‹ Etudes d'oculistiqueChapitre 32 sur 38 · RIT1S · texte numérisé non relu

RIT1S

ladone dans l'œil , si la pupille se resserre ; aliments légers , point de boissons spiritueuses , sirop de cuisinier, avec addition de mercure matin et soir.

Deuxième et troisième périodes : même traitement , et de plus vécications sur le cuir chevelu , sur le front et derrière l'oreille. Je remplace volontiers dans les dernières périodes, même quelquefois dans la première , le deuto-chlorure du sirop de cuisinier par du deuto-iodure letenu dissous par une haute dose d'iodure de potassium , de telle façon que le malade prenne par jour un demi-gramme à un gramme d'iodure de potassium. Chez les individus qui se présentent après avoir déjà subi un traitement mercuriel , je supprime presque toujours entièrement le mercure , qui donne souvent lieu alors à des douleurs de tête et n'améliore en rien l'état du malade. Si le malade est une femme , pour peu qu'elle soit mal réglée je lui fais prendre l'iodure de potassium et l'iodure de fer , si c'est un homme d'une bonne constitution , l'iodure de potassium à haute dose. Dans tous les cas , j'insiste sur les sudorifiques. Je prescris encore souvent des* bains d'eau amidonée , fortement salée , très-chaude , et le malade se met au lit en sortant du bain.

Chez les individus d'une mauvaise constitution , chez les scrophuleux , par exemple , j'associe fréquemment l'extrait de ciguë au calomel , soit à l'intérieur soit à l'extérieur. J'emploie encore ce moyen avec succès dans la quatrième variété de l'iritis vénérien , soit qu'il ait succédé à une blénorrhagie oculaire , soit qu'il se présente chez des personnes atteintes d'affections strumeuses , ayant des engorgements au sein , dans l'abdomen ou ailleurs , soit qu'il se manifeste pendant une fièvre intermittente ou chez des personnes soumises depuis long-temps à l'intoxication des effluves marécageuses et souffrant des affections qui en sont la conséquence. Sans doute d'Ammon et d'autres médecins très-

ioB iuiTis.

habiles ont proscrit les mercuriaux chez les scrophuleux atteints d'iritis, et surtout chez ceux pour qui l'on en a abusé. Mais l'association du calomel à la ciguë forme un médicament plus fondant et résolutif que mercuriel , qui donne d'excellents résultats dans des circonstances où les frictions mercurielles et le deuto-chlorure ou le deuto-iodure à l'intérieur en donneraient de très-mauvais.

Il m'a toujours paru que l'iritis syphilitique avait un caractère plus grave que les autres , que les sécrétions auxquelles il donne naissance étaient plus persistantes , plus difficiles à résorber. Nous en avons vu se produire , alors qu'il semblait ne plus exister d'inflammation dans l'œil, et lorsque tous les autres symptômes syphilitiques avaient disparu. C'est ainsi que dernièrement encore , ayant opéré une femme de la pupille artificielle , sans qu'il y ait eu d'inflammation consécutive , nous avons reconnu deux mois après l'opération , que les bords de la pupille nouvelle étaient recouverts d'une sécrétion brune , et cependant les symptômes syphilitiques avaient disparu depuis long-temps.

Il est indispensable , si l'on veut obtenir un bon résultat de la pupille artificielle , d'opérer dans la troisième période de la maladie , si on laisse arriver la quatrième , les malades necvoient pas ou voient peu.

Dans la quatrième période, je continue les anti-syphilitiques et j'emploie surtout les narcotiques , le cyanure de zinc, l'opium, etc. , pour calmer les douleurs, mais la \ision est généralement perdue.

Il convient maintenant , après avoir étudié sommairement l'iritis , de revenir en arrière et de discuter quelques questions douteuses, et sur lesquelles les pathologistes ne sont pas entièrement d'accord.

1". Le déplacement de la pupille en haut et en dedans

iftiTia. îoo

est-il un signe d'iritis syphilitique , comme l'ont prétendu quelques auteurs ?

Non , dirons-nous , parce que ce déplacement a lieu sous l'influence de causes autres que la syphilis ; il se présente souvent à la suite d'une affection de la membrane de Déscemets , qui s'est étendue à la portion de cette séreuse réfléchie sur Tiris , et , d'ailleurs , il se fait très-fréquemment en dedans et en bas , car j'en ai en ce moment encore deux exemples sous les yeux , dont l'un non-syphilitique.

2° La déformation particulière de la pupille est-elle un signe d'iritis syphilitique ?

Non , dirons-nous encore , parce que la pupille subit la même déformation dans les autres iritis.

3° Faut-il voir le signe spécial de la syphilis , dans cette bordure cuivrée qui se présente souvent sur le bord pupillaire dans l'iritis syphilitique; non puisque sur 10 ou 12 iritis qui ont ce signe il en est un au moins qui n'est pas syphilitique. J'ai pour ma part dans ma pratique une très grande tendance à regarder comme syphilitiques tous les iritis qui offrent ce symptôme; mais il m'a trompé à plusieurs reprises alors même qu'il était réuni à d'autres caractères plus communs dans l'iritis vénérien que dans les autres. Cependant ce signe est assez important pour prescrire d'examiner la gorge et la peau du malade , presque toujours en pareil cas il y a des ulcères chroniques dans la bouche , aux amygdales et plus souvent encore des papules sur la peau, ou bien des pustules ou des squammes.

4° Les prolongements bruns, iilaments ou condylômes, appartiennent-ils exclusivement à l'iritis syphilitique.

