Le Opère, t. II, p
5. On peut citer encore le P. Torquatus de Cupis. Le Opère, t. Vlil, p. 357.
cune atteinte au système d'Aristote, et le supérieur général veillait à ce que cette consigne fût observée ^ . Bellarmin lui-même, que les progrès de la science n'efFarouchaient point, craignait que les découvertes nouvelles ne fussent incompatibles avec l'enseignement de la Bible et des Pères, c'est-à-dire par conséquent avec la doctrine de l'Église. -
Comme il eut une part importante dans le procès qui s'ouvrit quelques mois plus tard, il n'est pas sans intérêt de connaître ses idées personnelles; on les trouve exposées dans unes lettre qu'il adressa, le 12 avril 1615, au carme Foscarini, auteur d'un ouvrage (1615) où le système copernicien était habilement défendu.
« Je dis, mon Révérend Père, écrivait Bellarmin, que, vous et le seigneur Galilée, vous agiriez prudemment en vous contentant de parler ex suppositione et non d'une manière absolue, comme j'ai toujours cru que Copernic avait parlé ; car, dire qu'en supposant le mouvement de la terre et l'immobilité du soleil on sauve mieux toutes les apparences qu'avec les excentriques et les épicycles, c'est très bien dire, cela n'offre aucun danger, et cela suffit au mathématicien. Mais vouloir affirmer que réellement le soleil est au centre du monde et qu'il tourne seulement sur luimême, sans aller de l'orient à l'occident, tandis que la terre est dans le troisième ciel et tourne avec beaucoup de rapidité autour du soleil, c'est courir grand danger, non seulement d'irriter les philosophes et les
1. Le P. Grie mberger s'excuse de ne pas parler plus franchement en faveur de Galilée parce qu'il est obligé de « aver respetto ad Aristotile al quale essi (les Jésuites) per ordine del Générale non possono oppor niente, ma la devono sempre salvare ». Le Opère, t. vn, p. 321.
théologiens scolastiques, mais d p^p n i rp. à nnt.rfi sa ip f.p. foi, en accusant l'Ecriture Sainte d'erre ur. Vous avez bien montré qu'il y a plusieurs manières d'expliquer la Sainte Ecriture, mais vous ne les avez pas appliquées en particulier, et certainement vous auriez trouvé de très grandes difficultés, si vous aviez.voulu expliquer tous les passages que vous avez cités vousmême.
« Je dis que, comme vous le savez, le concile défend d'interpréter l'Ecriture contre le sentiment commun des saints Pères, et si vous voulez lire, je ne dis pas seulement les saints Pères, mais les commentaires modernes sur la Genèse, sur les Psaumes, sur l'Ecclésiaste, sur Josué, vous trouverez qu'ils s'accordent
itous à expliquer, selon la lettre, que le soleil est dans le ciel et tourne autour de la terre avec une extrême vitesse, que la terre est très éloignée du ciel et reste immobile au centre du monde. Considérez maintenant, dans votre prudence, si l'Église peut tolérer qu'on donne auxÉgsjtuxps un sens contraire aux saints Pères et à tous les interprètes grecs et latins. On ne peut pas répondre que ce n'est pas une matière de foi, parce que, si ce n'est pas une matière de foi ex parte objectif c'est une matière de foi ex parte di- I centis; de même ce serait une hérésie de dire qu'Abra- 'y,v^. ham n'a pas eu deux fils et Jacob douze, comme de 1 dire que le Christ n'est pas né d'une vierge, parce l que l'Esprit-Saint a dit l'une et l'autre chose par la 'bouche des prophètes et des apôtres.
« Je dis que, s'il y avait une vraie,.démonstration, prouvant que le soleil est au centre du monde et la terre dans le troisième ciel, que le soleil ne tourne pas autour de la terre, mais la terre autour du soleil.
alors il faudrait apporter beaucoup de circonspection * dans l'e xplication des passages de l'Ecriture qui par aigsënt contraires, eTctîre qile iioiiS iî5 les^entendons pas, plutôt que de déclarer faux ce qui est démontré. Mais je ne croirai pas à l'existence d'une pareille démonstration, avant qu'elle m'ait été montrée ; et prouver qu'en supposant le soleil au centre du monde et la terre dans le ciel on sauve les apparences, n'est pas la même chose que de prouver qu'en réalité le soleil est au centre et la terre dans le ciel. Poiar la première démpnstration, je la crois possible; mais, pour la seconde, j'en doute beaucoup, et dans le cas de doute on ne doit pas abandonner l'interprétation de rÉcrituTâ donnée par les saints Pères ^ . »
La conviction du cardinal Bellarmin était bien arrêtée. S'il suppose pour un moment que la théorie du mouvement de la terre peut être démontrée, c'est par manière de parler; dans son for intérieur il reste persuadé, voire absolument sûr, que cette démonstration est impossible. Et il en appelle à Salompn, tout ensemble « écrivain inspiré et savant de premier ordre » , dit-il, pour prouver que le soleil tourne réellement ^utour delà terre : Oritur sol, et occidit, et ad loeum suum re^e7-fzV«7' 2. D'ailleurs, ajoute-t-il, le témoignage de nos yeux n'est-il pas une garantie suffisante de cette vérité 3?
1. Lettre du 42 avril 1613, publiée par Dominico Berti, Copernico e le vicende del sistema Copernîcano, Roma, 1873, Paravia, p. 121 sq.