Jaugey, Le procès de Galilée, p. ^li
2. Pour plus de détails sur le développement scientifique à cette époque, cl'. H. de l'Épinois, La question de Galilée, Paris, 1878, p. 27-2- 300; Grisar, Galileistudien, p. 337-336.
les Congrégations romaines contre la théorie du mouvement de la terre arrêta pour un temps ^ , et dans l'esprit du pape et des cardinaux devait arrêter pour jamais les recherches destinées à élever jusqu'à la hauteur d'une certitude scientifique l'hypothèse copernicienne. Une apologétique malavisée peut seule contester l'exactitude de ce fait.
Sans le mettre en doute, quelques apologistes plaident en faveur des Congrégations romaines les circonstances atténuantes. Ils font remarquer que la sentence de 1616, répétée en 1633, ne fit que ralentir ou suspendre pendant quelque temps le progrès des études favorables au système copernicien; et encore, disent-ils, dans ce ralentissement ou cet arrêt momentané, que l'on attribue uniquement à la cour de Home, serait-il juste de rejeter une part de responsabilité sur les chefs du protestantisme; enfin la Providence permit que le préjudice porté à la science astronomique fût largement compensé par des avantages surnaturels qui enrichirent le patrimoine moral de l'humanité.
Il y a dans ces observations une part de vérité que nous nous garderons bien de méconnaître. Mais, au point de vue historique, les conséquences de l'erreur et, disons-le, de la faute commise par les Congrégations romaines, n'en demeurent guère moins graves pour cela.
Sans doute le développement de la théorie coper-
1. Descartes, pour ne citer qu'un savant de premier ordre, suspendit ses recherches sur le mouvement de la terre. Il n'osa même publier son Monde, dans lequel était exposée la théorie copernicienne, considérant que cela était « hors de saison ■. Œuvres, t. I, p. 324. Il aime mieux, dit-il, qu'on blâme son silence que ses discours. Lettre du 12 février 1638, dans Œuvres, 1. 1, p. 518; cf. t. V, p. 550.
nicienne n'a pas été absolument arrêté au xvii* siècle. Après 1616, Galilée continua d'y travailler. Si, après 1633, il cessa par obéissance d'en poursuivre la démonstration, d'autres reprirent son œuvre où il l'avait laissée et finirent par donner à l'hypothèse du mouvement de la terre les caractères d'une certitude scientifique. Mais ce travail s'accomplit en violalion de la sentence prononcée par l'Index et le Saint- Office. Il ne tint pas à ces tribunaux que la démonstration en restât au point où elle était en 1616. C'est malgré eux que l'opinion qu'ils avaient déclarée hérétique s'est transformée en vérité scientifique. Ils sont donc responsables de l'arrêt, si court soit-il, que subit le progrès de cette transformation.
Faut-il rejeter sur les protestants une partie de la responsabilité ? A coup sûr, certains chefs du protestantisme, et des plus illustres, étaient aussi hostiles que la grande majorité des théologiens catholiques à la théorie copernicienne. Luther voyait dans l'opinion du savant chanoine de Frauenburg une idée de fou, qui brouille toute l'astronomie ; et Mélanchton déclarait qu'un tel système était une fantasmagorie et le renversement des sciences. On sait que l'astronome protestant Kepler dut quitter le Wurtemberg, sa patrie, à cause de ses opinions coperniciennes. En 1639, le surintendant général de Wittemberg, Calovius, proclamait hautement que la raison devait se taire quand l'Ecriture avait parlé, et constatait avec joie que les théologiens de sa confession, jusqu'au dernier, bis auf deii letzten Mann, rejetaient la doctrine du mouvement de la terre. Ces sentiments étaient encore répandus parmi les docteurs luthériens au xviii^ siècle. En 1744, le pasteur
Kohlreiff, curé de Ratzeburg, prêchait résolument que la théorie copernicienne était une abc-minable invention du diable \
Dételles appréciations ne pouvaient manquer d'influencer les penseurs protestants. Mais l'aire de cette influence était très limitée. Si l'on en croit le cardinal HohenzoUern, l'Allemagne luthérienne aurait, en général, accueilli favorablement l'opinion de Copernic ^. Du reste le libre examen, qui était la règle de foi des hérétiques, leur donnait, en matière d'exégèse et de théologie, une latitude que ne possédaient pas les catholiques. Pendant que ceux-ci étaient obligés de soumettre leur intelligence à la décision des Congrégations romaines, il était loisible aux luthériens de s'en rapporter uniquement à leurs propres lumières sur les points que Luther lui-même aurait eu la prétention de définir. Si donc l'hostilité des chefs protestants contre la théorie copernicienne contribua à ralentir le mouvement des études astronomiques, ce ne fut sûrement que dans une très faible mesure. La responsabilité presque entière de ce ralentissement, osons le dire, remonte aux tribunaux de l'Eglise romaine.
