‹ Études d' histoire romantique: documents inédits (volume 2)Chapitre 19 sur 34 · ALFRED TATTET · texte numérisé non relu

ALFRED TATTET

Faites-moi penser à vous parler de Roger (de Beauvoir). J

8 décembre (1887) 1

Cher ami, ';

Je vous envole ces deux fameuses pages de Voltaire (Du maijj dans l'animal appelé Homme). Lisez-les et dites-moi ce quel vous en pensez. Je vous recommande aussi le National à^Vm} dans lequel vous trouverez un extrait du livre de Lamennais, t Heureusement que ce Livre du peuple, car c'est là son titre, ■ n'est pas le moins du monde à sa portée. Ceux môme qui savent lire n'y comprendront rien. Toutes ces rêveries de nos% liommcs de génie ne peuvent encore de longtemps descendre] jusqu'aux gens du peuple. J'ai vu Féray. Il m*a bien dit quel son beau-frère ne vous avait pas oublié pour le mois de janvier. Le ministre reçoit tousles jeudis. Voudrez-vous jeudi prochain passer une partie de la journée avec nous ? Cela serait bien bon et bien aimable. Je vous rendrais votre politesse la semaine suivante. J'ai hâte de faire connaissance avec votre' roman, les charmants vers que vous en avez détachés m'ont, mis l'eau à la bouche. Est-il par lettres ? Quand sera-t-il fini? La donnée me séduit beaucoup. Arvers vient de trouver un; délicieux sujet de pièce. A l'heure où je vous écris il est déjà à l'ieuvre. Il m'a consacré sa journée. Je l'ai fait trouver avec mou notaire et mon avoué pour éclaircir quelques points diffi-i ; ciles. 1'

C'est que l'animal dresse et dépouille un inventaire comme , il tourne un couplet. C'est un précieux ami quand il veut s'en ' donner la peine. \

Musset est redevenu invisible. On ne le voit que dans le»

APPJENDIGS 355

rsLodes joies ou dans les grandes douleurs. Ce n'est pas lomme de la conversation intime et du coin du feu. Adieu, bien cher, et tout à vous de cœur.

ALF. T

5 janvier i838.

Cher ami, si vous ne m'aviez pas quitté l'autre fois pouir lier embrasser votre femme et votre Gabriel, je vous en au- •ais beaucoup voulu d*ôtre parti aussi tôt . Mais le motif était >ar trop légitime et je comprends à merveille que vous ayez ^oulu baiser au front votre petit enfant un jour comme celuiè* On ne peut mieux commencer Tannée. Vous savez sans ioute aussi bien que moi que Racine a fait une histoire de Port-Royal, — car je ne veux pas encore quitter le thème farori de Sainte-Beuve (i), — dans sa jeunesse il s'en était moqué dans plusieurs lettres fort spirituelles. Je ne vous rappelle cela que confusément, mais vous relirez cette histoire avec bien plus de plaisir. Boileau regardait ce morceau comme le plus beau qu'il y eût en ce genre dans notre littérature. C'est sans doute fort exagéré. Si ma mémoire n'est pas infidèle, cela doit être simple, doux et passablement onctueux. Dans ses lettres qui étaient dans un tout autre esprit que l'histoire qu'il fit depuis, il disait : « qu'une femme fût-elle dans le désordre, qu'un homme fût-il dans la débauche, s'ils se disaient de vos amis, vous espériez toujours de leur salut. » Probablement il avait en vue cette duchesse de Longueville, l'héroïne de la Fronde qui tout à coup, grâce à M. de Sacy, s'était jetée ■ dans la vie pénitente. Il faut que je vous cite, à propos de Port- Royal, un mot de M. de Rincy. Racine, dit-on, avait demandé dans son testament à être enterré à Port-Royal. « Ah I ditM.de Rincy, il n'aurait jamais demandé cela de son vivant. »

L'article du Figaro à^ dimanche m'a donné l'envie de lire \ le Magicien de M. Esquiros. Voici pourtant les phrases que

(i) Saiate-Bcuve faisait à ce moment à Lausanne son cours sur Port- Royal.

VOUS y trouverez — Seins blonds relevés en bec de t relie.,, ciel aux lèvres bleues.,, ouaté. de nuages^ et<

La dernière heure des maisons de jeu a sonné. Je n'î heureusement pas assisté à Tag^onie de la Roulette. Ils'e se des choses incroyables : à 5 heures du soir les n {gagnaient déjà i5o.ooo francs; les gains du mois de déc se montaient à un million Soo.ooo fr. Un marchand de cl leur a emporté loo.ooo billets de banque. Il peut don Tavoîne dorée à ses chevaux comme feu Galigula. L morte : laissons en paix sa cendre. Ne troublons pas le se de cette femme de bien qui a emporté dans la tombe 1( de tous ceux qui Tout connue.

