AFFECTIONS DE LA MEMBRANE DE L'HUMEUR AQUEUSE
Voici quelques cas qui présentent de l'intérêt et qui caractérisent cette affection sur laquelle on a peu écrit en France.
Mlle Victoire N. , de Iïéric , me vient dans les premiers jours d'août 4844; elle est aveugle; toute la partie interne des cornées est recouverte d'une exsudation blanche; il est impossible de voir l'iris. Le pourtour des cornées est malade, et prêt à s'ulcérer; il y a photophobie , la menstruation se fait mal. Cette demoiselle est âgée de vingt ans. — Calomel jusqu'à salivation, sangsues aux cuisses, pommade au calomel dans l'œil, frictions sur le froat et les tempes lawc le proto iodure
IRITIS. *33
de mercure ; j'échoue complètement. J'administre alors à l'intérieur les quatre pilules suivantes , chaque jour, pendant un mois.
Proto iodure de fer, quatre décigrammes;
Idem de potassium , deux décigrammes ;
Poudre inerte q. s. ;
Faites, quatre pilules.
La malade les prend en mangeant , parce que l'estomac ne peut les supporter. — Chaque jour j'introduis dans l'œil une pommade résolutive , avec camphre, oxide rouge et calomel , quelquefois une poudre avec les sulfates de cuivre et de morphine; et au bout d'un mois, les pupilles sont nettes. Rien ne me fait supposer que la face antérieure de l'iris ait été malade.
La même maladie se présente quelque fois sous la même forme, dans un état bien plus avancé ; elle est alors incurable; j'ai vu en pareille occurrence la cornée présenter à l'intérieur des gonflements très-considérables, analogues aux exostoses. J'ai encore deux cas de ce genre dans ma clientèle , dans lesquels j'ai complètement échoué. Chez l'un , la chambre antérieure est à peu près remplie par celte espèce d'exostose.
Autre forme de la même maladie. — Un paysan des environs de Saint-INazaire , âgé de 17 ans, lymphatique et chlorotique, souffrant depuis six mois, m'est adressé cette année par le curé Fleury. Il n'y a pas iritis, mais la membrane de Descemets est malade dans tout le pourtour de la cornée, de manière à former une zone circulaire , plus large en haut qu'en bas, au milieu de laquelle on voit un iris sain et une pupille libre. Les frictions de proto iodure et le sirop antiscorbutique avec iodure de potassium et iodure de fer, ont guéri en quinze jours le malade : j'ai fait copier ce cas, et j'en publierai quelque jour le dessin.
134 IRIT1S.
Troisième forme de la même maladie. — L'enfant du tambour de la garde nationale de mon ancienne compagnie a l'œil droit malade ; cet enfant est psorique , présente des éruptions papuleuses et vésiculeuses à la peau, notamment à la figure. La partie de la membrane qui est affectée correspond au centre de la cornée; là s'est établi un ulcère que j'ai guéri par un cautère appliqué à l'extérieur. — J'ai donné à l'intérieur quelques purgatifs et des pilules d'iodure de potassium et de fer, avec le savon médicinal; de temps à autre le calomel et la cigûe. Il va bien.
Je viens de guérir de la même manière un paysan de Machecoul qui était aussi lui dartreux. La cautérisation du centre de la cornée a produit une grande amélioration.
Quatrième forme. — Un compagnon tanneur, qui se trouvait à Lyon en 4842, dans le service du docteur Bouchacourt, quitta l'hospice pour revenir près Nantes , dans sa famille. Une fois de retour, on me l'adressa. La cornée , dans ses deux tiers postérieurs , était envahie par une sécrétion abondante séro-puri forme , contenue entre la membrane et la cornée elle-même. J'ai employé une pommade résolutive , puis une ponction , puis les moyens intérieurs ci-dessus indiqués , et je n'ai obtenu qu'une demi-guérison.
Je reviendrai plus tard sur cette maladie dont je compte décrire complètement les symptômes objectifs et subjectifs. Pour le présent, je crois devoir passer outre en faisant remarquer, toutes fois , que je n'ai jamais rencontré la maladie de l'humeur aqueuse dégagée de tout vice interne.