‹ Études de critique et d'histoire religieuseChapitre 73 sur 142 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

N eut ses privilégiés, ce furent les pauvres gens à qui toute ressource manquait depuis longtemps et que la faim avait épuisés. À ceux-là elle distribuait des pains entiers, au lieu de la simple ration quotidienne qu'on accordait aux autres. Les compagnes qui l’aidaient dans son ministère de charité, ces vierges qui menaient la vie religieuse sous sa conduite !, s’étonnaient de ne pas trouver dans les fours tous les pains qu'on y avait mis à cuire. Parfois même la majeure partie de la fournée faisait défaut. Leur surprise cessa lorsqu'elles eurent rencontré, dans les rues de la cité, des pauvres qui emportaient des pains tout chauds et qui remerciaient publiquement Geneviève de sa munificence.

Paris était alors théoriquement et nominalement sous la domination et la protection de Syagrius, protection d’ailleurs assez peu efficace. Avant la fin du v° siècle, il devait passer, de façon définitive et, on peut le dire, pour le bien général, aux mains des Francs.

Lorsque Clildéric mourut en 481, son fils Clovis avait quinze ans. Il y avait déjà plusieurs années que le jeune prince portait la framée. « Dans la coutume des Francs Saliens, la majorité commençait à douze ans?. » Il n'y eut donc aucune interruption dans l'exercice du pouvoir royal à Tournai. Clovis succédait de plein droit à son père.

Une grande ambition le dévorait. Et nécessairement ce furent les domaines de ses proches voisins du sud qui furent les premiers exposés à ses convoitises et à ses hostilités. Il avait à venger les in-

4. « Puelle, que in ejus obsequio erant. » Vita B 39. 2, Pardessus, La loi salique, p. 451 sq.

jures faites à son père par Syagrius. Il attaqua Syagrius dans Soissons même et le défit (486). Peu de temps après, il lui faisait trancher la tête par le bourreau !.

« Le pays situé au nord de la Seine passa ainsi sous l'autorité de Clovis dans des conditions toutes spéciales. Il ne fut ni conquis selon toute la rigueur du droit de la guerre, ni annexé en vertu d’un traité en règle. Clovis en prit possession comme d'une terre sans maître qui avait besoin d’un protecteur. L'occupation put se faire sans. trop de secousse, grâce à l’active intervention de l’épiscopat qui, s’interposant entre les uns et les autres, mit la confiance et la modération dans les relations mutuelles, et procura aux indigènes une situation si exceptionnellement favorable, qu'on pourrait se demander si ce n'est pas eux qui se sont annexé les Francs. Dans tous les cas, ils ont pris le nom national de ce peuple qui, à partir des premières conquêtes de Clovis, va désigner tout aussi bien les Gallo-Romains que les barbares ?. » Les campagnes qui suivirent ne firent que confirmer l'impression de respect donnée par les Francs aux populations gallo-romaines. Et lorsque Clovis et ses compagnons eurent reçu le baptême, à Reims? ,des mains de saint Remi (25 dé-

cembre 496), toute cause de conflit entre les deux.

races se trouva à peu près complètement écartée. S'il est quelqu'un qui se réjouit plus que personne,

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