J'ai dîné aujourd'hui avec Alfred, qui fait des vers moment : il adresse quelques questions à TEtre Suprêr resteront sans doute sans réponse^ du moins il n'y comp môme sous la forme de la fameusç statue de pierre. Il v porter à Dieu le père quelques bottes dont il ne mouri mais qui pour tout autre qu'un immortel seraient fort ( rassantes (i ). Vous savez qu'aux yeux de ma mère je suif aller lundi à Saint-Germain. C'est à Versailles que je cou avec une nouvelle beauté que j'amènerai un beau jour à d'Angleterre, enfin, n'importe, comme dit d'Alton (d' Shée).

(i) Allusion aux strophes qui terminent la pièce intitulée l'Es} Dieu :

Lorsque tant de choses sur terre Proclament la Divinité, Et semblent attester d'un père, L'amour, la force et la bonté.

Pourquoi, dans ton œuvre céleste, Tant d'éléments si peu d'accord?

A quoi bon le crime et la peste?

O Dieu juste, pourquoi la mort ?

Ta pitié dut être profonde Lorsqu'avec ses biens et ses maux Cet admirable et pauvre monde Sortit en pleurant du chaos !

Puisque tu voulais le soumettre Aux douleurs dont il est rempli, Tu n'aurais pas dû lui permettre De t'cntrevoir dans rinfîni.

TOUS préviens, mon cher ami,que j'irai très încessamment -evoler votre §rrand volume de vers que je n'ai pas du intention de vous laisser. Il me faut aussi la chanson i,ain les économies,

voici de nouveau à ma maison des champs, comme dirait -Beuve, orné d'une épouse qui m'ennuie à ravir. Quand pourrai-je dire avec Phil. Desportes que j'ai acheté l'autre n vous quittant pour me consoler de ma robe comme vous ître de votre schall?

Je fay l'amour, mais c'est de telle sorte Que seulement du plaisir j'eo rapporte N'engag-eant point ma chère liberté...

voici, comme vous jadis à Saint-Germain, avec un enfant ins et 3 chevaux de plus. — C'est du reste un peu sérieux, ais bientôt dire adieu à ces arbres qui se dressent comme tences. A propos d'arbres, avez-vous vu le Bois de Bou- I Prenez une citadine et faites-vous conduire là par curioous croyez bonnement qu'il y a eu un bois de ce nom aux

de Paris, détrompez-vous, mon cher, et ne vous avisez j faire une pareille question si vous ne voulez pas qu'on >renne pour un habitant de l'Amérique du Sud. Apprele le bois dit de Boulog-ne a été une première fois violé 5 Cosaques il y a 25 ans, qu'il s'en était assez bien tiré

près comme M™® la Baronne Méchin); mais que dernièt M. Thiers s'en est mêlé et que cette fois-ci c'est pour î bon et qu'il ne s'en relèvera plus.

s m'avez trouvé bien triste l'autre jour ; c'est que vraîje ne suis pas sans inquiétude. Le Français né malin qui

le vaudeville... et la g-uillotine me semble vouloir délais- :n pour l'autre. La chair fraîche commence à lui plaire 1 plus que le couplet grivois, et ce n'est pas rassurant,

à son lit les rideaux recommandés par M. de Maistre. ît difficile d'avoir les idées couleur de rose en ce moment, vrai pourtant que la Porte-Saint-Martin va rouvrir avec ime de Paul Fouché et que Sainte-Beuve est positivement , comme le vicomte vous l'avait dit.

358 SÀINTB-BEUVS

A bientôt, très cher ami, il y a longtemps qae je n'ai i une de ces bonnes lettres qai me donnent de la joie tout jour.

Votre bien dévoué.

ALF. T

8 novembre.

Septembre 1889.

