HYGIÈNE PUBLIQUE. II
50 ÉTUDES d'hygiéxe publique
tive pour Thôpital, les lois actuellement existantes ne nous fournissent pas la même ressource pour la ville. Les maladies contagieuses peuvent se communiquer dans bien des conditions; nous avons signalé ailleurs le danger des visites à un diphtéri tique, à unrubéoleux, etc. ; nous avons dit que nous n'avions qu*un seul moyen pour obvier à tout cela : éclairer la population par des instructions. Le Conseil est entré dans ces idées, de telle sorte que je ne crois pas qu'il y ait autre chose à faire en ce sens que de donner la plus grande publicité possible aux documents rédigés sous son inspiration.
Mais les épidémies naissent autre part ; la contamination ne se fait pas toujours à la maison ; elle se fait souvent dans les milieux où un grand nombre d'enfants sont réunis, surtout quand ces enfants sont amenés, parce qu'ils sont déjà malades. On ne pratique plus aujourd'hui exclusivement à l'hôpital la médecine infantile gratuite. La charité privée fait une louable concurrence à la charité publique. On soigne des enfants aux consultations des dispensaires des bureaux de bienfaisance, dans les dispensaires particuliers, dont les consultations ont une importance parfois égale à celle de nos hôpitaux. Les uns et les autres présentent avec ceux-ci le privilège de contribuer à la diffusion des épidémies en ville. On peut les rendre inoffensifs sans grands frais. Que faut-il pour cela ? Une salle de sélection comme celle que je demande pour la consultation hospitalière. Il ne se présente guère, dans ces dispensaires, d'enfants atteints de diphtérie, de rougeole, de scarlatine; si l'une ou l'autre de ces maladies estsoupQonnée, il faut interdire la salle commune de consultationau petit malade, et, si la famille n'a pas de ressour-
MALADIES CONTAGIEUSES CHEZ LES ENFANTS 5l
ces, le diriger sur l'hôpital le plus proche. Pour les coquelucheux, il faut une salle spéciale ; ces enfants marchent, peuvent aller à la consultation d'un dispensaire ; souvent môme, le traitement se fait ainsi dans de meilleures conditions qu'à l'hôpital ; Timportant, c'est qu'ils ne donnent pas la coqueluche à leurs voisins ; on réussira à l'éviter par la précaution que j'ai indiquée.
Je sais bien que la contagion peut se faire dans d'autres milieux, les jardins publics, où les enfants jouent ensemble, les églises, les réunions de famille, les écoles; pour celles-ci, l'intervention du médecin-inspecteur est toutepuissante ; pour le reste, nous n'avons qu'un moyen: les Instructions,
L'idée est toujours la même : isolez, disons-nous ; soit, mais il faut avouer que la classe de la société qui peut nous obéir, pour ainsi dire à la lettre, n'est pas la plus nombreuse ; que l'ouvrier ou le petit employé, qui a quatre ou cinq enfants à sa charge, ne sait pas toujours immédiatement où il pourra les diriger pour qu'ils échappent à la diphtérie, à la scarlatine, etc., dont l'un d'eux est atteint.
Nous lui conseillons, habituellement, d'envoyer le malade à l'hôpital ; mais s'il refuse, nous n'avons pas le droit de le blâmer, car la cause du refus est un sentiment essentiellement respectable, même lorsqu'il n'est pas éclairé. Le moyen, je lai déjà indiqué ailleurs (1). Les personnes qui veulent avec le plus d'énergie garder leur enfant malade, se sépareront sans hésitation de leurs enfants
{{) De la 2>TO!pogat'wn de la diphtérie à Pari8. Bapport adressé à M. le Préfet de police le 18 février 1884 ; Études d'hygiène publique, 1886,p. 37, et Union médicale^ 1887, t. I, p. 127.
en bonne santé. Espérons que les administrations et la charité privée rivaliseront de zèle pour la création d'asi/es destinés à ces enfants, et où ils seront placés tant qu'il y aura danger de contagion dans leurs familles.
Je n'ai pas besoin de revenir sur la nécessité de voitures spéciales pour le transport à l'hôpital, ni sur la désinfection des appartements dans lesquels un cas de maladie contagieuse s'est déclaré. Si ces mesures ne sont pas toujours appliquées comme on le désirerait, ce n'est certes pas la faute de l'Administration préfectorale, qui ne néglige rien pour qu'elles le soient.
J'ai montré une partie des conditions qui favorisent aujourd'hui la diffusion des maladies contagieuses dans la population infantile de Paris. Je ne me dissimule pas qu'avec les meilleures intentions, l'application la plus judicieuse des ressources dont on peut disposer actuellement, on n'arrivera point à atteindre le parfait. Ne réussirions-nous qu'à diminuer un peu le chiffre annuel de la mortalité, ce serait un résultat que nous ne devons pas dédaigner. C'est pourquoi j'ai soumis à l'approbation du Conseil un certain nombre de mesures, dont l'urgence m'a paru frappante. J'espère qu'il voudra bien les discuter, les modifier s'il le croit nécessaire, ou, dans le cas contraire, leur donner son approbation et émettre en leur faveur un vœu, auquel son autorité donnera certainement une grande importance aux yeux des pouvoirs publics (1).
(1) Mon travail était terminé 'lorsque j'ai eu connaissance d'un troisième rapport de M. le docteur Chautemps. Ce rapport, plus important que les précédents, prouve de quelle vive sollicitude son auteur est animé pour tout ce qui touche aux questions d*hygiène hospitalière. Le savant rapporteur montre une connaissance parfaite de la situation actuelle de nos hôpitaux, des modifications que réclament impérieusement Thuma-
Après discussion de ce rapport, le Conseil a donné son approbation dans la séance du 10 juin 1887, aux mesures suivan tes qu'il me paraît urgent de prendre dans le but de prévenir, chez les enfants, la diffusion de la diphtérie, de la rougeole, de la scarlatine et de la coqueluche.
A. — Mesures à prendre dans les hôpitaux.
1° La sélection des sujets atteints de ces quatre maladies contagieuses, dès leur arrivée à la consultation, par un interne ou un médecin chargé exclusivement de ce service.
2o L'isolement des cas suspects dans un bâtiment spécial et dans des chambres séparées.
3° L'isolement absolu des cas confirmés dans des pavillons spéciaux.
4<> Le local de la consultation sera isolé des autres bâtiments.
B. — Mesures à prendre en inlle.
1^ L^application aux consultations des dispensaires privés et à celles des bureaux de bienfaisance des mesures réclamées pour les hôpitaux.
2o Le transport à l'hôpital, aussi souvent qu'il sera possible, des sujets atteints de maladies contagieuses.
3*» La création d'asiles où les parents qui tiennent absolument à soigner chez eux leurs enfants malades enverront leurs enfants bien portants, et où ceux-ci resteront tant qu'il y aura danger de contagion dans leurs familles.
nité et la science. Certaines de ses conclusions diffèrent des nôtres. Quoi qu'il en soit, nous serions heureux que les principes sur lesquels repose l'ensemble des deux rapports fussent définitivement adoptés. Je suis persuadé que, malgré les divergences de détails, l'entente serait vite établie, et qu'on arriverait en fort peu de temps à faire disparaître un état de choses préjudiciable, à tous les points de vue, aux intérêts de la Ville, et même de la société.