‹ Études de critique et d'histoire religieuseChapitre 126 sur 142 · ET · texte numérisé non relu

ET

latinistes de son entourage — il traduira une Ode au Roi sur son départ pour l’armée en 1676. Lorsque le P. Claude Delidel publia en 1668 sa Théologie des saints, où sont représentés les mystères et les merveilles de la grâce, Corneille écrivit, pour être imprimée en tête du livre, une belle ode religieuse dont nous détachons les deux dernières strophes, d’un caractère tout intime. La grâce, dit-il,

J'en connais par toi l’efficace,

Savant et pieux écrivain,

Qui jadis de ta propre main

M'as élevé sur ile Parnasse;

C'était trop peu pour ta bonté

Que ma jeunesse eût profité

Des leçons que tu m’as données.

Tu portes plus loin ton. amour, Et tu veux qu'aujourd'hui mes dernières années De tes instructions profitent à leur tour.

Je fus ton disciple, et peut-être

Que l’heureux éclat de mes vers

Eblouit assez l'univers

Pour faire peu de honte au maître.

Par une plus sainte leçon

Tu m’appprends de quelle façon

Au vice on doit faire la guerre.

Puissé-je en user encor mieux, Et comme je te dois ma gloire sur la terre, Puissé-je te devoir un jour celle des cieux!

1668! C'est le temps de ce que M. Dorchain appelle « la seconde retraite » de Pierre Corneille. Les maladies qui l'avaient assailli à plusieurs re: prises, la vieillesse qui approchait avec son cor=.

Le Lens:

rer

Cr

tège d'incommodités, la perspective de la mort, lui rendaient de plus en plus familières les pensées de l'éternité. Ce n’est pas qu'il renonçât à la gloire littéraire; il retouchera jusqu’à la fin de sa vie, afin de les rendre plus dignes de la postérité, ses œuvres dramatiques ; il composera même encore quelques pièces de théâtre. Mais, en même temps, il se Livrera, plus assidûment que jamais, à l'étude des ouvrages sacrés. Et il en vivra. Non content de traduire, après l’/mitation, l'Office de la Sainte Vierge et une partie des psaumes, il fera du Psau- tier son aliment quotidien. « Il récitait tous les jours le bréviaire romain, ce qu'il a fait sans discontinuer pendant les trente dernières années de sa vie », nous dit un témoin digne de foi.

À partir de 1683, les infirmités arrêtent l'essor … de son génie, et il se recueille tout à fait. « De — quels soins pieux, tendres et désolés, ne dut-il pas être entouré par sa femme, par sa fille, par son frère, remarque M. Dorchain. Et combien religieusement ils durent s'agenouiller devant son silence, quand il entra, de plus en plus, dans le grand calme annonçant l'approche du grand repos! Alors, assurément, et tant que veilla sa pensée, Corneille poursuivait encore avec le mystique interlocuteur de l'/mitation « la conversation inté= rieure », et si, en lui parlant, il se souvenait de ses triomphes et de ses félicités d'autrefois, et si, même à la pensée du ciel, il ressentait trop cruellement les humiliantes et suprêmes douleurs de la condition terrestre, c'était, n’en doutons point, pour les offrir ensemble à son Dieu, et lui redire :

Qu'ils étaient beaux, ces jours où sur tous mes travaux

Ta clarté répandait ses vives étincelles,

Où mon âme, à couvert sous l’ombre de tes ailes, Bravait les plus rudes assauts!

Maintenant une autre heure aux souffrances m’expose, -

Le moment est venu d’éprouver mon amour;

Père aimable, il est juste; et je dois à mon tour Endurer pour toi quelque chose.

De toute éternité tu prévis ce moment Qui m’abat au dehors durant un temps qui passe, Pour me faire au dedans revivre dans ta grâce

Et t'aimer éternellement.

Dans la dernière semaine de septembre (1684), l’état du malade s’aggrava si fort que le P. de La Chaise crut devoir avertir Louis XIV. Le roi, dans un beau mouvement de générosité, fit porter au poète, dont il admirait le génie, deux cents louis, d’or. Si bien, remarque Racine, « que les dernières paroles de Corneille furent des remerciements pour Louis le Grand ». Le surlendemain, il entrait en agonie, pendant qu'on répétait, sur la scène de la rue Guénégaud, pour être joué le vendredi suivant, un ouvrage de lui, Psyché, ce mythe néoplatonicien, chrétien presque, de l'âme qui aspire à connaître et, après une courte épreuve, arrive à posséder éternel- | lement l'éternel Amour.

