‹ Études d'institutions romainesChapitre 16 sur 87 · RÉPARTITION DES « XOVI CIVES · texte numérisé non relu

RÉPARTITION DES « XOVI CIVES

nous avons signalées, je crois que l'on peut sans grande témérité affirmer que les «oy<'cù)e6-ontétérépartisenlre les trente et une tribus rurales, et qu'aucune portion de celles-ci n'a été exclusivement réservée aux cives veieres. Il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir les noms des tribus qui ne figurent pas dans noire liste comme ayant reçu des novi cives, colons ou municipes. Les voici: Arniensis, Lemonia, Menenia, Pupinia, Romilia, Sabatina, Voltinia, Voturia. On voit qu'il y en avait six d'anciennes et deux de nouvelles. Si on avait voulu favoriser. les cives veieres, on leur aurait évidemment réservé les tribus les plus anciennes qui étaient d'ailleurs tout indiquées : les dix-sept premières portant le nom de génies, patriciennes (1).

Les hommes d'État romains auraient pu avoir la pensée de renfermer les novi cives dans la minorité des tribus, s'ils avaient pu redouter qu'ils eussent la majorité. Mais ce danger n'existait pas, car on sait que la création des colonies et l'incorporation des municipes ne se sont pas opérées d'un seul coup, mais à la longue, dans une période de plusieurs siècles ; de telle sorte que, lorsque les derniers cives novi sont entrés dans la cité, il y avait longtemps que leurs prédécesseurs étaient confondus avec les anciens citoyens (i).

Cette préoccupation à l'égard des novi cives n'est venue aux Romains qu'à une seule époque de leur histoire, au moment où il a fallu répartir, dans les tribus, les italiques qui avaient reçu le droit de cité à la suite de la guerre sociale. Il s'agissait, en effet, ici, d'un accroissement sans précédent. Un en jugera par ces chiffres :

En 039, le recensement accuse 394.336 citoyens romains, 473.000 en 668, et 900.000 en 684, après l'adjonction complète des novi cives (2).

Répartir également dans toutes les tribus ces citoyens plus nombreux que les anciens, ces alliés, qui la veille encore

(1) Sauf la Clustumina.

(2) Borghesi, Œuvres, 4, p. 9, avec la note de Mommsen ; de Boor, Fasfi censorii (Berlin, 1873), p. 22-20.

faisaient échec aux armées romaines, c'était leur donner la majorité dans les assemblées tributes et par conséquent remettre le gouvernement de Rome entre leurs mains. Comment allait-on sortir de ce pas difficile ? On hésita quelque temps et finalement on s'arrêta à une mesure fort sage. On distingua entre les socii fidèles et ennemis ; à l'égard des premiers on suivit l'ancienne politique et l'on en adopta une nouvelle à l'égard des derniers. Les travaux de MM. Beloch et Kubitschek nous montrent les socii de la première catégorie dans les trente et une tribus rurales et ceux de la seconde dans huit seulement : Arniensis, Clustumina, Fabia, Falerina, Galeria, Poniplina, Sergia, Voltinia (I).

Cette fois, il est bien prouvé que les Romains, en vertu d'un plan arrêté d'avance, ont relégué les novi cives dans la minorité des tribus ; mais cela n'est arrivé qu'une seule fois, parce que jamais auparavant ils n'avaient été placés dans la même situation.

Quelle était donc la règle suivie avant la guerre Marsique, relativement à l'inscription des novi cives dans les tribus? Tirait-on la tribu au sort comme cela s'est fait pour les huit tribus des socii appartenant à la catégorie des hostes? 11 est difficile de le croire car d'après les tableaux dressés par MM. Beloch et Kubitschek, la colonie ou le municipe est ordinairement assigné à la tribu voisine et nous ne pouvons admettre que le hasard ait été assez intelligent pour amener ce résultat.

Mais, à cette règle, il y a eu un certain nombre d'exceptions. Nous rappellerons notamment que les municipes de Formies et de Fundi ont été assignés à la tribu AemiUa, celui d'Arpinum à la Cornelia ; que les colonies de Minturnes et de Sinuesse ont été inscrites dans la Terentina et non dans la Fale-

(1) Beloch croit que ces huit tribus ont été désigxiées par le sort . On y trouve en elfel la dernière (Arniensis) et la seconde (Voltinia) dans l'ordo tribuum. S'il en est ainsi, et cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable, cela prouve que l'équilibre entre les tribus a été définitivement rompu à cette époque.