Réparation d'bonneur quant à Sainte-Beuve, mon bon £ il était à la campagne et n'a pu répondre à ma lettre. Il écrit bier un petit mot cbarmant ; du reste, ce que vous ( de ces g-aillards-là n'en subsiste pas moins, leur outrecuid est intolérable et il faut laisser vivre tous ces cyniques ( leurs tonneaux. Gœthe et Byron étaient plus traitables, ; parie. — Avez-vous terminé votre affaire du faubourg Si Honoré ? J'ai bâte de vous savoir à Paris. Par exemple, i faudra dire adieu à Saint-Germain quand vous l'aurez qu Je n'y vais que pour vous. Vous n'avez point songé à bal Versailles et à utiliser cet autre cbemin de fer. Je Tai mo à Musset, il y a i5 jours, il ne l'avait jamais vu et en est re^ enthousiasmé. Il a dû môme faire un sonnet en son honc Le grand Roi a parfumé ce beau lieu pour longtemps en( et Louis-Pbilippe a jeté quelques pincées dans la cassol — A propos de cassolette, ouvrez la vôtre et envoyez-moi vers. — Gomment trouvez- vous cette pbrase de l'astronon La Lande : « Où vous voyez Dieu je ne vois que la natu le mouvement. Vous supposez un être qui existait avant et qui a tout créé de rien. Je vous épargne la moitié de vrage. »

Je serai à Paris mardi et mercredi — jeudi je vais déje à Nanterre, je tâcherai de pousser jusqu'à la Terrasse (1 faut pourtant que je sois à Paris pour 4 beures. — Mon c aurait été bien heureux de vous avoir pendant son séjoi Bury(2). 11 se rappelle encore mes rires bomériques au

II) Guttinguer était alors à Saint-Germain.

a) «Le père de Tattetavait, dans la vallée de Montmorency, une fort

[ arc! j, il y a bien long^temps, en revenant de la campagne. Ne le parlez pas des notaires.

Il y a deux ans qu'ils ont nos affaires entre les mains et rien *est encore terminé. Quel malheur qu'on ne puisse pas naître, ivre et mourir sans ces gredins-là ! — A bientôt n'est-ce pas?

Toujours bien à vous.

ALFRED T

DimaDche.

28 juillet i84i.

Je nVi pas vu Alfred depuis fort longtemps. Son grand

avail consiste à savoir si, étendu dans son vaste fauteuil, il

décidera à mettre sur sa cheminée sa jambe gauche plutôt

Ue sa jambe droite. C'est, vous en conviendrez, fort important.

otre système pour l'argent prêté n'est pas le mien. J'ai rendu

. demandé des services à mes amis, et je ne les ai pas perdus

Dur cela. Seulement, quand on m'a fixé un délai, j'aime

u'on soit exact parce que je le suis moi-môme en pareil cas.

- Les Jocrisses reviennent à la mode. Il y en a un au Palais-

Voyal qui est excellent. M. Duval dit à Jocrisse : « Eh bieni

u'as-tu fait de ma montre. . . où est-elle ? — Mais vous le

ivez bien... Vous m'avez dit : « Va mettre ma montre sur la

lirie, elle y est. » — Gela m'amène naturellement à vous

arler de Levol qui m'envoie des lettres de 8 pages, vers et

•rose. Il veut absolument faire imprimer quelque chose dans

Revue par le canal de Musset. Vous savez comme c'est facile

si notre ami se prêtera à la chose. En attendant, il est en

puerre avec le Chauvain lyonnais. Vous savez qu'il postule

lin fauteuil à l'académie de Lyon.

Un fauteuil pour la gloire est un prix très frivole I On le donne à François, et Florimond le vole,

>t-on dit.

ïopriété qu'on appelait Bury. Son fils,. non content de cela, louait en cahette une petite maison située une lieue plus loin, à Margency. On menait Ûyeuse vie dans les deux endroits, bien que le monde n'y fût pas le même... » viograohie cT Alfred de Musset, par Paul dt Musset, p. 170.)

36o SAINTE-BEUVE

Les rédacteurs s'intitulent Lutin, Trîlby, Follet, Astaroth,etc etc. Il a répondu :

Prenez de jolis noms ou des noms effroyables.

Vous avez beau siiï^ner, écrivains de rebut,

Trilhy, Lutin, Follet, Astaroth, Belzébuth,

On dit toujours de vous : Ce sont de pauvres diables t

En voici un autre :

Ne vous étonnez pas que le petit journal .

Trouve à tous ses bons mots les auteurs peu sensibles :

Il offre sur son titre un cortège infernal,

Et dans ses rédacteurs des esprits invisibles !

Enfin un nouveau journal intitulé le Rhône, s'étant an à ses dépens, voici ce qu'il leur a lâché :

Le Rhône est un grand fleuve ? eh I non, c'est un journal 1 Mais connue Tabouné n'arrive pas en foule.

Grâce à ce titre original.

On peut dire aujourd'hui : c*est un journal qui coule t

Certes, tout cela n'est pas d'un imbécile, mais c'est trop vieil (le quarante ans. Il n'en fallait pas plus autrefois pour se faii une réputation. Pindare-Lebrun, Baonr-Lormian, où été vous ?

Arvers part demain matin pour l'Italie. Voilà un lu heureux !

