ALF. TATTET
APPKNDICK 365
Mardi.
3i mai.
Cher ami, jo n'ai reçu de vous qu'une lettre datée du 3o mai ; la longue dont vous me parlez sera restée rue Grang-e- Batelière. Je Taurai jeudi soir et vous enverrai de suite le renseignement demandé. Veuillez de votre côté mo dire si Trouville est un lieu tranquille, si on peut y vivre passablement et à bon marché. Madame veut prendre quelques bains de mer, j'ai de suite pensé à cet endroit que vous m'avez vanté jadis et dont le plus grand mérite est de se trouver dans votre voisinage. Y a-t-il moyen d'avoir pour i5 jours une petite maison bien isolée au bord de la mer? Quelle route prendre pour y aller? Le bateau à vapeur n'est-il pas le moyen de transport le plus économique? Hélas I il faut que je pense à tout cela maintenant. Quelle humiliation et quelle honte I Donnez-moi donc, très cher, un petit itinéraire et dites-moi à peu près ce que ces i5 jours me coûteraient. Je serais bien heureux de revoir vos Rouges-Fontaines (i) et de me promener avec vous au milieu de ces pins que vous avez plantés et qui doivent être si beaux maintenant.
A quelle époque serez-vous au chalet et à quel moment aller à Trouville pour n y trouver que peu de monde? Vous devez savoir tout cela. Ecrivez-moi à Paris. Il est plus que probable que je déjeunerai vendredi à Tortoni avec Ducléré. Ne pourriez-vous venir à ii heures chez moi avec une botte de lilas? Je vous verrai quelques heures au moins et vous serrerai la main? Nous cherchons des maisons de campagne de tous les côtés pour *y rester jusqu'en janvier. Vous ne seriez pas homme à nous louer le chalet quand vous le quitterez? J'y transporterais ma maison, composée de 2 chevaux et de 3 domestiques.
Voici ce que je sais de l'Andalouse de Roger (2). II a em-
II ) C'était le nom du « chalet » que Guttin^cr possédait près d'Honflcur. 2) A cette époque, Roger de Beauvoir adressait la lettre suivante à Guttinguer, qui habitait alors le passage Dclorme.
Mardi, minuit, Infandum regina jubés/ Je pars demain pour aller chez ma mère à
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mené avec lui la mère et la fille et, arrivé à Paris, il leur a < donné en toute propriété sa statuette. Je crois qu'elles lui foat un procès en ce moment.
Adieu, mon bon, mon épouse veut absolument voir mon .
ami Arthur Gutting-uer. J
Je vous aime et vous embrasse. [
▲LF.
3i mai.
L[ouis]-Philippe vient d'arriver ici.
Cher ami, si vous êtes un peu malade, je suis à peu prés \ mort. Je rends Tâme sous le pied vainqueur de Musard. J'ai I
4 hciiros, cher Ulric, et reçois votre lettre accusatrice. Je renvoie la cause ; à trois jours chez moi à midi.
Quel est donc mon crime, ô poète?
Des lilasde votre retraite
J'ai respiré Pair embaume,
J'ai vu vos toits de chèvrefeuille.
Les roses que la Muse effeuille.
Et votre fils, enfant aimé I
Un barbare propriétaire
A mon sujet veut aug:menter
Son poétique locataire.
Tant mieux I nous devons acheter
Ulric à vingt francs l'exemplaire,
Ulric k ce taux va monter 1
Auji^mentez notre cher poète
Vous tous, éditeurs insolens.
Qui vendez de petits talens
Et des vers de peu de défaite I
Mais, ô vous Dolornie à l'œil dur,
O vous que j'ignore et déteste
N'imposez pas un cœur si pur
Pour m'a voir dit, je vous l'atteste.
Toute la fraîcheur de mon mur.
Injg^rat 1 qui faites des passages,
Delorme, sachez donc, mon cher.
Que chez vous il pleut en hiver
Et que j'ai peur de vos pavages.
Mais près de votre pavillon
(îazouillait l'oiseau de Courccllcs,
J'ai dû songer aux hirondelles...
Contentez- vous d'être un grillon. i
(Lettre et vers inédits.) j
maintenant 3 femmes attelées à ce que vous savez bien. La pépie vient en mangeant. Gomment vous n'allez pas entendre Dupré, Rubini ? Vous ne connaissez peut-être pas Rachel et vous vous égarez au Vaudeville : c'est de la folie — la pièce est d'un homme d'esprit qui prendra sa revanche, c'est tout ce ija'on peut dire — ces vieilles amours n'ont rien de neuf que ^otre joli refrain.