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rina ou dans TOufenlina qui élaienl beaucoup plus voisines. Ces résultats ne peuvent s'expliquer ni avec le système de MM. Beloch et Kubitschek, ni avec celui du tirage au sorl. Il faut donc trouver autre chose.

Voici quelle est notre manière de voir :

Nous avons plus liaut émis celte conjecture, que toutes les tribus rurales étaient composées d'une façon analogue, qu'elles étaient sensiblement égales entre elles. Ni les auteurs, ni les monuments ne nous révèlent la moindre trace de distinction entre les dix-sept premières tribus et les quatorze autres; d'autre part celte égalité du nombre des tribu- /es se justifie et par l'égalilé des charges militaires et par l'égalilé des droits politiques des tribus. Dès lors, ne sommes-nous pas fondés à croire que l'unique préoccupation du gouvernement romain, quand il se trouvait en présence de nouveaux citoyens à inscrire dans les tribus, était de ne point rompre l'équihbre qui existait auparavant entre elles ?

Si cette manière de voir est, comme j'en ai la conviction, conforme à la vérité, il nous sera facile de comprendre et d'expliquer la méthode suivie par les Romains dans la répartition des novi cii'es entre les tribus.

Celte méthode était des plus simples. Le magistrat romain chargé du recensement commençait, lorsqu'il avait à classer de nouveaux citoyens, par étudier la liste des tribus. Étaientelles toutes au complet, c'est-à-dire à peu près égales, et le nombre des nouveaux citoyens était-il considérable, il décidait alors la création d'une nouvelle tribu destinée à les recevoir. Dans le cas contraire, il les inscrivait dans la tribu la moins peuplée.

On comprend ainsi pourquoi la colonie, le municipe, sont assignés tantôt à une tribu récente, tantôt à une tribu ancienne. On comprend encore mieux pourquoi telle ou telle cité n'est pas inscrite dans une tribu voisine, mais dans une tribu éloignée. Ainsi de Formies, Kundi, Arpinum, assignées à des tribus anciennes, c'est-à-dire placées tout près de Kome. Tel est encore le cas de Sinuesse et de Minturnes

attribuées à la Terentina et non à l'Oufentina ou à la Falerina beaucoup plus rapprochées d'elles. L'explication est dans les dates suivantes : Minturnes et Sinuesse ont été fondées en 4u8, la tribu Terentina en 455 ; l'Oufentina et la Falerina créées en 426 étaient probablement au complet et voilà pourquoi on a réservé nos deux colonies pour la nouvelle tribu.

§ 7. — De la configuration de la tribu.

Les résultats auxquels nous sommes arrivés, vont peut-être nous permettre d'apporter un peu de lumière sur un point resté encore fort obscur : je veux parler de la forme territoriale, de la configuration de la tribu.

On dit communément que la tribu est un district fermé (1).

On entend par là, je suppose, que toutes les portions du territoire qui forment la tribu sont contigûes, sans solution de continuité. Malheureusement, cette opinion ne s'appuie sur aucun texte et, d'autre part, tous les faits recueillis jusqu'à présent n'ont pu conduire aucun des savants qui les ont étudiés à reconstituer, dans toute son étendue et avec ses limites précises, une seule des trente et une tribus rurales (2).

On est parvenu, à grand peine, à indiquer le siège de quelques-unes d'entre elles, des quatorze plus récentes surtout et encore quelques-unes de ces solutions sont-elles contestées. Ce n'est donc pas certainement dans ces documents qu'on a découvert le caractère continu de la tribu. Non, on y est parvenu par le raisonnement. On a dit : la tribu est une circonscription administrative et l'on en a conclu que son territoire était tout d'un tenant (3). Après 513, les tribus auraient

(1) Kubitschek, p. 74; Beloch, p. '28.

(2) Voy. R. de La Blanchùre, Terraciae, Paris, 1884, p. 193 et s.

(3) Kubitschek (p.24), en tire même cette conséquence, que les colonies ne faisaient partie jusque vers la (in du V« siècle d'aucune tribu. L'exemple d'Os-

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