Adieu, très cher ami, des lettres, des lettres, encore d lettres ! . . .

A vous,

ALFRED T

Cher ami, vous avez été bien bon et bien aimable de V( déjeuner à ma Caverne et de nous y avoir apporté cette a(tt rable humeur que vous avez dans vos bons jours. Musset, poD

( i ) La date de celle lellre uous est donnée par le passade relalif au P déchu, qui fut écrit en i83q.

un homme qui s'était levé à 1 1 heures, était aussi passahlement en traiû. Il m'a lu aujourd'hui 2 ou 3 pages admirables sur la différence qui existe entre le poète et le prosateur. Cela fera partie du Poète décha qui sera fini Dieu sait quand (i).Nous aurons auparavant une espèce de Conversation qui ne sera ni UQ roman distingué ni un proverbe sur les bals de l'Opéra et qui rappellera peut-être la Nuit et le Moment^ de Crébillon fils.

Ne venez pas jeudi déjeuner à la maison, ma mère va à Bury et vous ne trouveriez personne. La Grammaire des Grrammaires est de Girault du Vivier. C'est le meilleur ouvrage le ce genre.

La femme que Roger (de Beauvoir) a promenée à la liste civile s'appelle maintenant Hortense de Ruelle ; autrefois elle se nommait Clarisse Levasseur. J'ai possédé jadis ses faveurs sous cette raison sociale. Elle était au bordel de Londres il y a un mois.

J'en étais là de ma lettre comme est rentré mon ami S..., sous-secrétaire d'ambassade, que vous avez vu jadis chez moi. '^'est un garçon de mérite et d'esprit qui a conservé de vous Jn si bon souvenir qu'il m'a demandé en grâce de vous faire trouver ensemble.

Il sera chez moi demain jeudi à 1 1 heures. Nous déjeunerons dans mon petit appartement. Je compte sur vous. Arvers et Musset seront des nôtres.

A demain donc et tout à vous.

▲LF. T.

Mercredi

Cher ami, quels vers délicieux que ceux ajoutés en P. S.à TOtre arbre ! Comme ils sont tristes et vrais, finement touchés, et que je préfère la voix qui chante au pied de l'arbre à celle de

{i) Il ne fut jamais fini, un peu beaucou[)par la faute de Paul de Musset, ni ne gc Atait pas ce roman. — Cf. la Biographie d'Alfred de Musset, p. i34 et 235.

30 >. SAINTE-DKUVE

loiseau qui t^azouille dans son feuillage I Savez-vous que c'est (lu beau de planter un arbre et de pouvoir lui parler 3o après! ', Faites de môme aujourd'hui et nous verrons ce que vous lui direz à 80 ans. J'ai hâte d'avoir votre volume, mon cher Ulric, et j'imag-ine que j'y retrouverai les belles choses que vous m'avez dites autrefois dans cette langue si mélodieuse et si i douce que je suis vraiment digne d'entendre. f

A votre place il y a quelques fables que je ne sacrifierais pour rien. Voici mes préférées : le Chat et la Mouche, les ' Renards et les Bûcherons, les Feuilles et le Vent^ Polichinelle^ Philo mêle, la Perruche et le Rossignol^ l'Habit et la Robe de chambre. J'y joins le Chêne et le Chèvrefeuille [i] y qui rappelle le Chêne et le Roseau, bien que pris d'un autre I poiut de vue, et le Paysan de la Touques, que vous avezb | droit de nommer une fable, puisque le Paysan du Danube \ porte aussi ce titre modeste à jamais anobli. \

Je vous enverrai cette nouvelle d'Alfred, mais je vous pré- ■ viens que c'est du dernier médiocre. J'aime mieux qu'il se taise que de parler ainsi. Celle de George Sand est commencée, i Jusqu'à présent c'est un Anglais qui a le beau rôle. A propos I d'Anglais,je vous dirai que ma forêt (2) commence à perdre cette ' perruque rousse qu'elle a gardée tout l'hiver et qui est si bien . portée par certains habitants de la perfide. Mon Oieul que les . chênes sont donc longs à partir I Je déteste cet arbre qui n'àime ; pas le Printemps: parlez-moi des bouleaux qui, depuis un mois, servent de plumets et de panaches à ces vieux feutres, i

Décidément, est-ce vous qui m'avez envoyé le RaspailfOt\ sont des idées toutes nouvelles. Je n'ai pas grande confianoe | dans ces animalcules que nous avalons de tant de façons diffé- i rentes et qui causent toutes nos maladies. On vit fort bien avec j cela et nul doute qu'ils existent dans les remèdes mêmes quil I vous ordoune. Il recommande la flanelle que je déteste et les draps de coton que je n'aime pas. S'il s'habille comme il veut

(i) Toutes ces fables ont paru dans les Mélan(jtis poétiqaeif en iSaS. (fi) Giiitinguer possédait une très belle propriété à Saiat-Gatien-lcs-Boiii près Honfleur.