Je voudrais avoir déjà votre portrait. — J'ai revu les convives de l'autre jour. Il n'est question que de vous, de votre 5sprit, de vos chansons, de cette amabilité et de cette grâce qui n'appartiennent qu'à vous, mon bon ami. — Que dites- vous des vers d'Alfred? Roger les a lus comme pour les faire siffler. Excellent ami, va!...
Avez-vous mené Gabriel voir les masques ? Je m'attendais à tout instant à vous voir (passer dans .une berline patriarcale* Je médite un repas quelconque avec Théophile Gautier et Alphonse Karr, à la condition expresse que vous en ferez les honneurs.
Ducléré est parti pour Laval — nous reparlerons de Ghallamel en carême. Je n'ose pas vous dire que je n'ai pas encore lu ratre nouvelle. C'est du plaisir que je mets en réserve. Je vous prêterai le volume de Gœthe quand vous viendrez, mais rap- )ortez-moi mon grand in-8 de vers à vous et mon marc ; prêez-moi aussi les Mélanges poétiques. Je reçois à l'instant me lettre de Levol qui fait jouer à Lyon (heureux habitants les beaux vallons de l'Helvétie) (Jbis) 2 pièces en i acte. Il en mvoie une en 3 actes à Paris et en achève une en 5 qu'il ipportera bientôt lui-môme. Je suis inquiet du sort de la malle jui contiendra ce chef-d'œuvre — on ne la recevra qu'au roulage. J'ai une levrette magnifique qui par flatterie se fait malade comme son maître qui râle et vous embrasse.
A vous de tout cœur.
ay septembre (184 1) Bury
Ce que vous dites de Co/omèa est fort juste, mon cher Ulrîc,
3(). SAINTK-BEUVIS
mais je me demande comment il se fait qu' Alfred ait cela en à j {grande estime. Je vous assure que, selon lui, c'est aa-dessns . de tout ce qui se publie. — Pour Gormenin, je vous avais prévenu qu*ii y avait du Paul de Kock dans son affaire. Il est ^ fort loin de Courier pour qui vous êtes bien sévère. La Franat m ferai ne dont vous me parlez est une Revue qui ne vivra pas. | C'est la concurrence de la Bévue des Deux Mondes qui a man- r gè plusieurs centaines de mille francs avant d'arriver à h > place qu'elle occupe aujourd'hui, et il est fort douteux que la France ait assez d'argent pour tenir longtemps. Les a colonnes du journal sont Esquiros et Eugène! Pelletan, Roger de ', Beauvoir y met des vers ainsi que M. le Elaguais et Calemard I de Lafayette. — Vous y verrez des dessins de Hugo qui se garde \ d'y insérer des articles — un M. Alfred Michiels est en train "' d'y écharper Sainte-Beuve. En un mot, c'est le champ dasyU ' des littérateurs au petit pied repoussés par Bnloz de ses a Rr vues. — Je crois que tous les vers de Arvers (i) j seraient reçus avec joie. Je tiens les Vierges folles : c'est un petit yo- j lu me in-32 saisi par la police, m'a-t-on dit, et qui doit plaiieà | toutes les p... qu'il exalte, plaint et bénit. Mais qu'est-ce que ' tout cela nous fait? Je vais chercher les lettres de mylordChe»terfield que je suis sûr d'avoir quelque part.
Je vous ai un peu attendu et beaucoup désiré aujourd'hui. La journée a été paiçsable ; que n'ôtes-vous venu ? C'est décidément dimanche que la pêche a lieu. Nous n'avons invité que < la famille Hugo et Arvers — cela vous eflFraie-t-îl ? S'il fait beau, j viendrez- vous tous les trois déjeuner avec nous 1 Cela vous \ éviterait la visite à Saint-Prix (2).
(i) Arvers, à qui son fameux sonnet a fait une telle réputation, a donni au théâtre un certain nombre de vaudeyilles très gais et qui ont eu da succès.
(2) Où la famille Hugo était en villégiature.
