‹ Etudes d'oculistiqueChapitre 15 sur 38 · BLESSURE AVEC DÉCHIRURE DE LA CONJONCTIVE ET DE LA SCLÉROTIQUE · texte numérisé non relu

BLESSURE AVEC DÉCHIRURE DE LA CONJONCTIVE ET DE LA SCLÉROTIQUE

Nous avons déjà donné dans ce travail un exemple de cette espèce de blessure; en voici un autre : M. et Mme G.... se battaient, M. G.... poursuit sa femme, qui se voyant atteinte se retourne brusquement et lui porte dans l'œil droit un coup violent avec un bois présentant plusieurs pointes. Une douleur atroce , suivie d'un gonflement considérable de l'œil , et d'une assez forte hémorragie, succède aussitôt à ce coup. Le mari chancelé et tombe , on le met au lit ; j'arrive cinq heures après l'accident , je nettoie l'œil, et je trouve la paupière inférieure coupée près du point lacrymal , un gonflement de la muqueuse m'empêche de reconnaître l'état des parties , je l'excise , je trouve plusieurs lambeaux de muqueuse déchirés , je les excise aussi. L'humeur vitrée fait hernie en un point, je la cautérise. La cornée présente une déchirure, je la cautérise; ne pouvant arrêter l'hémorragie , je prescris à l'intérieur du sirop de ratanhia et sur l'œil des compresses astringentes.

Le soir, j'examine l'œil de nouveau , l'hémorragie continue, la vision est abolie, la pupille est très-dilatée , le gonflement a diminué, mais il y a de violentes douleurs sus-orbitaires; je continue le traitement abortif de la manière suivante :

Applications astringentes sur l'œil , compresses trempées

dans l'eau sédative de Raspail sur le front, ventouse sur le cou, cataplasmes sinapisés aux jambes, lavement purgatif.

Cautérisation nouvelle de quelques points.

L'hémorragie durant depuis huit à neuf heures , je fais mettre le malade dans son séant , et il se croise les bras sur la tête, ce qui la fait immédiatement cesser.

Depuis lors , j'ai cautérisé l'œil deux fois , j'ai appliqué trois vésications ammoniacales du côté malade, j'ai introduit dix à douze fois entre les paupières une pommade à l'oxide rouge , et M. G — a conservé son œil. Il voit peu, sans avoir ni mydriase, ni amaurose complète; la paupière inférieure est coupée sans être renversée.

Un domestique de M. Bertrand-Fourment, reçoit un coup d'épine dans l'œil, et me vient trois jours après l'accident. La pupille est difforme et rétrécie , la cornée présente un petit ulcère, la conjonctive est injectée , il y a de la photophobie des douleurs sus-orbitaires , absence de vision.

1° Je constate que l'épine n'est point restée dans l'œil ;

2° Il n'y a point de muqueuse à enlever ;

3° Je prescris des fomentations astringentes;

4° J'applique sur le cou une ventouse scarifiée, et je près-, cris pour le soir un lavement purgatif;

5° Frictions mercurielles belladonées ;

6° Point de calmants généraux ;

7° Je cautérise l'ulcère produit par l'épine et j'introduis entre les paupières un mélange de pommade à l'oxide rouge et de pommade à l'extrait de belladone ;

8° La constitution du malade est bonne.

La nuit est bonne. Le lendemain il y a du mieux , la pupille est dilatée, l'œil commence à voir, quoique les eaux de la chambre antérieure n'aient pas toute leur transparence.

Fomentations astringentes. — Vésicatoire ammoniacal derrière l'oreille, — Purgatif avec le séné et le sel d'epsum. —

f>4 MÉTHODE

Frictions comme la veille, nouvelle application de l'extrait de belladone pour modifier l'état de l'iris et prévenir les adhérences et les sécrétions anormales.

Le lendemain , le malade ne me vient pas ; le quatrième jour du traitement qui était le septième de la maladie , la guérison des accidents traumatiques était presqu'entière. Le huitième jour du traitement elle s'est trouvée complète. Du quatrième au huitième je n'ai employé que les fomentations astrigentes et une seule friction mercurielle par jour.

BRULURES

Un Breton , nomme Guermarch', employé dans les carrières du bas de la Fosse , est blessé par une explosion de mine , et vient, l'œil gauche très-tuméfié , réclamer mes soins. — Voici son état : l'accident date de près de trente-six heures , la conjonctive est boursoufflée et forme un bourrelet dans son passage inférieur de la paupière au globe de l'œil , la cornée est terne et présente quatre points noirs ; la photophobie est grande , la vision presqu'abolie , la partie externe des paupières criblée de poudre et affreusement tuméfiée. — Cet homme est pauvre , mal nourri , et fait pitié à voir. J'applique ainsi le traitement abortif :

4° J'enlève avec un couteau-crochet les quatre grains de poudre qui sont implantés dans la cornée , et je remplis immédiatement la septième indication en touchant chacune des plaies de la cornée très-délicatement avec le nitrate d'argent ;

