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CHAPITRE PREMIER

SOUS l'empire

Ce chapitre se divise en deux parties : dans la première, nous rechercherons ce qu'est devenue l'ancienne classification des simples chevaliers et chevaliers equo puhlico ; dans la seconde, nous nous demanderons si de nouvelles catégories de chevaliers n'ont pas été créées dans celle période.

1. — De lancienne classification en équités et équités equo publico fou centuriarum)

Un fait qui frappe tout d'abord l'esprit de celui qui étudie ce sujet des chevaliers romains, c'est qu'il n'est plus jamais question, sous l'Empire, des centuries équestres (1). Pour peu qu'on y réfléchisse, celte disparition des centuries équestres est facile à expliquer.

Déjà une médication importante s'était produite antérieurement dans le rôle des chevaliers equo publico. A partir d'une certaine époque, qui parait fort éloignée (2), les cheva-

(1) On a prétenflu trouver des traces des centuries équestres dans deux textes, l'un de Denys d'Halicarnasse et l'autre d'Horace, c'est-à-dire chez deux contemporains d'Auguste. On n'en cite pas un troisième. Nous verrons d'ailleurs bientôt que ces deux passages n'ont pas le sens qu'on leur a attribué.

(2) D'après Becker (II, 1, p. 287) depuis la 2" guerre punique.

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liers ne forment plus la cavalerie romaine. En tout cas, il est certain qu'au dernier siècle de la République, les chevaliers ne servent plus comme simples soldats. Mais tout en perdant son ancien caractère militaire, ce corps n'en subsista pas moins à cause de la situation privilégiée dont jouissaient les dix-huit centuries équestres dans les assemblées politiques. Avec l'Empire, les comices cessent ou vont cesser de fonctionner ; il n'y a pas de place pour eux dans la nouvelle Constitution, et dès lors les centuries équestres n'ayant plus de raison d'être devaient fatalement disparaître.

Il y a plus : on serait tenté de croire que l'institution ellemême des chevaliers equo publico, dépouillée de ses attributions militaires et politiques pour lesquelles elle avait été créée, va sombrer à l'avènement du nouveau régime. Il n'en fut rien cependant, ainsi qu'on va le voir bientôt et, une fois de plus, l'histoire de Rome nous offre l'exemple d'une institution survivant aux causes qui lui ont donné naissance (i).

Si Ton se contentait de lire les écrivains de la période impériale, on aurait quelque peine à y découvrir la preuve de l'existence des chexaliers equo publico. En effet, cette expression n'est jamais employée ni par Tacite, ni par Velleius Paterculus ; à peine y est-il fait allusion par Suétone (2). Elle est encore rare chez les poètes^ Ovide (3), Martial (4). On la rencontre trois fois dans les recueils juridiques (5), jamais dans les auteurs grecs (G). En revanche, elle est fréquemment mentionnée dans les inscriptions.

(1) Dans mes Tnslitutions politii/ues, j'ai sitfiialé notamiriPiitli' maintien du triijunat du peuple après léfjalité îles deux ordres el celui des ina|;istraluies républicaines sous l'Empire.

(2) Calig. IG : Palam adeniplo e([UO. Aiuj. 38.

(3) Trist. 2, 89: Illo, i/ue»i dcderas^proetereuntis, (•i/uo.

, (4) Epig. 5, 2'Il : Aut meus antc omnes Codrus haberel equHin, ."), 3i1.

(5) Ulp. VII, 1. L. 2 l)i(j. -i, 4. Dosith. JJadriauisenl., G. Parloul ailleurs, equilcs simplement.

(6) C'est à tort que Ion a traduit ainsi (notamment Becker H, \, p. 289, note 594) les mots tô ri/oç, ot 'nrvtii; iv. to'j tHovç. Fronton (op. gr. 7 Appiano) y l'ait allusion, mais c'est plutôt ici une figure de rhétoriijue. Voy. IMilost. vila >:npli. Il, 10, 32 : tiraoïiv. [--i'jti-j.

Avant d'entrer dans l'étude de ces divers documents, il ne sera pas inutile, je pense de prendre acte de ces deux faits que nous venons d'établir : la disparition des centuries équestres et la persistance des équités equo publico.

Cette constatation faite, demandons-nous si ce premier résultat n'aurait pas exercé une certaine influence sur la constitution primitive de l'ordre équestre.

A la fin de la République, l'ordre équestre, on le sait, était composé des chevaliers equo publico formant les dix-huit centuries et des citoyens romains possédant le cens équestre. Les premiers, en nombre limité, étaient tous des jeunes gens depuis la réforme accomplie au temps de Scipion Emilien, au témoignage de Cicéron et qui avait eu pour eôet d'exclure les sewiores des centuries (i). La seconde classe au contraire comprenait un nombre illimité de personnes de tout âge, puisque la condition essentielle exigée pour en faire partie était la possession d'une certaine fortune.

Que va devenir cette distinction entre les deux catégories de chevaliers, lorsque ceux de la première auront cessé de faire partie des centuries? Les chevaliers equo publico, du moment ou les comices disparaissent, perdent le seul pri\'1" lège qui les distinguât encore des simples chevaliers. Que leur reste-t-il en effet ? Ce n'est assurément pas l'avantage de la solde équestre {aes équestre), car il est impossible d'admettre que cet argent leur ait été compté encore dans le dernier siècle de la République. Ce ne sont pas non plus les insignes, car l'anneau d'or, la seule marque de distinction qu'ils eussent jusqu'alors, appartient à tous les chevaliers indistinctement, de même que tous les chevaliers indistinctement jouissent du privilège que leur attribue la loi Roscia (687) de prendre place sur les quatorze premiers degrés du théâtre (2).

