‹ Études d' histoire romantique: documents inéditsChapitre 13 sur 45 · XXXIII. — Sonnet : L'Amant antiquaire. — Demiff tercet · texte numérisé non relu

XXXIII. — Sonnet : L'Amant antiquaire. — Demiff tercet

Mais une veste en cuir, où vite il écrivait.

Sur les bords et partout, sitôt qu'il le trouvait, Dicton cicéronien, ou projet de canzone.

Variante :

Mais une veste en cuir, où vite il écrivait.

Sur les bords et partout, sitôt qu'il le trouvait. Beau mot cicéronien, ou beau vers de canzone.

XXXIV. — De BoussaCy un matin ^ deux manant m' arrivèrent. — En note :

(( C'est Quimper, au lieu de Boussac, qu'il y avait pri ■ mitivement dans cette pièce et qu'il faut restituer, »

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XLI et dernière.

Tandis que devant nous la prochaîne barrière Bizarrement dressée en colonnes de pierre .

En note :

« La barrière da Trône, qui pouvait alors sembler

zarre parce qu'elle était inachevée. »

Enfin, à la suite du sonnet sur lequel se ferme le

>lume, (p. 107) sonnet commençant par ce vers :

Insensé, qu'ai-je fait?...

se terminant par celui-ci :

Je voulais la nuance^ et j'ai gâté Tardeur !

(Décembre.)

On lit ces mots :

« C'est à ce moment, et pour s'efforcer de la ramener, l'a été écrite la petite nouvelle qui a pour titre Madame *■ Pontivy, »

Cette dernière note est extrêmement importante au intde vue bio-bibliographique. Non seulement, en effet, e nous donne la date de ce sonnet, qui est de déceme 1 836, mais elle nous donne encore, et du même coup, date de la rupture d'Adèle avec Sainte-Beu\**,i1/r7G?ame Pontivy ayant paru dans la Revue des Deiw Mondes

i5 mars 1887.

Cependant, Sainte-Beuve ne pouvait se résigner à laisr ignorée du public la partie la moins secrète du Livre amour ^ j'entends celle où l'Amie n'était pas désignée

son petit nom. Il en avait déjà publié deux pièces ,aisseZ'moi^ tout a fuil,,. et Oh! que son jeune cœur it paisible et repose) sous le titre de Romances, à la i de l'édition de ses Poésies complètes parue chez Charîntier en i84o. Quand il en donna l'édition définitive i 2 volumes in-8°, qui , de chez Poulet-Malassis, passa

chez Michel Lévy où elle est encore, il y inséra presque toutes les pièces du Livre (ï amour qui pouvaient être lues sans trahir le nom de celle qui les avait inspirées, et personne n'y fit attention (i). C'est pour cela que je n'en reproduis aucune dans ce chapitre; quant aux autres, si mes lecteurs ont envie de les lire, ils en seront quittes pour aller les chercher dans le Livre d^ amour ou dans le livre à scandale de Pons qui en contient de nombreui* fragments. Je croirais commettre une mauvaise actioi en leur donnant la publicité de cet ouvrage. Et vraiment, il faut que la duchesse de Rauzan ait eu le cœai solide pour n'avoir pas eu la nausée à cette lecture.

(i) En voici les litres : Invocation (Poésies, I, igS, la note). — N'awn qu'un seul (l, ai 8). — Ohl que son jeune cœur,., avec la note ; « F* pour elle directemeol, mais dans sa pensée et en déguisant la couleoi ses yeux ; ce devait être mis dans un roman » (cf. Arthur) (I, s 19). — ^ vient-elle me dire? (I, 222). — A Ad. Ohl ne les pleure point (I, saS).

— Récit. A Ad... avec la note: « La date de cette fin à partir du vers: Qu'est-ce? j'allais poursuivre, est postérieure au moment des pièces mi- a vantes : ces promenades à la plaine des lilas, à Romainville, doivent être du même temps à peu près que la Promenade à Saint-Mandé, la pièce finale. » (I, «30|. — Tantôt une vapeur (I, 2a5). — Jeune, avide (I, iii).

