‹ Etudes de critique et d'histoire religieuse [microform]Chapitre 135 sur 177 · Le Opère, t. vni, p · texte numérisé non relu

Le Opère, t. vni, p

2. Dans un ouvrage publié à Venise en 1611, sous ce litre : Dianoia astronomica.

3. Josué, X, 12. Pour l'interprétation de ce texte, voir l'article de M. l'abbé Bourlier, Revue du Clergé français, in août 1904, p. 375 sq.

4. Von Gebler, Die Acten des Processes, p. 25; ms. du Procès, fol.

5« Quasi che herelica. » Von Gebler, ouv. cit., p. 26; ms. du Procès, fol. 354.

6. Le Opère, t. VIU, p. 337. Il s'exprime ainsi dans sa réponse à Galiiée : « Encore que je susse le caractère de l'individu..., je n'aurais jamais cru à tant de folie, » etc. .

dausa à Florence devint un véritable scandale. Galilée qui, dans son Istoria e dimostrazioni in-r tonio aile macchie solari ^ , venait de se prononcer à nouveau en faveur du système de la r^^on de la terre, crut devoir suivre ses accusateurs sur le terrain où ils l'entraînaient, afin de les y battre. Il entreprit donc de démontrer que sa théorie n'était aucunement en contradiction avec l'Ecriture sainte bien comprise. Sa lettrê^u P. Castelli,*Bénédictin, qu'il développa ensuite pour répondre aux scrupules de la grandeduchesse Christine, renferme l'expression de sa pensée sur ce point. En voici les principaux passages : « La Sainte. Ecriture, dit-il, ne pe ut ni mentir ni se tromper, La vérité de ses paroles est absolue et inattaquable. Mais ceux qui l'expliquent et l'interprètent peuvent setjomper de bien des manières, et l'on commettrait de funestes et nombreuses erreurs, si l'on voulait toujours s'en tenir au sens littéral des mots : on aboutirait, en effet, à des contradictions grossières, à des erreurs, à des doctrines impies, puisqu'on serait forcé de dire que Dieu a des pieds, des mains, des yeux, etc.. Dans les questions de sciences naturelles, rEcrJtui;;g sainte devrait occuper la demiièr e place. L'Ecriture sainte et la nature viennent toutes les deux de la parole divine : l'une a été inspirée par l'Esprit-Saint, et l'autre exécute fidèlement les lois établies par Dieu. Mais, pendant que la Bible, s'accommodant à l'intelligence du commun des hommes, parle, en bien des cas et avec raison, d'après les apparences, et emploie des termes qui ne sont pointdestinés à exprimer la vérité absolue, la na-

d. Publiée à Rome, en 1G13, par les soins de l'Académie des LinceU dont le prince Cesi était président.

ture se conforme rigoureusement et invariablement aux lois qui lui ont été données ; on ne peut pas, en faisant appel à des textes de l'Écriture sainte, révoquer en doute un résultat manifeste acquis par de mûres observations ou par des preuves suffisantes... Le SaintJ^sprit n'a point voulu (dans l'Écritjuee-^aainte) nous apprendre si le ciel est en mouvement ou imrnobile ; s'il a la forme de la sphère ou celle du disque ; qui, de la terre ou du soleil, se meut ou reste en repos... Puisque l'Esprit-Saint a omis à dessein de nous instruire des choses de ce genre, parce que cela ne convenait point à son but qui est le salut de nos âmes, comment peut-on maintenant prétendre qu'il est nécessaire de soutenir en ces matières telle ou telle opinion, que l'une est de foi et l'autre une erreur? Une J opinion qui ne concerne pas le salut de l'âme peutelle être hérétique ? Peut-on dire que le Saint-Esprit ait voulu nous enseigner quelque chose qui nef concerne pas le salut de l'âme ^ ? » \

A la réserve de cette dernière phrase, les théolo-/ giens admettraient aujourd'hui la doctrine exégétique/ de Galilée. Mais, au xvii® siècle, la nouveauté de son langage était plus propre à irriter ses adversaires qu'à les convaincre. Sa théorie allait incontestablement à rencontre des idées reçues non seulement en matière de science, mais encore en matière d'exégèse ^. Qu'allait penser Rome de cette intrusion du

i. Lettre au P. Castelli, 21 décembre 1613 {Le Opère, t. n, p. 6), écrite currente calamo, comme le dit Galilée lui-même dans une lettre à MB' Dini, Le Opère, t. II, p. 26-64. La lettre au P. Castelli se lit aussi dans les pièces du Procès. Von Ge\AeT,DïeActen, p, 14-21; ms. du Procès, fol. 343.

2. « E contraria alla commune sentenza di tutti i theologi scolastici et di tutti i santi Padri, » disait le P. Caccini dans sa déposition. Von Gebler, Die Acien, p. 26; ms. du Procès, fol. 3S4 r».

savant dans le domaine réservé de la théologie ? C'est devant les tribunaux romains que ses iennemis irréductibles, en la personne du P. Lorini, dominicain, dénoncèrent sa doctrine K Ce fut l'autorité de ses amis de Rome que Galilée lui-même invoqua pour déjouer leurs attaques et leur imposer silence.

Il comptait sur l'appui de quelques savants favorables à ses vues, notamment du P. Griemberger. La bienveillance de M^' Pini, de M^' Ciampoli, des cardinaux del Monte et Barberini lui était assurée ^. Le cardinal Bellarmîn, dont le crédit était très considérable auprès du pape et du Saint-Office, osait garantir qu'il ne lui arriverait rien de fâcheux, pourvu qu'il fût disposé à accepter les décisions de l'Eglise^. Or cette disposition ne lui faisait point défaut : « Je suis, écrivait-il le 16 février 1614 à Ms' Dini, dans l'intime disposition de m'arracher l'œil pour n'être pas scandalisé plutôt que de résister à mes supérieurs et de faire tort à mon âme, en soutenant contre eux l'opinion qui présentement me paraît digne de foi et évidente^. »

Mais ce concours de bonnes volontés n'était pas suffisant pour conjurer le péril qui menaçait la théorie de Galilée. Les Dominicains, qui prédominaient au Saint-Office, étaient loin de lui être favorables. Si quelques Jésuites, comme le P. Griemberger par exemple ^, inclinaient vers la doctrine copernicienne, la Compagnie entière avait ordre de ne porter au-

1. Von Gebler, Die Acten, p. M ; nis. du Procès, fol. 3i2. La lettre du P. Lorini forme le premier document des pièces du procès.

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