« Mon cher monsieur, écrivait M"» Victor Hugo à Guttingaer le la juin 1840, je crains que vous n'entrepreniez le voyage pour Saint-Prix penoant
3UC je serai absente. Cette idée me préoccupe, devant me trouver k Pari* 1 es lundi, afin d'assister à la i'® communion de mon petit Toto, AfriTei | donc ici avant lundi ou après jeudi. Vous seriez fort aimable de me donotf votre jour, cela vous engagerait. Je crois peu aux choies yaguet. Et poil .
Je suis encore pour lon/octemps à la campagne si ma mère ne pense pas à la quitter, du moins il n*en est pas question.
Vous avez appris la mine de Tiron qui allait épouser M™® de Thorigny. Je vous conterai les détails une autre fois. — Vous ne parlez pas des lettres de M^^ Lafar^e. Quelle orig-inalité et que d'esprit î Depuis que je les ai lues, je m'intéresse sing^ulièrement à cette grande coquine. Et votre roman? Qu'en faiton dans cette ignoble Presse qui va dégobiller sur nous un roman de Bazancourt ? Et moi qui comptais sur le vôtre 1 Je leur ai donné 12 francs à cette intention. Vous me les devez positivement.
A bientôt, mon cher Ulric, dois-je dire à dimanche?
ALF. T
S. D. (février i843) (i).
Un autre cahier de musique, s'il vous plaît... Ah ! ça je
je pourrais prévenir Victor qui est si désireux de passer quelques moments avec vous. Enfin faites ce que vous voudrez pourvu que vous veniez. Vous ne pouvez avoir l'idée de rouler pendant l'espace de 10 lieues sans celle de vous reposer le reste de la journée près de nous. Si j''étais prévenue je commanderais le dîner de façon à ce que vous puissiez être de retour chez vous vers 9 heures. Je suppose que votre fils peut veiller jusque-là. ]Vfme Guttinguer jouira de voir son gamin monter sur les meules de foin, comme je suis heureuse de regarder les miens exécuter de brillants assauts en les escaladant. Il y a ici mon petit neveu qui est fort disposé à tenir tête à votre Lion.
« J'ai bien vu hier M. Tattet, il vous espère dimanche. Je lui ait dit que c'était moi (jui comptais sur vous. Que dites-vous de la distraction que j'ai là? Cette histoire prouve, plus que tous les livres de morale, qu'il ne faut rien écrire que tout le monde ne puisse lire, ou bien qu'il peut quelquefois arriver de» choses quand on n'a nulle attention.
« Je suis enchantée, malgré ces chances fatales, que vous soyez à 5 lieues de moi, puisque nous ne nous retrouvons qu'à cette distance. Franchissez-la et croyez à mes plus affectueux sentiments.
« ÀDÈLB HUGO. »
« La Terrasse, ce 12 juin. »
(Lettre inédite.) ( I ) La date de cette lettre nous est donnée par celle que Musset écrivait à son frère, en Italie, au mois de février i843 : « ... J'étais donc à souper chez Buloz le jour des Rois. Toute la Revue s'y trouvait, plus Rachel. C'était un peu froid ; on aurait dit un dîner diplomatique. Le hasard facétieux a donné la fève à Henri Heine, qui a fait semblant de ne pas savoir ce qu'on lu voulait, de sorte que le gâteau sur lequel la maîtresse de la maison devait
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finirai bien par en trouver un où il y aura des romances de vous. Que sont devenues les perles répandues devant P. Bra- ^nières, Duchambge, etc., etc. ?
Envoyez-moi donc mon Pierre le Noir, que je le finisse et m'explique pourquoi Musset y est allé trois fois ; je ne vous écris que pour vous demander quelque chose comme 1 vous voyez. Donc prêtez-nioi le 2* vol. du Rhin de V. Hugo et n'oubliez pas surtout 4 ou 5 de vos derniers Cahiers manuscrits, espèces d'herbiers, sorte de Jlore intellectuellechaque feuille est un parfum, un bouquet, n'est-ce pas? Ahl Alfred (de Musset) est venu ce soir. Voilà sa vie depuis que je ne l'ai vu : — Soirée chez M™* Decazes — souper chez Buloz — malade 2 jours. — Le souper des 2 Revues a. été charmant. Rachel était délicieuse ; seulement de Vigny, à table, puis Hugo dans la soirée se sont emparés d'elle et ne l'ont pas quittée d'un instant. Vous savez comme V. H. la traitait diez vous ; maintenant ce n'est plus cela. — Ils étaient tous là, depuis Ghaudesaigues, qui s'est saoulé (i), jusqu'à X. Marmier, le finlandais, Mérimée, Heine, Théoph. Gautier, M. de Rémusat, Vivien, Lerminier, etc., etc. Rien n'y manquait Heine a été le roi... de la fève.
