous les cultes {\. III, ch. I*^*"). Le mythe grec et le mythe phénicien se confondaient, et les cérémonies religieuses étaient à peu près les mêmes.
Page 255 : Selon la légende, l'Hercule tyrien avait été tué dans sa lutte contre Typhon, et son compagnon lolaûs l'avait rappelé à la vie par l'odeur d'une caille.
lolaiis était aussi chez les Grecs le parèdre d'Hercule. L'odeur de la caille était une formule mystique. La caille revenait, en eflel, du Midi en Asie-Mineure et sur les côtes de l'Europe au printemps. Klle semblait ainsi l'amener et ressusciter la nature. C'était par suite un oiseau également symbolique dans la religion hellénique. Latone avait été métamorphosée en caille, disait une légende, lorsqu'elle aborda à Délos et y donna le jour à Apollon et à Diane; c'est pourquoi la cotui*fiix élait appelée Matertera Phoehi. L'île sacrée se nommait Ortygie, l'île des Cailles.
Il est vraisemblable que dans le culte grec d'Hercule on célébrait également sa mort et sa résurrection. C'est ce qui paraît résulter des paroles de Cicéron {De Nat. Deor., III, 16) : Tertius est ex Idaeis Digitis, oui inferias afferunt. Les Dactyles Idéens étaient, on le sarit, des prêtres, sorte de corybantes, les uns Cretois, les autres Phrygiens. Ils se disaient les parèdres d'Hercule, qui, pris en sa qualité de soleil ou de force ignée pour Dieu de la métallurgie et de l'industrie, était le Dactyle par excellence.
Page 262 : Par Manichéen il faut aussi entendre un chrétien qui ne différait guère d'un disciple de Zoroastie.
Ce fut certainement pour établir et justifier cette affinité des deux cultes qu'on attribua à des mages l'honneur d'avoir été les premiers à connaître la naissance du Messie et à lui rendre hommage (1^^ Évangile, II, 1 à 12). Il est, en eflet, dit dans ÏÉvangile de V Enfance, 7 : " Des Mages vinrent de l'Orient a Jérusalem comme Vavait prédit Z oroastre. "
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' Page 264 : On pourrait produire hien d'autres citations.
Laissant les textes devenus ortliodoxes, dans V Évangile de V Enfance qui a joui autrefois d'un grand crédit, on lit au chapitre III : " Après le coucher du soleil, la vieille et avec elle Joseph arrivèrent dans la caverne et y entrèrent tous deux, et voici qu'elle resplendissait d'une lumière plus éclatante que celle des lampes et des flambeaux, claire comme celle du soleil. " Et au chapitre VI : " Le vieillard Siméon vit l'enfant Jésus brillant comme une flamme lorsque la divine vierge Marie le portait dans ses bras. "
S'appuyant sur l'ancien Évangile des douze Apôtres, croit-on, saint Justin, dans le Dialogue arec Tryphon, rapporte que lorsque Jésus entra dans le Jourdain pour être baptisé, une flamme s^alluma subitement sur le fleuve.
Page 268 : Les clirétiens, en grande majorité, confondaient dans leur esprit le Soleil et le Christ.
Prudence lui-même se montre encore imbu de cette idée. Cf. Cathemerinon : Hymnus ad galli cantum et Hymnus matutinus :
Lux intratj albescit polus, Christus venit ;
et encore Apotheosis, 72 :
Lumen imago Dei, Verbum Deus, et Deus Ignis.
Page 270 : Les idées sur la subtilité, l'activité intelligente et créatrice du feu étaient si générales, qu'il n'était guère personne dans les églises qui pût s'en affranchir.
En s'élevant contre ceux qui les professaient, Tertullien nous montre qu'elles étaient fort répandues de son temps. " La philosophie, dit-il {Contra Jiaereses, 7, 24), a engendré toutes les hérésies. Valentin était platonicien, Marcion et Apelle étaient stoïciens. Ceux qui confondent le monde avec Dieu suivent la doctrine de Zenon. Ceux qui veulent que la nature de Dieu soit de feu suivent Heraclite... Apelle soutient que le Dieu de la Loi et des Juifs, le créateur, était un ange (médiateur ou agent) du Dieu souverain dont l'essence, affirme-t-il, est le feu.'^ Ceux que Tertullien traite d'hérétiques