Cour de feu dans l’oreille
Extraction du projectile logé dans le rocher.
De... Florimond, salle Malgaigne n° 57, a tenté de se suicider en se tirant un coup de revolver (7 millimètres) dans l’oreille droite. II
RECUEIL DE FAITS CLINIQUES
existe une ecchymose et du gonflement de la région parotidienne, une paralysie faciale droite totale à peu près complète et une paralysie auditive du même côté. Aucun trouble intellectuel, si ce n’est l'état de mélancolie qui l’avait poussé au suicide. On désinfecte avec soin le conduit auditif externe et au bout de vingt jours, le malade sort ayant conservé sa paralysie auditive et faciale. Dix jours plus tard, il rentre à l’hôpital, souffrant de vertiges, de céphalalgie; il ressent par instant dans l’oreille un violent sifflement, comme un jet de vapeur. Le fond du conduit auditif externe est rétréci par des bcmrgeons charnus. Un stylet donne le contact profondément (4 centimètres) d’une surface dure que l’explorateur Trouvé permet d'affirmer être le projectile enclavé dans le rocher (probablement au devant de la pyramide.)
Opération. — Le pavillon de l’oreille est décollé en arrière du conduit auditif, la paroi mastoïdienne de ce conduit enlevé.e à la gouge et au maillet, ce qui fait une large brèche jusqu’à l’oreille moyenne. L’explorateur Trouvé indique le siège précis de la balle. On peut ainsi la mettre à découvert et la dégager de la substance osseuse dans laquelle elle se trouve sertie. Cavité bourrée à la gaze iodoformée, suites simples. A partir de l’intervention, les phénomènes cérébraux disparurent entièrement, sauf la paralysie faciale et auditive.
27. — Plaie du cerveau par balle de revolver. Diagnostic du SIÈGE DES LÉSIONS PAR LES LOCALISATIONS CÉRÉBRALES (OBS. dans les Bull, de l'Acad, de méd., séance du 3 février 1891, n° 3, p. 139; — in extenso dans les Bull, de la Soc. anatom., février 1891, p. 112).
Paul Au..., âgé de 27 ans, est amené salle Malgaigne, n° 51, le 23 janvier 1891. Il venait de se tirer un coup de revolver dans la partie antérieure de 1^ région temporale droite. On constata comme symptômes primitifs de l’hébétude, sans coma, de l’aphasie sans paralysie de la langue, une paralysie du facial inférieur du même côté que la blessure, une paralysie des muscles frontal et sourcilier du même côté due à la section des filets les plus élevés du facial parle projectile au moment de sa pénétration, une très légère parésie du membre supérieur, également du même côté que la blessure.
Une lésion du tronc facial dans l’intérieur du crâne ne pouvant être admise je diagnostiquai une blessure des deux lobes frontaux par le projectile qui avait dû aller se placer dans le lobe frontal
CRANE ET RACIIIS
gauche au voisinage des centres du langage articulé, des mouvements de la face et du membre supérieur
Comme symptômes relativement tardifs il se produisit chez le blessé dans la nuit du deuxième au troisième jour des convulsions épileptiformes du même côté que la blessure, qui eurent pour sièges principaux la face et les bras, et comme siège accessoire le membre inférieur. Sur ce membre, elles ne se montraient qu une fois, tandis que sur la face et le bras, elles se reproduisirent à quatre reprises.
Je diagnostiquai une poussée hyperhémique partie du foyer de contusion et due à une action à distance sur la partie supérieure de la zone motrice.
Je ne fis pas la trépanation parce qu’il ne devait y avoir chez le blessé ni enfoncement de la table interne du crâne, ni collection sanguine intra-cranienne, et que la trépanation ne peut rien contre la contusion cérébrale.
Tenant compte des symptômes primitifs et des symptômes tardifs je pensai définitivement que le projectile après avoir traversé les deux lobes frontaux, était allé se loger dans un point du lobe frontal gauche intermédiaire aux centres du langage articulé, des mouvements de la face et du membre supérieur, vers le pied de la deuxième circonvolution frontale et dans la partie voisine de la troisième circonvolution frontale au-dessus et en avant du centre du langage articulé.