J'ai prié Alfred de m'envoyer tous les vers qu'il reçoit et qu'il ne lit pas — il a toujours sur sa table des livres qu'on Ini ofiFre et qui restent vierges. Nous les lui couperons si vous voulez; tenez, pour vous remercier de votre visite d'aujourd'haîi voici son rondeau que je vous copie :
RONDBAU
Fat-îl jamais douceur de cœur pareille
A voir Manon dans mes bras sommeiller ?
Son front coquet parfume Toreiller ;
Dans son beau sein j'entends son cœur qui veille.
Un songe passe et s'en vient l'égayer.
compter pour ég^ayer la soîrée a été pour le roi de Prusse. Heureusement Chaudesai^es s'est g^risé, ce qui a rompu la glace... {Œuvres posthanu» de Alfred de Musset.)
( I ) Sur Chaudesaigues, consulter les Portraits et souvenirs littéraim, par Hippolyte Lucas, qui lui a consacré une charmante notice.
APPENr>ICE 871
Ainsi s'endort une fleur d'églantier.
Dans son calice enfermant une abeille.
Moi, je la berce ; un plus charmant métier Fut-il jamais?
Mais le jour vient, et Taurore vermeille Effeuille au vent son bouquet prinlanier.
Le peigne en main et la perle à Toreille, A son miroir Manon court m'oublier Hélas I l'amour sans lendemain ni veille Fut-il jamais?
)a cher ami,j'ai été bien plus content de vous aujourd'hui, dément, la tristesse ne vous va pas ; apprenez doncle whist briel.
sez-vous dans la Presse une nouvelle rococo Bocagère îx. Dumas? Gela s'appelle Sylvandine — ce n'est pas du dans sa manière habituelle ; ces diables de gens se meta- )hosent quand et. comme ils le veulent; pourtant, ici, il diantrement TArsène Houssaye. — A propos de nouvelj'ai les nouvelles de Tlnde de ce matin sur le cœur : ces inds d'Anglais pillent, brûlent et massacrent tout. Caboul ste plus. — Vous me direz à cela : « Qu'est-ce que ça vous S) A la bonne heure, mais que ces gueux-là ne se fassent les apôtres de la civilisation, qu'ils ne prêchent pas mcipation des noirs ; qu'ils ne frappent pas des médailles ces mots : Pacem Asiœ Victoria fecit^ car on peut leur 1er à la face le mot deTertulien : Ubi solitudinem faciunt m appellant, — Autre malheur : Alfred a perdu ce soir ches — A bientôt. Oubliez Dubois d'Angers, Dubois de es, Dubois dont on fait... etc., etc., mais n'oubliez pas )is de l'Ile Bourbon.
A vous.
er ami, vous ne savez pas où je suis, mais vous savez ce 'ai fait. Aleajacta esty j'ai franchi le Rubicon. Je suis le.
37a SAlIfTE-DEUVB
plus heureux des hommes, bien que brouillé avec toute ma famille qui se doute de la chose. Si vous voyez ma mère, je vous prie môme de prendre chaudement mon parti et de me défendre comme un autre vous-même. Préparez-lui une de ce tartines que vous faites si bien. Je me passe à merveille de' Paris (i), de ses joies, de sa famille et de ses ennemis, mais je | ne me passe pas aus«5i facilement de vous, mon très cher.Teneii votre promesse, écrivez-moi souvent et long'uement. Vos lettro ) me réjouissent le cœur. Quand je souffre elles me consolent et quand je suis heureux elles doublent mon bonheur. Je ne sais pas trop quand je vous verrai : on parle d'une plainte déposée à la préfecture de Police où Ton m'accuse d'avoir enlevé Mad....jk D'abord ce n'est pas vrai, je ne Tai pas emmenée mal^elle,| etc., etc. ; nous nous sommes enlevés réciproquement. Le courage ne me manque pas et je suis à la hauteur de ma position. < Il serait dur de me repentir pour avoir fait juste le contraire de vous. Lequel de nous deux aura eu raison, l'avenir nous l'apprendra. Il y a des choses qui m'ont épouvanté dans votre lettre... Heureusement qu'il y a une couronne de fleurs sous votre bonnet de philosophe. Ma couronne à moi c'est ma femme, car elle est à tout jamais la mienne à présent, sans que nous ayons besoin de ce sacrement qu'on traîne conuDa' un boulet.