Cette conclusion n'est pas pour déconcerter tous
1. Cf. sur ces divers points, Grisar fialileistudien, p. ■124, 283-288. Descartes apprend que certains ministres luthériens attaquent la doctrine copernicienne, et s'en félicite. « Je ne suis pas marry que les ministres fulminent contre le mouvement de la terre ; cela conviera peut-être nos prédicateurs à l'approuver. » Lettre à Mersenne, décembre 1640, Œuvres, t. III, p. 238.
2. « Zoller... mi disse aver parlato con Nostro Signore in materia del Copernico, e corne gli eretici sono tutti délia sua opinione e riianno per certissima. » Lettre de Galilée à Cesi (8 juin 1624), dans Le Opère, t. VI, p. 2%. Gassendi écrivait de Hollande en juillet 162'J, après avoir vu les savants du pays : « Au reste tous ces gens-là sont pour le mouvement delà terre. » Lettres de Peiresc, t. IV, p. 202.
les apologistes. Certains en prennent aisément leur parti, et, au lieu de voir dans la décision qui frappa le système de Copernic une erreur dont les suites furent extrêmement fâcheuses, ils y découvrent au contraire une attention particulière de la Providence et un bienfait pour les âmes. Voici comment ils raisonnent : « Tout, disent-ils, dans l'économie du plan divin tend au salut de l'humanité ; l'ordre naturel est subordonné à l'ordre surnaturel, la science à la vertu, la raison à la foi. Or, qui ne voit que la somme de vertus pratiquées par les savants qui se soumirent de cœur et d'âme aux décisions des tribunaux romains vaut infiniment plus, non seulement aux yeux de Dieu, mais encore pour le progrès de l'humanité, que le développement d'une science, fûtce de la science astronomique? D'ailleurs la Providence, qui veille sur les petits comme sur les grands, en permettant qu'une hypothèse destinée à renverser l'enseignement reçu fût arrêtée dans son développement, a voulu ménageries faibles, que la transformation trop rapide de cette hypothèse en vérité scientifique aurait scandalisés. Sans doute les partisans du système condamné devaient aussi se scandaliser du coup qui les atteignait. Mais, tout compte fait, ce scandale est peu de chose en comparaison de celui qui eût éclaté si les Coperniciens avaient été autorisés à troubler les esprits par le libre exposé de leur doctrine. L'arrêt momentané de leurs recherches a donc été plutôt favorable aux intérêts supérieurs de l'humanité, et il est permis d'y voir une marque que Dieu veillait sur son Eglise. »
Telle est, réduite à sa plus simple expression, la
thèse que soutient le P. Grisar^ Malgré la part de vérité qu'elle renferme, elle a bien l'air d'un paradoxe et d'une gageure.
Que la vertu soit d'un prix incomparablement supérieur à la science, on peut très bien l'admettre sans que cette concession justifie le moins du monde la condamnation de la théorie copernicienne. Le progrès de la science n'est pas incompatible avec la pratique de la vertu. Si les Congrégations romaines voulaient obtenir un acte d'obéissance des catholiques dans la question controversée, il dépendait d'elles que leur décision fût juste, au lieu d'être erronée. La soumission des esprits n'eût pas été moins méritoire dans un cas que dans l'autre 2.