Non sans doute, mais ces productions anormales sont bien plus graves quand elles naissent sous l'influence de la vérole. Avant tout un mot sur leurs différents aspects :

Les unes sont de simples filaments bruns allant de la pupille à la capsule du cristallin et se rapprochent des faus-

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ses membrames séro-albumineuses par leur nature et leur manières de se produire. Dans les pupilles artificielles elles se montrent sous forme de fausses membranes véritables et recouvrent tous les bords de la nouvelle pupille. — Les autres sont des productions anormales que j'appellerais volontiers les bubons de l'œil; heureusement bien plus rares, elles donnent lieu à de grandes douleurs et à d'immenses désordres, l'iris devient bosselé dans quelques cas, dans d'autres la chambre antérieure diminue de volume par suite du gonflement de l'iris. Quelquefois ces tumeurs abcèdent à la manière du bubon et alors se produit le phénomène dont nous avons déjà parlé , le fond de l'abcès devient d'un brun noir et l'on croirait à une pupille artificielle.

Les filaments bruns sont très-communs dans les iritis, quoique plus communs dans l'iritis syphilitique ; mais les tubercules de la nature de ceux que nous venons de décrire sont un signe presque certain d'infection.

Quelques auteurs ont parlé d'une mydriase qui se présenterait dans l'iritis syphilitique. Nous ne l'avons jamais observée ; mais nous avons vu l'iris teint en noir dans la moitié de sa surface de manière à simuler la mydriase. Ce noir est même plus prononcé en couleur que les sécrétions brunes que Ton distingue quelquefois dans ce cas dans la pupille , et qui servent à établir sa grandeur et son emplacement réel, ce qui permet d'arriver à un diagnostic positif.

Ce qui précède renferme notre manière de voir et de faire en ce qui concerne l'iritis syphilitique ; mais nous devons y ajouter quelques notes sur les tentatives infructueuses.

Préparations d'or. Employées seules, elles ne nous ont pas réussi ; associées aux sudorifiques , elles ont donné des résultats que nous attribuons à ces derniers.

Cyanure de zinc et opium. Seuls , ces médicaments sont insuffisants , et ne produisent du calme que pour quelques jours.

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Emétiquc et anti maniait x. Leurs résultats n'ont pas été assez constants dans Firitis syphilitique pour que je les emploie dans ma pratique habituelle. Lorsque j'y ai eu reeours , je les ai administrés à haute dose, j'ai donné 5 à 8 décigrammes d'émétique en un jour.

Quelques-unes des questions soulevées par les opinions que nous avons émises dans cet article sur l'iritis syphilitique , demandent à être éclairées par des faits , nous allons en présenter : voici d'abord le relevé de quelques malades que nous avons opérés , à Nantes même , de la pupille artificielle , pour des iritis vénériens et dont nous avons pu récemment constater l'état.

M. N. , dont l'œil gauche est figuré dans notre planche au n° 3, a des pupilles immobiles et voit à se conduire des deux yeux , il est âgé de 40 à 45 ans.

Mme F. , âgée de 28 ans , n'a pas été prise de l'œil droit et voit passablement bien de l'œil opéré, elle peut lire. Mme F., âgée de 57 ans, malade des deux yeux, opérée de celui dont elle était borgne, voit de cet œil à prendre ses aliments, à se conduire, distingue très-bien les personnes dans les appartements, mais voit mal au soleil, à moins qu'elle ne soit abritée par un garde-vue, sa pupille est grande et immobile.

Gudvé dont j'ai parlé dans les annales d'oculistique , et que j'ai guéri de l'œil droit en présence de MM. Mayor de Lausanne et Bertini de Turin, voit de cet œil de manière à satisfaire aux usages de la vie.

Gouby, cordonnier, à Nantes, voit à peine à compter mes doigts, bien qu'il ait une très-belle pupille, son œil est le deuxième de notre planche.

Henry Gendron a vu six mois avec une pupille artificielle que je lui ai pratiquée dans l'œil droit, je dirai plus tard ce qui lui est survenu depuis, je dois le réopérer sous pou

US 1RITIS.

et l'opération présente plus de chances que la première fois.

Parmi les borgnes et aveugles opérés de la pupille artificielle pour des iritis syphilitiques j'en prends donc six que j'ai pu revoir depuis peu , ces six malades représentent onze yeux atteints d'iritis sur lesquels huit ont été opérés , les huit opérations ont réussi comme opérations, mais trois d'entre elles ont donné de mauvais résultats pour la vision, Gendron présentant de plus belles chances aujourd'hui que la première fois peut être distrait de ce tableau et nous trouvons alors sur sept opérations datant d'une année cinq succès satisfaisants , un résultat très-médiocre et presque nul, un insuccès complet ; nous avons cette conviction que les autres opérations que nous avons faites en pareille occurence n'ont pas été moins heureuses.

Est-il possible de faire disparaître les fausses membranes étoilées qui se produisent si souvent en face de la pupille dans Tiritis syphilitique. — Deux voies se présentent pour arriver au but, on peut essayer les agents médicaux ou les agents chirurgicaux , les premiers ne m'ont jamais réussi que chez de jeunes sujets ; voici de quelle manière j'ai étudié les seconds :

Chez Gendron la pupille artificielle que j'avais obtenue s'étant fort rétrécie sous l'influence d'une sécrétion produite par une sub-inflammation, la pupille qui restait se trouvait en face d'une sécrétion étoilée. Voulant éviter une seconde opération ou tout au moins la rendre fructueuse , j'ai fait une incision à la cornée dans sa jonction avec la sclérotique puis avec des pinces j'ai pincé à trois reprises la fausse membrane sans chercher à l'enlever.

Pendant huit jours j'ai combattu l'inflammation consécutive et dix-huit jours après l'opération, j'ai vu passer dans la chambre antérieure une matière blanche pulpeuse ressemblant à celle fournie par les cataractes traumatiques

1KITIS. III

une ponction lui a donné issue, mais la pupille s'étanl encore rétrécie pendant l'inflammation traumatique et l'iris ayant formé une synéchie postérieure dans son bord pupillaire , le résultat a été singulièrement restreint , du reste la pupille qui existe est parfaitement nette. Je suis à peu près sûr maintenant de rendre la vue à Gcndron , mais voici un fait qui montre les dangers des tentatives de cette espèce.

