‹ Études de critique et d'histoire religieuseChapitre 77 sur 142 · Vita B 51. + u · texte numérisé non relu

Vita B 51. + u

3. Vita B 52. Ce miracle a donné lieu à une critique de M. Krusch, qui n'admet pas qu’il y ait eu alors en Gaule un Goth chrétien, Le biographe ne dit pas si le Goth était chrétien ou arien. Du reste, un contemporain de sainte Geneviève faisait des « miracles interconfessionnels », comme dit M# Duchesne (Bibliothèque de l'École des chartes, t. LIV, p. 221).

4. Miracula beatae Genovefae, dans Acta sanct., januarii, t, I, p. 446 sq.

La biographie qu'on lui a consacrée au lendemain de sa mort!, était le plus bel hommage qu'on püt alors lui rendre. Sa sainteté y éclate sous une forme qui l’égale aux plus grands thaumaturges?. Grégoire de Tours, avant la fin du siècle, consacre cette gloire par quelques lignes de son De gloria confessorum. Bientôt après, le martyrologe hiéronymien, suivi par tous les martyrologes, inscrivait au 3 janvier le nom de l’'humble vierge. Et peu à peu les générations s’habituèrent à saluer en Geneviève « la patronne de Paris ».

4.« Post ter senos namque ab obitu ejus annos, quo ad describendam ejus vitam animum apposui. » Vita B 49.

2, Nous avons cité le plus grand nombre de ses miracles; quelquesuns n’ont pas trouvé place au cours de notre récit : ils sont du reste semblables à ceux que nous avons signalés; un seul fait exception, c’est la résurrection d’un enfant tombé au fond d’un puits et rappelé à la vie par Geneviève qui le fit baptiser la veille de Pâques; on l’appela Cellomeris, parce que la vierge l’avait ressuscité dans sa cella (Vita B 30). Sur ce miracle, ‘analogue à celui que raconte le Virtutes Gertrudis, cap. x1, dans Rerum merovingicarum Scriptores, t. II, p. 470, cf. G. Kurth, Etude critique, p. 47-48 (45-46). C'est sans doute à ce miracle que Grégoire de Tours fait allusion quand il écrit que Geneviève « ressuscita un mort ». De gloria confessorum, 91.

Il est des morts qu'il faut qu’on tue : telle est la légende de la survivance de Jeanne d’Arc après le bûcher de Rouen (30 mai 1431).

L'idée que la libératrice d'Orléans avait pu échapper, de façon plus ou moins mystérieuse, à ses bourreaux, circula dans certains milieux, dès le lendemain de sa mort. Au xvrie siècle, le fameux Jérôme Vignier donna corps à ce rêve, en signalant

le contrat de mariage de la Pucelle avec le chevalier -

Robert des Armoises!, en 1436. Les érudits eurent beau mettre l'opinion publique en garde contre cette mystification ?. Comme la Chronique du Doyen de Saint-Thibault de Metz identifiait la dame des Armoises avec Jeanne d'Arc, la survivance de la Pucelle d'Orléans devint un lieu commun de la littéra-

4. Article paru dans le Mercure Galant, novembre 1683 (Jérôme Vignier était mort en 4661; ce fut Benjamin Vignier son frère, qui publia l’article). Les historiens écrivent ordinairement : Armoises. Plusieurs documents orthographient : Harmoises. Nous orthographierons indifféremment Armoises et Harmoïses.

2. Cf. Mercure Galant, décembre 1683; cf. dom Calmet, Histoire

ecclésiastique et civile de Lorraine, éd. de 1738, t. II, col. 702-704 ; éd. de 1745-4747, t., III, Col. 556-557, et généalogie de la maison des Armoises, t. V, Preuves, Co]. CLXIv-Cc.

ture. En 1749, Daniel Polluche confirma la thèse de Vignier au moyen d'extraits de comptes de la ville d'Orléans !. Il s’attira une réplique assez dure de la part de l'abbé d’Artigny dans ses Vouveaux Mémoires?, et de Lenglet Dufresnoy dans son Histoire de Jeanne d'Arc$. On aurait pu croire, dès lors, la question réglée. Mais les énigmes historiques étaient trop du goût de Voltaire pour qu'il ne crût pas à la légende de la survivance : on la retrouve, « comme phénomène d’aberration, dans les premières rédactions de l'Æssai sur les mœurs, puis, au même titre, dans le Dictionnaire philosophique * ». Lorsque Quicherat eut réuni, dans le Procès de Jeanne d'Arc, sous le titre de Documents sur la fausse Jeanne d’Arcÿ, tous les textes qui avaient induit en erreur les esprits sans défiance, la lumière éclata aux yeux des moins clairvoyants. Un article de Lecoy de la Marche sur la Faus$e Jeanne d'Arc, dans la Revue

des questions historiques, marqua ce triomphe de la

vérité traditionnelle $. On n’en vit pas moins un savant lorrain, M. Gaston. Save, reprendre à son compte, en 1893, la thèse de la transformation de la Pucelle d'Orléans en Jehanne des Armoises 7. M. Germain Lefèvre-Pontalis n'eut pas de peine à montrer

4. D. Polluche, Problèmes historiques sur la Pucelle d'Orléans, Orléans, 1749, in-12 de 24 p.

2. Nouveaux Mémoires d'histoire, de critique et de littérature, Paris, 1749-1756, t. II, art. xxxIx, p. 49-55.

3. Histoire de Jeanne d'Arc, vierge, héroïne et martyre de l'État, t. II, p. 39-54.

4. G. Lefèvre-Pontalis, La fausse Jeanne d'Arc, Paris, 1895 (Extrait du Moyen âge, mai-juin 1895), p. 13-14.

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