— Sonnet : Attendre... (1,228). — Par un ciel étoile (I, 328). — Je necfHh nais et Ode au soir (I, 241-42). — Stances d'Amaury (I, 377). — Sonnd: Moi qui révais (I, 239). — Sonnet : Si quelque blâme (1, a34). — Nof§ je ne chante plus (I, 235 et note ajoutée). — Par un des gais (I, iç/5). — . Sonnet: Four venger (I, 198). — Au Sommeil^ traduite de Stace (I, a58)«

— Sonnet: Aux Champs-Elysées (poésie). Laisse ta tête.., (I, 198).— D'autres amants ont eu (I, a38|. — Sonnet : L'amant antiquaire (I, a3o)..

— Le collège d Eton (I, 273). — Sonnet : Triste^loin de Vamie (I, 227). — Le lon^ de cette verte (I, 246). — Laissez-moi (1, 248). — Sonnet :Insemi, quai-je fait ? (I, 249).

Les poésies non recueillies dans les Poésies complètes de Sainte-Beufa sont les suivantes :

IV. L'enfance d'Adèle. — V. Trop longtemps de toi détachée. — IX. // tA ici toujours. — X. Elle me dit un jour, — XU. Nous sommes, mon anùi^

Hymi

Nonchalamment hier. — XXXI V. De Boussac, un matin, deux manants. -- XXXV. Ecouen. — XXX VIL Premier Septembre. Sorti pendant U jour. — XXXIX. Quoi! Cette jeune femme aux noces de Pavie, -—XL Ami y dans quel grand tourment.

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vre de haine, disait Alphonse Karr. Oui, mais si nte-Beuve le fit imprimer en haine de Victor Hugo, • il aurait dû penser qu'il allait couvrir à tout jamais ; honte celle qui, de son propre aveu, fût pendant huit is sa meilleure amie et qui, après le coup d'Etat, n'héta pas, pauvre hirondelle meurtrie, à revenir sous son it demander protection pour sa chère couvée (i). J'aidéjàparlédecette visitedeM"*® VictorHugo à Sainteeuve(2)et j'aidit les conséquences qu'elle eut au point î vue critique, dans la vie littéraire de Victor Hugo, ais ce que je n'ai pas dit et ce qu'il faut que l'on sache, est que durant l'Empire M™® Victor Hugo ne vint jamais Paris sansaller voir Sainte-Beuve, qu'il lui rendait cha- Qe fois ses visitesà son hôtel (2), qu'il la comblait de caeaux pour sa filleule (3), qu'elle le recevait publiquement sa table et que, lorsqu'il apprit la nouvelle de sa mort, n le vit passer une main rapide sur ses yeux mouillés. A quel sentiment a-t-il donc obéi en afûchant, comme Ta fait, les relations intimes qu'il prétend avoir eues avec le III a dit dansune note que j'ai citée touttàTheure que, 1 s'était décidé à assurer l'existence du Livre (T amour ^ îst parce qu'il avait été fait, de l'aveu des deux êtres

1) Mais Sainte-Beuve, par cela seul qu'il n'y a rien de plus commun en t gue l'adultère, n'y attachait aucune importance et ne comprenait pas tdignation qu'éprouvent tant de gens pour une simple omelette au lard, \ ses Cahiers t p. i33).

2) Cette visite eut lieu le lo juin i852. (Cf. Victor Hugo après i83o^ par mond Biré, p. 3a.) \

3) Elle descendait, rue du Pré-aux-Glercs, à l'hôtel Saint-Thomas d'Aquin. dernière fois qu'elle vint à Paris, ce fut au mois de juillet 18G8. Un mois

•es, le 27 août, elle mourait à Bruxelles.

4) On sait qii' Adèle Hujço s'éprit à Hauteville-House d'un officier de mac anglaise qui commandait le stationnaire de Guerncsey, qu'elle l'épousa lire la volonté de son père et qu'après l'avoir suivi aux Indes, où il mou- ,, elle revint en France en 1872, la raison tellement troublée qu'on dut ifermer dans une maison de santé où elle est encore. — M. Jules Troubat isède un très joli crayon de M™e Victor Hugo représentant Adèle au lit, tdaht une maladie qui faillit l'emporter à l'â^e de six ou sept ans. Ce lyon fut donué par M™« Victor Hugo à Sainte-Beuve.

yO SAINTE-BEUVE

intéressés, pour consacrer le souvenir de leur lien. Al cela je répondrai qu'il était inutile de nommer en touteai lettres celle qui fut sa Muse, et avec elle sa fille Léopoldine (i), et qu'il n'avait pas besoin de se vanter d'être le père de la petite Adèle (2). C'est en cela qu'il a fait œuvre de haine et qu'il s'est déshonoré à tout jamais aux yeux des honnêtes gens.