Chez Gudvé, ancien infirmier de l'Hotel-Dieu , dont j'ai déjà parlé , il s'est produit par suite d'une tentative de cette nature, un épanchement dans la chambre postérieure et le malade a cruellement souffert ; il a fallu débrider l'œil en faisant une large incision à la cornée.

L'iritis syphilitique se présente aussi quelques fois dans les syphilis larvées , en voici un exemple qui nous a paru mériter d'être inséré dans ce travail.

La famille de M. Y., ayant appris en janvier 1844, que je me trouvais en Basse-Bretagne, où m'avaient appelé quelques malades et le besoin de revoir mes anciens condisciples , qui m'ont toujours témoigné tant d'amitié pendant et depuis l'époque de mes études, M. V., souffrant depuis environ deux années , me fut présenté au château de Quintin, ou j'étais alors. Il était accompagné de son médecin; car, j'ai toujours eu pour règle , dans mes voyages , de faire de mes conseils des actes d'obligeance vis-à-vis de mes confrères et de m'écarter autant que possible des habitudes et des traditions des médecins ambulants. M. V,, était âgé de 4 G à 17 ans, couperosé, d'une bonne constitution. Je l'examinai avec le plus grand soin et je ne tardai pas à reconnaître un iritis syphilitique; mais ce jeune homme ne s'était jamais exposé à la contagion , il y avait donc nécessité, par suite, d'admettre l'incubation du virus pendant près de quatorze ans , et la transmission héréditaire. Je conseillai le

M 4 mms.

sirop de Cuisinier avec des doses progressives driodure dé potassium , quelques purgatifs et des vésications ammoniacales; au bout de trois mois, le médecin de ce jeune homme m'écrivit , le succès était complet. L'iodure avait été porté à la dose de trois grammes par jour , mais l'estomac s'en étant fatigué , on était redescendu progressivement à un gramme , puis on l'avait supprimé. Aujourd'hui la pupille de l'œil affecté est est extrêmement contractile.

Le jeune et habile médecin qui soignait M.V., étant un ami de la famille , peut-être même l'un de ses parents , avait cru devoir réclamer des consultations de spécialistes qui avaient pris cette affection pour une amaurose simple.

Mais l'affection avait atteint successivement les deux yeux et l'un d'eux, le premier malade était alors mieux. — Mais l'affection avait débuté sous l'influence de travaux intellectuels et de veilles prolongées. — Mais la pupille de l'œil malade avait été d'abord difforme et ovalaire transversalement, puis perpendiculairement. — Mais cette pupille était un peu cuivrée sur son bord inférirur pupillaire , quoique l'iris n'eut pas changé de coloration. — Mais cette pupille était immobile. — Mais le malade portait à la peau quelques taches cuivrées, quelques papules très-peu importantes quoique caractéristiques, et ce dernier signe avait passé inapperçu.

Qu'on ne s'étonne pas de cette longue incubation du virus syphilitique , je pourrais citer à l'appui d'aulres faits de transmission héréditaire dans lesquels l'incubation a été plus longue encore, puisque dans l'un, la syphilis ne s'est révélée qu'après 28 années, lorsque la malade était déjà mère. Cette fois elle avait pris la forme d'une otite à laquelle avait succédé une exostose; le tout a guéri, sous l'influence du sirop de Cuisinier additionné de deutochlorure.

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ve l'ïritis psendo syphilitique.

Le mercure est difficile à manier, bien des praticiens ne guérissent pas leurs malades parcequ'ils dépassent le bul. C'est surtout chez ceux qui ont été traités par les frictions, les pilules de Béloste, et d'autres préparations de ce genre à dose élevée que se manifeste Firitis plendo syphilitique. Il ne diffère en rien de l'autre, mais loin de guérir il s'exacerbe sous l'influence des préparations mercurielles.

J'ai pour règle lorsqu'un malade se présente à moi avec un iritis syphilitique ou psendo syphilitique, de l'interroger sur la quantité de mercure qu'il a prise à l'intérieur. Si elle a été considérable, je m'abstiens d'en donner d'autre et de même si les frictions ont été prolongées. J'emploie alors les moyens suivants :

1° lodure de potassium, à doses croissantes, depuis un gramme par jour en deux fois , jusqu'à trois et quatre grammes en plusieurs doses.

2° Sirop de salsepareille composé.

T Bains salés amidonnés pris très-chauds, avant de se

mettre au lit.

A° S'il y a quelqu'affection cutanée , je préfère les bains avec le sulfure de potassium dans lesquels on délaie de l'amidon cuit.

5° Au lit, force couvertures et des boissons chaudes et sudorifiques.

Il m'arrive aussi quelques fois en pareille occurrence , lorsque les bains ne réussissent pas , d'en modifier la formule et de faire prendre deux ou trois fois seulement un bain entier avec du deuto-chlorure , dans la proportion de 8 à 20 grammes pour un bain. Mais je n'agis ainsi que4 dans des eirconstances exceptionnelles.

IIC IKITIS.

Si je suie appelé au début de l'iritis syphilitique , je ne m'écarte jamais de cette règle que je regarde comme un aphorisme.

Toute affection syphilitique traitée par les mercuriaux , réclame trois précautions :

1° Que le mercure soit très-di\isé et employé à doses modérées.

2° Une diète sévère ( il faut que le malade ne mange pas à sa faim).

3° Une chaleur habituelle suffisante pour entretenir une transpiration continue.

C'est d'après ces indications que j'ai soumis plusieurs malades à des fumigations locales, avec le sulfure de mercure et j'en ai obtenu, ici , comme dans l'orchite chronique de bons résultats, mais il faut remarquer que cette médication est toujours d'un emploi très-difficile dans les affections oculaires.

IRITIS SCROPIIULEUX.