INlais il fallait, dit-on, prévenir le scandale des faibles.
Les faibles dont on parle, c'est, avant tout, le peuple chrétien, ce sont aussi les théologiens inféodés au système d'Aristote et de Ptolémée.
Le peuple n'a guère d'opinion arrêtée en matière d'exégèse, et, bien qu'il tienne ferme à ce qu'il a cru dès l'enfance, il laisse volontiers les savants débattre entre eux les questions controversées. Pour le dogme, il s'en rapporte avec raison à l'autorité de l'Église. Si l'Eglise ne s'était pas prononcée sur la théorie copernicienne, il n'est pas vraisemblable qu'il se fût ému ou scandalisé de son silence. Les générations suivantes, élevées dans l'idée que le mouvement de la terre pouvait fort
i. Galileistudien, p. 123, 3i4, 334-356.
2. Le D' Funk fait la même remarque : « Der Gehorsam konnte geiibt werden, ob die Entsclieidung so oder anders ausBel. Es handelle sich bloss darum, auf welcher Seite er geiibt werden sollte. ■ Zur Galilei-Frage, loc. cit., p. 473.
bien se concilier avec les textes scripturaires, auraient plus ou moins lentement abandonné l'opinion de Ptolémée.
Les théologiens avaient besoin, ce semble, de plus de ménagement. Il leur fallait faire le sacrifice d'une théorie qu'ils regardaient comme sûre et presque de foi. Un pareil acte de renoncement était dur à leur raison. Mais comme ils se réclamaient bruyamment de l'autorité de l'Eglise, ils eussent eu mauvaise grâce à se scandaliser si l'Église se fût prononcée contre eux, ou si seulement elle eût refusé de prendre une décision. Dans cette dernière hypothèse, on peut même s'étonner qu'ils se fussent révoltés, car on ne leur imposait pas le sacrifice de leurs théories; on leur demandait seulement de supporter que d'autres eussent, aussi sincèrement qu'eux, en matière scientifique, une conviction contraire à leur conviction.
Quand on parle de sacrifice auquel eussent été réduits les partisans du système de Ptolémée, on oublie trop que les partisans de la théorie copernicienne étaient condamnés, en vertu de la sentence des tribunaux romains, à faire un sacrifice autrement grave. A ceux-ci on ne demandait pas seulement de tolérer l'opinion de leurs adversaires; on exigeait d'eux qu'ils renonçassent de cœur et d'intelligence à la leur propre. Ils étaient donc plus que les autres en danger, pour ne pas dire en droit, de se scandaliser.
Prétendra-t-on qu'ils ne pouvaient raisonnablement alléguer leur conviction scientifique, parce qu'ils n'avaient pas la preuve absolument péremptoire que le système auquel ils étaient attachés fût
vrai? L'argument se retourne contre leurs antagonistes. Ceux-ci, non plus, n'avaient pas (et pour cause) la preuve décisive que la théorie de Ptolémée fût conforme à la réalité des phénomènes. Si donc, à égalité de convictions personnelles, il fallait contraindre les uns ou les autres à faire le sacrifice de leur opinion, il était juste que cette obligation tombât, non sur les Coperniciens qui avaient l'avantage de tenir la vérité, mais sur leurs contradicteurs dont la théorie devait être finalement reconnue erronée.
