Decrelum, lil). V, tit. 33. Cf. Patetta, p. 3GD
La doctrine de l'Église sur les Ordalies est désormais fixée, précise, formelle, authentique. Il ne reste plus qu'à la faire pénétrer dans les lois civiles et dans les mœurs. Ce sera l'ouvrage des princes et du temps '.
i. Sur ce point, voir dans Patetta (p. 413-477) un cliapitre intitulé: Ultime vicende del giudizio di Dio.
LES PAPES ET LA SAlNT-BARTHÉLEMY
Longtemps la Saint-Barthélémy a été considérée par une certaine école comme le crime des papes ^. La critique moderne a fait justice de cette odieuse imputation. Il ne manque pas cependant d'historiens encore disposés à rejeter sur Pie V et Grégoire XIII le forfait de Catherine de Médicis. A les entendre. Pie V aurait poussé la cour de France à l'attentat du 24 août, et Grégoire XIII qui suivit la même politique se serait réjoui du crime en pleine connaissance de cause. Comme preuve du premier point on allègue la phrase suivante et quelques autres de même style, empruntées aux lettres de Pie V : « Ce n'est que par l'exlermination entière des hérétiques que le roi pourra rendre à ce noble royaume l'ancien culte de la religion catholique. Si Votre Majesté (Catherine de Médicis) continue à combat-
1. Un écrivain protestant a osé écrire : « Si la pointe du poignard frappa à Paris, la poignée était à Rome on sait en quelles mains. » Bulletin de la Société du protestantisme français , t. III, p. Ii2, cité par Baguenaut de Puchesse, Questions controversées de la science et de l'histoire, 2« série, p. i'J'J.
tre ouvertement et ardemment les ennemis de la religion catholique jusqu'à ce qu'ils soient tous massacrés, qu'elle soit assurée que le secours divin ne lui manquera pas^. » En ce qui regarde Grégoire XIII, comme il assista, après les événements du 24 août, à un Te Deum d'actions de grâces, qu'il fit graver une médaille commémorative du massacre des Huguenots, et chargea le peintre Vasari de représenter la Saint-Barthélémy dans une des salles du Vatican, on en conclut qu'il voulut, à bon escient, éterniser le souvenir de l'attentat, et qu'il s'y associa de cœur dans la mesure oîi il lui était possible de le l'aire.
Ces conclusions, que Ton tire et des écrits d'un pape et des actes d'un autre, sont-elles justes et peuvent-elles se soutenir historiquement ? Nous ne le pensons pas. Nous persistons à croire que les conseils de Pie V touchant l'extermination des Huguenots ne sont pas incompatibles avec la réprobation d'un massacre tel que celui du 24 août, et qu'en réalité le pape désavoua d'avance l'exécution d'un pareil forfait. Nous estimons également que les diverses manifestations de la joie que montra Grégoire XIII à la nouvelle de la Saint-Barthélémy sont dues, en partie, à l'insuffisance ou à l'inexactitude des renseignements qui lui furent officiellement adressés, et en tout cas ne constituent pas une ratification de l'attentat.
C'est pour mettre ces divers points en lumière que nous entreprenons ici un nouvel examen d'une question déjà mille fois traitée. L'œuvre n'est pas sans
' 1. Lettre à Catherine de Médicis, du 28 mars 1569.
offrir quelques difficultés. Il faut placer les hommes et les événements dans leur cadre vrai, et se garder de les juger d'après les idées de notre temps. Chaque siècle a ses idées, ou, si l'on veut même, ses préjugés, auxquels les meilleurs esprits n'échappent guère. Pour bien apprécier le moyen âge ou la Renaissance, il est nécessaire de se faire une âme liistorique, une âme d'ancêtre.
On ne comprendrait pas, en particulier, la conduite et le langage que tint saint Pie V à propos des affaires de France, si Ion ne connaissait les idées maîtresses qui gouvernèrent sa vie. Aussi n'aborderons-nous la question spéciale de sa participation, directe ou indirecte, éloignée ou prochaine, à la Saint-Barthélémy, qu'après avoir montré quel traitement il entendait appliquer d'une façon générale aux hérétiques, et quels motifs justifiaient à ses yeux leur extermination.