Une congestion pulmonaire, survenue sans cause manifeste emporta le malade, bien qu’il eût recouvré une partie de son intelligence.
L’autopsie montra que le diagnostic avait été exact.
L’orifice d’entrée du projectile se voyait sur le lobe frontal droit à l’union de sa face externe avec sa face inférieure. Sur le lobe gauche, on voit une destruction du pied de la deuxième frontale et une légère suffusion sanguine s’étendant jusqu’au sillon de Rolando.' Au niveau de la deuxième frontale, la dure-mère présente une ecchymose, mais la table interne est intacte. La balle ne se voit pas. On la découvre en faisant une coupe horizontale du cerveau et on constate qu’après avoir frappé la dure-mère au niveau de la deuxième frontale elle s est réfléchie en passant sous la frontale ascendante, sous la pariétale ascendante et s’est arrêtée sous l’écorce de la partie antérosupérieure du lobule du pli courbe (calibre 7 mm.)
Cette observation démontre : 1° que la trépanation primitive ne pouvait en rien améliorer la situation; 2° que le diagnostic d’une lésion corticale à gauche était exact et précis, mais que la balle
RECUEIL DE FAITS CLINIQUES
ayant ricoché contre la face interne de la dure-mère ne se trouvait plus au point où la lésion corticale faisait supposer sa présence.
-8- — Fracture du crâne avec épanchement intracrânien. Trépanation ET ÉVACUATION DU FOYER. RÉUNION PRIMITIVE. DÉLIRE POST-OPÉRATOIRE. GUÉRISON.
Casimir B..., âgé de 30 ans, chevrier, est amené à l’hôpital le 4 octobre au soir dans le coma. 11 était tombé de l’impériale d’un train en marche et avait probablement heurté un tunnel.
Le lendemain matin, 5 octobre, on le trouve toujours sans connaissance, mais agité. 11 n'y a pas de paralysie, mais un peu de diminution de la sensibilité et de la motilité dans le côté gauche du corps, la parole se traduit par quelques mots sans suite. Le malade a saigné du nez. Il existe à gauche au-dessus de l’oreille une plaie contuse verticale longue de 7 centimètres. Région temporale empâtée, on ne sent pas de trait de fracture. L’agitation augmente dans la journée, délire à voix haute toute la nuit.
Le 6 octobre, le malade est chloroformé et par deux incisions tombant sur la plaie contuse, on découvre largement la fosse temporale et on aperçoit un long trait de fracture dont les bords sont enfoncés et qui après avoir parcouru verticalement le pariétal, se dirige obliquement en avant et en bas vers l’étage antérieur du crâne. Deux couronnes de trépan sont appliquées le long du trait de fracture dans le point correspondant à la partie inférieure de la ligne rolandique et l’ouverture largement aggrandie à la pince de Liston. Cette brèche permet d’évacuer un vaste foyer sanguin qui s’étend jusque dans la fosse orbitaire. La méningé moyenne ne donne pas de jet. Une longue mèche de gaze iodoformée est laissée à demeure entre la dure-mère et l’os, et sort par la partie inférieure de la plaie dont le reste est suturé complètement.
Les suites opératoires ont été des plus simples; pas d’élévation de température et cicatrisation complète en douze jours, aucun phénomène du côté de la motilité ni de la sensibilité. Mais il n’en fut pas de même de l’état mental. Le malade était calme pendant le jour, mais ne répondait aux questions qu’on lui posait que par des paroles incohérentes. Cependant il tirait la langue ou étendait le bras lorsqu’on lui en faisait l’injonction. Dès la première nuit se montra une agitation qui se renouvela en s’accentuant les nuits suivantes. Ce furent d’abord des cris, des imprécations, puis des gestes désordonnés qui nécessitèrent la camisole de force. Le 20 octobre, l’agitation devint diurne et nocturne. Le malade vociférait constamment en patois,