C'est un serpent doré qu'un anneau conjugal,
a dit notre poète. j
Il ne sort pas une plainte de sa bouche et cependant elle a i déjà goûté de mon pain noir, car on me laisse un peu tirer la langue là-bas. Mais qu'est-ce que tout cela quand on s'aime? '
Votre lettre du 18 septembre ne m'est arrivée que le 16 odfr bre. J'y réponds aussitôt et moins longuement que je ne b voudrais. Vous ne perdrez rien pour attendre, je vous sapplie '
(1) Alfred Taltet avait quitte Paris et était allé habiter Fontaiaeblem. j « Les motifs qui le décidèrent à rompre avec sa vie passée, dit Paoldij Musset dans la biographie de son frère, étaient trop sérieux pour to discutés. »
encore une fois de ne pas m'abandonner quand tous me délaissent. Ma mère est indigne pour moi. Mon petit frère, ce-pauvre être chétif et souffrant, me montre un cœur d'or et me donne mille preuves de dévouement et d'affection : il n'y a 'îonc que les malheureux qui vous aiment. Vous montrez le latin à Gabriel. J'en sais maintenant juste assez pour l'apprendre en môme temps que l'élève que j'aurais. Quand donc aurai-je un fils aussi moi? Je ne song'e qu'à cela... Je vous embrasse, mon cher Ulric, je vous serre la main du fond du cœur. J'espère bien me donner mes étrennes en allant vous voir rue de Gourcelles.
Bien à vous.
ALF
Mai (1843).
Cher amî, tout va bien. Arvers a reçu votre lettre et sera des vôtres avec bien du plaisir. . . Que je voudrais être au nombre de vos convives! Ne me laissez pas trop attendre votre visite et portez-moi vos vers dès qu'ils seront faits. L'affaire du coupé est arrangée : on l'enverra chez vous et vous n'aurez qu'à le recevoir. Je l'ai payé hier... Merci de l'hospitalité que vous donnez à la voiture qui doit m'emmener et me séparer de vous pour 5 ans, c'est-à-dire pour toujours peut-être.
Bien à vous.
ALF
s8 Mai (i843).
Mon cher ami, avant tout je commence par vous remercier ainsi que madame Guttinguer de votre dîner d'adieu. Ma femme me charge aussi de vous exprimer à tous deux sa reconnaissance et de vous dire combien elle a été sensible à votre bon accueil. Je suis heureux, mon très cher, d'avoir bu chez vous le coup de l'étrier. Mais quel vilain coup que celui-là et quelle triste chose qu'un départi Nous avons sangloté une partie de
374 SAINTE-DEUVR
la nuit et maintenant encore des larmes me viennent aux yeux en sonççeant à tous les cœurs sympathiques laissés derrière mot ^, Ce pauvre Gabriel, qui, au dîner, avait bien réparé le temps .^\ perdu, était ému lui-môme en m'embrassant. Qui n'a jamais ,j^ quitté ceux qui Taiment, comment comprend-il ce qu'une î|^ séparation, qui sera peut-être éternelle, a de poignant et de |q cruel? ■
Qu'avez-vous dit et fait après notre départ, mon bon Ulricî ;j Ces messieurs vous ont-ils quitté en même temps que nous? j Que c'est bien à Alfred d'être venu m'embrasser! Il ne s'est point invité à dîner pour cela comme Arvers. Quant à mon , frère et à mon oncle, si froids d'ordinaire, ils m'ont paru passablement remués. Pour tout dire, vous avez été tous char- ; mants, et je n'oublierai jamais le dîner du 18 mai de la rue de * Courcelles. ^
Maintenant, mon bon Ulric, quand reviendrai-je vous serrer | la main et vous gagner votre argent au whist? car vous * remarquerez que j'ai été sans pitié jusqu'au dernier moment, i Triste compensation de la fortune qui d'un côté me tendait la | main pendant qu'elle me donnait de Tautre un grand coup de 1 pied... vous savez où. C'est toujours ainsi qu'elle procède, It traîtresse.