L'iritis scrophuleux affecte une marche sub-aiguë et se présente sous trois formes; ou bien il saisit l'iris par l'uvée, mais alors tout en présentant les mômes caractères que l'iritis chlorotique dont il n'est à bien dire qu'une modification, il attaque généralement, dans sa dernière période, la membrane de Descemets, et surtout la cornée dans sa partie centrale, de manière à laisser à la suite un albugoà l'extérieur et souvent aussi une tache jaunâtre, puis blanchâtre ensuite à l'intérieur. Cette forme de Tiritis scrophuleux n'est pas trèsrare. Deux à trois fois déjà elle nous a donné lieu de pratiquer la pupille artificielle, et nous aurons encore sous peu à faire cette opération pour un cas semblable; ainsi tandis que généralement l'iritis chlorotique pourrait être dénommé iritis

chlorotico-scruphuleux , celui-ci mérite le nom d'iritis scroj)hulo-chlorotique. Son traitement est semblable à celui que nous avons conseillé pour l'iritis chlorotique, seulement lorsque paraît l'affection de la cornée il faut l'arrêter dans ses progrès par de légères cautérisations.

Seconde forme de l'iritis scrophuleux. Une légère tache blanchâtre se manifeste à l'œil, le malade n'y prend pas garde , elle augmente et présente un aspect qui est le milieu entre une cataracte traumatique passée dans la chambre antérieure et accolée à la membrane de Descemets et un large albugo occupant la surface externe de la cornée, mais avec la loupe et un peu d'attention le diagnostic n'est plus douteux. Plus tard il se produit une sécrétion jaunâtre, le plus souvent au centre de cette tache ; bientôt l'inflammation gagne de proche en proche et s'étend à l'iris.

Abandonnée à elle-même elle attaque d'abord la surface de l'iris , c'est-à-dire la séreuse antérieure , puis le corps de l'organe. La cornée se ramollit et se perfore, puis viennent des dégénérescences qui forcent d'enlever l'œil. Nous avons vu toutes ces phases chez un homme de l'arrondissement de Châteaubriant , qui nous a consulté à diverses reprises sans vouloir ou pouvoir rester à Nantes , suivre un traitement sous nos yeux , et il a fallu en dernière analyse le débarrasser d'un globe fungueux entièrement modifié dans la structure de son tissu.

Les phases de cette seconde forme sont donc les suivantes :

1° Trouble de la membrane de Descemets en face de la pupille ;

2° Sécrétions anormales de celte membrane ;

3° Extention de l'inflammation à la séreuse antérieure de l'iris ;

4° Affection du corps de l'iris, perforation et ramollissement de la cornée;

H8 IRITIS.

5° Dégénérescence de l'œil.

Pendant la période d'incubation de cette maladie, le malade se plaint de \oir un trouble, une fumée à travers laquelle il distingue les objets, mais dès la première période il ne distingue plus que les masses, à la seconde il est borgne. On aperçoit encore l'iris et surtout la pupille si l'œil est bleu , à travers la cornée malade dans la troisième période , mais on devine sa place plutôt qu'on ne la distingue. Cette maladie n'est douloureuse qu'à partir de la troisième période, alors elle commence à produire des insomnies souvent très-difficiles à combattre. Les moyens curatifs que nousavons employé contre cette affection sont de quatre ordres, à savoir : les anti-scrophuleux , les révulsifs , les narcotiques et les astringents.

Comme anti-scrophuleux nous conseillons une bonne nourîiture, des promenades en lieu sec, à l'air et au soleil (avec un garde-vue), trois fois ou au moins deux fois le jour; le sirop anti-scorbutique avec l'iodure de fer, surtout chez les femmes et surtout si elles sont médiocrement réglées. — Nous employons encore très- volontiers le calomel associé à l'extrait de ciguë , une fois par jour à dose non purgative. — Nos révulsifs sont les ventouses sur le cou ou la grande ventouse en cuivre de la jambe, que nous ne possédons que depuis peu y et les vésifications ammoniacales sur le cuir chevelu, qui facilitent la résorption des liquides épanchés. — Les narcotiques sont l'extrait de belladone ou de jusquiame, et le cyanure de zinc employés en pommades et en frictions; le sulfate de morphine par la méthode endermique ; à l'intélérieur, l'eau de laurier cerise associée au sirop d'opium. Quand aux astringents r nous avons obtenu d'assez bons effets des pommades au sulfate de zinc , au sulfate de cuivre et au nitrate d'argent. Même, dès la seconde période, elles resserrent le tissu de la cornée qui n'est que trop disposé au ramollissement.

IftllTS. i!9

INous avons employé, sans succès, l'huile de foie de morue , l'essence de térébenthine et les antimoniaux dans cette maladie, qui a généralement cédé avec assez de facilité quand le traitement a pu être aidé d'une hygiène convenable.

Voici la troisième forme de l'iritis scrophuleux et ses diverses phases.

4° Il existe un petit triangle vasculaire, dont la base touche la cornée ; presque toujours ce triangle est placé au côté externe.

2° Quelques points paraissent comme luisants et ramollis sur ce triangle , la sclérotique est évidemment affectée. Le cercle des vaisseaux retro-cornéens se développe.

3° La maladie gagne et fait le tour de la cornée. L'iris perd de sa mobilité, la cornée présente des points semi-opaques dans l'intérieur de son tissu. L'œil est très rouge, douloureux, et les insomnies commencent avec les douleurs sus-orbitaires.

4° Les douleurs augmentent. La cornée perd sa transparence. La pupille , souvent déplacée et rétrécie , sans -être oblitérée , est à peine visible , un bourrelet vasculaire considérable existe dans tout le pourtour de la cornée; il se produit des staphylômes de la sclérotique, et la vision s'abolit.

