‹ Études d'institutions romainesChapitre 83 sur 87 · ANNIS XVI II · texte numérisé non relu

ANNIS XVI II

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M. Schmidt, cette inscription qui forme le doit être regardée comme étrangère à la au lieu de CASTcis on doit lire CASTUS.

Ces monuments, d'après Wiliuaiuis, fourniraient la preuve que les légionnaires pouvaient contracter des simulacres de mariage avec des citoyennes romaines d'où seraient nés des enfants ayant tous ou presque tous les avantages des justi filii.

« Le n" o, dit-il, prouve que l'origine du père ne passe pas aux enfants nés dans le camp ; les n"^ 1 et 4, appelés fîls de Gaïus et de Quintus, prouvent que ces enfants n'étaient pas bâtards, puisqu'ils sont inscrits dans la tribu Pollia. La troisième inscription se rapporte vraisemblablement au fils d'une fille qui ignorait le nom du père de son enfant ou qui n'a pu obtenir de lui qu'il fût reconnu (1). C. Steius Sabinianus et C. Jiilius Ponlius (n" 1) ainsi que C. M... Julianus et C. Julius Proculus (n" 2) sont frères utérins ; il est évident que ce cas devait être fréquent dans les camps (2). »

il faut savoir, pour comprendre ce raisonnement, que G. Wilmanns, à la suite de Mommsen, part de cette idée que les légionnaires ne pouvaient légalement se marier. Cette idée admise, il se demande comment les inscriptions précitées peuvent bien contenir la filiation d'enfants de légionnaires ainsi que l'indication de la tribu Pollia, deux choses incompatibles avec l'idée de la prohibition du mariage, puisque cette prohibition aurait pour résultat de n'attribuer aux légionnaires que des bâtards. Or, selon l'auteur, les bâtards n'ont point de filiation et de plus, ils sont nécessairement inscrits dans la tribu (^oUina. Et c'est ce qui l'amène à imaginer cette hypothèse du quasi-mariage qui aurait permis au légionnaire de s'unir à une citoyenne romaine et d'engendrer des enfants qui seraient regardés comme enfants légitimes sauf qu'ils n'auraient point hérité de Vorigo du père. Ils auraient tous pour origo le camp {castra) et on les reléguerait tous dans la même tribu, la PoUia.

On voit combien tout cela est fragile et erroné. J'ai démon-

(1) C'est là une erreur, car, ainsi que nous l'avons vu, la reconnaissance n'existait pas chez les Romains.

(2) Nous avons dit à la note précédente que le n» 2 était hors du débat.

tré ailleurs que le mariage était légalement permis aux lé- | gionnaires (1) ; dès lors l'hypothèse du quasi-mariage n'a plus aucune paison d'être. En outre, nous venons de voir que c'était une erreur de croire que tous les bâtards fussent inscrits dans la Collina ; c'est donc à tort que Wilmanns a conclu à la non-bâtardise des enfants mentionnés dans les monuments rapportés ci-dessus à raison de leur inscription dans la tribu Pollia ; ce fait ne prouve ni pour ni contre la bâtardise (2). J'avais donc raison de dire que celte conjecture du quasi-mariage ne reposait sur rien.

Quant aux inscriptions qui ont été apportées dans ce débat, elles ne soulèvent qu'une difficulté, très délicate, à la vérité, celle de savoir quels sont ces enfants nés castris et inscrits dans la tribu Pollia.

Nous venons de dire pour quels motifs il fallait rejeter l'opinion de Wilmanns qui voyait en eux des enfants quasi-legitimes. Faut-il croire, avec M. Mommsen (3), que ce sont nécessairement des bâtards nés des relations des soldats avec les femmes vivant autour du camp ? Je soupçonne que M. xMommsen ne s'est arrêté à cette explication que parce qu'il ne croyait pas à la possibilité du mariage des légionnaires; en parlant de cette idée il devait forcément aboutir à cette solution. Mais la conséquence n'est pas moins fausse que le point de départ . Je laisse de côté la contradiction dans laquelle tombe réminent auteur en soutenant d'une part que les enfants naturels sont inscrits dans la tribu Collina ou tout au moins dans une tribu urbaine et, d'autre part, que ces mêmes enfants peuvent être inscrits dans la Pollia. Je remarque d'abord que dans les inscriptions citées par Wilmanns, quatre de ces enfants (n°' 1. 3, 4 et 5), ont une filiation. Ce fait, je le reconnais, ne suffit pas pour prouver que ce ne sont pas des bâtards, surtout ici où le prénom du père ne diffère pas de celui du fils: ce procédé, nous l'avons vu, peut servir à cacher

(1) Voyez mon article sur le Mariage des soldats romains dans la Revue de Philologie, 1884, p. 113 sq. supra, p. 227.

(2 ) Rien ne démontre en effet que ce ne soient pas des enfants légitimes . (S) Ephern epiijr., IV, p. 155; V, p. 15.

l'irrégularité de la naissance (1). Mais, dans les inscriptions que je viens de ciler, il y a ceci de concluant, c'est que les enfants prennent le gentilicium du père, ce qui démontre péremptoirement que ce ne sont pas des bâtards.