En vain insinuera-t-on que la conviction des Coperniciens ne pouvait être profonde. Le contraire est beaucoup plus vraisemblable. Souvenons-nous que Galilée lui-même, malgré la sincérité de son abjuration, eut des accès de révolte, évidemment provoqués en partie par la force des raisons scientifiques qui justifiaient à ses yeux la: théorie copernicienne. Les arguments qui l'avaient convaincu, renforcés de jour en jour par des recherches et des découvertes nouvelles, ne pouvaient manquer d'influencer, de tyranniser en quelque sorte les savants qui voulaient demeurer sincères avec eux-mêmes. Pendant deux siècles ceux-ci furent donc tiraillés en sens divers, essayant avec plus ou moins de succès d'accorder ensemble les exigences de leur raison et la décision des tribunaux romains ^ . C'est dans cette lutte dou-
1. Le cas de Descaries est, à cet égard, typique. L'auteur du Monde se met à la torture pour accorder la théorie du mouvement de la terre avec la décision de Rome. « Pour la censure de Rome touchant le mouvement de la terre, je n'y voy aucune apparence; car je nie expressément ce mouvement, écrit-il vers dG44. Je croy bien que d'abord on pourra juger que c'est de parole seulement que je le nie, affin d'éviter la censure, à cause que je retiens le système de Copernic; mais, lorsqu'on examinera mes raisons, je me tais fort qu'on trouvera qu'elles sont sérieuses et solides, et qu'elles mons-
loureuse que résidait pour les faibles le danger d'un véritable scandale. Il ne cessa que le jour où l'Église se décida à rapporter le décret de 1616 et la sentence de 1633.
Et encore ne saurait-on dire en toute vérité que le danger ait dès lors entièrement disparu. Le souvenir de la condamnation de Galilée, avec ses suites, pèse toujours comme un cauchemar sur nombre d'intelligences contemporaines. Sans parler des hommes de parti qui saisissent avidement dans l'histoire cette erreur de l'autorité ecclésiastique pour s'en faire, contre toute justice, une arme avec laquelle ils essaient de battre en brèche l'infaillibilité de l'Église enseignante, combien d'esprits faibles restent frappés de la faute commise par l'Index et le Saint-Office, et n'arrivent pas ou n'arrivent que difficilement à surmonter la défiance que leur inspirent les jugements de ces tribunaux! Certes, pour une erreur commise, il ne convient pas de tenir éternellement en suspicion la prudence bien connue des Congrégations romaines. Mais, malgré tout, les « gens de peu de foi » dont parle l'Évangile — et ils sont nombreux — craignent comme instinctivement que ce
treiit clairement qu'il faut plutost dire que la terre se meut, en suivant le système de Tycho, qu'en suivant celuy de Copernic, expliqué en la façon que je l'explique. Or, si on ne peut suivre aucun de ces deux, il faut revenir à celuy de Ptolémée, à quoy je ne croy pas que l'Église nous oblige jamais, veu qu'il est manifestement contraire à l'expérience. Et tous les passages de l'Écriture, qui sont contre le mouvement de la terre, ne regardent point le système du monde, mais seulement la façon de parler; en sorte que, prouvant, comme je fais, que, pour parler proprement, il faut dire que la terre ne se meut point, en suivant le système que j'expose, je satisfais entièrement à ces passages. « Œuvres, t. V, p. 530. Pour suivre la pensée de Descartes sur celte question, lire, Ibid., t. I, p. 270, 280-281, 303- 321-324, 418, 578; t. II. p, 546-5;i3; t. III, p. 258, 349-350, 487; t. V, p. 544-550.
qui est arrivé une fois ne se renouvelle. Et cette frayeur, cette tentation de doute, qu'on le veuille ou non, est une conséquence lointaine et durable de la condamnation de Galilée.
On peut donc s'étonner que des apologistes, d'ailleurs bien intentionnés, osent invoquer les avantages moraux d'une pareille mesure pour essayer de la justifier aux yeux de l'histoire.
Nous ne voudrions pas cependant nier absolument que la condamnation de Galilée fût, à certains égards, providentielle. Il s'en dégage, en effet, une leçon de choses qui ne doit pas être perdue pour la suite des âges. Ceux qui détiennent l'autorité doctrinale peuvent y apprendre qu'il est toujours dangereux d'inféoder le dogme à un système scientifique ou théologique qui n'est pas dûment éprouvé ; ils en retiendront, en outre, qu'un tribunal qui ne jouit pas du privilège de l'infaillibilité ne saurait jamais être trop prudent quand il s'agit de prendre une décision qui engage, à quelque degré que ce soit, la responsabilité de l'Eglise.
