LES AUTEURS RESPONSABLES DE L ATTENTAT DU 24 AOÛT
Catherine ayant dû quitter la cour (fin juillet) afin de visiter sa fille malade, la duchesse de Lorraine? Coligny mit à profit cette absence pour déterminer Charles IX à entreprendre une guerre contre l'Espagne dans les Pays-Bas ^. Une telle entreprise, qui allait placer l'amiral à la tête d'une armée française, risquait de ruiner le crédit du duc d'Anjou, que la reine affectionnait particulièrement, et par suite celui
i. Le même au même, H août, ibid.
2. Soldan, La France et la Saint-Barthélémy, trad. de rallemand par Ch. Schmidt, Paris, ISiJo, p. 34-35. Cf. Loiseleur, La préméditation de la Saint-Barthélémy , p. 77-
3. Cf. sur ce point H. de la Perrière, ouv. cit., p. xlvui-li, lix-lxvii-
de Catherine elle-même. Vainqueur, Coligny dominerait désormais Charles IX et ferait à la cour figure de maître. Catherine ne put envisager cette perspective sans une révolte de toute sa nature impérieuse. Elle accourut précipitamment à Paris, le 4 août, et aborda le roi avec des paroles indignées : « Je n'eusse pensé, dit-elle, que pour avoir pris tant de peine à vous élever, vous avoir conservé la couronne que les huguenots et les catholiques vous voulaient ôter, après m'être sacrifiée pour vous et encouru tant de hasards, que vous m'eussiez voulu donner récompense si misérable. Vous vous cachez de moi, qui suis votre mère, pour prendre conseil de vos ennemis; vous vous ôtez de mes bras qui vous ont conservé, pour vous appuyer des leurs qui vous ont voulu assassiner. Je sais que vous tenez des conseils secrets avec l'amiral; vous désirez vous jeter inconsidérément dans la guerre avec l'Espagne, pour faire votre royaume et nous en proie de ceux de la religion. Avant de voir cela, donnez-moi congé de me retirer au lieu de ma naissance. Ils ne veulent pas la guerre d'Espagne, mais celle de la France et la subversion de tous estats pour s'établir ^. »
Une telle explosion refroidit soudain Charles IX. Lorsque l'amiral le revit pour le presser d'autoriser l'armement des troupes destinées à marcher vers les Pays-Bas, il le trouva singulièrement irrésolu. Le roi prétendit qu'il ne pouvait assumer à lui seul la responsabilité de la guerre et déclara qu'il s'en rapporterait à la décision du conseil. Coligny comprit que c'en était fait du projet qu'il avait longtemps caressé.