Je ne vous parlerai pas de mon voyage en France; je n'ai remarqué sur la route que l'admirable portail de la cathédrale de Reims. Après 2 accidents assez graves et beaucoup de fatigue nous sommes arrivés à Liège, j'y suis resté deux jours et me voici installé pour quelque temps aux eaux de Spa. C'est U qu'il faut m'écrire sous mon vrai nom, à l'hôtel d'York, et le plus tôt possible, s'il vous plaît. Ils ne m'ont pas encore demandé mon passe-port et ils font bien, car je n'en ai qu'an de 2 ans à leur offrir.
Ne dites à personne, mon très cher, que je suis à Spa et s mon nom. Autant éviter les indiscrétions et les ennuis qui en découlent. N'oubliez pas de me prévenir quand je devrai vous ' adresser mes lettres au chalet. Ne pourriez-vous pas voir Valbezin, vous plaindre en mon nom de son silence et le prier d(
er pour moi une lettre que vous vous chargcerez de Buir avec une des vôtres à mon frère ? Ceci est pour :ar vous la mettrez tout bonnement sous enveloppe :re et me l'enverrez à Spa. Je serais enchanté d'avoir détails du major Fridolin sur les mystères de
urez que la voiture de Mosselman (1) est beaucoup qu'il ne la supposait. Elle a très bien porté nous et ises bag-ag'es et est toute prête à recommencer. 5t de plus long-s détails. Vous croyez peut-être que ont fanés : chez vous, c'est possible, mais je vous î ceux que j'ai emportés sont en pleine floraison et . ma solitude, et vous savez comment dans le parfum iouvenir.
A vous du meilleur de mon cœur.
ALF
le g-rand parti et me suis décidé à écrire (pardonnezami) une vingtaine de li|^nes sur votre charmant ai de plus fait une citation. On m'a bien promis Tait prochainement, la chose en est là; mais comme . de dire : « bientôt nous reviendrons sur le livre G., etc. », votre gros Latour pourra, s'il le veut, o-rand article raisonné d'autant plus facilement qu'il le Chambre de Députés en ce moment.
bien heureux de me retrouver à Bury. Qu'on est eusement sous le toit paternel I Quand donc pourair avec ma bonne et chère femme ?
envoie une chanson faite par le préfet Romieu en le sa maîtresse la Reine Pomaré qui danse la polka \\T est délicieux et les vers sont bien tournés.
la vôtre, elle ferait damner tous les commentateurs.
vrai dire, qu'il ne faut pas y chercher un sens.
:e8 compagQODS de plaisir.
376 8AINTE-BIUT1
Qu'est-ce que la du Maine? Croyez-vous sérieusement cela peut repcarder le bâtard de Louis XIV, fils de la Moi pan, ou la femme Louise de Gondé, qui avait de si beaux jeu de si jolis cheveux blonds et qui n'était pas plus grande qu'on' enfant de 10 ans? La comtesse de Montbazon me chiffo aussi. D'abord c'était une duchesse. La plus célèbre fat maîtresse de Rancé, comme vous savez — une belle-filli celle-ci fut bien la maîtresse du ^and Roi quand elle épousé M. de Soubise, qu'elle fit prince par ce canal-là. tout cela n'explique pas le moins du monde la fameuse chansoi qui est une énigme pour moi. Vous avez été frappé paroe deux noms : la Montbazon et la du Maine. J'en donne IS| lang-ue aux chiens, et cependant vous avez raison de dire je connais bien cette époque, car je me regarde comme 1 ferré sur le grand siècle que je vois défiler tous les matins ei chemise dans Saint-Simon qui souffle sur bien des héros.
Adieu, très cher ami. C'est la dernière lettre sans doute qm je vous adresse au chalet. Bientôt je vais vous voir, ce qui ▼» dra mieux pour nous deux,
Vous ne voulez donc pas me dire combien me coûtenit rendu à Fontainebleau, un tonneau de ce fameux cidre moi» seux si excellent?
A bientôt, cher Ulrich, je vous écris dans la petite ch n de ma femme et tous deux nous embrassons la sainte lïi de Saint-Gatien.
A vous.
