‹ Etudes d'hygiène publique. v.2, 1888 (volume 2)Chapitre 11 sur 20 · N CO · texte numérisé non relu

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échapper à la rougeole, ce qui n'est ni certain, ni vraisemblable, il est préférable de Tavoir à un âge où elle guérit presque toujours, qu'à un âge où elle tue souvent.

Elle tue souvent dans la première enfance, comme nous venons de le voir. En se rappelant la fréquence des affections qui souvent la compliquent, et notamment de la broncho-pneumonie, le faible degré de résistance des petits malades, Tinfluence des conditions sociales, etc., on arriverait aisément à s'expliquer un pareil mode de terminaison. Mais, pour l'instant, l'explication importe peu ; ce qui nous intéresse, c'est le fait brutal, tel que le montre la statistique, tel que tous les médecins d'enfants le connaissent. Il faut donc en tenir compte dans la prophylaxie, protéger tout le monde sans doute, mais protéger avec une sollicitude particulière les jeunes enfants contre une des maladies les plus graves qui puissent les frapper.

Le tableau que nous venons de tracer présente des couleurs singulièrement sombres ; mais il suffit le plus souvent de regarder bien en face une difficulté pour trouver les moyens de la tourner, de signaler un mal tel qu'il est sans timidité, pour pouvoir y apporter un remède. Des mesures d'hygiène publique peu dispendieuses, par conséquent faciles à prendre, diminueraient certainement très vite le nombre des cas de rougeole à Paris et, par contre-coup, le chiffre de la mortalité produite par cette cause.

Pour les enfants soignés dans leur famille, nous ne pou-

vons guère que faire disparaître les mauvaises conditions qui tiennent à Tignorance. Celles qui résultent de la négligence, et de la mauvaise volonté sont pour le moment au-dessus de notre atteinte.

Il serait bon, je croisade vulgariser, par tous les moyens dont nous disposons, les connaissances actuellement acquises sur l'époque où la contagion peut avoir lieu, sur la nécessité de l'isolement des malades, sur la gravité de la rougeole chez les jeunes enfants. Ne pourrait-on pas en même temps, quand un cas s'est développé dans une école, demander au médecin inspecteur de faire des visites spéciales, de tenir en surveillance les enfants qui présentent des symptômes de catarrhe oculo-nasal, ressemblant plus ou moins à ceux de la période d'invasion. A ce propos, je me permettrai de signaler un desideratum : rinspection sanitaire est organisée pour les écoles publiques. Combien y a-t-il d'écoles libres dans Paris? Quel nombre d'enfants reçoivent-elles? C'est ce que je ne saurais dire. Ces écoles ne sont, que je sache, inspectées par personne au point de vue médical. L'Administration n'est renseignée sur l'état sanitaire d'aucune d'elles en temps ordinaire ; il faut, pour qu'on puisse s'émouvoir, qu'une épidémie vienne à sévir. Ces écoles sont-elles donc plus salubres et mieux protégées contre les'maladies contagieuses que les écoles publiques ? Nous craignons qu'il en soit autrement.

Revenons à l'hôpital. Je préfère prendre mes exemples dans ce milieu, parce que c'est celui que je connais le mieux, parce que c'est le plus dangereux, parce que c'est celui où la prophylaxie est probablement la plus facile. Et l'on peut dire qu'ici le dernier mot de la prophylaxie,

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c'est risolement. On ne saurait trop y revenir, le répéter sur tous les tons et s'en servir comme d'une machine de guerre pour battre en broche les habitudes administratives essentiellement conservatrices lorsqu'il s'agit d'abus.

A une même heure, deux cents malades peuvent se trouver réunis dans un local donné. Le bon sens voudrait que ce local fût isolé, loin des salles ordinaires, desservi par un personnel spécial, que ce fût pour ainsi dire un lazaret. Aux Enfants-Malades, c'est le rez-de-chaussée d'un corps de bâtiment dont le premier et le second étage sont occupés par l'économe, le pharmacien en chef, les employés de l'administration et leur famille. Une porte de la salle de consultation s'ouvre sur leur escalier. C'est là un procédé d'isolement si primitif, qu'il n'y a pas d'année où l'on ne puisse voir, dans cette partie de l'hôpital, des rougeoles ou des diphtéries.