Suivant le désir exprimé par quelques critiques, nous reproduisons ici en entier le texte italien de la sentence portée contre Galilée, le 22 juin 1633 :
Noi, Gasparo del titolo cli S. Croce in Gierusalemme, Borgia; Fra Felice Centino del titolo di S. Anastasia, detto d'Ascoli; Guide del titolo di Santa Maria del Popolo, Bentivoglio; Fra Desiderio Scaglia del titolo di S. Carlo, detto di Cremona; Fra Antonio Barberino, detto di S. Onofrio;
Landivio Zachia del titolo di S. Pietro in Vincola, detto di S. Sisto;
Berlingero del titolo di S. Agustino, Gessi ;
Fabricio del titolo di S. Lorenzo in Daraaso, Barberino, e Marrie di S. Maria Nuova, Ginetti, diaconi, per la misericordia di Dio, délia Santa Romana Chiesa Cardinali, in tutta la Reppublica Cristiana contra l'eretica pravità Inquisitori Gênerait délia Santa Sede Apostolica, specialmente deputati.
Essendo che tu, Galileo, figliuolo del fu Vincenzo Galilei Fiorentino, dell' età tua d'anni 70, fosti denonciato del 1615 in questo S. Officio,
Che tenesti come vera la falsa dottrina da molti insegnata, che il Sole sia centro del Mondo e immobile, e che la Terra si muova anco di moto diurno : che avevi alcuni discepoli, à quali insegnavi la medesima dottrina : che circa l'istessa tenevi corrispondenza con alcuni matematici di Germania : che tu avevi dato aUe stampe alcune lettere intitolate Délie Macchie Solari, nelle quali spiegavi l'istessa dottrina corne vera : Et che aile obbiezioni che aile volte ti venivano faite, tolte délia Sacra Scrittura, rispondevi glossando detta Scrit-
tura conforme al tuo senso : E successivamente fu presentata copia d'una scrittiira sotto forma di lettera, quale si diccva essere stata scritta da te ad un taie già tuo discepolo, et in essa seguendo la posizione di Copernico, si contengono varie proposizioni contro il vero senso et autorità délia sacra Scrittura;
Volendo perciô questo S. Tribunale provedere a disordine ed al danno, che di qui proveniva, et andava crescendosi con pregiudizio délia Santa Fede; d'ordine di Nostro Signore et d'egli Eminentissimi Signori Cardinali di questa suprema et iiniversale Inquisizione, furono dalli qualificatori Teologi qualificate le due proposizioni délia stabilità del Sole e del moto délia Terra, cioè :
Che il Sole sia centro del Mondo et immobile di moto locale è proposizione assurda e falsa in filosofia e formalmente eretica per essere espressamente contraria alla Sacra Scrittura.
Che la Terra non sia centro del Mondo ne immobile, ma si muova etiandio di moto diurne, è parimente proposizione assurda e falsa nella filosofia, e considerata in teologia ad minus erronea in Fide.
Ma volendosi per allora procéder teco con benignità, fu decretato nella sacra congregazione tenuta avanti Nostro Signore a' 25 Febbraro 1616 che l'Eminentissimo Signor Cardinale Bellarmino ti ordinasse che tu dovessi onninamente lasciare la detta dottrina falsa, e ricusando tu di ciù fare, che dal commissario del S. Uffizio ti dovesse esser fatto precetto di lasciar la detta dottrina, che non potesti insegnarla ad altri, ne diffenderla ne trattarne, a quai precetto non acquietandoti, dovesti esser carcerato ; et in esecuzione dell' istesso decreto, il giorno seguente nel palazzo, et alla presenza del sudetto Eminentissimo signor Cardinale Bellarmino, dopo essere stato dalF istesso signor Cardinale benignamente avvisato et ammonito, ti fu dal Padre commissario del Santo Uffizio di quel tempo fatto precetto con notaro e testimonii, che onninamente dovessi lasciar la detta falsa opinione, che neir avvenire tu non la potesti ne difendere, ne insegnare in qualsivoglia modo, ne in voce, ne in scritto; et avendo tu promesso d'obbedire fosti licenziato.
