Discours du roi Henri IIl (duc d'Anjou), p. SOT
Catherine n'était encore qu'à demi rassurée. La colère du roi pouvait tomber avant que ne fût exécuté l'ordre exprès du massacre. Même les dernières instructions données, elle surveille et entretient l'irritation du monarque. Elle va chez lui au milieu de la nuit. Craignait-elle qu'il ne revînt sur sa détermination ? En tout cas, de sa propre autorité, elle précipite le signal de la tuerie, qui avait d'abord été fixé à une heure avant le jour, et, au lieu de la cloche du palais de justice, elle fait sonner le tocsin à Saint-Germain l'Auxerrois, l'église la plus proche du Louvre *.
« Ainsi, dit un historien moderne ^, jusqu'à la dernière minute c'est elle qui a tout fait, tout ordonné. Le nonce Salviati l'affirme dans ses dépêches ^. La Saint-Barthélémy est bien sa propre vengeance^; c'est bien un crime politique, le crime de la peur. La religion n'y fut pour rien. Un éminent ministre protestant en attribue, ainsi que nous, la cause décisive à la jalousie inquiète que Catherine et le duc d'Anjou avaient conçue de l'amiral; il rappelle que Henri IV en donna cette explication à son historiographe Mathieu, disant la tenir de Villeroy ; et avec une louable impartialité il ajoute : « C'est à tort que les historiens protestants ont écarté de leurs récits tout cet ordre défaits, ne voulant voir qu'une question religieuse où la politique eut tant de part ^. »