APPENDICB 363

habiller le g-enre hamaÎD, il doit avoir une assez jolie tournure en hiver redingote d'alpag-a, chapeau de paille, sabots — il ne veut dans les appartements ni marbre, ni glace, ni cristaux : il devait donc se trouver à merveille dans sa prison. La mienne serait de mon goût si je pouvais souvent vous serrer la main, mais pour cela il me faudrait le bras de Collignon. Serezvous encore à Paris en juillet quand nous y viendrons accoucher? C'est un vilain moment à passer. Adieu, cher bon, envoyez-moi force vers et prose de vous, que je vous lise eu attendant que je vous voie. Mille choses aimables de notre part à M°"® Guttinguer. Nous embrassons Gabriel et nous vous aimons bien cordialement.

Qu'est-ce que cela vous fait, mon très cher, que je sois à Paris ou ailleurs? Ne m'aviez-vous pas dit que vous viendriez déjeuner avec moi un des jours de la semaine dernière? Je vous ai attendu tous les matins, car vous saviez que j'y restais toute la semaine, et malgré votre promesse (à cause de cela peut-être) je ne vous ai pas vu une seule fois.

Gomment puis-je espérer, je vous le demande, que j'aurai le plaisir de vous posséder une journée entière à Bury ? Vous profiteriez de l'occasion, du reste, pour faire une visite à jyfme Hugo, qui a loué un château superbe dans un des plus beaux lieux de la terre, tout à côté de nous. Je dois vous prévenir qu'en général V. H. ne vient que le samedi pour s'en retourner le dimanche soir ou le lundi matin en excellent mari qu'il est. Pourquoi ne viendriez-vous pas tous dimanche prochain? Nous irions débaucher le grand homme et sa couvée. Je vais samedi chercher à Paris Roger de Beauvoir, qui a la plus grande envie de se trouver avec vous. Allons, prenez 4 tasses de café et décidez-vous. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'Arvers sera de la partie.

Je suis allé dimanche à l'Isle-Adam. J'ai fait mes six lieues à cheval fort lestement et, arrivé là-bas, j'ai piqué une tète

^C^^ 8A1NTK-BEUVIC

dans l'Oise ; l'eau était passablement froide, j'avais très chaud nature lie ment et il d aurait tenu qu'à moi de ressembler à Alexandre dans le Gydnus; mais pas si bête. Il faut vous tlire que je m'étais purgée le matin (je me purgée tous les deux jours) et que les paysans ni'encourag-eaient en me disant que bien des /^ens s'étaient noyés là où je m'étudiais à faire la 1 ^lixnclie. Je najeais sur un volcan, •

J'ai lu P... amour-propre effréné, préface inouïe à la Chateaubriand, quelques beaux vers, d'autres moitié italiens et moitié latins. Il y a une chanson gasconne que je n'ai pas comprise du tout. Comme notre homme est boiteux ainsi que Byron et que dans sa modestie il a pu craindre qu'on ne le ^ comparât un jour à ce poète, il en dit mille horreurs pour l qu'il n'y ait point d'illusions possibles. Sa pièce tombée est \ pour lui le rocher de Sisyphe. Il a le Camp des Croisés sur . le cœur et y fait allusion dans maint endroit. Vous verrez cela. J'ai lu autrefois, sur la recommandation d'Alfred, les mémoires d'Alfieri en italien. Je n'en ai qu'un souvenir assez vag'ue, mais je me rappelle un org-ueil féroce, 2 ou 3 passage j très lestes et la manière dont il traite le français — la traduc- | tion de M. de Latour a donc paru ? et les volumes de Marmier, les avez-vous ? Je vois d'ici que vous vous montez une biblio- \ thèque à 2 fr. le volume avec des repas à i5 fr. par tète, à grand capitaliste !\

Vous seriez bien aimable de m'envoyer le sonnet que M. de . Latour a dit chez vous : il est charmant. Je voudrais bien j avoir aussi V antique sonnet de Fontaney à 2 heureux, ;

Ce que vous me dites de Michelet est très juste : il est par ; trop synthétique, mais que de rapprochements ingénieux! Quelle âme et quelle science, et souvent quel style I

Est-ce que par ces belles journées vous ne vous surprenex pas à regretter Saint-Germain ? Adieu, mon sauvage ami.

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