Et acciochè si togliesse aflfatto cosi perniciosa dottrina e non andasse più oltre serpendo, in grave pregiudizio délia cattolica verità, usci decreto délia Sacra Congregazione dell' Indice, col quale furono proibiti i libri che trattano di tal dottrina, et essa dichiarata falsa et onninamente contraria alla Sacra e Divina Scrittura.
Et essendo ultimanente comparso quà un libro stampato in
Fiorenza l'anno prossimo passato, la cui iscrizione mostrava che tu no fosti î'autore dicendo il titolo : Dialoçjo di Gal'deo Galilei delli due massimi sislcmi dcl Mondo, Tolemaico e Copernicano; et informata appresso la Sacra Congregazione, cho con l'impressione di detto libro ogni giorno più prendova piede la falsa opinione del moto délia Terra e stabilità de! Sole; fu il detto libro diligentemente considerato, e in esso trovata apertamente la trasgressione del suddetto precetto che ti fu fatto avendo tu nel medesimo libro difesa la detta opinione già dannata, e in faccia tua per taie dichiarata: avvenga che tu in detto libro con varii raggiri ti studii di persuadere che tu la lasci corne indecisa et espressamentf probabile. Il che pure è errore gravissimo, non potendo in modo niuno esser probabile un' opinione dichiarata e definita per contraria alla Scrittura divina.
Che perciô, d'ordine nostro fosti chiamato a questo Santo Uffizio nel quale con tuo giuramento esaminato riconocesti il libro come da te composto e dato aile stampe confessasti che dieci 0 dodici anni sono incirca, dopo esserti stato fatto il precetto come sopra, cominciasti a scrivere detto libro; che cliiedesti la facoltà di stamparla, senza perô significare a quelli che ti diedero simiie facoltà, che tu avesti precetto di non tenere, difendere ne insegnare in qualsivoglia modo tal dottrina.
Confessasti parimente, che la Scrittura di detto libro è in più luoghi distesa in tal forma che il lettore potrebbe formar concetto che li argomenti portati per la parte falsa, fossero in tal guisa pronunciati, che più tosto per la loro efficacia fossero potenti a stringere che facili ad esser sciolti ; scusandoti d'esser incorti in errore tanto alieno, come dicesti, délia tua intenzione per aver scritto in Dialogo, e per la natural compiacenza, che ciascheduno ha délie proprie sottigliezze e dal mostrarsi più arguto del comune delli uomini, in trovar, anco per le proposizioni false, ingeniosi et apparenti discorsi di probabilità.
Et essendoti fatto assegnato termine conveniente a far le tue difese, producesti una fede scritta di mano dell' Eminentissimo Signor Cardinale Bellarmino, da te procurata, come dicesti, per difenderti dalle calunnie dei tuoi nemici, da' quali ti veniva apposto che avevi abiurato e fosti stato penitenziato dal S. Uffizio nclla quai fede si dice che tu non avevi abiurato, né meno eri stato penitenziato, ma che ti era solo stata denunciata la dichiarazione fatta da Nostro Signore e pubblicata dalla Sacra Congregazione dell' Indice, nella quale si contiene che la dottrina del moto délia Terra e délia Stabilità del Sole
sia contraria aile Sacre Scritture, e perô non si possa difendere ne tenere; e che perciô non si facendo menzione in detta fede délie due particole del precetto, cioè docere et qxiovis modo si deve credere che nel corso di quattordici o sedici anni ne avesti perso ogni memoria; e che per qucsta stessa cagione avevi taciuto il precetto quando chiedesti jicenza di poter dare il libro aile stampe. E tutto questo dicevi non per scusar l'errore ma perché sia attribuito non a malizia, ma vana ambizione; ma da detta fede prodetta da te in tua difesa, restasti maggiormente aggravato, mentre dicendosi in essa, che detta opinione è contraria alla Sacra Scrittura, hai nondimeno ardito di trattarne, di difenderla e persuaderla probabile; ne ti suffraga la licenza da se artificiosamente e callidamente estorta, non avendo notificato il precetto che avevi.