Certes, je comprends qu'un poète à qui l'amour f fait jeter de beaux cris — et il y en a de très beaux daoi le livre de Sainte-Beuve — prenne ses dispositions poui qu'ils lui survivent. Mais à quoi bon nommer sa Dame^ Est-ce que les poètes de laPléiadc, pour ne pas remonter jusque dans l'antiquité, ont dit quelle était leur Cassandre, leur Amalthée, leur Francine ou leur Olive? Non, ils ont laissé à la postérité le soin de la chercher et de la découvrir, et, loin d'y perdre en intérêt, leurs poèmes n'ont fait qu'y gagner.

(1) Celte Lôopoldine est fille des Gësars :

Elle attirei^ elle impose; elle est fière, elle est belle; Mais c'est Lui, surtout Lui, que sa lèvre rappelle; (^e dédain, à demi sous la ejrâce aiguisé, Dit assez Tapre veine où son sans: fut puisé.

(2) Or toi, venue après, et quand pâlit la flamme, Quand ta mère à son tour, déployant sa belle âme, Tempérait dans son sein les fureurs du lion, Quand moi-méme.apparu sur un vague rayon, (Jomme un astre plus doux aux heures avancées, Je nap^cais chaque soir en ses tièdes pensées, O toi, venue alors, Enfant, — toi, je te voi Pure et tenant pourtant quelque chose de moi I

Enfant, mon lendemain, mon aube à l'horizon, Toi, ma seule famille et toute ma maison, C'est bonheur désormais et devoir de te suivre : Elle manquant, hélas! pour toi j'aurais à vivre. Pour ta dot de quinze ans j'ai déjà de côté L'éparp^ne du travail et de la pauvreté; Je l'accroîtrai, j'espère... O lointaines promesses!

{22 août 1882. ) (Le Livre d'amour, XVL — A la petite Adèle.)

KT M»"« VICTOR nUGO 7 I

Sainte-Beuve, qui les connaissait bien, puisque c'est i qui les réhabilita et les remit en honneur, aurait dû ivre leur exemple : son Livre (Tamoiir n'en serait plus ou moins admiré, dans les parties qui sont vraient belles ; l'histoire n'aurait pas à lui reprocher d'aûr compromis, par un sentiment de haine et de vanité ut ensemble, son renom de galant homme, — et Victor ugo — à qui l'article d'Alphonse Karr avait mis la lêpe à l'oreille, et qui toute sa vie fut tenu en éveil ir l'éventualité de cette odieuse publication — Victor ugo ne s'en serait pas vengé d'avance en décochant mtre son ancien thuriféraire cette flèche terrible trouve, dans ses papiers avec la mention suivante : k Ne iiblier ceci que si le libelle paraît;]autrement, faire grâce cette vilaine ombre. »

Que dit-on? on m'anaonce un libelle posthume

De toi ? C'est bien. Ta fange est faite d'amertume ;

Rien de toi ne m'étonne, ô fourbe tortueux.

Je n'ai point oublié ton regard monstrueux,

Le jour où je te mis hors de chez moi, vil drôle,

Et que sur l'escalier te poussant par l'épaule,

Je te dis : « N'entrez plus, monsieur, dans ma maison I

Je vis luire en tes yeux toute ta trahison.

J'aperçus ta fureur dans ta peur, ô coupable,

Et je compris de quoi pouvait être capable

Ta lâcheté changée en haine, le dégoût

Qu'a d'elle-même une âme où s'amasse un égout

Et ce que méditait ta laideur dédaignée !

Car on pressent la toile en voyant l'araignée !

D'aucuns diront peut-être que ces vers, qui font son-

r au fer rouge des ChdtimentSy et l'incident d'ordre

^mestique qu'ils relatent^ sont de nature à authentiquer

que Sainte-Beuve a divulgué de ses relations intimes

avec Adèle. Moi, je réserve mon sentiment, car la ma-] tière est extrêmement délicate, et, pour le dire tout hao je voudrais entendre une autre cloche que celle que noi avons entendue jusqu'ici. Je sais bien qu'il y a leslet^J très de Victor Hugo à Sainte-Beuve qui sont déjà pa | blement éloquentes, mais si elles ont le tort grave < faire naître le soupçon, elles n'apportent pas la preuvc| désirée, attendue. Cette preuve matérielle, il n'y a qu'un document qui fût capable de la fournir, c'était correspondance d'Adèle avec Sainte-Beuve : or, elle a él malheureusement détruite. Je dis malheureusement, parc que je crains que cette destruction ne soit allée à Teii contre du but que se proposèrent ceux qui en prirent responsabilité.

