EXAMEN ET RÉFUTATION DE LA THÈSE
La thèse de M. Grillon de Givry a l'air de bien se tenir, mais, au fond, elle n'a de la solidité que les apparences; elle pèche par le sommet, aussi bien que par la base.
Bien que l’auteur affecte de n’employer que des matériaux à toute épreuve, sa critique se trouve souvent en défaut. Ou bien il ignore les documents, ou bien il écarte ceux qui le gênent, ou bien il ac= corde à d’autres une autorité qu'ils n'ont pas. Il reproche par exemple aux historiens de Jeanne d'Arc
4, CE. Quicherat, op. cit., p. 2178 : les actes orléanais portent la date
de 1457 et suiv.
2, Grillon de Givry,op. cil., p. 21.
« de n'avoir jamais prêté attention au sort tragique qui fut celui de la plupart de ses juges! ». Une telle remarque prouve tout simplement qu'il n’a pas lu la savante étude de M. Charles de Beaurepaire sur les Juges et assesseurs du procès de condamnation de Jeanne d'Arc ?. Le dédain qu'il professe pour le témoignage de Jean Nider, dont il se garde bien de reproduire le texte ?, laisse trop voir que certaines précisions du Formicarium (sur lesquelles nous reviendrons plus loin) l'embarrassent. Et pourquoi accorde-t-il tant de crédit à la Chronique de Lorraine *, à la Chronique de William Caxton, à l'Historia Anglica de Polydore Virgile *, à la Chronique de Monstreletf, qui témoignent d'une manifeste ignorance des faits ou les travestissent à plaisir 7, pendant qu'il suspecte les dépositions de tant de personnages intègres et bien informés de la vie de Jeanne d'Arc?
Ces défauts de son œuvre se révèleront de mieux en mieux, à mesure que nous en examinerons les détails.