Le traitement de cette affection ne diffère en rien , quant au fond , du traitement que nous venons de décrire ; seulement, elle réclame quelques précautionss spéciales qu'il faut signaler : Souvent elle débute par les symptômes d'une ophtalmie granuleuse , et souvent même elle est accompagnée de granulations ; de là des excisions et des cautérisations. Plus tard , nous croyons que la cautérisation de la conjonctive malade est encore utile. Les pommades légèrement astringentes produisent aussi du bien. — Chez les femmes un peu vigoureuses, nous employons quelquefois des applications de sangsues aux cuisses ou aux genoux. Si l'iritis se montre à la suite de fièvres intermittentes prolongées, nous

i'2Q 1IUTIS.

avons recours au sulfate de quinine, employé à petite dose chaque jour, pendant un ou deux mois. En général, cette maladie cède avec facilité, mais dans de certaines limites; l'on obtient aisément un état stationnaire , et même de l'amélioration; difficilement une guérison radicale et absolue.

Ce qui précède , vérifie donc les excellentes données de Dugèssurl'anatomie de l'œil, puisque nous reconnaissons trois irilis scrophuleux ; l'un, qui s'étend au système cornéen; l'autre, au système choroidien; le troisième, qui attaque le tissu vasculaire de l'organe ; puisque les trois affections ont des caractères anatomiques tranchés.

IRITIS RHUMATISMAL.

En écrivant ce travail, nous nous sommes surtout préoccupé de cette pensée , que le livre de la nature est ouvert à tous , que tous doivent faire leurs efforts pour y lire de leur mieux. Oublier les livres des Dammon , des Machensie et des autres maîtres de l'art , pour nous placer en face des faits que nous avions observés , pour les décrire et les résumer en les rattachant à leurs causes ; telle a été la conséquence de notre manière de voir.

Nous avons remarqué quatre formes différentes des iritis arthritiques. La première est sub-aiguë et se maintient à cet état un temps indéfini. La seconde se produit avec la plus grande facilité et presque nécessairement chez les personnes qui ont été atteintes d'ophtalmie rhumatismale externe : elle est à cette ophtalmie ce que l'iritis syphilitique est à la blenorrhagie oculaire. La troisième fait explosion sous l'influence de changements brusques de température , de veilles et d'abus vénériens. La quatrième accompagne une ophtalmie chronique externe et se montre surtout chez les vieillards qui ont eu des maladies vénériennes et qui ont abusé des plaisirs.

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M. G., souffre dans l'un des yeux, c'est un homme do 40 ans, rhumatisé , d'une; vie sobre. Je remarque autour delà cornée, à un millimètre, une petite couronne de vaisseaux légèrement injectés. Dans l'œil souffrant , la pupille est un peu rétrécie , la belladone ne la dilate qu'incomplètement , mais d'une manière régulière. Un abus de table ou le coït produisent un enclolorissemcnt dans cet œil. Quoique meilleur que l'autre il se fatigue plus vite. Ce mal cède à quelques frictions niercurielles belladonées et à deux vésications ammoniacales sur le cuir chevelu.

A la suite d'une gonorrhée, M. L., a été pris d'une affection rhumatismale des plus graves. Il devient perclus de tous ses membres et la vision diminue dans un œil. Des bains de vapeur , des bains locaux de vapeur de camphre , des frictions niercurielles belladonées sur les articulations malades , quelques bains de sublimé et le proto-iodure de 1er à l'intérieur commencent la guérison , l'état de l'œil s'améliore ; mais la pupille reste mobile quoique rétrécie.

Chez M. le baron de N., l'une des pupilles est rétrécie, mais la vision se fait très-bien de près quoique l'iris n'ait guères de mobilité et se retracte peu sous l'influence de la belladone. Cet état s'est manifesté à la suite de douleurs rhumatismales , qui avaient été précédées par des maladies vénériennes. Depuis 10 ans il est stationnaire.

La seconde forme de Piritis rhumatismal se présente tantôt accompagnée de l'ophtalmie rhumatismale externe, tantôt seule. La déformation de la pupille qui prend quelques fois une teinte cuivrée sur son bord , l'inflammation de la séreuse antérieure , quelques fois du corps de l'iris, des sécrétions blanches à la surface de l'iris et plus souvent dans l'intérieur de la pupille , les unes sous forme d'anneau , les autres sous forme de toiles, le rétrécissement et même l'oblitération delà pupille ; voilà les caractères saillants de cette

lîî 1R1T1S.

maladie dans laquelle on voit aussi, quelques fois, des sécrétions brunes allant à la capsule.

Traitement. Les ventouses sur le cou, la saignée , l'essence de térébenthine , l'émétique à dose élevée, cinq décigrammes en quelques heures , la transpiration, les révulsifs aux extrémités. Voilà les moyens qui réussissent le mieux.

Voici la formule générale de notre traitement :

4° Saignée, s'il y a de la fièvre, sinon, ventouses scarifiées sur le cou , 2 ou 3 jours de suite.

2° Frictions mercurielles belladonées pendant toute la durée de l'inflammation.

3° Synapismes, le premier jour aux genoux pour déplacer l'inflammation et même au besoin les jours suivants. Ce remède nous a réussi quelques fois aussi instantanément que dans la forme catharale de l'ophtalmie rhumatismale.

4° Nous n'essayons l'essence de térébenthine, qu'après avoir employé déjà les émissions sanguines. C'est un remède infidèle.

5° Nous n'avons jamais employé de prime abord l'émétique ou le kermès à haute dose dans les pleuropneumonies , les faits dont nous avons été témoin nous ayant donné cette conviction que les antimoniaux réussissent bien mieux après les émissions sanguines. Nous agissons d'après cette donnée dans l'iritis rhumatismal , et nous n'y avons pas recours avant le troisième ou le quatrième jour du traitement.

6° Nous regardons toute complication d'embarras gastrique comme fâcheuse et nous nous en débarrassons avec cinq centigrammes de tartre stibié en lavage.

7° Nous avons une grande confiance dans les bains aromatiques et salés et surtout dans les bains de sable salé que l'on peut prendre au bord de la mer.

8° A la fin du traitement, nous donnons souvent l'iodure de potassium ou de fer, selon les cas, dans du sirop de

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Cuisinier, et nous faisons, sur la tête, des vésications ammoniacales.