E parendo a Noi che non avevi detta intieramente la verità circa la tua intenzione, giudicassimo esser necessario venir oontro di te al rigoroso esame, nel quale (senza perô pregiudizio alcuno délie cose da te confessale, e contro di te dedotte, come di sopra circa la tua detta intenzione) rispondesti cattolicamente. Per tauto visti et maturamente considerati i meriti di questa tua causa, con le sudette tue confessioni e-scuse, e quanto di ragione si doveva vedere e considerare, siamo venuti contro di te ail' infra scritta definitiva sentenza :
Invocato dunque il Santissimo Nome di Nostro Signore Gesù Cristo, e délia sua gloriosissima Madré sempre Vergine Maria, per questa nostra definitiva sentenza la quale sedendo pro Tribunali, di consiglio e parère dei Reverendi Maestri di Sacra Teologia et dottori dell' una e l'altra legge nostri Consultori, proferiamo in questi scritti, nella causa e cause vertenti avanti di Noi, tra il magnifico Carlo Sinceri, dell' una e deir altra legge dottore, procuratore fiscale di questo Santo Offizio per una parte, e te Galileo Gahlei reo, quà présente, processato e conl'esso come sopra, dall' altra : Diciamo, pronunciamo, sentenziamo, dichiariamo che tu, Galileo sudetto, per le cose dedotte in processo, e da te confessate, come sopra, ti sei reso a questo Santo Offizio veementemente sospetto d'eresia, cioè d'aver creduto e tenuto dottrina falsa e contraria aile sacre e Divine Scritture, che il Sole sia centro del Mondo ; e che si possa tenere e difendere una opinione dopo d'essere stata dichiarata e difinita per contraria alla Sacra Scrittura ; e conseguentemente sei in corso in tutte le censure e pcne da' Sacri Canoni, et altre constituzioni generali e particolari, contro simili deliquenti imposte e promulgate. Dalle quali siamo contenti che sii assoluto perché prima con cuor sincero efede
non finta, avanti di Noi abjuri, maledichi e detesti li sudelti errori ed eresie, e quahinque altro errore et ercsia contraria alla cattolica ed Apostolica Romana Chiesa, nel modo che da Noi ti sara dato.
Et acciocché questo tuo grave e pernicioso errore e transgressione non resti del tutto impunito, e sii più cauto nell' avvenire, et esempio agli altri, che s'astenghino da simili dolitti, ordiniamo che per pubblico editto sia proibito il libro de' Dialoghi di Galileo Galilei, Ti condanniamo al carcere formale di questo Sant' Offizio per tempo ad arbitrio nostro; e per penitenze salutari t'imponiamo che per tre anni a venire dichi una volta la settimana li sette salmi penitenziali, riservando a Noi facoltà di moderare, miitare, o levare in tutto o in parte le sudette pêne e penitenze.
E cosl diciamo, pronunciamo, sentenziamo, dichiariamo, oi'diniamo, condanniamo, e riserviamo in questo et in ogni altro miglior modo e forma che di raggione potemo et dovemo.
Ita pronunciamus nos Cardinales infrascripti :
Fr. P. Cardinalis de Asculo, G. Cardinalis Bentivolus, Fr. D. Cardinalis de Cremona, Fr. A. Cardinalis S. Honuphrii, B. Cardiralis Gypsius, F. Cardinalis Verospius, M. Cardinalis Ginettus.