M. Jules Troubat m'écrivait un jour à ce sujet: « Mon cher confrère et ami,

(( Peu de temps avant sa mort, Sainte-Beuve dit à » son ami Paul Chéron, de la Bibliothèque Nationale :« y a là-haut deux coffrets (i) qui vous seront remis api ma mort; ils renferment les lettres de Madame X...V les conserverez pour défendre ma mémoire au be» je vous les donne, parce que vous possédez une maii de campagne à Sannois, où il n'y a pas de danig^er d'êl bousculé, comme à Paris, par les nouveaux percem de boulevards... » — L'événement, continue M. Jui Troubat, voulut que la maison de campagne de Ghéi à Sannois (2) fût occupée et dévastée par les Allemani et que les coffrets en question fussent restés dans \ logement de Paris, rue de Chabrpl. A la mort de Sainte

(i) En 1843, dans son testament, Sainte-Beuve disait à Juste Olivier qi trouverait une petite cassette de bois jaune A?n fermant un paquet de Ictti cachetées et autres pièces qu'il pourrait ou détruire, ou garder soigneQfc-| ment eu s'assurant que le secret absolu de ces papiers serait gardé.

(a) Il y est mort eu i8Si.

BT Mme VICTOR HUGO «78

leuve, les scellés furent apposés sur sa maison par des ens qui visaient le testament, mais les coffrets susdits iirent distraits de Tapposilion des scellés, comme n'inéressant ni l'actif, ni le passif de la succession, et mis n possession de Chéron par M. Benott-Champy, dans on cabinet du Palais de Justice, qui rendit à ce sujet m référé... On m'a dit ces temps derniers que les letres de Madame X... avaient été brûlées parle fils de Hhéron, qui avait convoqué à cet effet M. M... (i) . »

J'ignore à quelles raisons céda le principal auteur de cet acte regrettable, et, bien que je m'en doute, je ne me permettrai pas de les discuter. Je dirai seulement qu'il y avait peut-être un autre moyen de sauvegarder l'intérêt de la noble mémoire qui était en cause, tout en respectant les dernières volontés de Sainte-Beuve. Si M. Paul Chéron avait pu prévoir cet autodafé, je suis convaincu <ni'il aurait donné en mourant la correspondance de

[me Victor Hugo à la Bibliothèque Nationale, comme il

avait donné, deux ans auparavant, l'exemplaire du

(^ivre d'amour annoté par Sainte-Beuve. C'est, à mon avis,

que son fils aurait dû faire, s'il avait des scrupules ou

cette correspondance l'embarrassait. Il aurait même pu iciettre cette condition à ce legs, que ladite correspon-

ince ne serait ouverte que dans cinquante ou cent ans. cette époque, ce qui nous passionne, nous autres émoins, n'aura plus guère pour nos petits-neveux qu'un totérêt de pure curiosité, et je ne vois que Thistoire litëraire, avec ses yeux tout autour delà tête, qui se préoccupera de savoir si Sainte-Beuve a dit ou non la vérité lans le Livre d'amour. A défaut des preuves matérieles, — et qui sait si elles sont toutes détruites ! — elle

(i) Ici il y avait des noms que je ne puis citer.

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se rabattra certainement sur les preuves morales. Et j'entends déjà la discussion qui sera soulevée dans les deux camps. Les partisans de Victor Hugo s'étonneront avec quelque raison, d'ailleurs, que l'héroïne du Livn d'amour qui ne cessa jusqu'à sa mort d'entretenir des relations d'amitié avec son auteur, ne lui ait pas réclamé ses lettres, si elles étaient de nature à confirmer les déclarations de Sainte-Beuve.

Et les partisans de celui-ci ne manqueront pas de difl que, si on les a jetées au feu, c'est qu'elles étaient compromettantes.

Qui vivra verra !

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