La troisième forme de l'iritis rhumatismal présente deux variétés, l'une commence par l'uvéc, l'autre par la séreuse antérieure; l'une et l'autre peuvent occasionner de graves désordres, la seconde variété donne souvent naissance à des hypopions pour lesquels il ne convient pas d'ouvrir la cornée. Cette troisième forme de l'iritis rentrant pour les altérations pathologiques et pour le traitement dans ce que nous avons écrit nous passons à la quatrième.

Celle-ci se montre surtout chez les vieillards. Nous avons sous les yeux un dessin remarquablement fait, qui représente les deux yeux de M. le baron de G. Une jeunesse active et orageuse, les fatigues de la guerre , des abus vénériens et des syphilis, voilà les antécédants du malade. Des conjonctives d'un rouge huileux, quelques vaisseaux trèsdéveloppés, un bourrelet retrocornéen , des taches sur la cornée entre ses lames et derrière la cornée par suite de l'inflammation de la membrane de Descemets, des vaisseaux variqueux rampant sur la cornée et formant des anastomoses visibles à l'œil nu, des pupilles immobiles [ arce que l'inflammation gagnant de proche en proche s'est étendue à la membrane antérieure de l'iris ; voilà les signes physiques de cette affection. Chez d'autres , les cornées deviennent staphylomateuses par suite de ramollissement. Les signes rationnels sont , la photophobie qui existe sans être très-grande et les douleurs sus orbitraires souvent hemieraniennes.

Le traitement indiqué par les symptômes eux-mêmes réclame de très légères cautérisations ; ainsi , l'emploi de pommades à l'oxide rouge , avec de très-petites doses de nitrate d'argent , on y ajoute avec avantage l'excision des vaisseaux variqueux, des frictions calmantes et des révulsifs comme des ventouses sèches sur le cou , un vésicatoire au

isii iniïis.

])rns. Les niitimoniaux, l'essence de térébenthine, les purgatifs a l'intérieur, les drastiques, la salivation mercurielle produite par le calomel ou autrement , sont plus nuisibles qu'utiles. Avec des pommades convenablement employées, un usage judicieux de la belladone et des excisions de vaisseaux, l'on peut obtenir en six ou sept semaines une amélioration telle , que des malades qui ne voient pas, puissent se conduire seuls. Abandonnée à elle-même, cette maladie marche lentement vers le ramollissement, l'opacité et le staphilôme de la cornée , vers l'oblitération plus ou moins complète de la pupille et la perte irrémédiable de la vue. Nous soignons en ce moment , madame Ve Richer , de Noirmoutier , chez laquelle cette maladie a duré trois années. Pendant tout ce temps il y a eu des douleurs de tête cruelles , le Sommeil n'a jamais été réparateur et la lumière du jour ou des bougies n'a pu être supportée. Trois semaines du traitement indiqué ci-dessus et la résection de quatre vaisseaux variqueux , lui ont permis de se conduire.

IIUT1S PSORIQUE.

La psorc , agit très-défavorablement sur les malades que l'on opère de la pupille artificielle ; mais elle produit rarement l'iritis, et c'est une assez faible cause de prédisposition, à moins toutefois que sur l'état psorique ne se soit greffe la syphilis devenue l'état habituel du malade , qui est alors syphilitico-psorique. En Basse-Bretagne, où les maladies cutanées sont si communes , et môme dans la Loire-Inférieure, où la teigne n'est pas rare , nous avons vu de nombreuses affections oculaires liées à la psore. Ainsi , chez les enfants scrophulo-psoriques, il y a des kératites et des conjonctivites extrêmement graves qui s'accompagnent souvent d'ulcères des joues, imitant la maladie nommée lupus. Ces affec-

IRITIS. t«6

tions produisent des cécités temporaires qui durent deux et trois ans , quand elles ne sont pas soignées deux à trois mois au moins , même quand elles le sont avec le plus d'habileté, presque toujours elles donnent naissance à des perforations , par suite à des hernies de l'iris dans lesquelles cependant cet organe reste intact. La suppression brusque de la teigne muqueuse agit souvent sur les yeux ; mais c'est presque toujours sur la rétine que son action se fait ressentir en produisant l'amaurose. Au bord de la mer, où l'usage du poisson et des coquillages réagit d'une manière si sensible sur le système cutané les affections indiennes ne sont pas plus communes qu'ailleurs. Je suis loin cependant de nier l'influence de l'état psorique sur l'iris; mais je n'ai vu que deux sortes d'affections indiennes qu'on puisse lui attribuer. Les unes évidemment avaient été produites par transmission , l'irritation ayant passé de la conjonctive à l'iris , comme dans l'une des formes de l'ophtalmie scrophuleuse, les autres ne se sont jamais présentées à mon observation dès le début et j'ai trouvé le cristallin et les capsules accolées à l'iris dont l'uvée paraissait avoir été le point de départ de l'irritation. Il m'est arrivé en pareille occurrence , à diverses reprises,de pratiquer la pupille artificielle avec bonheur; mais aucune de ces pupilles ne s'est maintenue. J'ai eu aussi le chagrin, chez le père d'un de mes confrères et amis, atteint d'iethiose , de voir un iritisse manifester sous l'influence d'une vive impression de joie lorque la vision paraissait assurée et rétablie ; et cela , sans qu'aucune imprudence pût servir à expliquer cet accident

Nous recommanderons à ceux de nos confrères qui auraient à s'occuper d'affections oculaires dartreuses , l'excellent livre de Baumes de Lyon. C'est dans des ouvrages de cette nature, que le médecin, guidé par une saine philosophie médicale peut puiser des indications positives sur

126 1IUTIS.

la direction des traitements à employer pour arriver au but. Malheureusement notre époque si féconde en articles de journaux est bien pauvre en œuvres méditées et consciencieuses.

IRITIS TRAUMATIQUE.

11 faut distinguer et mettre à part celui qui succède à Topération de la cataracte. Ce travail n'étant pas un traité sur l'iritis, nous ne le décrirons pas , nous dirons seulement , comment nous essayons de le prévenir et comment de le guérir.