2° J'excise le bourrelet formé par la conjonctive tuméfiée;

3° Je prescris des cataplasmes arrosés d'eau blanche , puis j'introduis entre les paupières une pommade au sulfate de /.inc , contenant environ 1/200 de substance active ;

4° J'applique une ventouse scarifiée sur le cou ;

5° Je recommande d'arroser les cataplasmes avec du laudanum pour produire un effet calmant ;

AiiORTIVE 55

6° Potion calmante pour la nuit ;

7° Je donne au malade, qui est réellement anémique, un bon pour aller chercher de la viande, 2/3 veau , 1/3 bœuf, et je lui recommande de prendre deux bouillons avec un peu de pain dans la journée.

Le lendemain, mieux sensible, je continue les cataplasmes , la pommade au sulfate de zinc, je prescris un lavement avec du gros miel et du sel commun ; je touche les ulcères de la cornée avec une pommade au nitrate d'argent , je continue l'alimentation nutritive.

Deux ou trois autres cautérisations avec la pommade au nitrate et une pommade à l'oxide rouge , employée tous les jours entre les paupières, amènent, en quinze jours, une guérison avec des albugos que le traitement décrit dans le chapitre suivant a fait disparaître.

Nous avons longuement parlé , dans les annales d'oculistique , des contusions , piqûres, blessures et brûlures de l'œil ; nous y renvoyons nos lecteurs, les exemples qui précèdent suffisant à la démonstration de l'efficacité de la méthode abortive.

CONJONCTIVITE SIMPLE.

Mademoiselle N.... , tailleuse, sur le Marais, à Nantes , se présente le mois dernier à notre consultation : la conjonctive oculaire est injectée, la conjonctive palpébrale l'est davan tage; les yeux sont collés le matin et larmoient beaucoup. J'introduis trois jours de suite entre les paupières une pommade contenant de l'oxide rouge , du sulfate de zinc et du calomel ; le quatrième, la guérison est complète. Il n'existait point de pesanteurs de tête , la malade avait des pertes blanches, le temps était froid et humide; ces trois motifs éloignaient donc toute idée d'une saignée , médication sous l'influence de laquelle la conjonctivite simple peut disparaître subitement

CONJONCTIVITE VÉSICULEUSE SIMPLE.

La fille d'un aubergiste du bas de la Fosse, à Nantes, jeune personne bien réglée et d'une bonne constitution , présente à l'œil gauche deux vésicules près le bord de la cornée , accompagnées d'une conjonctivite intense. — Trois jours de suite, je cautérise avec la pierre les vésicules. Les cinq jours suivants , j'introduis entre les paupières une pommade fortement chargée d'oxide rouge, et la malade se trouve guérie.

Il est souvent utile, dans ce cas, de faire baigner fréquemment l'œil avec un collyre astringent. Les pommades au sulfate de cuivre , à l'alun , au sulfate de zinc, donneraient aussi de bons résultats.

BLÉPHARRITE GLANDULEUSE LYMPHATIQUE.

Mademoiselle de G est prise subitement d'une pléphar-

rite de cette nature ; elle est assez mal réglée , sa constitution est éminemment lymphatique. Les paupières sont œdémateuses et collées tous les matins par une abondante sécrétion ; les yeux s'ouvrent à peine et supportent difficilement le jour.

Cataplasmes à peine tièdes , arrosés d'une solution astringente; application deux fois le jour entre les paupières de la pommade suivante :

Axonge 12 grammes.

Huile 3 —

Calomel ( ^ .

-. , i , , faa3 decigrammes.

Carbonate de plomb ) D

Oxide rouge 5 centigrammes

Sulfate de zinc 3 —

Je prescris à l'intérieur 40 pilules selon la formule qui suit, à prendre deux par jour , une le matin, une le soir.

Dose pour deux Pilules.

Protoiodure de fer 1 décigramme.

Limaille de fer \

Safran I ^ .,

)aa5 centigrammes.

Magnésie I

Cannelle )

Extrait d'absinthe 1 décigramme.

Je crois devoir recommander aux praticiens cette formule dont on peut varier les doses et modifier la composition selon l'état du malade. Quoi qu'il en soit de cette question incidente,

mademoiselle de C était guérie le cinquième jour, et cette

guérison fort prompte était due , avant tout , à l'action astringente des cataplasmes , ainsi qu'à la modification imprimée par la pommade aux parties malades , modification dont l'essence nous échappe, mais dont l'effet est palpable. Il répugne à beaucoup de praticiens d'employer des moyens dont ils ne connaissent pas le mode d'action ; mais cette répugnance n'est pas rationnelle. Qui donc nous dira pourquoi l'opium fait dormir, pourquoi le quinquina guérit les affections intermittentes , pourquoi l'arsenic peut lui être substitué dans quelques circonstances , etc. , etc. ?

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