C'est ainsi, par exemple, qu'au n° 5, Q. Domitius qui a pour origo le camp et pour tribu laPollia, est évidemment fils légitime de D. Domitius, dont il porte le genlilice et le cognomen Sardonicus. Je n'ignore pas la particularité de cette inscription, qui, ainsi que l'a fait observer Wilnianns, donne au fils une origo différente de celle du père : castra au lieu âe Alexandria. Mais, à mon sens, il ne faut pas attacher à ce fait une importance qu'il ne saurait avoir : Vorigo du père et de l'enfant est peut-être la même, c'est le camp, origine qui a pour conséquence l'inscription dans la tribu Pollia. En effet, selon la remarque fort judicieuse de M. Mommsen, il est bien probable que ces deux origines sont identiques : il s'agirait, d'après lui des castra Alexandrina eides castra Lambœsitana, ce qui est très acceptable. Do là, ce savant a tiré cette conclusion très importante, que les personnes quiavaient pour origo castra, c'est-à-dire ces sortes de communes embryonnnaires, appelées encore Canabœ, qui par la suite, devenaierit de véritables cités (:2), étaient toutes inscrites dans la tribu Pollia.

Ceci admis, la question que nous examinons n'en subsiste pas moins. 11 me reste, en effet, à dire quelles sont ces personnes originaires du camp et inscrites dans la tribu Pollia, puisque je n'adopte sur ce point ni l'opinion de Wilmanns, ni celle de M. Mommsen.

Représentons-nous les divers éléments de la population qui s'établissait dans ces sortes de bourgs formés autour des camps. C'étaient d'abord ceux qui vivaient du soldat, des commerçants, des boutiquiers de toute sorte, venus des environs,

(1) V. Huprà, p. 28(3.

(2) Sur les Cauaèt-e, voyez L. Renier, Itmcriplioiis de Troesrnis, Paris, 1865^ l'article très remarquable et très complet de M. Mommsen, Zf/t' voemischoi Lagersiaœcite (Hcrmcs, VII, p. 2'JJ-327j, ainsi que la dissertation déjà citée de G. Wilmans, La ville eu le camp de Lambùse.

et, par conséquent, étant donné la position des camps romains, des pérégrins pour la plupart. A côté et au-dessus de cette population civile, il y avait, comme l'a très bien montré M. Mommsen dans sa belle dissertation, la classe supérieure ccmiprenant les militaires en retraite déjà ou sur le point d'être renvoyés. Ce sont ces vétérans des légions ou des cohortes auxiliaires qui occupent les fonctions quasi-municipales des canabae qui n'ont pas encore été érigées en communes. On voit donc qu'après avoir quitté le service, ils se fixaient souvent à proximité du camp où ils avaient passé vingt ou vingtcinq années de leur vie.

Dans ce bourg, il se formait des unions diverses : des mariages ej^y^^re^en^mm entre pérégrins ou entre citoyens et pérégrines : les mariages romains (justse nuptias) devaient être plus rares ; enfin, il n'est pas douteux qu'il n'y eût de nombreuses unions irrégulières. Quelle était la condition des enfants qui naissaient de ces relations ?

Prenons quelques exemples. Voici un vétéran qui, après ses vingt-cinq ans de service dans une cohorte auxiliaire a reçu, en même temps que Vlionesta missio, son diplôme militaire. Dès lors, il devient citoyen romain, et s'il était marié avec une pérégrine, les enfants nés, pendant la durée du service, comme ceux qu'il aura parla suite, seront aussi citoyens (1).

Parfois, le même privilège était concédé aux enfants nés d'un soldat et d'une concubine (2).

Quelles seront l'or /^ro et la tribu de ces nouveaux citoyens?

Pour le père, il est très vraisemblable qu'il aura pour origine la cité où il est né, si c'est une cité romaine ; dans le cas contraire, je ne vois pas pourquoi il ne prendrait pas le camp, puisque c'est là où il est né à la vie romaine. Mais ce qui n'est qa'uneconjecture quand ils'agit du père devient une certitude relativement aux enfants, et j'entends par là ceux qui sont nés avant le congé, car les autres suivront plutôt Vorigo

(1) Le mariage des soldats, 121 sq.

(2) Cuvp. Insc, III, Dipl., LUI.

DES ENFANTS NES CASTRIS ol7

du père (1). Relativement à ceux-ci qui sont citoyens, il est impossible de leur donner Vorigo du père, qu'ils soient issus d'un mariage du droit des gens ou du concubinat : dans Tun et l'autre cas, ils ne suivent pas, comme nous le savons, la condition de leur père, ni par conséquent son origo. D'autre part, comme ils ne suivent pas non plus la condition de la mère, il est impossible de leur donner une origo autre que le camp. L'origine se confond ici avec le lieu de naissance.

A ces hypothèses nous pouvons ajouter les suivantes : un enfant né castris du mariage ex jure gentium contracté entre pérégrins, entre un citoyen et une périgrine, ou vice-versa, obtient le droit de cité en se faisant agréer comme recrue dans une légion ; on ne voit pas qu'il puisse avoir une autre origo que le camp. Il en serait de même si, au lieu d'être né d'un mariage du droit des gens, il était issu du concubinat .

Voilà quelles sont, à mon avis, les personnes que les inscriptions nous montrent comme étant nées castris; nous pouvons y joindre naturellement leurs descendants. J'arrive donc à cette conclusion que ces personnes ne sont pas nécessairement des bâtards; ce sont des iiovi cives, enfants légitimes ou naturels et leur postérité.

Ce que j'ai dit de Vorigo des enfants nés avant le congé

me paraît confirmé par l'inscription suivante (â) :

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