Nous saignons aussitôt après l'opération , les malades qui ne sont ni scrofuleux , ni chlorotiques, ni cachectiques. — Nous n'opérons nos cataractes qu'après leur avoir vidé l'intestin avec un lavement laxatif. Si des douleurs de tête se manifestent dans la première nuit après l'opération , nous administrons une ou deux pilules de calomel de cinq centigrammes et nous appliquons sur le cou une ventouse scarifiée ; nous nous efforçons de procurer du sommeil pendant les cinq ou six premières nuits avec des potions contenant du sirop d'opium et de l'eau distillée de laurier cerise. Si malgré tout, l'iritis traumatique se manifeste, nous ajoutons à notre traitement préservatif des frictions mercurielles belladonées, nous recourons de nouveau aux ventouses scarifiées et nous administrons, le plus souvent, à l'intérieur le calomel jusqu'à salivation ou le calomel uni au kermès. C'est dans une période plus avancée que nous avons recours à la ciguë et au cyanure de zinc, la plupart des autres médicaments préconisés en pareille occurence nous ayant fait défaut, excepté toutes fois les vésicatoires et les vésications ammoniacales derrière l'oreille et sur la tête qui souvent nous ont donné d'excellents résultats.

riusieurs cas particuliers des iritis traumatiques nous paraissent demander quelques mots, non pas à cause du traitemont , mais à cause de leur spécialité.

IRITIS. 127

Brûlures. Du plomb fondu , de l'eau bouillante et surtout la chaux produisent parfois dans l'œil des troubles considérables que la méthode abortive fait disparaître le plus souvent, mais il peut arriver, ou que le malade soit mal soigné, ou que le traitement abortif échoue , voici alors comment les choses se présentent :

1° La cornée est entourée d'un chémosis blanc sur lequel se dessinent quelques vaisseaux. Ce chémosis n'est pas séreux , il est blanc mat et n'offre aucune transparence.

2° Autour de ce chémosis la conjonctine et très-injectée.

3° Sur les paupières l'on remarque aussi à l'intérieur quelques points blancs tuméfiés.

4° L'introduction de toute pommade astringente ou caustique dans l'œil est excessivement douloureuse.

5° La cornée présente entre ses lames des points blanchâtres tantôt ronds, tantôt diffus qui sont profondément situés.

6° La pupille est immobile et rétrécie , souvent déplacée.

7° L'iris paraît quelque peu modifié dans sa couleur près du ligament ciliaire.

8° Il y a des douleurs sus orbitairesou circum orbilaires, quelques fois sus auriculaires.

9° L'œil est sensible à la lumière, mais il n'y a pas de photophobie.

10° La vision est confuse.

11° Quelques fois la cornée présente des ulcères, quelques fois il y a sécrétion séro-purulente.

Nous avons toujours été heureux dans le traitement de cette forme de l'iritis et voici notre manière d'agir.

Cautérisation très-légère une ou plusieurs fois le jour de toute la conjonctive, avec une pommade au nitrate d'argent.

Calomel jusqu'à salivation.

Ventouses scarifiées sur le cou.

Frictions mereurielles belladonées du coté malade.

128 IRIT1S.

Plus tard les iodures à l'intérieur.

Enfin notre poudre au sulfate de cuivre dans l'œil.

Cette forme de l'iritis traumatique est intéressante en ce qu'elle montre que l'iritis peut commencer par la partie ciliaire.

Blessures à la sclérotique. — Généralement lorsqu'un corps tranchant ou un projectile font une incision à la sclérotique à un , deux et même trois millimètres de la cornée , il se produit dans cette incision une hernie de l'iris. — Presque toujours cette hernie est recouverte par la conjonctive, à cause du défaut de parallélisme des blessures. Quelques fois même, la sclérotique est coupée sans que la conjonctive le soit. Ce fait assez curieux ne se présente que dans les cas ou la blessure a été faite par un projectile.

Le traitement des affections indiennes consécutives est très-simple. L'on excise la hernie et l'on prévient ainsi la cécité produite par l'oblitération de la pupille. Ce sont deux cas de ce genre qui nous ont appris que l'on pouvait passer par la sclérotique et devant le ligament ciliaire pour pratiquer la pupille artificielle , par décollement et par excision.

Coups de corne de bœuf et fortes contusions. — Ces accidents sont assez communs et produisent presque constamment le décollement de l'iris et son atrophie quelle que soit la couleur des yeux. La chambre antérieure reste pleine de sang et d'un rouge noir , pendant un temps qui varie depuis quelques jours jusqu'à deux mois.

Lorsqu'elle est redevenue plus ou moins nette , on apperçoit des désordres. Voici les principaux parmi ceux que nous avons vus depuis 2 à 3 ans :

A. Une portion de l'iris a été transportée dans la sclérotique quelques fois à l'opposé de son insertion. Le cristallin s'est ramolli et a été résorbé ; la capsule est cataraclée. (J'ai un dessein de ce genre dans ma collection. )

IRITIS. 129

B. Il s'est produit une énorme mydriase et il y a ou il n'y a

pas cataracte.

G. Il y a hernie de l'iris dans la sclérotique atrophie du

reste , la capsule et le cristallin ont été résorbés après

ramollissement.

D. Le décollement de l'iris a produit deux pupilles; mais il

y a vision quoiqu'une portion de l'iris soit atrophiée et que l'on voie des restes de la capsule.

E. Le décollement de l'iris lui a donné la disposition d'un

triangle ; il y a quatre pupilles et vision , mais très-incomplette.

F. L'iris s'est enflammé, s'est accolé à la capsule, il a eu

ramollissement des deux organes résorption complète de la capsule et incomplète de l'iris.

G. La mydriase est entière et l'iris ne se voit pas. La capsule

et le cristallin ont été résorbés, tantôt en entier , tantôt

en grande partie.

