II AVANT- PROPOS
C'est en ce sens qu'on pourrait dire que, pénétrées des traditions de la fin du xviii^ siècle, ces pages gardent leur unité.
Il est en effet des esprits qui, tout en comprenant leur temps et ses transformations sociales et économiques, se sont, par instinct autant que par une éducation continue, montrés toujours rebelles à l'influence de la sécheresse et de la brutalité qui, sous des couleurs scientifiques, dominent momentanément noire littérature.
Pour ces esprits-là, s'il fallait absolument choisir entre l'exagération du positivisme dans les œuvres de l'imagination et cette passion effrénée d'idéalisme qui gagna après 1830 le monde des lettrés et des artistes, le choix ne se ferait pas attendre. Nous en connaissons qui n'hésiteraient pas.
Un instant nous avons pu croire, après les malheurs de 1870, que la forte secousse ressentie par la nation aurait un retentissement prolongé dans les cerveaux et modifierait profondément l'influence néfaste exercée sur
AVANT-PROrOS. III
riuiagiiialiuii franraiso par les événements de i85'2. Ces espérances ont élé déçues. La science seule a suivi inipcrturbablemcnt son travail de dissection et de reconstruction, sans se préoccuper des modifications morales du pays. Tout laisse présumer que ce siècle, qui n'a quelques années à vivre et une si longue histoire à raconter, ne verra pas la résurrection de ridéal.
Gomprendra-t-il mieux la liberté?
Les générosités de la jeunesse d'autrefois se sont réveillées chez les nouvelles générations qui suivent les leçons des maîtres éminents de l'Université. Des indices sérieux permettent de croire à un progrès de l'éducation politique dans les classes moyennes. C'est celte jeunesse intelligente qui tient dans ses mains les destinées des institutions libres. C'est cette élite intellectuelle qui formera les cadres de la grosse armée électorale.
Tous ceux qui, depuis longues années, mettent un esprit équilibré au service des convictions politiques, sont obligés de reconnaître