Que peut-il bien leur rester de leurs anciens privilèges? Je n'en vois guère qu'un : le droit de faire partie, ornés de tous

(1) C'est l'explication donnée par Madvig d'un passage de Cicéron [de rep, 4, 2). Elle a été universellement adoptée.

(2) Liv. epit. 99. Cic. Phil. 2, 18. Voy. infrà, chap. II, in fine,

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leurs insignes, du cortèf^e annuel {transvectio) dos Ides de juillet. Et encore est-il juste de faire remarquer que celte cérémonie n'existait pas ou tout au moins avait cessé d'exister à l'avènement d'Auguste qui la rétablit, s'il ne l'établit pas pour la première fois.

- J'arrive donc à cette conclusion que la transformation subie, au début de l'Empire, parle corps des chevaliers equo publico a exercé une sérieuse intluence sur l'ordre tout entier, puisqu'elle a eu pour résultat d'effacer la dernière distinction qui séparait les deux catégories de chevaliers dont il était composé.

' Faisons un pas de plus et demandons-nous maintenant si ces deux catégories ne se sont pas fondues en une seule. Telle serait, en effet la conclusion logique du raisonnement qui précède ; mais en fait d'institutions, la logique est loin d'être un argument sans réphque. Voyons donc si cette conclusion est confirmée ou démentie par les témoignages des auteurs et des monuments.

Ainsi que je l'ai déjà fait remarquer, les écrivains de notre période emploient fort rarement l'expression d'eqiiites equo publico et je ne connais aucun texte oii on l'oppose, comme sous la République, à celle d'équités. Le plus souvent les chevaliers sont désignés par le mot équités tout simplement (1). Mais il faut bien se garder d'attribuer désormais à ce mol le sens qu'il avait eu jusque là. Dans la plupart des cas où nous pouvons être renseignés sur sa signification, nous voyons qu'elle correspond à ce que l'on appelait auparavant équités equo publico . C'est ainsi, par exemple, que Suétone appelle les chevaliers romains servant d'escorte à Domitien pendant son consulat ; or il est incontestable que c'était là un office qui revenait de droit à l'élite des chevaliers (2).

(1) Suetoru!, Tacite, Martial, Strabon, Appieii, Dion Cassius, n'ont aussi qu'une seule expression pour désigner les chevaliers. 11 en est de même dos jurisconsultes.

(2) Suet. Dom, 14: ul ijuoties gereret consulatum, équités romani, quibxts sors ohtigixsct, trabeati, el cuin hasiis rnHilaribus praecedcreul euni.Claïui. 24, 15. Vesp. 9. Calig. l."). Galh. 10. Domit. 8. Tac. Ann. 3, *2; Iti, 17 ; hist. 1, 12, 58. Herodian. 7, 10. Dion. 01. 9,

Il en est de môme de Tacite; cet historien nous apprend notamment que Vequester ordo, à la mort de Germanicus, décida de porter l'image de ce prince à la procession annuelle des Ides de juillet (1). Or cet ordre équestre n'est formé évidemment que par les chevaliers que nous avons appelés equo publico. Tel est encore le sens restrictif qu'il faut attribuer à cette expression équités universi dans l'autobiographie d'Auguste (2).

Ceci est d'autant plus frappant que cette expression, ordre équestre, a changé de sens entre l'époque où vivait Cicéron et celle ou vivait Tite-Live. Cicéron appelle de ce nom les simples chevaliers, les publicains ; tandis que Tite-Live empruntant par anticipation le langage de son temps désigne ainsi les chevaliers egi<o /)?<6/ico (3). Le langage des historiens grecs, Plutarque, Appien, Dion Cassius, Herodien, Zonaras, est le même ; ils n'ont qu'une expression pour désigner les deux anciennes classes de chevaliers (4), tandis que, lorsqu'il y a une différence à indiquer entre les chevaliers, ils n'oublient jamais de l'exprimer comme on le verra bientôt.

Comment expliquer que des écrivains aient ainsi constamment employé ces mots « chevaliers, ordre équestre » pour désigner la catégorie des anciens chevaliers equo puhlicot De deux choses Tune : ou il faut accuser ces écrivains — el parmi eux Tacite dont la langue est pourtant si précise ordinairement — d'avoir, non pas une fois par hasard, mais en toute occasion, employé un langage inexact ou équivoque à l'égard des chevaliers romains ; ou bien reconnaître que ce langage

{V)Ann. 2, 83; equcsler ordo cuneum Gemtanici appellavifrjui juniorum dicehalur institmlque uli tunnae Idihus JuUis imaginem ejus sequerentur De même chez les auteurs grecs, Tordre équestre, tô riÀo;, ce sont les chevaliers des six turrnes.

(2) Mon. Ancyr : équités aulem romani unirersi primipem juventutis utrumque appellarere.

(8) La remarque en a déjà été faite par Becker et par M. Celot (I. p. 177) mais les aut-^urs n'ont pas dit pourquoi Tite-Live s'exprimait de la sorte.

(4) ot iiTTril;, ol ■/."/j.ovy.îjoi Ir-ilç ; dans les inscriptions grecques, le chevalier romaiu equo pubhco s'appelle tTTTri/.oç. Corp. insc. gr. 221)2. Nous verrons plus tard que tel est aussi le sens des mots : "J/oç, -i'/tx».

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