Dans ces accidents nous employons les saignées locales par le cou, avec des ventouses à pompe, des potions opiacées avec l'eau de laurier cerise , des frictions mercurielles belladonées , le calomel à l'intérieur , généralement à la dose d'un décigramme tous les jours, afin de tenir le ventre libre. — De cette manière, nous arrêtons constamment les douleurs et nous rendons presque toujours la vue aux malades ; mais la vision est ce qu'elle peut. Pour faciliter la résorption, nous faisons usage après la première semaine de vésications ammoniacales sur le cuir chevelu , derrière l'oreille et sur le front.

Piqûres de l'iris des procès cilidires et de la choroïde. — • Cet accident , trop fréquent , est produit par des canifs , des aiguilles, des pointes de ciseaux; il entraîne constamment la perte de la vue , et plus tard , celle de l'œil; un staphylôme annulaire et variqueux , entourant toute ou presque toute la

430 IRITIS.

cornée , compliqué d'hydrophtalmie , condamne le chirurgien à enlever la partie antérieure de l'œil. Voici la marche des accidents traumatiques produits par ces blessures si dangereuses.

1° La cornée et l'iris portent les traces d'une blessure, mais on ne voit rien de plus.

2° Les premiers accidents traumatiques cèdent plus ou moins aisément; il se produit une cataracte, et malgré la guérison de l'iris et de la cornée, il existe des douleurs sourdes.

3° L'œil paraît plus gros, la sclératique plus bleue au pourtour de la cornée , et la cataracte a quelque chose de particulier, qui n'est cependant pas semblable à ce que Ton voit dans le glaucome.

4° La cataracte disparait , la pupille devient nette , l'œil grossit, et la cornée est enchâssée dans un cercle bleu.

5° L'œil grossit encore; s'il est bridé, il distend les paupières, et peut prendre le volume d'un œuf de canne placé sur l'orbite , sans arriver à se rompre ; s'il n'est pas bridé , il peut sortir en avant des paupières et présenter une difformité dégoûtante.

A cette époque , trois choses peuvent avoir lieu :

1° Un travail de résorption peut se faire et l'œil s'atrophier; j'en ai vu des exemples.

2° L'état peut rester stationnaire , surtout si l'œil est recouvert en partie par les paupières distendues.

3° L'œil se rompt et donne lieu à un ulcère de très-mauvaise nature.

Que faire en pareil cas? Enlever, avant cette dernière période, toute la partie malade , afin d'avoir un moignon sain qui préside aux mouvements de l'œil d'émail. Cette opération, très-facile , se fait en deux temps.

1er temps. On taille un lambeau supérieur avec un bistouri à lame large et fort peu épaisse.

IRITIS. 131

2me temps. On coupe la partie inférieure du lambeau avec des ciseaux courbes, sans pointe, non pas en un coup, mais en deux , parce que l'opération se fait mieux ainsi.

Je rencontre très-fréquemment les accidents que je viens de décrire; et cinq fois, cette année, j'ai eu à pratiquer l'opération qui précède.

Voici un cas qui résume tout ce qui peut arriver lorsque l'on fait l'ablation de la partie antérieure de l'œil.

Mlle Adèle Radnac, jeune enfant de sept ans, demeurant au château de Lorges , près Quintin , est blessée à l'œil droit par une pointe de ciseaux. La cicatrice se fait bien, mais l'œil grossit un peu et devient trouble. L'enfant est alors conduite par Mlle Hervé Dulorrain , sa tante , près d'un spécialiste. Le cas est méconnu et pris pour une cataracte. Conduit à Rennes par le mauvais état de ma santé, en octobre 1843, j'y reçois la visite de M. Radnac et de Mlle Hervé Duhorrain , qui m'amenèrent la jeune enfant. Je déclare que la cataracte, si tant est qu'il y en ait, disparaîtra, que l'œil grossira encore , et que la cornée sera un jour enchâssée dans un cercle bleu ; cependant, je conseille divers moyens pour éviter cette aggravation du mal, ainsi des astringents et des mercuriaux. L'œil diminue un peu ; pendant trois mois, les choses vont mieux , puis , le mal reprend ; il se manifeste des douleurs susorbitaires, puis sus-auriculaires; enfin, mes prédictions se réalisent tout-à-fait complètement. L'œil devient hideux, et l'enfant m'est amenée à Nantes. — Je procède à l'ablation de la partie antérieure de l'œil , en faisant un lambeau supérieur avec un couteau , tandis que je taille l'inférieur en deux coups de ciseaux avec toutes précautions, pour avoir un moignon convenable et sans strabisme , ce qui n'est pas indifférent. Mon ami Kostrewski , mon aide actuel Walzinski , le père et mon domestique me servaient d'aides. L'opération fut très-difficile à cause delà grande indocilité de l'enfant; elle

132 1RITIS.

ne dura, toutefois, que quelques secondes. Une hémorragie

de quarante-huit heures et des vomissements pendant quatre jours furent les suites de cette opération. Plus tard, il fallut détruire avec la pierre un caillot qui était placé entre les lèvres de la sclérotique et présentait l'aspect d'une tumeur fibreuse, ayant, ce qui me paraissait très-fâcheux, des adhérences intimes avec les parties contigùes. — Le quinzième jour, la cicatrice était en bonne voie; le trentième, elle était parfaite.

L'on n'a pas toujours ces accidents à redouter; ainsi, cette année même, nous avons opéré la cousine de M. Doucin, teinturier, sur la Fosse, 12, et la guérison a été parfaite au bout de huit jours ; chez le fils de M. Sabot , de Châteaubriant , elle a été complète le quinzième; chez une vieille femme, indigente, le dixième ; chez un journalier de Nort , le dixième, etc. Dans tous ces cas l'humeur vitrée était désorganisée; il y avait de plus altération de l'iris, de la choroïde et des procès ciliaires.

Nous laisserons de côté les autres accidents traumatiques de Firis qui peuvent se présenter, et nous passons aux affections de la membrane de l'humeur aqueuse.

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