‹ Études d'un autre tempsChapitre 5 sur 41 · THOMAS ET DE DUGIS · texte numérisé non relu

THOMAS ET DE DUGIS

Si les écrits de Thomas satisfaisaient le goût, autant qu'ils satisfont la conscience, la France ne compterait pas une gloire littéraire plus brillante et plus pure. Personne, du temps de madame de Pompadour, personne, hormis Vauvenargues, n'a su porter la noblesse de l'intelligence avec une modestie plus fière, la noblesse de l'âme avec plus de désintéressement.

Né un siècle plus tôt, Thomas eût demandé asile à Port-Royal-des-Ghamps; il était de la race des Saint-Cyran et des Lemaître-; il eût été un pénitent de M. Singlin. — Venu dans une

époque où T Académie remplaçait la chaire, il se contenta d'être un stoïcien, et de garder, dans le commerce de la vie, une sincérité si douce et si austère, qu'on ne pouvait l'approcher sans être pénétré d'estime pour lui.

Cette élévation de caractère, cette dignité morale qui lui ont inspiré les éloges de Marc- Aurèle et de Descaries, Y Ode an Temps et les parties saillantes de V Essai sur le Panégyrique^ ces qualités rares qui lui dictèrent un jour ce vers :

J'aime mieux n'être plus, (jue de vivre avili,

on les retrouve sous une forme éloquente, dans sa correspondance avec Ducis.

Nous valons peut-être moins que nos pères, et, certainement nous sommes devenus plus difficiles qu'eux. En littérature, nous recherchons surtout Foriginalité et la distinction. Gomme nous avons un hesoin impérieux de la vérité, et le sens très vif de la réalité des choses, nous détestons ce qui est froid et vide. L'homme nous attire plus que Fauteur.

Nos goûts modernes ne seront pas froissés. L'attrait des lettres que Thomas écrivit à Ducis est précisément qu'elles montrent à nu le cœur

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