Le grand Corneille expira la nuit du 30 septembre au 1° octobre, un peu avant minuit. Il fut inhumé, le lundi 2, à Saint-Roch, non pas dans le cimetière attenant à l'église, mais, par honneur, après réflexion, comme le montre une rature de l'acte de décès, dans l’église même, à une place dont le souvenir s’est perdu.

Disons-le pour finir, Pierre Corneille fut un des plus nobles fils de la France chrétienne. Parmi la pléiade des poètes du xvn° siècle, il n'en est pas qui brillent d’un plus vif éclat. Et surtout, il n’en est pas qui expriment mieux l'âme française. Chaque peuple nous offre, pour le représenter dans le concert des nations élues, un génie, où l’on reconnaît sa voix particulière, son timbre distinct : « La voix de la Grèce est dans Homère, celle de Rome est dans Virgile, celle de l’Italie est dans le Dante, celle de l’Angleterre est dans Shakespeare. » Si parmi ce chœur des peuples, la France, qui aurait tant de voix à faire entendre, ne devait être représentée que par une seule, « il semble que ceserait la voix de Pierre Corneille qui nous y représenterait avec le plus de vérité, le plus d'amplitude et le plus d'honneur tout ensemble. A tous les autres, dit M. Dorchain, il manquerait quelque chose de ce qui, rassemblé, forme, pour notre gloire, la physionomie française, et dont rien ne manque à Corneille ; tantôt ce serait le sérieux devant la destinée, tantôt nécessaire aussi, la joie; tantôt la douceur de la tendresse humaine; tantôt l'énergie de la volonté; ou le respect de la raison et de la nature, ou le sens religieux de la vie; ou encore la claire vision du bien et du mal, avec la constante pensée de la responsabilité des œuvres, de ce prolongement à l'infini du mal et du bien que, poète au contagieux pouvoir, on à une fois jeté par le monde. Mais, surtout, à presque tous, il manquerait ce qui ne fleurit qu'au sommet des plus hautes âmes, y dé-

passant en quelque sorte ce sommet lui-même, l'inspiration, l'enthousiasme, le sublime.

« Le sublime, ce souffle par qui le poète nous transporte subitement au delà des limites ordinaires de notre sensibilité; le sublime, cet éclair par qui,

tout à coup, il nous révèle, en nous y associant, une .

vie inconnue et supérieure, voilà ce que ses contem= porains ont discerné d'abord en Corneille et dont,

après trois siècles, nous sentons encore, en écoutant

ou lisant ses vers, le frisson sacré courir dans nos moelles. » Racine, qui s’y connaissait, n’a donc fait que rendre justice à Pierre Corneille quand il s'écriait : « Génie extraordinaire, le plus grand des poètes. personnage véritablement né pour la gloire de son pays. » | |

Et si l’on veut savoir comment le génie de Corneille s’est élevé si haut, peut-être faut-il le demander au poète de l’/mitation qui nous répondra : |

Pour t’élever de terre, homme, il te faut deux ailes, La pureté du cœur et la simplicité.

Pureté de cœur et simplicité! Comment Corneille

a su garder l’une et l’autre, sa vie et son œuvre l’attestent. Et sachant à quelle altitude, avec ces deux ailes, il a puatteindre, il nous sera permis de remarquer que ce qu'il y avait de meilleur et de plus auguste en lui, c’est à la religion, c'est au christianisme

qu'il le devaitet que lui-même, du reste, en reportait |

la gloire.

La prophétie de saint Malachie.

Nous donnons ici le texte publié par Arnold de Wyon 4 . dans son Lignum vitae (Venise, 1595, cap. XL, p. 307), 4 avec le commentaire de Ciacconius qui ro la

. I. Ex castro Tiberis, Célestin II (1143-1144), Tiphernas. - IL Znimicus expulsus, Lucius II (1144-1145), De familia Caccianemica.

… 1. Ex magnitudine Montis, Eugène III (1145-1153), Pa- __ tria Etruscus, Oppido Montis magni.

… IV. Abbas Suburranus, Anastase IV An De fa- milia Suburra.

FAN “oppido S. Albani.

… VI. Ex tetro carcere, Antipape Victor IV (1159-1164), Car- dinalis S. Nicolaï in carcere Tulliano.

V II. Via transtiberina, Antipape Pascal III (1164-1170), … Guido Cremensis, cardin. S. Mariae trans Tiberim. VIII. De Pannonia Tuscia, Antipape Calliste III (1170-. - 1177), Hungarus natione, episc. cardin. Tusculanus. IX. Ex ansere custode, Alexandre I1I (1159-1181), De fa-

milia Paparona.

Page 1