ALF
Cher bon ami, votre « courrier de campagne » a para d le Globe de mardi et je l'ai lu avec bien du plaisir. Qaev faites à merveille de regretter et de défendre nos pauvres posti^j Ions français si alertes et si gais. Je vous vote un chapean vff'j nis garni de rubans tricolores. Vous savez que petit à ' race des postillons quitte le monde. En Allemagne j'( furieux contre ces grands diables d'Allemands qui étaieo
Tand costume avec des bottes leur montant jusqu'au nomi^il et qui voulaient absolument monter sur le siège de ma oiture. Dans quelques années il n'y aura plus en Angleterre ^e seule de ces berlines à quatre chevaux qu'on nomme des îlig-ences.Les chemins de fer tuent tout et j'aurais voulu voir irtir celle dont les journaux ont parlé dernièrement. C'était on dernier voyage. Elle était complètement vide. Le cocher stait en grand deuil et les chevaux caparaçonnés de noir semlaient suivre leur propre convoi.
Nous aurons dans le prochain courrier l'histoire de votre empoisonnement, n'est-ce pas ?
Le major Fridolin part samedi pour Brest et le Gap. J'irai
ttre en malle-poste ce pauvre bon et courageux ami.
J'ai vu hier feu Ternaux, à présent vicomte de la Morelie : il a une femme charmante, au dire de maman, à qui elle a été
ésentée. Ce Woldemar m'a beaucoup parlé de son voyage
Egypte. Il avait acheté une esclave qu'il a donnée en partant îomme pourboire à un domestique de place. Il va habiter neuf tkoïs de l'année la terre de sa belle-mère, entre Fécamp et I^aen.
Alfred continue à être plongé dans les filles; il y laissera son
inie et sa santé. Quel affreux suicide I Décidément, auronsaous la guerre? Qu'en pensez- vous? J'en ai\ine peur atroce. En attendant que nous vivions de carottes, je me dépêche de faire les achats indispensables et je viens de donner à ma femme pour ses relevailles (je m'y prends de bonne heure, comme vous voyez) un cachemire des Indes long, de 1600 fr.
J'ai lu le discours d'Harel sur Voltaire, il est très bien et ne croyez pas votre Revue de Paris qui l'a fort maltraité.
Mon cher Ed. Bocher (i)est très malade et donne de grandes iquiétudes à Gabriel que j'ai vu. Il a des polypes dans l'oreille,
n lui en a extirpé un et il a soufiPert si effroyablement qu'on
(i) C'est M. Ed. Bocher, qui devint plus tard sénateur et représentant du imte de Paris, qui remit à son frère Gabriel, bibliothécaire du duc d'Ors, le sonnet que Musset avait fait sur l'attentat de Meunier contre le roi .836. (Cf. la Bibliographie d'Alfred de Musset, p. 178.)
378 SAINTB-BEUVB
hésite à continuer Topération. La famille Bocher est trëséprou^ vée en ce moment. Mad. de Thorigny est très soaffrante, le père a une recrudescence de sa maladie de vessie. Il n'y a que Charles qui continue à être le correspondant assida da Globe. Dites donc à votre éditeur de m'envoyer 2 ou 3 exemplaires.Je| voudrais en offrir un de votre part à Alf. Leroux. J'ai donné) mes 2 au Journal des Débais, A propos, il n'y a pas mojea. de songer à avoir un grand article. M. de Sacy a des articles* tout faits qui ne paraîtront que dans 3 ans. Ce sont de véritables sultans que ces bougres-là.
27 décembre (i855). |
Que vous êtes bon et aimable, mon cher Ulric, et avec qad , plaisir je vous serrerai la main ! Vous savez pourquoi je voM ■ remercie, dispensez-moi donc de vous le dire.
N'est-ce pas que je suis heureux et que je sais digne de mi fortune puisque j'en sens tout le prix ? Mais pourquoi ne pu vivre éternellement aux genoux de cette adorable femme qui me donne tant de preuves d'amour, qui me rend meilleur, qw ouvre mon âme à toutes les sensations les plus tendres? Je vieM de passer encore une journée charmante. Je vous écris de cette chambre que je ne quitte plus... Je ne suis bien que là... lei murs me semblent pleins d'une moiteur sortie d'elle, j'y bai* ^ne mon front comme dans une rosée céleste, enfin je suis fou, ivre et vous supplie de me pardonner les extravagances que vous envoie.
