‹ Etudes d'histoire romantiqueChapitre 3 sur 43 · ET LES FEMMES · texte numérisé non relu

ET LES FEMMES

et son roman, trop court, hélas! avec Ondine Valmore. Si Tamour dont il attendait le bonheur lui procura de grandes joies, il lui causa aussi de grands chagrins. On a prétendu qu'il était impuissant, en s'autorisant d'un passage de son roman de Volupté où il donne à entendre que, pour entrer en jouissance de ses facultés viriles, il avait dû recourir, étant jeune, au bistouri du chirurgien. Mais la chose n'est rien moins que prouvée, je dirai même que je la crois fausse ; en tout cas, qu'il ait subi ou non l'opération dont il s'agit, il appert de tous les documents que j'ai eus sous les yeux qu'il était d'une puissance rare par le désir et qu'il souffrait énormément quand il ne pouvait pas le satisfaire. Au demeurant, il aurait eu grand tort de se plaindre et plus encore d'être jaloux, car, tout laid qu'il était, il eut auprès des femmes des succès qui seraient inexplicables, s'il n'était acquis que, depuis le commencement du monde, la femme s'est presque toujours laissé prendre au miel des belles paroles. Il n'y a pas que Chateaubriand qui ait été un enchanteur. Sainte-Beuve en fut un autre, quoique avec des moyens différents et des conquêtes moins nombreuses aussi. On sait comment le premier agissait sur la femme : c'était principalement par la mélancolie — et sa mélancolie lui venait de ce que la Sylphide (entendez par là toutes les muses vivantes qui l'inspirèrent) était incapable de lui remplir le cœur !. . .

Sainte-Beuve avait, lui aussi, un grand fonds de tristesse ; s'il lui venait d'abord, comme il l'a dit, des mau-

SAlNTE-liKUVE

vaises conditions dans lesquelles il avait reçu le jour, il lui venait surtout de son insatiable curiosité qui, à trentecinq ans, l'avait fait douter des choses les plus saintes. Mais on pense bien que ce n'est point par le doute qu'il agissait sur la femme, car la femme qui croit ne veut pas qu'on discute ses croyances ; non, c'est plutôt, comme Ta dit quelqu'un qui, sur ce point, l'a parfaitement compris, « par l'art qu'il mettait à relever à ses yeux la femme qui glisse, à lui voiler sa faute, à lui ennoblir sa faiblesse (i). » Et le Clou d'or nous crie, en effet, qu'il déploya toutes ses qualités de tentateur dans le long siège qu'il livra inutilement à la vertu de M'"^ d'Arbouville.

Cependant, il ne faudrait pas s'imaginer que Sainte- Beuve s'attaquât à toutes les femmes. Il n'en désira, en somme, que quelques-unes et ne rechercha ou ne cultiva les autres que pour leur charme particulier, pour leur beauté, pour leur esprit ou pour leurs aventures galantes. Mais, comme il était très voluptueux et très curieux de son naturel, il trouvait surtout du plaisir dans la société de celles qui avaient eu ou qui avaient encore une intrigue dans leur vie. On devine aisément pourquoi. S'il montra tant de goût, par exemple, pour M°^® Hortense Allart de Méritens, qu'il appelait « femme à la Staël », ce n'était pas, croyez-le bien, parce qu'elle lisait Cicéron en latin et qu'elle en parlait à merveille (i),mais uniquement parce

(i) Pons : Sainte-Beuve et ses inconnues, p. 66.

(2) Correspondance inédite de Sainte-Beuve avec 31. et M^* Juste Olivier, lettre du 3 mars 1849.

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