Ne vaudrait-il pas mieux recevoir dans une salle, un pavillon isolé, les enfants qui viennent du dehors. Je crois que cela ne fait de doute pour personne. Il n'est pas plus douteux que ce ne soit une bonne précaution de ne point les recevoir tous ensemble, et de ne point exposer ceux qui viennent pour une maladie non contagieuse, à commencer leur traitement par une diphtérie, une rougeole ou une coqueluche. Que faudrait-il donc pour cela ? deux ou trois salles particulières, un interne chargé de surveiller les entrées, d'envoyer soit dans les pavillons d'isolement de l'hôpital, soit dans les salles d'attente en question les enfants atteints ou soupçonnés de maladies contagieuses.

Pour le reste, on n'a qu'à appliquer aux deux hôpitaux d'enfants la mesure récemment prise à l'hospice des Enfants-Assistés : faire construire des pavillons d'isolé-

ment pour la rougeole, comme il y en a pour la diphtérie ; établir une discipline sévère dans le personnel, de telle sorte qu'il sente bien que Tisolement est une mesure absolument nécessaire et non un simple moyen de donner satisfaction à Topinion publique.

Permettez-moi d'espérer, monsieur le Préfet, que vous voudrez bien prendre en considération les réflexions que je viens de vous soumettre. Le Conseil qui, grâce à votre initiative, a pu rendre dans plusieurs circonstances de si grands services à la santé publique, n'hésitera pas, j'en ai la conviction, à combattre de nouveau les préjugés et Pignorance, en publiant pour la rougeole une instruction semblable à celles qu'il a déjà publiées pour d'autres maladies contagieuses (1).

(1) Dans la séance du 18 juillet 1884, le Conseil a chargé une Cornmission composée de MM. Arm. Gautier, Lagneau et Auguste Ollivier, rapporteur, de rédiger, sur les précautions à prendre contre la rougeole, l'instruction suivante qui a été adoptée dans la séance du 30 janvier 1885.

CONSIDÉRATIONS GÉNSBALES.

La rougeole est une maladie essentiellement contagieuse.

Elle Test surtout dans les quelques jours qui précèdent l'éruption, alors que l'enfant a les yeux rouges et larmoyants, qu'il tousse et est enchifrené. Ce fait explique la facilité avec laquelle cette maladie se propage dans toutes les agglomérations d'enfants : asiles, écoles, pensions, églises, jardins publics, etc.

On ne connaît jusqu'à ce jour aucun moyen de prévenir sûrement la rougeole.

C'est une erreur de croire qu'elle est salutaire et toujours bénigne.

MESURES DE PRESERVATION.

!• Le seul mode de préservation efficace est l'isolement complet des enfants malades ou, ce qui est encore préférable, l'éloignement des enfants bien portants.

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Cet éloignement est indispensable pour les enfants de moins de cinq ans, parce que chez eux la maladie est ordinairement plus grave.

Il devra duier au moins trois semaines à partir du moment où l'éruption a été constatée.

20 Avant de laisser rentrer les enfants bien portants, on devra procéder à la désinfection de la chambre du malade.

A cet effet, après avoir fermé toutes les ouvertures, on placera sur un lit de sable une quantité de fleur de soufre proportionnelle à la capacité de la pièce (20 grammes par mètre cube). On versera sur ce soufre une petite quantité d'alcool que l'on enflammera avant de sortir dé la chambre.

Les matelas seront ouverts et laissés dans la chambre pendant la fumigation.

Les vêtements, linges, draps et couvertures ayant servi au malade seront désinfectés à l'aide d'une solution contenant^ par litre d'eau, 50 grammes de chlorure de zinc ou de sulfate de cuivre.

3° Avant d'envoyer de nouveau à l'école les enfants qui ont eu la rougeole, il faudra laisser écouler un intervalle d'au moins trois semaines, à partir du début de Téruption ; mais il sera nécessaire de leur faire prendre auparavant un bain savonneux, ce qui ne peut avoir lieu que si le catarrhe bronchique a tout à fait disparu.

Nota, — A Paris, les familles qui désirent faire soigner leurs enfants à l'hôpital doivent — dans l'intérêt du malade et pour éviter toute propagation de la maladie par les voitures publiques — s'adresser au poste central de police de leur arrondissement ou au commissariat de police de leur quartier ; il sera mis gratuitement à leur disposition, sur le vu d'un certificat de médecin, une voiture pour le transport.

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