Hélas! elle n'est plus là. C'est vous dire quel hôte est î\ mon foyer... Je vois à mes côtés cet horrible spectre qa'o appelle la tristesse, il me parle, il m'oppresse. Mais je coi une fraîche figure qui demain en lui montrant le bout de eo nez le fera fuir aussitôt... il n'aime pas les jolies femnikes, dès qu'elles ouvrent une porte, il se sauve par la fenêtre.
Vous m'avez promis des vers, j'y tiens et nous y compt En attendant, voici ceux de Roger. Le dit troubadour a ramassé une plume d'aigle sur les Pyrénées,il la dédia à Y.
APPBNDICI 879
Cest un aiglon qui, regagnant son aire, Laissa tomber sur le roc solitaire Sa longue plume arrachée à son flanc:
Je vis au bout une perle de sang...
J'en eus pitié... car vous êtes son frère I Que faites-vous ? dites, notre aigle à tous, Pendant qu'ici la brise nous assiège?
Près de ces monts aux épaules de neige.
On est si haut qu'on doit penser à vous I
Réponse :
Oui, c'est une heure solennelle I Et le penseur grave et serein Croit qu'un peu de gloire éternelle Se mêle au bruit contemporain, Puisque dans son humble retraite II ramasse sans se courber Ce qu'y laissa choir le poète, Ce que l'aigle y laisse tomber ; Puisque sur sa tête fidèle.
Ils ont jeté, couple vainqueur, L'un, une plume de son aile, L'autre, une strophe de son cœur l Oh 1 soyez donc les bienvenus, Plume I strophe 1 envoi glorieux !
Vous avez erré dans les nues Vous avez plané dans les cieux (i) I
Mon cher Ulric,
re maisonnette est pleine depuis samedi dernier de nos ts et les amis ne me laissent pas un moment de repos. ; se baigner, monter à cheval, jouer au whist, et cela par laleurs tropicales et avec mon bras presque toujours >ri. Arago est toujours le plus gai et le plus aimable des es et Jadin et Comairas les plus gentils compagnons puisse imaginer. J'attends Lefuel aujourd'hui et ne vous pas de Dejean, toujours un peu endormi, et de Giraud, >us ne connaissez point . C'est Arnould Frémy qui s'est
îtte réponse de Victor Hugo au poétique envoi de Roger de Beauvoir ans les Contemplations (i856) sous le titre : Au poète qui m'envoie \me d*aiffle.
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charg-é de mettre votre lettre à la poste lundi dernier. '. garçon a eu au lycée Saint-Louis un i*' accessit de vei latine, un 2" prix de dessin et un le' prix de musique. ' voyez,d*après cela, qu'il n'est pas fort en thème. C'est touj quelque chose. Je lui ai acheté un cheval et tous les mati le prend pour aller prendre une répétition à Fontainebl parce queje veux qu'il fasse une bonne 4® l'année prochaine.Q à Julie, la filleule de cette pauvre madame Guttinger, sa tribution de prix n'aura lieu que le 20, mais elle y-, sera maltraitée parce qu'elle ne fait rien et que l'on ne pei venir à bout. Du reste elle aime beaucoup la musique c gentille à croquer, de visag-e et de manières.
L'absence de Gabriel a dd vous faire un g^rand vide, diables d'enfants prennent une place énorme dans la vie. père que vous vous déciderez prochainement à Taccomp ici. Le train qui part de Paris à 9 h. du matin ne metqa heure en route et c'est celui qu'il pourrait prendre ; les ai demandent 2 h. moins i/4 : ce n'est vraiment pas un voy Je ne sais ce que devient Tessier : le rencontrez-vous quel fois ? il est revenu de Londres assez souffrant, me dit«on, : qu'allait-il faire dans cette maudite g-alère? Je vous recomm les Etudes morales sur le temps présent p8rGaro(i)(Hach( Stendhal, talent un peu surfait, selon moi, y est fort maltr Le poème de Marg-uerite dans les Récits poétiques d'Ei Mordret,mort l'an dernier, m'a beaucoup plu. Adieu, très < tenez-moi au courant de ce que vous faites. Avez- vous 1 i®' voyage de Lamartine en Italie dans son Cours Jamilie littérature, et ce qu'il dit d'Alfieri et de son tombeau Ganova? Hélas I je ne savais pas encore que le marbre i pas plus chaud que l'herbe sur un cercueil.
A vous de tout cœur
ALF. T
Dimanche.
(i) Ouvragée paru en i855.